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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 286: Chapitre 53.1
(par lambertine, ajouté le 19/10/00 00:11)


Ben tourne en rond comme un lion en cage. Deux minutes de rameur, deux minutes de papillon, trois pompages...
- Dis, faudrait voir à te calmer un peu !
- Je peux pas, Jacob. Je peux pas. Ca m'excite, et ça me stresse. Tu peux pas savoir !
Il grimpe à l'espalier, saute, vraie pile électrique. Il a peur de partir. Une peur panique, et en même temps, le désir de retrouver le monde, ses parents, Déborah, la liberté. D'écouter sa musique. De revoir ses copains.
- C'est pas une bonne idée, les copains. Tu risques trop. Tu n'es pas prêt, encore.
Célestin présente un contraste flagrant avec son camarade. Immobile, inerte même, recroquevillé sur lui-même contre le plint, sa voix nous parvient sans qu'il relève la tête.
- Reste à la maison, avec tes parents. Pour cette fois, seulement. Vas pas trop vite. Tu es fragile, et tu le sais bien.
Oh oui, il le sait. Trop bien. Il sait qu'il n'a presqu'aucune chance de réussir un week-end sans rechute. Et pourtant ! Il est impatient de sortir, tout en étant terrifié. Il ne sait pas. Il ne sait plus. Il est perdu.
- Si on m'empêchait, seulement ! Si on me disait "non, reste ici" ! Mais je dois y aller. Je dois. Il me l'ont dit : ma vie est dehors. Si tu savais comme j'en ai envie, Cel' ! Et pourtant, je voudrais aussi te donner ma place, pour rester à l'abri, et que toi tu puisse rentrer chez toi. mais j'ai pas le choix.
- C'est en prison, chez moi. Ou au cimetière. Ils n'arrêtent pas de me le répéter.
- Dis pas de bêtises, Cel' !
- Je ne dis pas de bêtises.
Il relève la tête, rejette en arrière ses mèches noires emmêlées, dévoile ses yeux rouges d'avoir trop pleuré, cernés de n'avoir pas dormi.
- Ils n'arrêtent pas de le répéter. Thomas, et Catherine. Ils le pensent vraiment, tu sais. Je suppose qu'ils ont raison.
- Non, fais-je, triste et agacée. C'est Ben qui a raison. Tu racontes des bêtises. Tu as des tas de choses à vivre, avant d'aller au cimetière. Un stage de soudeur, par exemple.
- Je ne le ferai pas, ce stage. Je n'ai aucune chance d'être pris.
- On parie ? Allez, lève-toi. Il est l'heure de remonter.
Je lui tends la main. Il s'y agrippe, et se redresse péniblement, sans énergie, alors que nos compagnons quittent le gymnase.
- Maman m'a demandé de rester, encore un peu, m'avoue-t-il en confidence. Je vais essayer, pour elle. Je ne sais pas si j'y arriverai.
Je ne réponds rien. C'est inutile. Il sait ce que je pense, et ce que je voudrais penser.

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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.