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Frodon à Orodruin - Lothiriel - 17/05/2003 eh oh, c'est ce que je me tue (hum ... n'exagérons rien!) à expliquer plus haut ! LOL, la meilleure pédagogie serait-elle la répétition ? ;-) petite réaction à une remarque de MJ : faut-il donc être chrétien (et qui plus est catholique) pour comprendre le sens chrétien (et qui plus est catholique) que peut prendre le SDA ? de plus, la "faute morale" évoquée par Semp' dans le post initial relève-t-elle forcément du péché, comme plusieurs d'entre nous l'ont manifestement considéré ? Tolkien était catholique, soit. cela implique-t-il que la notion de "faute morale" évoquée par Semp' dans le post initial ne peut être distinguée de celle de "péché" qui place la faute sur un plan de rapport à la divinité ? je ne pense pas. A mes yeux, Frodo faute (avec toutes les circonstances atténuantes évoquées) en cédant à la tentation du pouvoir (si j'ai bien compris, la connaissance d'Eru chez les hobbits est suffisamment faible pour écarter la notion de désespoir, de refus de Dieu, en gros. me trompé-je sur ce point également?). Dans la perspective d'un Anneau auquel nul ne peut résister, la question n'a effectivement plus de sens, il n'y a alors ni échec ni faute, seulement fatalité. pffff, tout ça pour en arriver là ;-) Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 17/05/2003 Lothiriel: compromis suppose concessions réciproques et pour un tel sujet, ce n'est pas évident ! Frodon à Orodruin - Moraldandil - 17/05/2003 Mj > Nos divergences me semblent fondamentales, et difficilement conciliables mais n'excluent ni le respect ni une certaine admiration. C'est la raison pour laquelle j'attendrai ton étude et me ferai une joie de la lire. Je suis parfaitement d'accord, et pense aussi que l'intérêt de la discussion n'est pas tant de concilier les points de vue que de les confronter. Le désaccord n'enlève rien au respect mutuel, au contraire il est souvent source d'enrichissement ; c'est le cas ici. La richesse d'un texte est aussi de pouvoir se lire dans des optiques différentes. Mj > Toutefois, pour la schizophrénie de Frodon je pense qu’elle est celle, naturelle et latente qui nous habite tous par la perception de notre aptitude à faire ou à penser tout et son contraire mais non l’état pathologique qui pourrait s’opposer à la responsabilité de ses actes Pour ce qui est de la "schizophrénie" de Frodon, j'ai employé le terme un peu librement. Je suis d'accord que les contradictions qui agitent Frodon partent d'un état inhérent à tout être humain, mais je pense que l'état de Frodon est bel et bien pathologique (même s'il n'est pas nécessairement schizophrénique au sens médical strict qui est celui des psychiatres) : il est vraiment malade de l'Anneau. A plusieurs reprises il apparaît franchement double, deux aspects de son esprit luttant pour le contrôle de ses actes et prenant le dessus tour à tour. Que cette lutte existe est normal ; qu'elle reste insurmontée au point de se traduire dans les actes mêmes ne l'est pas. L'Anneau semble avoir pour effet de dissocier la personnalité de Frodon en deux entités concurrentes, sans compromis possible. Mj > la permanence de son degré de volonté, je pense au contraire qu’il va, s’affaiblissant en direction de son objectif initial , tout au long de son cheminement et qu’il ne recouvre cette volonté qu’à l’ultime moment mais en faveur d’un objectif radicalement opposé. J'ai été un peu rapide. Je pense toujours que sa résolution se renforce bel et bien pendant le trajet, sinon il n'aurait tout simplement jamais pu l'accomplir. Mais la tentation, l'ensorcellement de l'Anneau croissent parallèlement et deviennent finalement insurmontables. La tension interne entre ces deux forces se manifeste par sa "schizophrénie" en usant de ce mot au sens large. Cynewulf > le fait de passer l'Anneau (l'acte formel j'entends en dehors de toute considération subjective...) représente une faute qui est celle de vouloir le pouvoir pour soi, et que même le seul fait de le désirer au point de le rechercher afin de pouvoir le passer au doigt...est une faute équivalente au fait de passer l'Anneau. Non. Enfin, à mon avis. La tentation de l'Anneau est inéluctable et n'est donc pas condamnable en soi. La faute est d'y céder volontairement et en connaissance de cause – et là il existe une possibilité de résister, comme nous le voyons dans les renoncements de Gandalf, Galadriel ou Faramir. Nos divergences proviennent me semble-t-il du fait que nous ne définissons pas la faute de la même façon. En ce qui me concerne, je ne parlerai de faute que s'il y a, d'une part, responsabilité de ses actes, ce qui implique la liberté de choix - sans quoi il n'y a pas de jugement moral possible - et d'autre part, conscience du caractère mauvais de la décision – sans quoi il ne s'agit que d'une erreur. L'inconscience est évidemment impossible dans le cas de Frodon, mais sa liberté de choix est en cause. Reste à voir ce qu'il lui reste de liberté au bord des Crevasses du Destin... s'ouvre alors la possibilité de bien des avis divergents, je rejoins Yyr là-dessus. Moraldandil Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 18/05/2003 Nos points de désaccord me semblent aujourdh'hui assez réduits,là où Quant aux notions de faute ou de liberté, au risque de me répéter je plaide pour: Finalement je trouve une grande similitude entre ce schéma et celui qu'on retrouve dans la passion !! Frodon à Orodruin - Lambertine - 18/05/2003 Waouw. Sujet riche entre tous, idéal pour passer une nuit blanche ... ce que j'ai fait ! Alors: La schizophrénie de Frodo : je ne suis pas psychiatre, mais, même si je suis fermement opposée à la "psychiatrisation" des actions humaines, je rejoindrai Moraldandil et dirai que Frodo est bel et bien "malade de l'anneau". Malade au sens médical, psychiatrique du terme. Il y a plus que le fait de devoir "tuer le vieil homme", plus que le devoir de résister à la tentation. L'anneau plonge peu à peu Frodo dans la folie. A long terme, il aurait pu en faire un nouveau Gollum ( qui lui est bel et bien dément ). Détruire l'anneau = mission impossible ? Oui. Parce que Frodo est humain ( les Hobbits sont des Atani, n'est-ce pas ? ). Or, nul être humain, de par son humanité même ne peut résister à la