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#1 18-05-2015 18:48

jean
Inscription : 2002
Messages : 893

Robert E. Howard - Conan

A force de voir notre ami Hyarion vanter les mérites de Conan, j’ai voulu me faire une idée par moi-même en lisant les livres et pour ne plus avoir comme seule référence le film « Conard le barbant » que j’avais vu il y plus de trente ans.

Je me suis donc procuré « Conan le Cimmérien » en édition de 2007. Il s’agit semble-t-il des versions originales de Howard, expurgées des ajouts ou modifications de continuateurs ou correcteurs plus ou moins fidèles. Le recueil comprend une quinzaine de courtes nouvelles, rangées dans l’ordre chronologique de publication.  Mes impressions sont mitigées.

Je reconnais un vrai pouvoir d’imagination, un style nerveux et un vrai sens du récit, ce qui n’est déjà pas si mal. Cependant je suis mitigé pour différentes raisons :

-    Manque de cohérences d’une histoire à l’autre. On voit bien que l’auteur a écrit une nouvelle puis une autre sans chercher au départ vraiment à les relier. Quand les nouvelles paraissaient séparément, le lecteur pouvait probablement oublier ces hiatus, mais quand on les lit en une après midi à la suite c’est assez gênant
-    Des histoires terriblement répétitives, à une ou deux exception près le plan est toujours le même
-    Une apologie du meurtre et de la violence et un culte du surhomme qui me semblent difficilement acceptables. Peut être suis-je victime de « snobisme temporel » en jugeant avec les critères d’aujourd’hui un œuvre d’il y a 80 ans, mais j’ai vraiment été gêné.

En résumé, je ne suis pas sur de m’attaquer aux deux autres volumes

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#2 19-05-2015 07:36

sosryko
Inscription : 2002
Messages : 1 959

Re : Robert E. Howard - Conan

Je ne suis pas le mieux placer pour défendre le Conan de Howard car mes lectures remontent à loin. Mais on trouve en ligne un entretien avec Patrice Louinet, traducteur des nouvelles qui donne un réponse intéresante à la critique sur la cohérence des récits.

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#3 20-05-2015 18:01

Hyarion
Inscription : 2004
Messages : 2 322

Re : Robert E. Howard - Conan

Avant de découvrir l'ensemble de la série des histoires de Conan le Cimmérien dans l'édition en trois volumes établie par Patrice, j'ai lu ma première nouvelle de Howard mettant en scène Conan - La Citadelle Écarlate - dans La Grande Anthologie de la Fantasy de chez Omnibus en 2004, en même temps que j'ai découvert la musique de Basil Poledouris pour le film de John Milius, Conan the Barbarian, que je n'ai vu qu'un peu après ensuite, en même temps qu'Excalibur de John Boorman. Voila donc une bonne dizaine d'années que j'arpente les terres de l'Âge Hyborien, autant que j'arpente la Terre du Milieu découverte quelques années plus tôt...

Travaillant toujours actuellement sur un modeste projet consacré à Howard et à Tolkien, vous comprendrez que je préfère, pour le moment, ne plus trop m'étaler en ligne sur le sujet et réserver largement mon propos à une certaine maison d'édition draconienne, sans quoi je n'en aurai jamais fini de cette longue aventure... Mais je suppose que mon intervention est quand même (un peu ?) attendue, alors voici tout de même quelques mots (enfin, "quelques"... façon de parler, vous me connaissez).

Si vous le voulez bien, commençons par faire le point sur un plan pratique, déjà fait une fois sur le forum de Tolkiendil il y a quelque temps. Après bien des années de navigation dans le brouillard, l'œuvre de Robert E. Howard a donc fait l'objet, grâce au travail d'édition de Patrice Louinet tant aux États-Unis qu'en France, d'une réédition solide chez Bragelonne en France. Je ne citerais ici que les recueils de récits de Kull et Conan (plusieurs autres recueils d'histoires ont été publiés, sachant que la fiction howardienne ne se limite pas à la fantasy, loin s'en faut !) :

- Kull le roi atlante : http://www.noosfere.org/icarus/livres/n … 2146577008
- Conan le Cimmérien (premier volume, 1932-1933) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/n … 2146571545
- Conan - L'Heure du dragon (deuxième volume, 1934) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/n … 2146572509
- Conan - Les Clous rouges (troisième volume, 1934-1935) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/n … 2146573900

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Pour lire Howard en version originale, on pourra se diriger vers les versions anglophones du travail de réédition de Patrice, parues chez Wandering Star au Royaume-Uni et chez Del Rey Books/Ballantine Books aux États-Unis (avec des titres malheureusement impropres et/ou racoleurs, non désirés par Patrice, concernant l'édition américaine des volumes de Conan) :

- Kull, Exile of Atlantis : http://howardworks.com/Kull-DelRey.html
- The Coming of Conan the Cimmerian : http://howardworks.com/ComingofConan-DelRey.html
- The Bloody Crown of Conan : http://howardworks.com/BloodyCrownofConan-DelRey.html
- The Conquering Sword of Conan : http://howardworks.com/ConqueringSwordo … elRey.html

jean a écrit :

En résumé, je ne suis pas sur de m’attaquer aux deux autres volumes

Ce serait dommage de renoncer après n'avoir lu que le premier volume Conan le Cimmérien, Jean. Les deux autres volumes contiennent certaines des meilleures histoires de Conan, et même certaines des meilleures histoires écrites par Howard durant sa courte mais prolifique carrière littéraire. Il faut avoir lu les nouvelles Une Sorcière Viendra au Monde !, Les Clous Rouges et Au-delà de la Rivière Noire si on ne veut pas passer à côté de Howard à son meilleur concernant sa création la plus célèbre (même si on peut déjà en avoir une bonne idée en lisant, par exemple, La Tour de l'Éléphant). Je ne peux que recommander par ailleurs les récits mettant en scène Kull (prononcer "Keul"), roi atlante de Valusie, des récits écrits avant ceux mettant en scène Conan et volontiers imprégnés de questionnements métaphysiques.

Pour le lecteur qui chercherait une alternative à l'achat de tous ces volumes, il faut savoir que Milady, la collection de poche de Bragelonne, a aussi publié une petit florilège des meilleures histoires de Conan, en petit volume et à petit prix. La couverture est très moche, mais les nouvelles de Howard que contient le recueil sont excellentes :

- Conan (sélection de nouvelles) : http://www.noosfere.org/icarus/livres/n … 2146579884

jean a écrit :

A force de voir notre ami Hyarion vanter les mérites de Conan, j’ai voulu me faire une idée par moi-même en lisant les livres

Merci à toi, Jean, d'avoir ouvert ce fuseau et d'avoir pris le temps de partager ici ton avis.
Depuis la création de la section "Autour de Tolkien" sur ce forum, sous mon parrainage d'après Elendil, je me suis gardé de créer un fuseau sur l'œuvre de Howard (qui ne se limite pas à Conan, encore une fois) car je souhaitais que ne vienne pas directement de moi la volonté d'en parler ici, si jamais elle devait se faire jour en ce lieu avant tout tolkienien et profondément marqué par un certain horizon, chrétien d'une part, d'érudition linguistique d'autre part, et aussi foncièrement anti-Jackson d'autre part encore et pour les raisons que l'on connait. Quand je parle de Howard, ici ou ailleurs, je ne fais pas de propagande, croyez-le bien (pas plus que je n'en fais quand je parle de Tolkien chez les howardiens) : par nature, les excès de passion du "fan", quel que soit l'objet de son culte, ne sont pas ma tasse de thé. Par contre, il m'arrive d'estimer, sans forcément l'exprimer, que s'il y a bien des consciences qui peuvent mériter d'être de temps en temps sainement secouées en termes de considération sur la créativité et sur l'art, celles des tolkieniens peuvent en faire partie, notamment celles de ceux qui entendent prendre Tolkien au sérieux quand d'autres écrivains sembleraient, à en lire certains, le mériter moins.

sosryko a écrit :

on trouve en ligne un entretien avec Patrice Louinet, traducteur des nouvelles qui donne un réponse intéresante à la critique sur la cohérence des récits.

