Chapitre 122:
Chapitre 26.2
(par
lambertine, ajouté le 16/01/00 18:08)
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J’étais un peu gênée lorsque mes compagnons avaient dû me raccompagner au Centre. Je ne le suis plus. Je suis heureuse. Flora est ici, et j’oublie tout le reste. Elle est ici, donc elle est mon amie. Donc je compte pour elle. Au moins un peu… J’ai si souvent cru que je ne comptais pour personne ! Nous nous embrassons. Je prends Lila dans mes bras, la complimente sur sa grande beauté – les bébés adorent qu’on leur dise qu’ils sont beaux, du moins je le suppose. Je la pose sur le sol, où elle se met à ramper entre les fauteuils. Sa mère et moi commençons à bavarder. De tout et de rien. De ma vie au Centre, surtout, et de ce qui se passe dehors. De sa vie avec Gilles. De Léo, son fils aîné, resté en ville avec son père. De nos amis communs. - Rémy a rencontré une fille au cours de danse. Ca a l’air sérieux entre eux. - Tu l’as déjà vue ? - Pas encore. Ils doivent venir nous rendre visite un de ces quatre. Gilles a recommencé à écrire. Il passe sa vie en pleine guerre de Corée. Gilles est un écrivain bourré de talent, même s’il manque, hélas, de confiance en lui. - Tout se passe bien ? Je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour lui. Parce que je tiens à lui, presqu’autant qu’à mes propres enfants. - Il fait des recherches. Il écrit. Je relis, et il écrit. Oui, tout se passe bien. Et toi ? Tu as bonne mine, tu dis que tout va bien, mais tu sembles nerveuse. - Je suis nerveuse. Je ne dois pas être faite pour la vie en communauté. Et puis, il y a ce gamin… Je lui indique de la tête Célestin qui tourne au fond du salon comme un lion en cage, sa mère essayant vainement de le calmer. - … je ne sais pas s’il est à sa place ici. Je ne sais même pas s’il a sa place quelque part. Elle rattrape la petite fille qui filait à quatre pattes vers le restaurant. Et sourit. Affectueusement. - Tu as trouvé un nouveau poussin à prendre sous ton aile. Tu ne changes pas. Même ici. - Un poussin ? - Comme Gilles ou moi. Un poussin… je ne sais pas si Célestin apprécierait de s’entendre traité de tel. … « ne joue pas les mère-poules »…
Elle est repartie, sous la pluie, son enfant dans les bras. Elle me manque déjà. Elle n’est pas ma fille de sang. Elle est ma fille de cœur. Mon « poussin ». Elle n’a pas tort. Quelquefois, la vie met sur votre chemin des êtres qui, sans raison particulière vous deviennent aussi chers que votre propre chair. Que votre propre sang. Je comprends, ô combien, l’époux de Béatrice, son affection sans borne pour un garçon sans intérêt apparent. Bien que ni Flora, ni Gilles ne soient sans intérêt. Bien au contraire ! - Je ne peux pas, Maman ! Tant que Julie n’a pas signé ma feuille de week-end, je ne peux pas sortir. - Je peux y aller seule… - S’il te plaît… Je sais que ces papiers sont importants, mais… Célestin non plus n’est pas « sans intérêt ». « Poussin » a dit Flora. Pour le coup, il ressemble plus à une pile électrique sur pattes qu’à un oisillon à protéger. Et pourtant… - Si je ne suis pas là quand elle m’appellera, ils vont de nouveau me sucrer mon week-end. Je serai de nouveau puni. Je ne veux pas être puni, Maman. J’en ai marre. Je ne veux plus qu’ils me regardent comme un bon à rien. - Tu n’es pas un bon à rien. Tu vaux mieux que tous ceux qui te disent que tu l’es.
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