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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 106: Chapitre 23.3
(par lambertine, ajouté le 29/12/09 00:48)


Agnès ne semble malgré tout plus trop traumatisée par sa « mésaventure ». Elle s’installe à table à côté de Ben, après lui avoir murmuré quelque chose à l’oreille. Sous le charme, le garçon acquiesce. Damien, lui, s’est installé à l’autre bout du restaurant. Il faut croire que les jeunes gens ont tenu compte de l’ « avertissement » de Frédéric. Elle paraît plus préoccupée par la visite de ses enfants que par l’apprenti professeur. Elle parle, parle, n’arrête pas de parler de Romain et Stany. De Stany surtout. Comment sera-t-il aujourd’hui ? Ses grands-parents sont ils assez attentifs à son éducation ? A sa protection ? Et son beau-père ? Se rend-il compte que le petit est fragile ? Qu’il a besoin de plus de tendresse, de plus d’affection qu’un enfant normal ? Qu’il pourrait être traumatisé par… Par tout. Par n’importe quoi. Par l’absence de sa mère. Par la mort de son père. Par…
- Mais il n’a pas connu son père !
- Il sait qu’il est mort. Qu’il a eu un accident.
- Ce n’était pas un accident, Agnès !
- Il a six ans. Je ne peux quand même pas lui dire…
Célestin dépose devant Renaud une assiette garnie, à la viande coupée en petits morceaux. Le garçon sans bras le remercie, avant de reprendre :
- J’ai toujours su que mes parents naturels m’avaient abandonné. Pourquoi ton fils ne pourrait-il pas savoir…
- Ce n’est pas la même chose !
La rouquine se fâche.
- Ca n’a rien à voir. Tu es un enfant adopté. Tous les enfants adoptés ont été abandonnés un jour ou l’autre. Le papa de Stany, lui, est mort. Il est mort parce qu’il a choisi de mourir. Et je ne peux pas dire ça à mon fils. Je voudrais qu’il ne sache jamais ce qui s’est passé. Qu’il croie…
- Un mensonge ?
Sombre, sérieux, Célestin fixe Agnès dans les yeux. Comme touché au plus profond de lui-même par l’histoire d’Aymeric. Ou plutôt, par le sort de Stany.
- Ce n’est pas un mensonge ! s’insurge la jeune mère. D’ailleurs, qui es-tu pour me dire une chose pareille ? Tu n’es qu’un gamin. Tu ne connais rien à la vie. Tu ne connais rien à ma vie.
Il pose sa fourchette et repousse son assiette. Pas faim. Trop de choses en tête. La crainte d’être renvoyé, toujours. Le mépris des autres, et surtout de l’Equipe, qui lui pèse plus qu’on peut le croire. Et des souvenirs. Un souvenir.
- J’ai dû parler à un enfant. J’ai dû lui dire que son père était mort, et que ce n’était pas un accident. Je n’étais qu’un enfant moi-même. Il n’y avait que moi pour le faire, parce que c’était moi qui avais assisté au drame. Il ne s’agissait pas d’un suicide mais d’un meurtre. J’avais seize ans, et la petite quatre. Elle a grandi en sachant la vérité. C’était dur, mais bien moins dur, je crois, que de l’apprendre par un voisin soi-disant compatissant, ou par un copain de classe. Enfin, tu fais ce que tu veux.
Elle reste bouche bée. Elle s’attendait à tout, sauf à ça. Lui, se lève de table, et repart vers la cuisine. « Préparer la glace ». Les excuses sont faites pour s’en servir.
- Tu le savais ? me demande Renaud, très étonné.
Je secoue la tête. Non, je ne savais pas. Je ne sais presque rien de Célestin, finalement. J’évite autant que faire se peut de lui poser des questions sur lui-même et sa vie. Les autres croient le contraire et m’interrogent. Je ne peux rien leur dire de plus. D’ailleurs, même si j’en savais plus, je ne dirais rien.
Agnès, elle se tait. Longtemps. Puis, timidement :
- Vous croyez qu’il a raison ?
Je n’en sais rien. Je n’en sais rien du tout. La situation de ma compagne est tout sauf facile. Elle l’est d’autant moins, qu’elle éprouve une angoisse perpétuelle pour cet enfant. Qu’il est pour elle un mort en sursis. Qu’elle voit son père à travers lui. Aymeric…
Je n’en sais rien, et personne n’en sait rien. Renaud a son idée, sans doute, mais la garde pour lui. Ben tente de réconforter son amie. De plaisanter. Nous faisons semblant de renchérir. Semblant d’être gais, heureux. Je suis soulagée lorsque Marcello dépose le café sur la table. Le signe du départ autorisé. Je me lève de table, me dirige vers le jardin en passant par le local vaisselle. Je sens quelqu’un m’attraper par le bras. Je n’ai pas le droit d’entrer dans la cuisine, mais je transgresse le règlement.
Célestin fouille dans son portefeuille et en sort une photo. Qui le représente, lui, très pâle et très maigre, en compagnie d’une petite fille brune.
- C’est elle. Mon petit ange.
- La fille de ta sœur ? C’est d’elle que tu parlais, à table ? Tu es son parrain ?
- Je suis son père.
Je sursaute. Il remarque mon malaise et enchaîne très vite.
- Elle n’a plus que moi, pour lui servir de père. Le sien a été poignardé dans un hall de gare. Alors… C’est pour elle que je suis ici. Que je me bats. D’abord pour elle.
Il baisse la tête. Serre les poings. Se mord les lèvres.
- C’est pour ça que je ne peux pas me faire virer, Diane. Si je me fais virer…
- Tu ne te feras pas virer. Ce serait déjà fait, sinon.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.