tentation suprême que représente l'Anneau. Car chacun est faillible. Mais le fait que tout homme, sans exception, aurait commi la faute ne fait pas que cette faute n'en reste pas une. Frodo a failli par son humanité. Personne n'a le droit de lui en vouloir, ni d'ailleur ne le condamne. Au contraire. Mais il n'en a pas moins failli. Il n'est pas Dieu. Il n'est pas le Christ ( qui lui aurait pu résister à la tentation de par sa divinité ). Il a donc besoin de la Providence pour aboutir et de la Grâce pour être pardonné. Frodo désire-t-il encore l'anneau après la fin de sa mission ? Oui, et encore une fois, nul ne peut lui jeter la pierre. Il le désire, et regrette ce désir. Il éprouve un manque. Si la tentation n'était pas quelque part agréable, ne flattait pas l'homme, il n'y aurait pas de mérite à lui résister. Au sujet de Gollum : Eru intervient par l'intermédiaire de Gollum. Dieu sait si je suis loin d'être "gollumophile". J'aurais probablement eu difficile - même en sachant que la miséricorde, la compassion, sont dans le plan de Dieu et correspondent à ma Foi - à rentrer dans la chaîne de compassion qui sauve Gollum tout au fil de l'histoire. Mais je finis quand même par me poser une question: Eru intervient en misant sur la chute, la faute de Gollum. Même si celui ci est quelqu'un de peu recommandable, assassin de son propre cousin,ce pari de Dieu sur la faute me fait froid dans le dos. Même si on ne sait rien de ce qui arrivera à Gollum " par delà les cercles du Monde". Encore une chose : personne ne reproche rien à Frodo, qui n'a rien caché de sa chute. Il aurait pu, comme je l'ai déjà dit précédemment, vouloir rester une légende vivante ( voir les paroles de Ioreth au couronnement ). On peut penser qu'il ait mis au courant de son "échec" Aragorn et Gandalf. Mais il ne s'est pas contenté de çà. Il a rendu, en quelque sorte, sa faute publique en écrivant son histoire, pour sa génération et les générations futures. Je crois que Frodo, conscient de ce qu'il a fait - et n'a pas fait - n'aurait jamais voulu garder çà pour lui, mai a voulu remettre les pendules à l'heure. Ce qui ne le rend que plus grand à mes yeux. Frodon à Orodruin - jean - 18/05/2003 Effectivement le sujet est riche et je n’arrive pas à suivre le rythme des messages. MJ> « je me sens battue d’avance » Sois assurée que dans nos débats je ne cherche pas à l’emporter ou à te « battre » d’une quelconque façon. Nos débats sont des échanges ou chacun exprime son point de vue sans chercher à imposer sont point de vue. Le désaccord entre nous n’exclue pas pour autant le respect réciproque. Si par hazard dans la chaleur de certains échanges tu as senti une volonté d’imposer un point de vue, c’est involontaire de ma part. Pour revenir plus au en amont cela correspond à la vraie tradition chrétienne. Dans le « Gloria », qui d’après la tradition a été appris aux hommes par les anges eux mêmes la nuit de Noël, il est bien dit « et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ». Ceci veux bien dire que quelqu’un de réelle bonne volonté et de parfaite bonne foie doit être regardé avec paix, même si ses opinions diffèrent des notre. Ou encore je citerais les paroles du Christ lui même dans Marc 9-40 « Qui n’est pas contre nous est avec nous » à propos d’un autre prêcheur qui faisait le bien sans suivre le Christ. Concernant la raison de la mélancolie de Frodo après son retour dans la Conté. Je ne pense pas être particulièrement pessimiste. Tolkien en revanche l’était certainement. Sa vie a été marquée très tôt par la mot et le *deuil et il a toujours ensuit envisagé l’avenir avec pessimisme. Dans une de ses lettres il dit lui même (citation de mémoire) « en tant que catholique je ne peux concevoir l’histoire que comme une longue défaite ». Je crois donc réellement que Frodo continue a désirer l’anneau même après sa destruction et que c’est ce qui l’empêche de jouir à nouveau de la vie. Nous en avons une confirmation dans Chapitre « les havres gris » dans RdR . Frodo est surpris par le père Chaumine qui « trouva Frodo étendu sur son lit [.] et il paraissait perdu dans un songe. IL A DISPARU A JAMAIS , disait il, ET MAINTENANT TOUT EST SOMBRE ET VIDE ». D’après moi c’est bien l’anneau unique dont Frodo parle à ce moment. Ceci est conforme à l’âme humaine. Pour prendre un comparaison même malhabile je prendrait l’exemple suivant. Un blanchisseur modeste qui trouverait dans un vêtement qui lui a été confié un ticket de loto gagnant et qui aurait choisi de le rendre à son propriétaire plutôt que de l’encaisser, aurait certainement fait le choix juste du point de vue de l’honnêteté. Cela ne voudrait pas dire qu’il ne ressentirait pas un petit pincement au cœur chaque fois qu’il verrait son ancien client passer en voiture luxueuse en se disant « dire que cela aurait pu être moi ». On peut même imaginer que pour éviter de laisser ce sentiment devenir envahissant il préfère déménager pour éviter de se retrouver trop souvent face à son gagnant. Je pense que c’est un peu de même pour Frodo. Malgré son choix juste, il ne peux pas s’empêcher de regretter l’anneau.. Une comparaison étant forcément imparfaite je reviens maintenant au texte de Tolkien. Je pense que tous ceux qui ont porté l’anneau se trouve avoir leur destin désormais lié à celui-ci. En conséquence une fois que l’Unique est détruit, ils n’ont plus de destin possible en TdM. Ils doivent donc : Arwen le dit elle même à Frodo qui s’étonne que Bilbo ne soit pas venu assister au mariage. « Cela vous étonne, Porteur de l’Anneau? [.] vous connaissez le pouvoir de cet objet qui est maintenant détruit; et tout ce qui a été fait par ce pouvoir est en train de disparaître. Et votre parent a possédé cet objet plus longtemps que vous « . Ce qui, à mon sens montre que après la destruction de l’anneau , les porteurs ne peuvent plus véritablement encore s’intéresser à la vie de la TdM. Yyr> D’autre par plus généralement, je pense que pour un catholique aussi pratiquant et dévot que l’était Tolkien il est impossible de séparer sa foie de sa vie et son œuvre. Un vrai croyant (probablement quelque soit sa religion d’ailleurs) vie sa foie au quotidien et à chaque instant dans chaque fibre de lui même. C’est ce que dit le psalmiste dans le psaume 139 entier et plus particulièrement « Que je me lève