Chapitre 244:
Chapitre 45.4
(par
lambertine, ajouté le 07/08/00 00:32)
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J’ai toujours eu la plume facile. Je ne dois pas aujourd’hui inventer d’histoire, mais écrire un discours de sortie. Evoquer Marie-Line, son séjour au Centre, ses relations avec les autres et les anecdotes plus ou moins cocasses dont elle a été l’héroïne. J’évoque ses premiers jours difficiles, même si je n’en ai pas été témoin. Je parle de sa gentillesse réelle, de sa bonne humeur communicative, de ses décorations florales et de ses exploits vocaux dans la chorale de Damien. Les mots me viennent naturellement. Et je suis triste, ou plutôt déçue, de ne pas pouvoir les prononcer moi-même devant l’assemblée des Résidents réunie. Mais telle est la décision collective des Bleues : Gervaise connaît mieux la reine du jour, elle en est bien plus proche que moi. Alors, tant pis. Ce ne sera pas la première fois que je serai négresse. Je devrais m’en réjouir. Je préfère, au fond, rester dans l’ombre. Alors, je mets mes sentiments de dépit au vestiaire, je prends une jolie feuille de papier bleu, et recopie proprement, et lisiblement je l’espère, mon texte d’adieu, pendant que mes cocuristes viennent tour à tour signer l’immense carte de vœux humoristique destinée à la grande dame, et celle, de dimension modeste mais beaucoup plus classieuse, que Célestin a choisie pour Hermann. Comme à l’ordinaire, les « sortants » font semblant de ne rien voir de notre manège, et, comme à l’ordinaire, nous faisons semblant de croire qu’ils n’ont rien vu. Infantile, peut-être. Mais c’est le rituel. - Tu nous accompagne en ville, ce soir, pour fêter la sortie de Marie-Line et d’Hermann ? Autre rituel que ces soirées à la Taverne irlandaise, les veilles de départ… Mais Jérémie me fait signe que « non », tout en signant avec application. - Ce soir, je fais mes bagages. Je n’ai plus rien à faire ici. Je n’ai jamais rien eu à y faire. Mon copain a fini par l’admettre, et par accepter de venir me chercher. Ainsi donc, Jean-Marc avait raison de s’inquiéter, et Célestin d’affirmer que le jeune garçon partirait avant la fin de la semaine. Lui, me regarde avec de grands yeux tristes, et me dit, comme pour s’excuser : - Je sais bien que Jean-Marc t’a demandé de m’aider, mais c’était inutile, tu sais. Tu n’aurais pas pu réussir. Personne ne peut. J’ai essayé d’arrêté la came, pour eux. Mais au fond de moi, je n’en ai pas envie. Je n’en ai jamais eu envie. - Mais pourquoi, Jérémie, ne puis-je m’empêcher de lui demander. Pourquoi n’en as-tu pas envie ? Et pourquoi te drogues tu ? Sa réponse me stupéfie, et me laisse sans voix : - Pour me détruire. Parce que c’est ma façon à moi de me détruire, et de quitter ce monde. Tu n’y peux rien. Personne n’y peut rien. Je sais que je fais du mal aux gens qui m’aiment, mais je ne veux plus vivre. J’ai essayé, pourtant, mais en vain. Il dépose le stylobille à côté de la grande carte, se lève, et quitte l’aquarium sans un mot supplémentaire. Je ne fais rien pour le retenir.
- Voilà ! fait Célestin en signant la carte à son tour. Admire ma signature de ministre ! J’y vois plutôt une signature de petit garçon, agrémentée de croix signifiant les bisous. - De ministre ? dis-je en souriant. Tu as envie de le devenir ? - Ministre ? Jamais de la vie ! Ils sont tous pourris. J’ai peut-être été un voyou, mais faire des crasses comme ces gens-là, non merci !
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