L'entretien avec Patrice fort justement indiqué par Sosryko, répond aussi, me semble-t-il, au troisième point évoqué par Jean dans son message.

S'agissant des "histoires terriblement répétitives", Elendil a prononcé un jugement semblable à celui de Jean dans le section adhérents du forum de Tolkiendil, au début de cette année. Si je respecte évidemment les goûts de chacun, j'avoue que ce type de critique me laisse un peu perplexe, a fortiori si elle devait se révéler caractéristique d'un lecteur "expert" ou spécialiste de Tolkien, car dès lors, puisqu'on a l'amabilité de me citer, je me demande ce à quoi vous vous attentiez éventuellement en fonction de ce que j'ai pu écrire sur Howard dans les forums tolkieniens pendant toutes ces années... Lire Howard suppose de laisser un peu de côté ses habitudes de lecture tolkienophiles quand on en a, je pense, et c'est d'ailleurs la même chose dans l'autre sens. Je salue en tout cas l'effort de lecture quant tant de gens se permettent encore de parler de l'œuvre de Howard sans jamais en avoir lu une ligne, ou en se limitant aux films et aux comics qui sont autant de miroirs déformants...

Quant à parler d'"apologie du meurtre et de la violence" et de "culte du surhomme", cela me parait hautement discutable en tous les cas, même si je respecte ton point de vue, Jean. En mettant en scène la violence propre à nos sociétés, la carte que joue Howard est celle du réalisme, ni plus ni moins. Et lorsqu'il écrit, dans la Tour de l'Éléphant, que "Les hommes civilisés sont plus discourtois que les sauvages, car ils savent qu’ils peuvent se montrer impolis sans se faire automatiquement fendre le crâne" ("Civilized men are more discourteous than savages because they know they can be impolite without having their skulls split, as a general thing."), qui pourrait sérieusement nier la profonde part de vérité contenue dans ces mots ? Howard ne nous parle pas de barbares obtus dont le comportement devrait être rejeté et méprisé par les personnes "évoluées" ou a fortiori par des gens bien élevés pouvant rêver d'être des Elfes tolkieniens gardiens de la Connaissance : Howard nous parle de nous, oui de nous, tous, les prétendus "civilisés" censés avoir évolué vers "l'amour du prochain", il parle de nous et de notre hypocrisie, particulièrement vis-à-vis de la violence. Nulle apologie là-dedans, me semble-t-il : Howard est juste réaliste, en ayant des choses à dire sur le genre humain et sur le monde primaire qui valent bien, en matière d'éclairage, et même sans inspiration religieuse, ce qu'en a pu dire un Tolkien (je pense à Yyr qui exprimait un jour son émotion en ces lieux sur le fait que Tolkien nous parlait de nous... Cf. le fameux fuseau sur Tolkien et la "Machine").

Il faut lire la correspondance qu'a entretenu Howard avec Lovecraft à partir de 1930, et publié en anglais chez Hippocampus Press (A Means to Freedom: The Letters of H. P. Lovecraft and Robert E. Howard, 2 vol., 2009, rééd. 2011). Un exemple bien connu : cet extrait d'une lettre de Howard à Lovecraft datée du 5 décembre 1935, dans laquelle le créateur de Conan critique sans ambiguïté l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie fasciste au nom de la "civilisation", motivation mis en valeur par Lovecraft pour justifier une guerre.
Je reprends une traduction rapide qu'en avait faite Patrice Louinet en 2007 sur le forum d'ActuSF :

Vous vous étonnez que je dise que les hommes “civilisés” essayent toujours de justifier leurs exactions, pillages et massacres en déclarant qu’ils agissent dans l’intérêt de l’art, du progrès et de la culture. Que ce simple constat vous surprenne m’étonne et me surprend. Ceux qui se targuent d’appartenir à une civilisation supérieure ont toujours déguisé leur rapacité avec de tels arguments.
Vous dites que certaines guerres sont déclarées afin de défendre la civilisation. Pouvez-vous m’en citer une récente ? La guerre du Mexique, où une culture latine a été remplacée par une culture anglo-saxonne en certains endroits ? La guerre de Sécession où une oligarchie agraire a été broyée par une oligarchie industrielle ? La guerre entre l’Espagne et les États-Unis dans laquelle nos capitalistes se sont emparés d’une île pour s’approprier ses richesses en sucre ? Ou alors était-ce la Guerre Mondiale dans laquelle les Allemands ont massacré à tout va pour étendre leur Kulture, tandis que les alliées combattaient eux afin « de faire de la planète un endroit plus sûr pour la démocratie » (et au passage protéger les investissements européens de Wall Street.) ? Ou alors, est-ce le conflit actuel en Afrique où les Ritals sont en train de civiliser ces ignorants d’Éthiopiens à coup de gaz mortels et de balles dum-dum ? J’ai du mal à comprendre votre étonnement parce que les civilisés ont toujours professé les motifs les plus nobles pour justifier leurs atrocités les plus infâmes...
Votre ami Mussolini en est un exemple frappant. Dans la traduction de ce discours que j’ai écouté, il parlait avec emphase de l’expansion de la civilisation. Il a déclaré a plusieurs reprises que « l’épée et la civilisation marchaient de concert ! » ; « Où que soit brandi le drapeau italien, ce sera un symbole de civilisation ! », « l’Afrique doit rentrer dans le giron de la civilisation ! »
Ce n’est pas, bien sûr, en raison d’un quelconque but égoïste qu’il a envahi un pays sans défense, bombardant, brûlant et gazant combattants et non-combattants sans distinction par milliers. Oh que non ! selon ses déclarations, tout cela était dans l’intérêt de l’art, de la culture et du progrès, tout comme les seigneurs de guerre allemands étaient bien déterminés à apporter à un monde ignorant les bienfaits de la Kulture Teutonne, par le feu, le plomb et l’acier.
Jamais au grand jamais les nations civilisées n’ont de motifs égoïstes pour massacrer, violer et piller ; il n’y a que les barbares pour faire cela. Lorsque les Belges ont mutilé plusieurs milliers de nègres du Congo, c’était là aussi pour défendre la civilisation. Lorsque l’Allemagne a pénétré les frontières belges sans défense, c’était là aussi pour protéger la civilisation, dont ils étaient les représentants. Mais les alliés eux aussi défendaient la civilisation. Dans ce carnage, chaque camp proclamait être le seul défenseur de la civilisation.
Vous dites que « les fruits de la civilisation doivent être préservés à tout prix ». Qui donc voudrait s’emparer de ces fruits ? Les Éthiopiens ?

Robert E. Howard, lettre à H. P. Lovecraft, décembre 1935.