ou m’assoie, tu le sait. Tu perces de loin mes pensées. Que je marche ou me couche, tu es là. Tous mes chemins te sont familiers ». On trouve cela aussi dans st Paul 1CO 10-31 » Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu ». Donc même manger un sandwich doit l’être fait dans une perspective religieuse alors la rédaction d’un livre qui dure 14 ans et qui est particulièrement chère à son auteur doit l’être encore plus. Au risque de choquer certains je dirais donc en conclusion que pour un catholique il n’est rien de profane et que donc le SdA ne fait pas exception à la règle. Cordialement Frodon à Orodruin - sosryko - 18/05/2003 Permets moi, Jean, de corriger juste ce qui pourrait être mal interprété : Paul ne dit pas que manger un sandwich est un acte religieux en soi (il n'encourage ni le mysticisme ni la religiosité!) : il faut replacer le dernier verset dans son contexte pour se rendre compte que juste avant (v.29) il dit "Je parle ici, non de votre conscience, mais de celle de l’autre", c'est-à-dire qu'il demande à chacun de se veiller à son comportement pour ne pas choquer la conscience des autres sur des points de détails et qui ne relèvent pas du salut (v.32 "Ne soyez une pierre d’achoppement ni pour les Grecs, ni pour les Juifs, ni pour l’Église de Dieu") Frodon à Orodruin - Sylvae - 19/05/2003 Ylem : "Cette question de l’exercice possible ou non de la liberté individuelle face au Destin/Providence, est tout à fait centrale dans le SDA (…) J’avais pensé que plus personne ne souhaitait poursuivre sur ce thème, mais il semblerait bien que le sujet est loin d’être épuisé … Il serait bien malvenu de ma part de m’en plaindre ! " Tu es surpris de la force récurrente de ce thème !!! Mais l’idée la plus poignante de ce livre, l’idée sur laquelle se cristallise le plus aisément le phénomène d’IDENTIFICATION qui fait qu’on reste fasciné par un bouquin ! Je pense que si certains ne peuvent plus se détacher du Seigneur des Anneaux, le dévorent et le relisent avec la même jouissance, c’est parce qu’ils ressentent intensément cette identification aux personnages et à leurs dilemmes. La force de ce livre, c’est justement d’offrir un parfait miroir à notre "moi" le plus secret, c’est de mettre à nu l’intimité même de notre personnalité. Discuter sans fin pour savoir si Frodo a commis une "faute" ou un "péché", chercher des explications ou des excuses à ses actes (ou à ceux de Boromir, de Gollum, de Galadriel …), savoir jusqu’où peut s’appliquer le libre-arbitre, c’est se donner des explications ou des excuses à nos propres faiblesses, c’est vouloir se persuader que , nous aussi, nous pourrions avoir la grandeur d’âme de nous sacrifier pour une cause supérieure (ou pourquoi nous sentons que nous ne renoncerions avant ...) Que nous soyons croyants ou athées, de culture judéo-chrétienne, musulmane, bouddhiste ou que sais-je, je pense vraiment que ces "valeurs" sont inhérentes à la pensée humaine, modelées ou orientées différemment suivant notre éducation. Je VEUX croire que la nature humaine met en chacun de nous un peu de courage dans l’adversité, d’abnégation pour le bien collectif, de respect de l’autre, de remords ne n’avoir pas réalisé ce que l’on voulait (même avec circonstances atténuantes) … Puisque je me décide enfin à intervenir sur ce sujet, j’éprouve le besoin de dire pourquoi je ne l’ai pas fait jusque là, bien que j’en aie eu l’envie de nombreuses fois, allant même jusqu’à écrire des messages que je n’envoyais pas : parce que dans tous ces messages, il y avait beaucoup de "je". Ylem, Plaidoyer pour Frodo a été un des fuseaux où tu as exprimé le mieux ces sentiments, avec d’autres comme Affaire de volonté 1, 2 et 3, ou Frodon, Arwen, les Havres, et d’autres encore … Frodon à Orodruin - Ylem - 19/05/2003
Tout d’abord, vos interventions, Mj et Yyr, me font penser que j’ai effectivement oublié une précision à mon argumentation. Même dans un monde sans Dieu, la question conserve tout son sens : c’est celle de la réelle part de liberté de l’homme et ce qui relève du Destin, de la Fatalité, J’ai déjà eu l’occasion d’exprimer que, à mon sens, et même si Tolkien affirme que le sda est une réflexion sur « la chute, la mort et la machine », cette question de l’exercice possible ou non de la liberté individuelle face au Destin/Providence, est tout à fait centrale dans le sda (et pas seulement en ce qui concerne Frodo). On a pu aborder ça dans les 3 fuseaux « Affaire de volonté ». J’avais pensé que plus personne ne souhaitait poursuivre sur ce thème, mais il semblerait bien que le sujet est loin d’être épuisé... Il serait bien malvenu de ma part de m’en plaindre ! (*) dans le fond c’est un peu stupide ce que je dis là : cette vision de l’homme illimité n’est pas du tout optimiste ! C’est même tout le contraire. Elle lui enlève de manière absolue toute justification pour ses comportements inadéquats et le rend responsable de tout ce qui peut rater dans sa vie – y compris quand on est allé aussi loin dans la résistance et le don de soi que Frodo. Si Frodo est coupable, c’est que c’est toujours de sa faute si l’homme ne réussit pas - c’est que personne ne peut se dire innocent sauf ceux qui ont « réussi » - c’est que personne n’a le droit d’avoir des limites. Décidément, c’est bien trop désespérant… au delà de tous les arguments, je préfère bien penser que ce n’est pas de sa faute si Frodo ne peut pas jeter l’anneau ! ***** >Cynewulf : « faute » une question de vocabulaire, ou de connotation peut-être ? D’accord pour parler de faute de Frodo si l’on définit ce mot « fauter » comme « ne pas avoir fait ce qui aurait été dû être fait, dans le cadre d’un idéal absolu et sachant que, dans le cas de Frodo, cet idéal était hors de portée. Sinon, la notion de faute comprend, me semble-t-il, celle de culpabilité et celle-ci la notion de responsabilité. En une phrase, si l’on a fauté, c’est que l’on pouvait faire autrement – donc qu’on est coupable de cette faute =et responsable de l’avoir faite. ***** Concernant la question du sentiment de culpabilité… Dans la suite directe de la Lettre 246 citée plus haut, Tolkien indique que Frodo se sent coupable d’abord, du fait que l’espoir d’être accueilli en héros chez lui l’a effleuré Ca montre bien à quel point Frodo ne se juge pas lui-même comme digne de