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Les Hautes Fagnes

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                         
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Chapitre 76: Chapitre 18.2
(par lambertine, ajouté le 18/11/09 21:23)


Ou comme si nous l'étions nous-mêmes.
Est-ce civilisé de se saouler à mort et de prendre le volant ? Est-ce civilisé de se piquer à s'assommer au fond d'une cave ? A vendre le corps de femmes en pleine misère ? A acheter le corps de garçons en manque ? A laisser nos enfants aux soins d'inconnus pour mieux nous abrutir ?
Est-ce civilisé de laisser sa famille crever de misère ? De ne pas témoigner en faveur d'un innocent ? De ne pas se rendre compte que son enfant s'enfonce dans la déchéance ?
Est-ce civilisé de juger sans savoir ?
Et d'ailleurs, est-ce si important d'être civilisé ?
Je peux reprocher des milliers de choses au père de mes enfants. De m'avoir trompée sans vergogne. D'avoir gaspillé sa fortune en châteaux en Espagne. D'avoir abandonné ses enfants. De ne pas avoir pourvu à leur éducation. Je peux lui reprocher des milliers de choses. Mais sa Foi est sa Foi. Et elle vaut bien la mienne.
Mais si Gervaise le prends ainsi, elle me débarrasse de la corvée de l'aider à préparer à ce mariage. A se préparer à ce mariage. Tant pis pour elle. Tant mieux pour moi.
Je me tais. Je rentre en moi-même et me désintéresse des discussions en cours. De Gervaise, de sa fille, de sa robe, de son ex-mari, de sa mère et du reste. Des autres femmes présentes. Je rentre en moi-même, et je m'évade. C'est si facile de s'en aller. Ailleurs. Même sans boire.

Fin de la réunion. Je suis contente. Enfin ! Je suis fatiguée. De m’être exposée. D’avoir partagé malgré moi un peu de la vie d’une femme qui m’est indifférente, et qui, j’en suis certaine, ne m’aime pas. Nous ne pouvons pas choisir devant qui nous nous mettons à nu. Nous ne pouvons pas choisir nos confidents. Nous ne pouvons pas avoir de vrais confidents. Un vrai confident, un confident choisi, serait une relation privilégiée. Interdite. Sous peine d’exclusion. C’est le paradoxe du Centre. Parler de ses difficultés, sans se confier à personne. Plus difficile pour moi que d’escalader l’Everest.
Pas seulement pour moi.
Aurélien est assis dans un fauteuil rouge. Dans un des fauteuils mous du salon. Seul. Silencieux. Pâle comme la mort sous ses cheveux frisés. Je l’observe de loin. Je sais qu’il a peur, et pourquoi il a peur. Et de qui. Je ne devrais pas. Sauf s’il s’est confié à d’autres. Et il ne s’est pas confié à d’autres. Pas même à son compagnon de chambre.
Il a ressorti son bouquin. Son bouquin sur la fin du monde. Il fait semblant de lire. Mal. Il ne tourne pas les pages. C’est tout juste s’il ne tient pas le livre à l’envers. Les autres résidents le remarquent-il ? Je n’en sais rien. Ils font peut-être la même chose que moi. Laisser Aurélien tranquille. Seul avec lui-même. Seul avec ses problèmes. Avec ses angoisses. Avec ses soucis. Seul…
Chacun pour soi, m’a dit Patrick, ce matin même. Peut-être a-t-il raison ? Aurélien ne m’est rien. Et même… Me serait-il plus proche, en quoi pourrais-je l’aider ? Mais il m’inquiète. Il m’inquiète depuis le premier jour de mon séjour ici. Je n’arrive pas à m’empêcher de m’inquiéter pour lui. Pour lui, entre autres.
Il se lève. Se dirige vers la fenêtre. Contemple un bon moment la rue. Retourne s’asseoir. Reprend son livre.
Je ne peux rien pour lui. C’est à lui d’affronter son passé. D’affronter ses démons. D’affronter ses parents.

Il dépose, sans un mot, le plat de pâtes devant moi. Je me sers. Lui pas, toujours stressé. Célestin prend l’initiative de remplir l’assiette de son camarade.
- Je les ai préparées à ma façon, ces pâtes. J’ai dû frotter la manche à Maria pendant deux jours pour pouvoir le faire. Alors, mange. Je n’ai pas envie d’avoir bossé pour rien.
Pour rien ? Nous sommes trente-six résidents…



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Script fourni par 21st Century Scripts, adapté et modifié par Cédric Fockeu.