Pour ce qui est du supposé "culte du surhomme", je me permets de renvoyer à ce que dit Patrice dans l'entretien indiqué par Sosryko ("certains s’obstinent à voir en Howard le chantre du surhomme nietzschéen alors que ses convictions philosophiques étaient diamétralement opposées... Sans doute une indigestion de Milius..."), même si je ne partage pas cependant la tendance de certains howardiens à parfois un peu trop charger la barque s'agissant de John Milius pour défendre Howard (lequel ne devrait pas plus avoir à être défendu face à Milius que Tolkien n'a à être défendu face à Jackson, même si Howard a longtemps bien plus souffert que Tolkien en matière de déformation de sa réception par la faute notamment de L. Sprague de Camp ; du reste, une citation liminaire de Nietzsche en début de long métrage n'oblige pas à faire une lecture pseudo-nietzschéenne voire "fascisante" de tout un film et ce serait même idiot de le faire, en plus d'être totalement subjectif).

Je vais vous faire une confidence, belles gens de Faërie... Au bout de toutes ces années, c'est parfois un immense sentiment de lassitude qui m'envahit quand je vois à quel point les préjugés ont la vie dure. Mais entendons-nous bien, je ne parle pas là seulement des préjugés récurrents des tolkieniens à l'égard de Howard et plus généralement à l'égard de toute la tradition de la fantasy venue des États-Unis dont le créateur de Conan est la figure majeure, mais aussi tout autant des préjugés des howardiens à l'égard de Tolkien et plus généralement à l'égard de la tradition européenne de la fantasy dont Tolkien est la figure majeure (mon propos est symétrique à dessein).
Le constat n'est pas nouveau. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire en 2013 dans un fuseau d'un forum howardien (objet d'une discussion à propos d'un épisode de l'émission BiTS, et où un échange passé sur un fuseau de JRRVF avec notamment une erreur d'interprétation d'Elendil concernant les Cimmériens de Howard avait notamment été évoqué) :

Sur le forum du site Robert-E-Howard.fr, en 2013, votre serviteur a écrit :

Au bout de toutes ces années de discussions et de fréquentations de forums/fora, je crois pouvoir dire que le principal point commun entre les deux communautés de lecteurs, c'est avant tout (hélas) la montagne de préjugés qu'ont les uns vis-à-vis des autres et de ce qui peut leur plaire chez leur auteur favori. Pour les uns, Howard, c'est forcément une histoire bien peu spirituelle de barbares avec slip de fourrure et cervelle de moineau sous stéroïdes ; pour les autres, Tolkien, c'est forcément une histoire moralisante d'elfes blonds sophistiqués et aux oreilles pointues avec des hobbits joufflus et de vilains orques, etc. Dans ces conditions, on pourra comprendre qu'il est difficile, pour ce qui me concerne, d'aborder un sujet sur le terrain d'un autre, tant les deux planètes (les Deux Tours, dirait Steve Tompkins) semblent être, chacune à leur manière, des terres de mission ! ;-)
Quand j'entend un howardien dire que le Seigneur des Anneaux est une "trilogie" et que ce faisant il se fie plus aux films de Jackson qu'à l'œuvre originale, ou quand j'entend un tolkienien dire que Howard ne compte pas autant dans la littérature de l'imaginaire que Tolkien alors qu'il n'a lu que des Conan version de Camp il y a longtemps et qu'il ne connait finalement surtout de Howard que les films de Milius et Fleisher... je me dis que dans un cas comme dans l'autre, le chemin de la connaissance est encore long ! Et je dis cela avec beaucoup de modestie, car moi-même j'apprends tous les jours.

Au moins en sommes nous - enfin - arrivés au point où, après avoir pour ma part porté plus ou moins seul la torche howardienne ici pendant des années, au point d'en avoir été félicité par Patrice (maintenant que j'y repense) et sans pour autant avoir cherché à adopter par là une attitude singulière, ce sont des textes de Howard, et avant tout d'eux que l'on pourra désormais parler.
Dommage, évidemment, que certaines idées reçues, décidément, semblent encore cependant perdurer malgré l'effort de lecture, mais on ne peut décemment blâmer quelqu'un qui prend la peine d'essayer de dépasser la dichotomie "j'aime/j'aime pas" et qui reconnait chez Howard "un vrai pouvoir d’imagination, un style nerveux et un vrai sens du récit", ce qui n'est pas si mal pour un lecteur tolkienophile pas forcément habitué à la fantasy des origines en sa branche développée de l'autre côté de l'Atlantique. Merci donc encore à toi, Jean, d'avoir bien voulu partager ton avis ici, fut-il mitigé.

Il y a environ un mois a été publié, chez ActuSF, un ouvrage de Patrice Louinet, le Guide Howard, qui peut aider à balayer bien des préjugés persistants encore sur Howard et pour lequel j'ai laissé un commentaire sur Amazon sous mon vrai prénom (je ne veux pas donner l'impression de "la ramener", mais il n'y a pas seulement deux "B.B." [ou que 2 "B²"] sur JRRVF et ailleurs : il y en a aussi un troisième, bien que je sois certes nettement moins versé dans l'étude des langues que les deux autres, que je salue néanmoins s'ils passent par ici... ;-) ...). Je me permets de renvoyer à ce que j'ai écrit sur ce site pour inviter à la lecture de ce petit ouvrage qui se lit facilement : http://www.amazon.fr/review/R15UYWIIB70 … tore=books
On en parle aussi dans un fuseau du forum de Robert-E-Howard.fr.

Il y aurait tellement d'autres choses à dire... J'espère pouvoir terminer enfin mon projet bientôt : d'abord parce que cela fera sans doute plaisir au Dragon et ensuite aussi parce qu'il sera naturellement bien plus simple pour moi d'y renvoyer quand ce sera fini.

Amicalement, :-)

Hyarion.

P.S. >>> Note pour JR, qui nous avait un jour confié ici en 2011 avoir bien aimé revoir le Conan de John Milius en suivant les (sages) conseils de certains JRRVFiens cinéphiles : grosso modo, penser que le film de Milius est fidèle à Howard, c'est comme penser que les films de Peter Jackson sont fidèles à Tolkien... ce qui ne doit évidemment pas empêcher, en tous les cas, de trouver de vraies qualités au film en lui-même ! ;-)

[EDIT: correction de fautes]
[EDIT 2 (22/03/2024): reformatage de l'image]

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#4 21-05-2015 08:17

jean
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Re : Robert E. Howard - Conan

Ah ! Hyarion, je me doutais bien que tu ne résisterais pas à la tentation, je trouve même que tu as été un peu long à réagir wink . En tout cas je ne suis pas déçu et je t’admire d’avoir le courage et le temps d’écrire des posts aussi longs. Je suis en Roumanie et je ne peux pas te répondre plus en détail mais j’essaierai d’argumenter ma position ce week end

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#5 21-05-2015 21:45

Hyarion
Inscription : 2004
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Re : Robert E. Howard - Conan

Je suis moi-même bien occupé ces jours-ci, entre contraintes professionnelles diverses et nombreux voyages en train : j'avais vu ton message de lundi soir le lendemain matin, Jean, mais n'ai pas pu y répondre avant le jour suivant. ;-)

Je me permets d'indiquer un lien supplémentaire vers un autre entretien accordé tout récemment par Patrice à l'occasion de la sortie de son Guide Howard paru chez ActuSF : http://www.actusf.com/spip/article-20597.html

Patrice y parle à nouveau de Howard et de Conan, et recommande in fine par ailleurs la lecture de la nouvelle L'Ombre du Vautour, publiée dans le recueil Le Seigneur de Samarcande paru chez Bragelonne après les volumes de Conan et dédié aux récits historiques de Howard, un des genres littéraires préférés de l'écrivain. Je ne peux que chaudement recommander moi-même la lecture de cette excellente nouvelle, dont l'action se passe pendant le siège de Vienne par les troupes de Soliman le Magnifique en 1529 et dont un des personnages principaux s'appelle Sonya de Rogatino (à l'origine de Red Sonya, créée bien plus tard par Roy Thomas comme personnage de comics mais qui est très différente de la Sonya originale de Howard, notamment en ce qui concerne son habillement !).