mérite. Voilà le passage dont il est question : « Au début, il apparaît que Frodo n’éprouvait pas de sentiment de culpabilité. Il avait été rétabli dans sa santé d’esprit et dans la paix. Mais alors il pensait qu’il avait donné sa vie en sacrifice : il s’attendait à mourir très rapidement. Mais ça ne se produit pas et l’on peut observer l’inquiétude qui grandit en lui. Arwen fut la première à en remarquer les signes, lui donna son bijou comme réconfort et pensa à un moyen pour le guérir. Lentement, il disparaît du paysage, parlant et agissant de moins en moins. Je pense qu’il est clair pour un lecteur attentif que lorsque ténèbres l’envahirent et qu’il prit conscience d’avoir été « blessé par poignard, morsure et un long fardeau », ce n’est pas seulement les souvenirs cauchemardesques des horreurs passées qui l’affligeaient, mais aussi un reproche sans raison, qu’il se faisait à lui-même : il s’estimait lui-même et tout ce qu’il avait fait comme un échec cassé. ‘Même si j’arrive à la Comté, elle ne paraîtra plus la même ; car je ne serai pas le même ». C’était une tentation hors de l’Obscurité, un dernier soupçon de fierté, le désir d’avoir pu revenir en ‘héros’, ne se satisfaisant pas d’être un simple instrument du bien. Et ce sentiment était mélangé avec une autre tentation, plus sombre, et encore (dans un certain sens) plus justifiée, bien que ça puisse s’expliquer, en fait, il n’a pas jeté l’anneau de sa propre volonté, il a été tenté de regretter sa destruction et d’encore le désirer ‘Il est parti pour toujours et maintenant tout est sombre et vide’, dit-il lorsqu’il se réveille de sa maladie en 1420. ‘Hélas ! Il est des blessures qui ne peuvent pas être guéries complètement, dit Gandalf – pas en Terre du Milieu ». *** Concernant la question de la tentation. Il me semble que tout qui a creusé la question ne peut avoir manqué de se poser la question de savoir ce que l’Anneau avait bien pu proposer à Frodo pour le tenter. Les discussions passées m’ont déjà donné l’opportunité de développer et argumenter pourquoi, de mon point de vue personnel, ni la gloire ni la possession ne pouvaient être des bons arguments aux yeux de Frodo. Il me semble que, pour autant qu’il faille poser la question de cette manière, il n’y a qu’une chose qui ait été réellement susceptible de le tenter : que rien de tout cela ne se soit produit – qu’il n’ait pas à porter ce terrible fardeau – qu’il ait pu continuer à vivre dans le temps de l’Innocence – et le monde avec lui. Puisqu’il est naturellement impossible d’effacer le passé (l’Histoire est linéaire !) ni de faire en sorte que le Mal n’existe pas, alors la seule chose qui pouvait le tenter, c’est de refuser les voir – et le seul moyen : ne plus exister lui-même. Pour moi, la tentation de Frodo est celle de la non-existence, du Néant, de la mort en tant que tel. *** Ylem. Frodon à Orodruin - Hisweloke - 19/05/2003 Sur la notion de "faute" et de "péché" discutée ici, il peut être utile de s'en remettre à ce que Tolkien dit à propos de Manwë dans les Myths transformed: "So [Melkor] offers to become 'the least of the Valar' and servant of them each and all, to help (in advice and skill) in repairing all the evils and hurts he has done. It is this offer which seduces or deludes Manwë - Manwë must be shown to have his own inherent fault (though not sin)* ... Ainsi [Melkor] offrit de devenir 'le moindre des Valar' et leur serviteur à tous et chacun, pour aider (par ses conseils et son talent) à réparer les maux et les dommages qu'il avait causés. Ce cette offre qui séduit ou trombe Manwë - Manwë doit être montré comme ayant sa propre faute inhérente (mais pas un péché)* ..." Avec en note: "Every finite creature must have some weakness: that is some inadequacy to deal with some situations. It is not sinful when not willed, and when the creature does his best (even if it is not what should be done) as he sees it - with the conscious intent of serving Eru. Chaque créature finie doit avoir quelque faiblesse: c'est-à-dire quelque incapacité à gérer certaines situations. Ce n'est pas un péché lorsque ce n'est pas volontaire, et quand la créature fait de son mieux (même si ce n'est pas ce qui devrait être fait) selon sa perception - avec l'intention conscience de servir Eru" Didier. Frodon à Orodruin - Ylem - 19/05/2003 >Sylvae Tu es surpris de la force récurrente de ce thème !!! >Mais l’idée la plus poignante de ce livre, l’idée sur laquelle se cristallise le plus aisément le phénomène d’IDENTIFICATION qui fait qu’on reste fasciné par un bouquin ! (…) PS : merci pour les liens. C’est vrai, il faudrait décidément que je me soucie de la technique pour les faire moi-même… Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 20/05/2003 Didier, bonjour ! Frodon à Orodruin - Hisweloke - 20/05/2003 MJ: "S'il y a tromperie, sans possibilité de discernement, il n'y a pas faute; l'habileté de Melkor a bien obscurci le jugement de Manwê, lequel n'a jamais douté de sa soumission à Eru." Oui, ou plutôt, il y a une faute (dans le sens de mise en défaut, ou d'aveu de faiblesse), mais pas un péché (dans le sens d'acte volontaire, responsable, à commettre la faute en question). Didier. Frodon à Orodruin - Yyr - 20/05/2003
Frodon à Orodruin - Lothiriel - 20/05/2003 merci à Ylem pour la citation de la lettre de Tolkien sur le sentiment de culpabilité de Frodo, qui ne concerne donc pas le fait d'avoir refusé de jeter l'Anneau, mais le fait de le désirer encore, ce qui sont deux choses différentes. au bout du compte, ce sentiment vient aggraver la souffrance créée par ce manque ... Frodon à Orodruin - Owina - 20/05/2003 Je n'ai pas pu intervenir sur ce forum pendant plusieurs jours , étant trop occupée . 1 Selon moi , dire "il y a faute mais pas responsabilité" est antynomique : il n'y a faute que s'il y a responsabilité,liberté de choix et possibilté de faire autement . 