1432236982_howard_sonya_seigneur-samarcande_bragelonne.jpg

Amicalement,

Hyarion.

(EDIT: mise à jour d'un lien hypertexte)

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#6 25-05-2015 11:21

jean
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Re : Robert E. Howard - Conan

Le week end étant déjà bien avancé, je prends le temps d’apporter quelques précisions comme je l’avais promis.

Tout d’abord quelques informations  sur ma connaissance de Conan avant mes lectures du mois dernier. C’est simple elle était à peu près nulle. J’ai découvert ce héros en 82, je devais retrouver un bateau à la Rochelle comme équipier avec quelques amis. Le bateau était en retard et nous avions 4 heures à attendre il pleuvait et il faisait froid. Nous sommes donc tous entré dans le premier cinéma venu et nous avons vu le film « Conan le barbare » totalement par hasard. A la sortie nous l’avons renommé « connard le barbant » mi par humour potache mi car nous l’avions trouvé risible. Durant 25 ans cela à été ma seule référence et j’ignorais totalement qu’il s’était agit d’abord d’un héro de livres.

Ensuite j’ai vu que tu en parlais régulièrement mais comme je ne connaissais rien de ce personnage je lisais distraitement tout en me disant « un jour il faudra que je lise ». Pour être franc jusqu’au mois dernier je croyais que le « père » de Conan était Robert Jordan et que sa création datait des années 60….

Le mois dernier à ma bibliothèque municipale alors que je cherchais un livre de Bergson, je suis tombé par hasard sur « Conan le cimmérien » qui étai mal classé et j’y ai vu un clin d’œil et je me suis décidé à le lire. C’est en lisant l’introduction que j’ai découvert que l’auteur était Howard et de quand datait le personnage mais sans en savoir plus. Tout cela pour dire que j’étais totalement « vierge » et donc je ne m’attendais à rien en dépit « de ce que [tu as] pu écrire sur Howard dans les forums tolkieniens pendant toutes ces années ». Désolé de te décevoir mais, à part le fait que ce nom revenais souvent de manière élogieuse sous ta plume, je n’avais aucun souvenir de ce que tu en disais… De même quand tu accuses « les préjugés qui ont la vie dure » ou « la montagne de préjugés » des lecteurs de Tolkien envers Conan, je pense que ce n’était vraiment pas mon cas, encore une fois en ouvrant le livre j’étais totalement vierge.

Il faut donc prendre compte rendu de lecture pour ce qu’il est ; le simple ressenti d’un lecteur à la découverte d’une œuvre et non un tract militant d’un « fan » de Tolkien.

Alors oui j’ai trouvé ces nouvelles répétitives. Peut être que quand elles étaient publiées séparément avec des semaines entre elles c’était moins frappant mais on ne peut nier que toutes ou presque ont la trame suivante
1-    Une puissance démonique d’un âge oublié a été réveillée
2-    Rien ni personne ne peut y faire face
3-    Seul Conan ce guerrier né dont le cœur impavide se réjouit dans les combats fussent ils perdus d’avance ose lutter
4-    Son courage indomptable ne suffit pas et il est sur le point de succomber
5-    Une intervention supernaturelle inattendue le sauve in-extremis
6-    Pour prix de ses exploits Conan peut posséder la « demoiselle en détresse » qui se promenais en tenue (très) légère depuis le début de la nouvelle

Peut être jugeras tu cette description outrancière mais c’est vraiment l’impression que j’ai eu. Je ne conteste pas que cette histoire est racontée chaque fois de manière un peu différente et avec, comme je le disais, un vrais sens du récit et un style haletant. Mais ou bout d’un certain nombre de fois cela ne suffit plus à maintenir l’attention du lecteur.

Pour ce qui est du « culte du surhomme », encore une fois je ne connaissais rien du backgroud d’Howard. D’autre part je n’ai jamais lu Nietzsche je ne permets donc pas de traiter Howard de Nietzschéen car je ne parle que de ce que je connais. Mais dans une des nouvelles (j’ai du rendre le livre à la bibliothèque je ne sais plus dire le titre) Conan est pris dans une embuscade suite à une trahison et après le massacre de ses gardes du corps il se retrouve seul face à une armée de 20000 hommes. Or cette armée entière recule face à la fureur guerrière de Conan et il faut l’intervention d’un sorcier pour le maîtriser. Si un homme seul face à 20000 n’est pas un surhomme alors il faudra qu’on m’explique ce qu’est un vrai surhomme.

Enfin pour l’apologie de la violence, oui également j’ai été gêné. Non par la violence elle-même, elle est inhérente aux récits de guerriers, mais dans le fait qu’à plusieurs reprises il est dit clairement que Conan prend plaisir à tuer et massacrer

Ceci dit j’ai pris samedi à cette même bibliothèque « le seigneur de Samarcande » pour voir si dans un autre registre Howard me convainc plus…Tu vois tout n’est pas perdu…

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#7 25-05-2015 17:47

Hyarion
Inscription : 2004
Messages : 2 322

Re : Robert E. Howard - Conan

Merci d'avoir pris le temps de préciser ton point de vue, Jean.

Effectivement, si tu pensais que Conan avait été créé par R. Jordan dans les années 1960, tu étais loin du compte ! ^^ Je ne suis pas déçu que ce que j'ai pu écrire sur Howard, ici ou ailleurs, ne t'ai pas influencé dans tes attentes de lecture, d'autant qu'il aura apparemment seulement suffi que je mentionne l'œuvre pour que tu finisses par choisir de lire Howard ce qui est bien assez : encore une fois, je ne fais pas de propagande. Et au-delà de ton point de vue propre, pour ce qui est des préjugés, de façon générale, il me semble hélas qu'ils sont bien réels, et je n'ai pas oublié notamment certains échanges que j'ai pu avoir avec certains internautes sur le sujet par le passé, dans des discussions ici ou ailleurs ou en marge de celles-ci.

En ce qui concerne ton ressenti à la lecture des premiers récits que Howard a consacré à Conan, contenus dans le volume Conan le Cimmérien de chez Bragelonne, je ne peux que reprendre le propos de Patrice extrait de l'entretien qu'a indiqué Sosryko : "Howard a commis beaucoup de choses dans sa carrière, de l’excellent, du bon ou très bon, du moyen, du pourri et de l’horriblement commercial." La priorité de Patrice a toujours été d'abord de restaurer les écrits de Howard, quelle que soit leur valeur littéraire, après des décennies de réception très déformée de l'œuvre de l'écrivain. Ce que tu as lu, c'est la totalité des premières histoires de Conan écrites en 1932 et 1933, sans distinction de qualité (qualité pouvant être très haute selon moi pour la Tour de l'Éléphant, par exemple, et aussi extrêmement faible pour des récits comme La Vallée des femmes perdues). Howard a écrit d'autres histoires de Conan jusqu'en 1935, qui figurent dans les deux autres volumes de chez Bragelonne et qui sont pour certaines de grandes réussites littéraires comme je l'ai précédemment dit, loin de certains clichés encore trop souvent associés à l'univers de Conan (tu ne trouveras pas de personnage féminin dénudée dans la nouvelle Au-delà de la Rivière Noire, dans le troisième volume, par exemple, et si Conan pourra encore t'y paraître surhumain par ses prouesses, l'intérêt du récit se situe naturellement ailleurs, sachant que dans les histoires de Conan, ce dernier n'est de toute façon jamais véritablement au centre de l'intrigue et que son nom n'apparaît du reste même pas dans les titres originaux des histoires).

jean a écrit :

Pour prix de ses exploits Conan peut posséder la « demoiselle en détresse » qui se promenais en tenue (très) légère depuis le début de la nouvelle

Sur la question de la place des femmes dans l'œuvre de Howard, il y aurait beaucoup à dire (sans forcément pour cela avoir à fouiller dans les moindres recoins de tiroirs de la pensée de l'auteur, comme on a pu le faire notamment avec Tolkien, même s'il faudrait nuancer et même s'il y a bien d'autres exemples). Le cliché du personnage féminin passif et dénudée associée à l'image populaire de Conan est en fait partiellement dû à Howard lui-même, mais dans un contexte particulier. Lorsque l'on examine la chronologie de la rédaction des histoires de Conan, entre 1932 et 1935, on se rend compte que la place des femmes dans les récits à tendance à évoluer en fonction du contexte économique et financier dans lequel évolue l'écrivain professionnel qu'était Howard. Au début, Howard ne met guère en scène de personnages féminins dans ces histoires, comme tu auras pu le constater, et lorsqu'il le fait, ce sont des personnages féminins forts, comme dans la Fille du Géant de Gel ou dans la Reine de la Côte Noire. Or, à partir du second trimestre de 1932, Howard connait des difficultés financières en raison de l'arrêt de la parution de plusieurs pulp-magazines qui représentaient autant de débouchés professionnels pour lui. N'ayant plus que le magazine Weird Tales comme débouché, dans lequel les histoires de Conan sont publiées, il doit composer avec le contexte de la demande du moment pour rester dans la course dans ce marché éditorial, en mettant ainsi de l'eau dans son vin créatif. En introduisant des héroïnes à la personnalité superficielle et plus ou moins dénudées dans les histoires de Conan qu'il écrit pendant environ un an, Howard donne dans le récit commercial, ni plus ni moins. Lorsque Howard prend un agent et qu'il voit sa situation financière s'améliorer à partir du second trimestre de 1933, les personnages de femmes fragiles ont nettement tendance à disparaître des histoires de Conan au profit de la création de plusieurs personnages de femmes fortes dont Howard travaille la personnalité, comme on peut le voir dans le Peuple du Cercle Noir, l'Heure du Dragon, Une Sorcière viendra au monde !, le Maraudeur noir ou encore dans les Clous rouges (toutes histoires figurant dans les deux autres volumes de chez Bragelonne). En lisant la totalité des histoires de Conan de Howard, on peut se rendre compte que le cliché de la femme passive et dénudée aux pieds de Conan est en fait davantage dû aux pasticheurs de Howard (L. Sprague de Camp, Lin Carter et les autres) qu'à Howard lui-même, même si, encore une fois, celui-ci en partie responsable de cela, mais en partie seulement, pour les raisons que je viens d'évoquer.

Concernant Conan et les femmes, on pourra consulter, sur le site des Chroniques Némédiennes, un article de Simon Sanahujas (auteur du livre Les Nombreuses vies de Conan), article déjà un peu "ancien" (vu que le site en question est aujourd'hui dans l'état où était JRRVF il y a encore quelques années) mais qui pose bien les bases quant au sujet, sachant que Patrice Louinet a apporté quelques précisions sur la question dans son tout récent Guide Howard dont déjà j'ai parlé : http://nemedie.free.fr/site/spip.php?article95

jean a écrit :

D’autre part je n’ai jamais lu Nietzsche je ne permets donc pas de traiter Howard de Nietzschéen car je ne parle que de ce que je connais.

En fait, ce ne serait pas une insulte que de qualifier Howard de nietzschéen... si c'était justifié. Le problème me parait venir plutôt d'interprétations, forcément subjectives, qui ont été faites du film de Milius. Nietzsche est en tout cas un philosophe dont la pensée mérite mieux que d'être caricaturée ou dévoyée comme elle l'a trop souvent été notamment suite à la récupération nazie de certains thèmes nietzschéens, en particulier les notions complexes de "Surhomme" ("Übermensch") et de "Volonté de puissance" ("Wille zur Macht"), mais c'est un vaste sujet qu'il n'y a pas lieu de développer ici, puisque ce n'était pas à cela que tu faisais allusion.

jean a écrit :

Mais dans une des nouvelles (j’ai du rendre le livre à la bibliothèque je ne sais plus dire le titre) Conan est pris dans une embuscade suite à une trahison et après le massacre de ses gardes du corps il se retrouve seul face à une armée de 20000 hommes. Or cette armée entière recule face à la fureur guerrière de Conan et il faut l’intervention d’un sorcier pour le maîtriser. Si un homme seul face à 20000 n’est pas un surhomme alors il faudra qu’on m’explique ce qu’est un vrai surhomme.

Il s'agit de la nouvelle la Citadelle écarlate. L'armée en question ne recule pas toute entière devant Conan : le sorcier maîtrise Conan à sa façon car les guerriers qui compose l'armée sont incapables de vaincre Conan au corps à corps pour le capturer vivant, alors qu'il serait cependant possible de tuer Conan à coups de flèches tirés par les archers de cette armée, comme cela est d'ailleurs envisagé dans le récit. Que Howard ait doté son personnage de capacités littéralement surhumaines au combat (et à la survie en général), on ne saurait le nier, mais il n'est pas présenté pour autant comme étant un être humain totalement invincible.

jean a écrit :

Ceci dit j’ai pris samedi à cette même bibliothèque « le seigneur de Samarcande » pour voir si dans un autre registre Howard me convainc plus… Tu vois tout n’est pas perdu...

Je pense que rien n'est jamais perdu quand on sait rester curieux et jeune dans sa tête... et que l'on est aussi inscrit comme emprunteur dans une bibliothèque publique. :-)

Je te souhaite une bonne lecture.

Amicalement,

Hyarion.

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#8 21-06-2015 10:42

jean
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Re : Robert E. Howard - Conan

Pour ne pas rester sur une impression superficielle, j’ai suivi les conseils d’Hyarion et j’ai lu « l’heure du Dragon » et pour sortir un peu de Conan « le seigneur de Samarcande ».

Dans « l’heure du Dragon » les nouvelles sont un peu plus longues que dans le premier volume, ce qui permet de mieux étoffer l’intrigue et un tout petit peu la psychologie des personnages.  Le seigneur de Samarcande est composé de nouvelles se situant dans un univers historique, le plus souvent au temps des croisades. Il y a quelques trouvailles inattendues qui frisent parfois l’Histoire Fiction. Je pense en particulier à une nouvelle à propos de la mort de Tamerlan.

J’avoue donc avoir préféré ces deux ouvrages au premier. Cependant je reste très dubitatif. Mon impression première ne change pas vraiment et ces histoires répétitives de machines à tuer me laissent finalement froid.

Je pense vraiment que je vais m’arrêter là dans mes lectures d' Howard

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#9 22-06-2015 01:29

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

jean a écrit :

Pour ne pas rester sur une impression superficielle, j’ai suivi les conseils d’Hyarion et j’ai lu « l’heure du Dragon » et pour sortir un peu de Conan « le seigneur de Samarcande ».