2 Frodon a fait tout ce qui était dans les limites de l'humain et n'était plus libre de son choix . - Et Là Lambertine , tu dis "Mais le fait que tout homme, sans exception, aurait commi la faute ne fait pas que cette faute n'en reste pas une. Frodo a failli par son humanité. Personne n'a le droit de lui en vouloir, ni d'ailleur ne le condamne. Au contraire. Mais il n'en a pas moins failli" Si détruire l'anneau est une mission impossible , alors elle est impossible : il n'y ni possibilté , ni liberté donc pas de faute !! Maintenant ( je me répète ) il faut considérer aussi que jamais la mission n'aurait réussie s'i n'y avait pas eu Gollum .. Sur ce point (et là on touche effectivement aux croyances personnelles qui dépasse le cadre le l'oeuvre ) je ne pense pas qu'Eru intervienne en misant sur la chute de Gollum ... a + Frodon à Orodruin - Cynewulf - 20/05/2003 Hisweloke: >Oui, ou plutôt, il y a une faute (dans le sens de mise en défaut, ou d'aveu de faiblesse), mais pas un péché (dans le sens d'acte volontaire, responsable, à commettre la faute en question). Merci à Hisweloke pour cette citation du HoME X (j'étais passé dessus sans faire le rapprochement...je crois que ça étaye un peu ma thèse de la faute objective sans responsabilité. Owina je crois que tu confond un peu faute et imputabilité de la faute: la premiere est ce qu'on pourrait appeler un acte dommageable (par exemple je te donne un coup du seigneur des anneaux en un seul volume...lol) l'autre sont les conditions dans lesquelles ont pourra dire que cette faute était consciente (peut tu reprocher à un enfant de deux ans de te donner un coup du même livre, puisqu'avec son intelligence limitée il ne peut pas se rendre compte de ce qu'il fait). Frodon à Orodruin - Hisweloke - 21/05/2003 "Et puisque que Tolkien était CATHOLIQUE" Certes, c'est un fait... Et alors? Oui, c'est ma sempiternelle ristourne, équivalent à "Est ce que ça éclaire le texte sous un jour nouveau". Mais j'avoue modestement que les rapprochements me laissent généralement de marbre (ils expliquent peu de choses), tandis que les divergences seraient intéressantes à lever (pour leur vision personnelle et leur interprétation de la foi, par exemple). Didier, amusé. Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 21/05/2003 Cynewulf : Hé voilà! puisque Tolkien était catholique !...voilà l'argument qui me faisait dire "je suis battue d'avance"! J’aimerais vous proposer un exemple ; après le prisonnier, après l’homme qui saute du toit, voici l’incendie : Voilà comment je pense que Frodon a failli même s’il est le seul à en avoir conscience Mais vous avez bien sûr le droit de dire selon vos convictions qu’il n’était pas dans le projet de Dieu qu’il réussisse, que ce n’était pas son destin. Pardon pour cet exemple si triste !! Mj Frodon à Orodruin - TB - 21/05/2003 J' ai, comme à l' ordinaire, quelques difficultés à m' immiscer dans un échange qui mélange un peu trop, de mon point de vue, personnages et auteur...Parle-t-on de Frodo, créature de Tolkien, ou de Frodo, personnage du roman, lui accordant une autonomie, une vie propre ? Ou ne doit-on considérer Frodo que comme un avatar plus ou moins fidèle de Tolkien, pensant ce qu' il pense, structuré mentalement, philosophiquement, religieusement, comme son inventeur, projection romanesque d' un pseudo-bovarysme tolkienien ? Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 21/05/2003 Le manichéisme de Tolkien a déjà maintes fois été évoqué mais il me semble que des fuseaux comme celui-ci parmi tant d'autres dont certains beaucoup plus philosophiques théologiques ou simplement érudits auraient plutôt tendance à démontrer sa subtilité à éveiller en nous des échos mutiples de tout l'éventail de nos principes moraux qui ne sauraient surgir d'un univers composé exclusivement d'anges et de tyrans.
Frodon à Orodruin - Cynewulf - 21/05/2003 Pour la petite phrase qui semble soulver la colère (ou l'amusement) de certains, je faisais juste référence à un post précédent de jean, qui montrait que si Tolkien était catholique il devait être cohérent avec sa foi...le "puisque Tolkien était catholique" ne fait que montrer que la doctrine catholique, si elle se rapproche ou si elle permet de comprendre certains points brumeux, peut tout a fait être utilisée, parce que Tolkien avait, disons, une "structure" d'esprit catholique. Donx si l'on retrouve des aspects concordants avec la doctrine catho, dans ce cas là sautons sur l'occasion et si je puis dire "appliquons le principe d'applicabilité" qui permet de laisser au lecteur sa liberté de d'interprétation (voir préface à la seconde édition du SDA) Frodon à Orodruin - Cynewulf - 21/05/2003 Pour que tout le monde comprenne mieux je me permet de citer jean: >Je ne peux pas être d’accord avec toi lorsque tu dit : » tous les arguments commençant par "Tolkien était catholique donc Frodo a ..." ne sont pas recevables ». D’autre par plus généralement, je pense que pour un catholique aussi pratiquant et dévot que l’était Tolkien il est impossible de séparer sa foie de sa vie et son œuvre. Un vrai croyant (probablement quelque soit sa religion d’ailleurs) vie sa foie au quotidien et à chaque instant dans chaque fibre de lui même. C’est ce que dit le psalmiste dans le psaume 139 entier et plus particulièrement « Que je me lève ou m’assoie, tu le sait. Tu perces de loin mes pensées. Que je marche ou me couche, tu es là. Tous mes chemins te sont familiers ». On trouve cela aussi dans st Paul 1CO 10-31 » Soit que vous mangiez, soit que vous buviez, quoi que vous fassiez, faites tout pour la gloire de Dieu ». Donc même manger un sandwich doit l’être fait dans une perspective religieuse alors la rédaction d’un livre qui dure 14 ans et qui est particulièrement chère à son auteur doit l’être encore plus. Au risque de choquer certains je dirais donc en conclusion que pour un catholique il n’est rien de profane et que donc le SdA ne fait pas exception à la règle. < (jean écris moi pour les droits d'auteur...lol) Frodon à Orodruin - Owina - 21/05/2003 Bien ton exemple MJ Du Gondor ! Non Cynewulf je ne confond pas faute et imputabilité de la faute... Frodon à Orodruin - sosryko - 21/05/2003 Joli post TB, et je préfère "interniste" et "externiste" :-)) Frodon à Orodruin - Owina - 21/05/2003 Oups , je me rend compte que j'ai été beacoup trop préssée tout à l'heure .. Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 21/05/2003 Mais non, Owina, Frodon n'est pas semblable à la Première mère! celle-ci a été jusqu'au bout: elle n'a pas échoué, elle est morte. Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 21/05/2003 Tiens moi,moi aussi j'ai confondu! enfin peu importe, je crois que nous nous sommes comprises ! Frodon à Orodruin - Owina - 21/05/2003 Non encore désolée , Frodon est semblable à la mère qui tente tout et meurt . Sur ce je m'arrête dans mon argumentaire .. Frodon à Orodruin - Angelyn_Lothlinde - 22/05/2003 Je ne suis pas théoricienne, alors je vais faire simplement. -la seconde est l'échec prévisible dû à son esprit. Frodon est résigné dès le départ, il sait (ou devine un peu faussement comme on l'a constaté) qu'il ne reviendra pas ou qu'il reviendra avec des blessures inéffaçables. Il a conscience dès le départ que plus rien ne sera jamais comme avant, et il sait qu'il ne peut rien faire pour changer cela. Il est contraint, résigné et donc perd tout espoir de fin heureuse pour lui. Il lutte dès le départ contre l'anneau certes, mais aussi contre lui-même. Alors quand enfin il en vient à accomplir sa tâche, non, il ne peut pas. Il a tout perdu...et que lui restera-t'il? Que certains ne soient pas trop prompts à juger cet acte. Auriez-vous pu faire ce qu'il afait et subir ce qu'il a subit? Pour ma part, je l'ai admiré de sa résistance incroyable à tout cela. (même si je maintiens qu'il est plaintif et égoïste!) Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 22/05/2003 Je pense effectivement qu'il est sage de s'incliner ! on n'y arrivera pas, ce n'est pas possible ! Frodon à Orodruin - Yyr - 22/05/2003
Mais, chère Owina, je n'ai pas l'impression que Frodo meurt. Tu dis : > Frodon aussi est allé jusqu'au bout - oui comme la première mère - > il est anéantit par l'anneau- c'est comme s'il était mort (d'ailleurs pour moi c'est la raison principal de son incapacité à vivre ). Je suis désolé, mais pour un mort, il se débrouille encore bien. Il faut faire la distinction entre perdre le goût à la vie et perdre la vie. Si l'esprit de Frodo avait été réellement anéanti, Sam n'aurait récupéré qu'une coquille vide. Ainsi je trouve que le Professeur exagère et fait une petite erreur dans son propos lorsqu'il dit "Je ne vois pas moi-même que la destruction de son esprit et de sa volonté sous la pression démoniaque et après torture (soit plus un échec moral, que la destruction de son corps aurait été, s’il avait été étranglé par Gollum et écrasé par la chute d’un rocher.". Je trouve les investigations de MJ très intéressantes ... Yyr
Frodon à Orodruin - Yyr - 22/05/2003
Ton exposé est intéressant à plus d'un titre, et entre autre, il montre quelque chose qui n'a pas été intégré jusqu'ici, à savoir que l'Anneau, sa Tentation, et sa destruction, ce n'est pas seulement le Mont Destin, c'est avant tout un chemin. Pas uniquement un chemin d'embûches et de fatigue, mais aussi un chemin de choix, de tentations et de chutes (et pas forcément liés à l'Anneau lui-même) ... qui participent au choix (non choix ?) final. (Ainsi, effectivement, je veux bien croire que l'échec de Frodo pouvait être pré-visible, dès lors qu'à la première tentation, il ne parvient pas à jeter l'Anneau dans sa cheminée !) Je crois aussi comme toi que Frodo était le plus "endurant" (mais pas forcément celui qui résistait le mieux à la Tentation), et que Sam eût été le plus apte à la fin ... mais il faut relever que ce qui lui donne, à ce magnifique Sam, de se dépasser et de vaincre la Tentation de l'Anneau, c'est ... son amour pour un Frodo accablé par l'Anneau (donc si on retire l'Anneau à Frodo, on retire peut-être la fermeté à Sam) ... le mystère du Bien ? ;) Il m'apparaît tout aussi évident que la quête avait une chance de succès a priori sinon elle n'aurait pas été tentée - je n'ai pas l'impression que le Conseil s'en soit remis à la seule Providence - dis avec moins de style que toi :) Enfin, de la part d'un de mes parents, du Peuple d'Aulë, je suis chargé de te remercier pour avoir rétabli la vérité par rapport au vol éhonté et inqualifiable du Coeur de la Montagne, l'Arkenstone ! C'est honteux de dire que Bilbo y a agit par altruisme (mais rassure-toi, cher Ylem, je n'ai pas donné ton nom à mon parent ; il m'a menacé, torturé, mais je n'ai rien dit ;)) Yyr
Frodon à Orodruin - Yyr - 22/05/2003 Bon ... après le Shibboleth de Ylem ;) le Shibboleth de Yyr je suppose :) ... - en apparté et concis - Cynewulf > Jean > ... Tout d’abord Tolkien a dit lui même dans une de ses lettres « le SdA est une œuvre entièrement catholique inconsciemment au début mais CONSCIEMMENT dans sa révision ». Oui*. Je suppose que, si quelqu'un pouvait encore l'ignorer sur ce forum, tous pourront maintenant en rêver la nuit ;). Il n'a pas dit en revanche qu'il était pertinent d'en faire un élément de lecture a priori de son oeuvre. Les reflexions qui vous ont été faites ne concernent pas les fois où vous avez proposé une lecture chrétienne a posteriori mais celles faites a priori, qui ont le tort, pour la méthode de partir sur une hypothèse arbitraire sinon spécieuse**/***, pour le sens de n'en prêter aucun autre à l'oeuvre que celui de l'intention***, et pour l'enchantement de le mettre à mal****. Sans compter que si Tolkien a méthodiquement viré toutes les références explicitement chrétiennes de son Oeuvre, c'était peut-être pour une bonne raison, non ? Pourquoi les y remettre ? :) En revanche, rien n'empêche d'y faire appel, non en amont mais en aval : pour parler de ce que *produit* le conte. Ainsi lui-même n'hésite-t-il pas à employer dans ses lettres les références chrétiennes pour *décrire* la terre-du-Milieu « selon lui (comme un autre) », exactement de la même façon qu'il l'emploit pour parler de notre Monde (primaire). Notez des mot comme « exemplifies », mis en italiques par lui-même. Pour Tolkien, la dialectique chrétienne, théologique, est un langage qui permet de mettre en valeur le sens de son monde, pas le pourquoi. Si vous vous sentez obligés de poser des énoncés externistes en pré-requis, ce n'est pas de l'applicabilité, c'est de l'allégorie, et c'est que l'auteur a mal fait son boulot, que le sens du conte ne peut être atteint par lui-même. Plutôt que de dire la chrétienté du SdA *à cause de* celle de l'auteur (qu'est-ce que j'en connais, de sa foi ? de sa relation intime avec Dieu ? et qu'est-ce que je connais des "impuretés" de sa foi qui auront faussé ses intentions ?), je préfère montrer la chrétienté que m'*inspire* le SdA (comme un grand :) sans l'aide de l'auteur (malgré lui)), et ainsi peut-être découvrir la foi de mon auteur (et la