Puissent mes modestes conseils éventuellement servir aussi à d'autres. :-)

jean a écrit :

Dans « l’heure du Dragon » les nouvelles sont un peu plus longues que dans le premier volume

De fait, ce volume contient deux longues nouvelles, le Peuple du Cercle Noir et Une Sorcière viendra au monde !, ainsi qu'un roman, l'Heure du Dragon proprement dit, seul roman que Robert E. Howard ait consacré à Conan le Cimmérien. (oui, je sais, les enfants, les nouvelles publiées dans des recueils doivent avoir leurs titres mis entre guillemets... mais j'avoue que cette règle typographique me gonfle...)

jean a écrit :

Mon impression première ne change pas vraiment et ces histoires répétitives de machines à tuer me laissent finalement froid.

Concernant la récurrence de la violence qui, à te lire, devrait tout résumer chez Howard, je ne peux que dire que... je ne suis pas du tout d'accord avec toi... :-) ...comme Pellucidar, du reste, avait dit dans un autre fuseau qu'il n'était définitivement pas d'accord avec toi s'agissant de la récurrence du sexe dans la série télévisée Game of Thrones d'après les romans de George R. R. Martin, récurrence qui devrait apparemment elle aussi tout résumer (d'ailleurs, chez Howard, il y a aussi du sexe, comme chez Martin, mais je note que cela t'a apparemment moins dérangé que la violence, cette fois-ci dans ce cas-là). :-)
Bref, que dire, sinon que sans doute est-ce là une question de goûts personnels : en ce qui me concerne, une histoire pour adultes dans un univers-monde où la violence et le sexe seraient aux abonnés absents ne peut qu'avoir toutes les chances de me paraître assez insipide, je l'avoue... Même chose a fortiori concernant les récits d'aventures historiques.

Si on se limite au genre de la fantasy, le talent de Howard a été d'avoir su se distinguer progressivement de la tradition européenne médiévalisante ayant marquée originellement ladite fantasy - et dans laquelle s'inscrit notamment Tolkien -, pour finalement quelque peu américaniser le genre et y apporter une spécificité avec des récits - le plus souvent des nouvelles - riches en action, laissant de la place à un certain réalisme, à la violence, à l'érotisme, et à une morale parfois trouble, à l'image de notre monde en somme. Voila pourquoi, de mon point de vue, une œuvre de fantasy actuelle à succès comme les romans du Trône de fer de G. R. R. Martin est un peu le résultat représentatif de la convergence opérée à partir du milieu des années 1960, et au fil des dernières décennies, entre deux branches de la fantasy : la fantasy européenne (tendance Tolkien) et la fantasy américaine (tendance Howard).
En tout cas, en ce qui me concerne, si l'œuvre de Howard ne devait être qu'un ensemble d'"histoires répétitives de machines à tuer", sois bien certain que je ne m'y intéresserai sûrement pas autant, à égalité avec l'œuvre de Tolkien, au point de consacrer un projet à ces deux écrivains. L'essentiel me parait évidemment être ailleurs... Mais bon, ce n'est que mon point de vue et, encore une fois, je ne fais pas de propagande.

jean a écrit :

Je pense vraiment que je vais m’arrêter là dans mes lectures d' Howard

Au moins auras-tu fait l'effort, que je salue, d'être allé au-delà de la lecture d'un seul volume et de ne pas t'être limité aux seules histoires de Conan. Ce genre d'effort de curiosité, tout le monde ne le fait pas, loin s'en faut.

Je ne vais pas en rajouter d'avantage ici, du moins pour le moment, afin de réserver autant que possible mon propos à mon projet en cours, ainsi que je l'avais déjà dit dans mon premier message... mais il va de soi que tout autre avis de lecteur sur l'œuvre de Howard est évidemment le bienvenu en ces lieux.

Amicalement, :-)

Hyarion.

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#10 22-06-2015 16:00

jean
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Re : Robert E. Howard - Conan

Je crois que je dois expliciter un peu ma remarque et corriger une interprétation trop rapide.
1)    La violence :
Je ne suis pas choqué par la violence dans chez Howard. Celle-ci est intrinsèque à des récits de guerres et Howard est relativement « soft » dans ses descriptions. Même si tu semble les opposer, Tolkien est parfois bien plus violent (cf le match de tués entre Gimli et Legolas au Hornburg). Il y a des passages de Victor Hugo bien plus violents également. Dans mon expression « machines à tuer », le mot important n’était pas « tuer » mais « machine ». Car c’est vraiment l’impression que me donnent les héros d’Howard, à mes yeux ce sont des robots sans aucune épaisseur humaine et c’est ce qui m’ennuie.

2)    Games of Throne
Je n’ai jamais résumé Games of Throne à un problème avec le sexe. C’est peut être une interprétation de Pellucidar mais ce n’est pas la réalité. Si tu relis mes messages tu verras que ce que je déplorais en premier c’était l’impression de déjà vu et d’ennui qui allait avec. Pour le coté guerre de succession je trouvais que c’était une pale copie des « rois maudits » et pour le coté fantastique du point de vue morts vivant je préfère encore « World war Z », au moins on y rigolait franchement !

La récurrence du sexe est donc secondaire. Ce que je lui reproche c’est d’être 3 fois sur 4 totalement gratuite et sans rapport avec l’histoire et donc purement commerciale pour garder des spectateurs qui sinon risqueraient de s’ennuyer pour cause d’indigence du scénario. Par exemple, je comprends la scène ou le jeune Stark surprend la reine et son frère en  pleine action. Elle est nécessaire à l’intrigue. Mais expliquez moi en quoi la scène ou le jeune homme (j’ai oublié son nom) qui est en fosterage chez les Stark vient dire adieu à une courtisane est utile à l’histoire. Le gros plan que nous avons de l’entrejambe de la demoiselle ne sert qu’à faire monter le pouls des téléspectateurs pas à faire avancer l’intrigue. C’est là que je me permets de dénoncer une telle scène, non car elle est « immorale » (je m’en fiche) mais car elle est grossièrement commerciale et que des ficelles marketing aussi grosses que des aussières de cuirassé suffisent à me gâcher tout plaisir

J’espère avoir été un peu plus clair

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#11 22-06-2015 23:57

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Merci d'avoir pris le temps d'expliciter ton point de vue, Jean, ce qui me permet d'affiner mon opinion.

jean a écrit :

Je ne suis pas choqué par la violence dans chez Howard. Celle-ci est intrinsèque à des récits de guerres et Howard est relativement « soft » dans ses descriptions. Même si tu semble les opposer, Tolkien est parfois bien plus violent (cf le match de tués entre Gimli et Legolas au Hornburg).

Je ne les oppose pas : ce sont plutôt, à mes yeux, certains de leurs "fans" inconditionnels et spécialistes respectifs qui se plaisent plutôt à les opposer, au point de nier volontiers, de façon explicite ou implicite, toute pertinence en matière d'évocation conjointe. Mais il y aurait évidemment beaucoup de choses à dire, vu que je travaille précisément, à ma manière, dans une perspective comparatiste... Pour être bref, je crois que, de façon générale, Howard est plus réaliste que Tolkien, plus ancré dans l'action (ce qui le distinguait aussi de Lovecraft), mais cela ne veut pas dire que Howard négligeait les aspects contemplatifs au sein d'un récit ni que Tolkien n'était pas capable de mettre en scène la violence la plus extrême dans une histoire (comme dans l'exemple que tu évoques).

jean a écrit :

Dans mon expression « machines à tuer », le mot important n’était pas « tuer » mais « machine ». Car c’est vraiment l’impression que me donnent les héros d’Howard, à mes yeux ce sont des robots sans aucune épaisseur humaine et c’est ce qui m’ennuie.