mienne). Jérôme * Notez qu'il l'a dit à son ami Robert Murray, pas à nous. A nous, il a écrit Faërie (on Fairy stories) ; lisez Faërie :) c'est encore mieux ! ** Enoncé : "Mes amis Bush et Blair sont des chrétiens fervents" (si, si : prières, messes etc... la totale). Pourtant, je ne sais pas si c'est à cause de la parabole de l'ivraie - sans doute suis-je naïf d'y trouver une contradiction majeure avec la guerre préventive -, ou de l'exigence de vérité - je n'ai vu nulle part dans l'Evangile qu'elle pouvait souffrir de la confection de fausses preuves même dans le but de convaincre ses partenaires du mal-fondé de passer outre la parabole précédente -, ou encore à cause de la prophétie selon laquelle « celui qui veut sauver sa vie la perdra ; celui qui la perdra à cause de moi la gagnera » - à nouveau je fais partie des simples d'esprit qui trouvent là une contradiction totale avec la mise en avant du principe selon lequel les intérêts et sécurité de la nation américaine passent avant tout le reste -, quelque chose me dit que cet énoncé ne me permettra pas d'éclairer les politiques et actions de mes amis Bush et Blair ... *** Il y a entre l'auteur et son oeuvre comme le rapport du parent avec son enfant : celui-ci doit être laissé libre de l'intention de ses parents ... (cf. le post de TB ;)) **** Cf. Etude et Créance Secondaire Frodon à Orodruin - Ylem - 22/05/2003 Pardon pour 'l'angélisme', donc. Il est évident que de multiples lectures sont possibles et pertinentes - y compris celle qui met en évidence les défauts, les bassesses, les erreurs, pourquoi pas même le ridicule de tous les personnages. A chacun de décider ce qu'il préfère voir et partager, non ? ;-) Frodon à Orodruin - jean - 22/05/2003 Yyr, je crois que nos positions ne sont pas forcément incompatibles. Je suis d'accord pour dire que le plus important est la lecture à postériori. De ce point de vue le SdA a été un véritable choc pour moi. Alors que j'avais commencé à lire ce livre un peu par hasard, il y a 14 ans, je me souviens tres bien m'être dit en le terminant "pour avoir écrit un tel livre à coup sur cet auteur était un catholique pratiquant". Alors que je ne connaisais rien de sa vie celà c'est imposé à moi comme une évidence. C'est ensuite pour vérifier cette hypothése que je me suis intéressé à sa biographie. Je suis donc parfaitement d'accord pour reconnaitre que c'est ce message induit qui est le plus important. Pour autant connaissant maintenant la volonté réelle de l'auteur je continue a penser qu'il n'y a rien de "spécieux" à ensuite rechercher avec respect et amour pour son texte les éléments cachés qu'il y a volontairement mis. * Celà détruit-il la féérie? Peut-être... Mais pour moi il suffit de me mettre a lire quelques pages pour m'y replonger entièrement et oublier mes réflections trop intellectuelles.
Frodon à Orodruin - Cynewulf - 23/05/2003 Yyr, je répondrais moi aussi à ton message, pour te dire en tout et pour tout que je me place pour fonder mes dires, sur un plan aussi psychologique que religieux: pouvait-il se détacher même consciemment des références au catholicisme: en clair, Tolkien a écrit un livre catholique, quel mal ensuite à rechercher dans les Saintes Ecritures pour voir d'où l'esprit de Tolkien a tiré la substance (et oui Tolkien est un sous-créateur, il ne crée pas dans le sens où il est obligé de construire à partir d'une matière préexsitante - hé oui moi aussi j'ai lu Faërie - j'ajouterais que Tolkien dit que l'Evangile porte en elle quelque chose qui embrasse toute l'essence du conte de fée, donc même le Seigneur des Anneaux tire sa substance de cette essence...au même titre que tous les autres contes de fées et les mythologies) Frodon à Orodruin - julien le sage - 23/05/2003 L'incapacité de Frodon n'est pas un réel échec pour lui il me semble qu'il ne revient pas dans la suite de ses aventures sur se fait. Ceci n'est encore moins une trahison, il a juste perdu son combat contre lui même. Parrallèlement à la bible il est vrai que certaine parabole affirme que si tu pêche du regard crêve toi un oeil (biensur j'extrapole à fond, que l'on me pardonne), l'anneau l'a trahi son doigt a été coupé... biensur cette mythologie a des aspects "catho" pas sa philosophie mais je pense qu'il ne faut y voir qu'une influence culturelle comme dans toute histoire.Qu'en est il de la race des hommes, ne croyez vous pas que si Tolkien avait voulu implicitement manifester la philosophie du christianisme, il l'aurait montré chez les homme?? Frodon à Orodruin - Sylvae - 23/05/2003 Bonjour Julien le Sage, Frodon à Orodruin - Lothiriel - 23/05/2003 Romaine, rassure-toi, je ne pense pas que quiconque veuille "réduire" le SDA à une oeuvre spécifiquement catholique. je pense qu'un sujet comme celui évoqué ici ne pouvait que mener à une réflexion dans ce sens, la notion de "faute morale" menant "naturellement" à celle de péché. ceci dit, comme je l'ai dit plus haut, je pense qu'elle a un sens, indépendamment d'une transcendance - transcendance dont, si je ne me trompe pas, Frodo en tant que hobbit n'a qu'une conscience vague, Eru n'étant pas le Dieu chrétien dans son rapport intime et personnel avec chaque croyant (théologiens et érudits de la religion en TdM peuvent m'éclairer, siouplait). Frodon à Orodruin - Sylvae - 23/05/2003 Quelques éléments de référence, SVP : Frodon à Orodruin - sosryko - 23/05/2003 >> Lothiriel : D'où ma surprise régulière devant le besoin, quand les sujets évoquent ces enjeux religieux, de préciser "moi lecteur chrétien", "moi lecteur athée", Une remarque qui fait plaisir à lire et une surprise partagée, avec un soupçon de tristesse et de lassitude. >>Sylvae : Quelques éléments de référence, SVP C'est dans le post d'Yyr du 02-05-2003 13:21 dans le fuseau Dans quelle mesure interpréter Tolkien que tu trouveras la première apparition du mot sur le forum. Sosryko Frodon à Orodruin - Finrod - 23/05/2003 julien le sage > Bienvenue parmi nous comme te l'as déjà souhaité Sylvae :-) Lorsque tu parles de "manifester la philosophie du christianisme" en la montrant chez les hommes, j'ai un peu de mal à te suivre. Bien entendu, les hommes (ou hobbits, ou elfes) de la Terre du Milieu ne peuvent être chrétiens (les histoires qui nous sont contées sont censées se dérouler avant l'ère chrétienne de notre monde). De même, le monde secondaire (comme notre monde primaire) est peuplé de personnes loin d'être parfaites : "nombre d'habitants [sont] bons, mauvais ou les deux à la fois comme il en va d'ordinaire" (Smith of Wootton Major) sans que cela n'empêche le lecteur de pouvoir s'interroger sur le fait que Frodo peut avoir commis une faute à un moment donné (au sens chrétien) ou exprimé de la pitié pour Gollum à un autre. Celui qui lit avec un regard chrétien pourra aussi se demander quel est le regard d'Eru/Dieu vis à vis des actions des hommes. Toutefois, comme le souligne Yyr, la lecture chrétienne de l'oeuvre peut être faite seulement a posteriori (et non a priori). Tolkien n'a ainsi jamais dans le LotR manifesté explicitement la philosophie du christianisme. Et c'est bien volontaire :-) De là découle la différence entre allégorie et applicabilité. Ainsi, romaine souligne très justement que le lecteur athée, ou bouddhiste, etc. pourra bien évidemment lui aussi participer à l'Enchantement du monde secondaire, ce qui serait moins évident si l'oeuvre nécessitait un regard chrétien pour être appréciée. Toutefois, il est également vrai qu'un lecteur chrétien pourra trouver dans un conte réussi "un reflet ou un écho lointain de l'evangelium dans le monde réel" (Fäerie, p. 201), même si cela laissera probablement de marbre le lecteur athée. Il est heureux que chacun puisse lire un bon conte suivant ses propres convictions :-). Tolkien, très imprégné de la religion catholique (qui représentait sans doute pour lui bien davantage qu'une simple influence culturelle) pose pour sa part un regard chrétien sur son oeuvre comme en témoignent les Letters (applicabilité). Mais cette oeuvre n'a pas été conçue comme une allégorie ou une parabole illustrant le message chrétien. Tout dépend de la foi de chacun. Laurent Frodon à Orodruin - romaine - 23/05/2003 Voyons...permettez moi d'intervenir d'une manière toute simple: Si Tolkien a indiqué qu'il avait fait dès le début une oeuvre catholique, d'abord inconsciemment et ensuite volontairement, est ce qu'elle est pour autant réduite à cela seulement? Il me paraît assez "normal" qu'un écrivain laisse transparaître dans son oeuvre son "arrière plan culturel" (disons spirituel, en l'occurrence). Et qu'ensuite il choisisse volontairement de laisser s'exprimer ce qui lui tient à coeur (sa spiritualité donc). Cependant, il écrit un conte, une " faerie", et il me semble que c'est plus large qu'un message religieux. Ne serait ce qu'à cause de la liberté qu'il a envie de donner au lecteur (cf "Faeries" justement, à moins que je n'aie rien compris) Je ne sais si des pays de culture non chrétienne ont manifesté pour Tolkien un engouement aussi grand qu'en europe, mais ça ne me semblerait pas impossible: Après tout, le Bien, le Mal, l'amitié, le courage, la compassion, ce n'est pas réservé à la Chrétienté. Est ce que l'oeuvre de Tolkien n'est pas plus ...universelle? (Et ne me dites pas que la religion chrétienne est universelle, hein, ce serait une pirouette ;o) ) Si oui, je ne vois aucun inconvénient à des lectures catholiques, au contraire, c'est enrichissant pour tout le monde. Mais il ne faut pas oublier que le lecteur athée aussi se laisse envoûter par l'enchantement, et ça me paraît (encore plus ?) important. Romaine (lectrice athée, mais ça, vous l'aurez compris...;o) ) NB: Pardon, on n'est plus du tout dans le sujet de Frodon à Orodruin, désolée... Frodon à Orodruin - TB - 23/05/2003 Re MJ du Gondor:
Frodon à Orodruin - TB - 23/05/2003 Re Yyr: Frodon à Orodruin - Yyr - 23/05/2003
Cher Sosryko, ta manière imagée de définir un *axondil (axo q. 'os' + (n)dil q. 'qui aime (normalement associé à l'idée d'étude)') me plaît, bien plus que l'esquisse rapide de définition que j'avais proposée, trop partiale :) et non aboutie ... nous en reparlerons, et j'attendrai ton regard critique quand je rédigerai mon Shibboleth un jour :) Dans cette approche, étrange au coeur des étoilés, tu fais bien par ailleurs de dire la différence entre étudier une pierre et abattre la tour (= allégorisation) (l'ennui c'est que tout le monde se réclamera bien sûr des premiers ... rien de nouveau sous la Soleil) ...
Merci pour ton mot :) - tout à fait dans la ligne de la discussion d'Etude et Créance Secondaire - il montre que nous sommes d'accord sur la problématique, même si nous n'y apporterons pas toujours la même réponse.
Je n'ai pas le temps de me fâcher, nom d'un magicien, mais si tu ne réponds pas à mon argumentation, je saurai quel nom donner à mon ami Nain :)
Dis tout de suite que nous coupons les cheveux en quatre ! hi ! hi ! hi ! :) :) :)
Tiens bon ! Ne lâche rien mon ami ! :) :) :)
Frodon à Orodruin - Mj du Gondor - 23/05/2003 TB : En dépit de ton affreux élitisme affiché (je manque peut-être d'humour) tu sais très bien que je ne suis que trop d'accord avec toi mais je te reprochais de généraliser trop facilement cette vision réductrice dont font preuve certains lecteurs de Tolkien en ne reconnaissant pas le droit à l'erreur à leurs héros favoris; elle ne pouvait en aucun cas te concerner; comme toi je le présume, ma préférence va aux héros imparfaits peut-être pour le seul plaisir d'exercer mon indulgence ou de me reconnaître dans leurs faiblesses. Frodon à Orodruin - romaine - 23/05/2003 A Lothiriel: Sur la signature, j'ai eu envie de me définir, en souriant tout de même ;o). Ce qui peut limiter mon jugement, c'est parfois une méconnaissance de la sphère religieuse, non une opposition matérialisée par une signature. Sur le fond, je me retrouve assez bien dans ton post et dans celui de Finrod. Je suis donc rassurée... A Yyr: "Dis tout de suite que nous coupons les cheveux en quatre ! hi ! hi ! hi ! :) :) :)" Alors là, tu m'as bien eue! ;o) Mais non, tu sais très bien que ce n'est pas ce que je voulais dire ;o)))) A MJ: Merci, je craignais justement de n'avoir pas été assez compréhensible :o) Frodon à Orodruin - Cynewulf - 24/05/2003 A tous ceux qui ont accé leur réflexion sur le christianisme chez Tolkien je me permet de leur donner rendez vous sur le fuseau "Jusqu'ou interpréter Tolkien" qui sera sans doute plus approprié, il serait en effet pas mal de reprendre la discussion sur la question première, maintenant rien ne nous empeche de faire des liens entre les deux fuseaux. |