Je te remercie d'avoir précisé ton impression de lecture. Cependant, encore une fois, je ne suis pas d'accord avec toi, sachant du reste que Howard a créé un très grand nombre de personnages, certains très travaillés sur un plan psychologique pour ses meilleures histoires et d'autres à l'évidence sans grand intérêt car conçus dans un cadre strictement commercial, tous étant mis en scène dans des récits de genres très variés dont nous n'avons évoqué ici qu'un petit échantillon.
Parler de "robots" et nier en bloc toute épaisseur humaine dans les héros de Howard est en tout cas un non-sens pour moi : honnêtement, on en viendrait presque à se demander si nous avons lu les mêmes histoires... Te souviens-tu de la nouvelle la Tour de l'Éléphant, par exemple, et de l'attitude de Conan vis-à-vis de Yag-Kosha ? Elle est tout sauf "sans aucune épaisseur humaine" ! Même chose pour Gottfried von Kalmbach, principal protagoniste de la nouvelle historique l'Ombre du Vautour avec Sonya de Rogatino, pour prendre un autre exemple : c'est bien là un être humain avec ses forces et ses faiblesses que met en scène Howard, et je crois que l'on ne peut vraiment pas dire sérieusement qu'il n'ait aucune épaisseur psychologique ! Même chose pour le roi Kull, par exemple dans la nouvelle Par cette hache je règne !, dans le volume Kull le roi atlante déjà évoqué dans mon premier message. Même chose pour Agnès de Chastillon (personnage féminin qui n'est pas inspiré de Jirel de Joiry de Catherine L. Moore, on le sait aujourd'hui, mais qui fut créé par Howard à la même époque) qui apparait pour la première fois dans la nouvelle historique Agnès la Noire figurant dans le recueil de nouvelles historiques du même nom paru l'année dernière, toujours chez Bragelonne : concernant cette héroïne howardienne et son épaisseur humaine, chacun pourra d'ailleurs en juger sur le champ s'il le veut, puisque la nouvelle en question est apparemment entièrement lisible en ligne via Gogol Books, ce qui est une chance... et ne laisse décidément aucune excuse à ceux qui ont la flemme d'acheter les livres ou de les emprunter dans une bibliothèque. ;-p

1435006611_howard_agnes-la-noire_bragelonne.jpg

Et je pourrais citer d'autres exemples... même si des contre-exemples existent aussi !
Bref, sincèrement, l'œuvre de Howard me parait être suffisamment dense et variée pour mériter mieux que de se résumer à des histoires de "machines à tuer" "sans aucune épaisseur humaine" : dire cela me parait tout simplement exagéré, malgré tous les défauts que l'on connait - ou croit connaître - chez Howard... mais cependant, comme tu as dit ne plus avoir envie d'en lire davantage, je n'insisterai pas à ce propos, en respectant ton point de vue de lecteur, d'autant plus que tu as déjà fait l'effort de lire un certain nombre de récits.

jean a écrit :

Je n’ai jamais résumé Games of Throne à un problème avec le sexe. C’est peut être une interprétation de Pellucidar mais ce n’est pas la réalité. Si tu relis mes messages tu verras que ce que je déplorais en premier c’était l’impression de déjà vu et d’ennui qui allait avec.

En effet, je me rend compte que tu avais pointé d'autres défauts à propos de la série télévisée, mais en insistant tout de même un peu sur la question sexuelle... au point même d'écrire "Au lieu de « Games of throne » je pense que le titre devrait plutôt être « games of sex »", ce qui est tout de même assez radical. ;-) Mais il est vrai en tout cas que tu n'avais pas parlé que de cela et je suis donc désolé d'avoir donné l'impression de ta critique se réduisait strictement à la seule question du sexe. Du reste, je crois que Pellucidar et moi-même t'avions alors répondu sans, nous non plus, nous limiter à cet aspect. En fait, je crois que j'ai fait le rapprochement avec cette ancienne discussion dans la mesure où j'avais alors moi-même réagi en évoquant conjointement la question du sexe et celle de la violence dans les romans de Martin comme dans la série télé, et que ta critique semblait précisément cette fois-ci se focaliser sur une de ces questions après avoir eu l'air de plutôt se focaliser sur l'autre par le passé. Mais j'ai sans doute été un peu rapide dans ma façon d'interpréter les choses de façon générale et d'écrire en conséquence.
Aussi bien toutes tes précisions m'auront permis en tout cas de bien voir que ta critique de Howard ne se confond pas avec celle de Martin et de Game of Thrones quant à ce type de questions, ce qui aurait pu être le cas puisque j'avais moi-même souligné à l'époque combien, par bien des aspects (et notamment le traitement de la violence et de l'érotisme), la fantasy de Martin me semble plus proche de celle de Howard (et de celle de Fritz Leiber) que de celle de Tolkien, contrairement à ce que semble croire beaucoup de gens prenant la formule journalistique simpliste "Martin, le Tolkien américain" pour argent comptant, en oubliant que la formule renvoie surtout, à mon avis, à une similitude en matière de succès populaire et commercial, et donc in fine à la forme plutôt qu'au fond.

jean a écrit :

Mais expliquez moi en quoi la scène ou le jeune homme (j’ai oublié son nom) qui est en fosterage chez les Stark vient dire adieu à une courtisane est utile à l’histoire. Le gros plan que nous avons de l’entrejambe de la demoiselle ne sert qu’à faire monter le pouls des téléspectateurs pas à faire avancer l’intrigue.

Tiens, encore un épisode avec sa dose de "sexposition" qui a dû me passer sous le nez... J'ai raté de ces trucs, moi... :-D
Peut-être ce gros plan était-il un hommage artistique à l'Origine du Monde de Gustave Courbet ? (Je plaisante)

Amicalement,

Hyarion.

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#12 26-06-2015 19:52

jean
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Re : Robert E. Howard - Conan

Hyarion tu me demande si je me souviens de la nouvelle « la tour de l’éléphant ». Comme tu le sais je n’ai pas les livres que j’ai juste emprunté dans une bibliothèque je ne peux donc me rafraichir la mémoire. Mais, si je devais résumer mes souvenirs je crois que cela donnerait à peu près ceci :

Un étranger arrive un soir dans une ville dont il ignore tout. Dans une taverne il surprend une conversation de buveurs et apprend qu’il y a un trésor fabuleux en haut d’une tour. Celle-ci est donc l’endroit le mieux gardé du royaume tant par des moyens classiques que magiques. Là notre ami sans prendre 3mn de temps pour réfléchir, sans faire le moindre repérage ni prendre le moindre renseignement part incontinent à l’assaut de ladite tour (Note du Lecteur : quel gros bourrin, il faut vraiment avoir tout dans les muscles et rien dans la tête pour foncer tête baissée dans le premier piège venu). Mais là, ho miracle, il tombe sur le prince des voleurs qui convoite lui aussi le trésor, qui prépare son coup depuis plus de 10 ans, qui n’ignore donc rien des défenses de la tour et qui a décidé de tenter le coup juste le même jour à la même heure (NdL : il y a quand même de ces coïncidences ! notre ami est tout de même un sacré petit veinard !). Le voleur qui lui est un rusé a vite fait d’apprécier le QI du bourrin et se dit que dans une telle aventure un gros balaise ça peut toujours servir et que de toute façon il n’aura aucun mal à le berner à la toute fin. Il propose donc une association. Celle-ci ne marche pas trop mal (en grande partie grâce à tous les gadgets que le voleur a mis 10 ans à rassembler il faut dire que des gaz de combats c’est pratique pour occire tout un tas de lions d’un coup) et les deux compères parviennent au sommet de la tour. Là le voleur dit à John Rambo « va donc voir là bas si j’y suis ». Et, devinez quoi, il y va ! (NdL : toujours autant de neurones celui-ci). Pendant qu’il s’éloigne le voleur se précipite dans la chambre au trésor avec la ferme intention de verrouiller la porte derrière lui et ensuite de s’échapper par une issue connue de lui seul (NdL : je vous avais dit que c’était un rusé). Simplement, tout à sa joie d’avoir berné le gros balaise, notre voleur relâche son attention  et se fait illico envoyer ad patres par la sœur jumelle de Shelob qui passait par là et ce avant d’avoir pu verrouiller la porte (NdL : il y a tout de même une justice dans  ce bas monde !).  Rambo entre alors en action et règle son compte à l’arachnide (NdL : il doit même se donner un peu de mal. Il faut bien un peu de suspens c’est vrai quoi sinon y n’y aurait plus d’histoire). Là notre bourrin préféré trouve un éléphant parlant enchainé qui lui raconte sa vie. Notre héro qui vient de butter plusieurs dizaines de gardes sans le moindre état d’âme se révèle un faux dur et se laisse berner par l’éléphant bavard. Alors qu’il venait de mettre la main sur un rubis gros comme un ballon de foot, il se laisse convaincre d’y renoncer  pour que l’éléphant puisse se venger d’un très très méchant. Au final le grand costaud doit prendre la fuite au petit matin les poches (et la cervelle) toujours aussi vides.

Voici ce dont je me souviens de cette nouvelle. Mais je ne sais pas pourquoi quelque chose me dit qu’encore une fois tu ne vas pas être d’accord avec moi….

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#13 26-06-2015 20:23

ISENGAR
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Re : Robert E. Howard - Conan

big_smile  big_smile  big_smile

Merci Jean !
J'achète ce bouquin à la minute !

I.

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#14 26-06-2015 23:35

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

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Cela me rappelle les souvenirs que d'autres peuvent garder de leurs lectures superficielles de Tolkien, passant complètement à côté de bien des choses à propos desquelles d'autres ici et ailleurs se plaisent pourtant à discuter en érudits depuis tant d'années... au point de finir par en faire des articles, des essais, des conférences. Et dans tous les cas, bien sûr, quand on passe à côté, c'est parfois volontairement, car comme je le disais, les préjugés ont la vie dure... et honnêtement je ne crois pas que tu en étais aussi dépourvu que tu l'a prétendu, Jean, lorsque tu as commencé à lire Howard. Mais ta réaction, qui me fait rire aussi, mais plutôt jaune, est tellement représentative de ce que j'ai évoqué dans mon premier message que je la salue comme telle : derrière le sourire qu'il serait sans doute de bon ton de partager, il y a quelque-chose, là, présent, qui en dit bien assez long et que je n'ai pas besoin d'expliciter davantage...

Parfois, décidément, je me sens fatigué... Mais ce n'est pas l'âge, hein...

J'écris cela en étant très calme... et très las en même temps.

Bonne nuit, les amis.

Hyarion.

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#15 28-06-2015 10:09

jean
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Re : Robert E. Howard - Conan

Dis moi Hyarion, sur ta petite icône es tu le Christ ou le disciple ?

Tu sais ma petite  transgression était de l’humour à prendre au second degré. Personnellement je suis assez friand de ces détournements d’histoires, même (ou surtout) pour des textes que j’aime. J’ai bien ri à la lecture de « bored of the Ring » ou avec « Lord of the string » (nettement plus polisson) ou même ce petit dessin animé : https://www.youtube.com/watch?v=2K0_Y_PggaA. La plus jouissive de ces déconstructions reste à mon avis « la naissance de l’odyssée » de Jean Giono.

Mais c’est promis si tu le veux je ferai une autre version avec une comparaison entre Conan et Lancelot partant lui aussi tête baissée à l’assaut de la douloureuse garde et où je gloserai sur le guerrier impavide qui se montre sans pitié dès qu’il a des gardes armés en face de lui mais qui face à un être désarmé et souffrant peut se laisser émouvoir. Ce qui montre qu’il a un cœur . Contrairement aux apparences ce qui le motivait ce n’était pas tant le trésor mais l’exploit de le conquérir. D’ailleurs  il renonce sans mal à la fortune pour permettre de débarrasser le monde d’un abominable sorcier. Ce qui prouve qu’il est désintéressé et est autant un justicier qu’un aventurier.

J’ai l’air de me moquer encore mais ce n’est pas vrai. Je suis tout à fait d’accord pour dire que cette lecture est possible et certainement aussi valable que la caricature que j’avais faite dans mon précédent message. Pour autant il me semble aussi intéressant d’admettre que les deux sont possibles et qu’il n’y en a pas une vraie et une fausse.

Ta question sur mes préjugés est intéressante. Quand j’ai écrit mon post fin mai j’étais tout à fait sincère. Depuis au cours d’un séminaire professionnel j’ai assisté à une intervention de Marc Halevy qui venait nous parler de prospective. Dans sa conférence un petit point a attiré mon attention. Il nous disais que du temps des récits oraux puis écrits chaque auditeur ou lecteur était obligé de faire un effort d’imagination alors que maintenant avec le son et l’image tous les détails sont imposés de manière indélébiles à note cerveau. Il en déduisait que l’humanité allait petit à petit perdre en créativité. Même si je ne connaissais pas Howard et ne pouvais avoir de préjugés à son égard, il est, après tout, possible que j’en ai eu vis-à-vis de Conan à cause de l’image risible des films avec Schwarzy qui reste gravée dans ma mémoire

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#16 28-06-2015 23:58

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

jean a écrit :

Dis moi Hyarion, sur ta petite icône es tu le Christ ou le disciple ?

Qui tu voudras, Jean... En tout cas, j'ai l'âge du Christ sur la Croix depuis décembre dernier.

jean a écrit :

Tu sais ma petite  transgression était de l’humour à prendre au second degré. Personnellement je suis assez friand de ces détournements d’histoires, même (ou surtout) pour des textes que j’aime. J’ai bien ri à la lecture de « bored of the Ring » ou avec « Lord of the string » (nettement plus polisson) ou même ce petit dessin animé : https://www.youtube.com/watch?v=2K0_Y_PggaA. La plus jouissive de ces déconstructions reste à mon avis « la naissance de l’odyssée » de Jean Giono.

Rassure-toi, Jean, j'ai bien compris que c'était de l'humour, et je ne crois pas en manquer. Howard ne manquait pas d'humour lui non plus et il a pratiqué plusieurs fois lui-même l'exercice de la parodie littéraire. Mais dans le contexte à l'origine de tous un tas de préjugés que j'ai évoqué, il est difficile pour moi de rire spontanément en lisant une transgression comme celle que tu as proposé. Pourquoi ? Parce qu'une parodie, c'est surtout drôle par rapport au modèle original parodié. Or, là, vu que personne à part nous deux ne s'exprime ici en connaissance des textes, le fait que JR, qui n'a pas lu Howard pour autant que je sache, en rit me parait plutôt révélateur du poids de toute cette espèce d'influence des préjugés dont j'ai essayé de parler : même sans connaître le texte original, Conan prête à rire parce que bien des personnes - notamment des tolkieniens - ont plus ou moins consciemment en tête, qu'ils le veuillent ou non, un certain nombre de clichés éculés sur le barbare avec "slip de fourrure", cervelle de moineau et musculature de culturiste qui n'a rien à voir avec le Conan de Howard. Le problème, encore une fois, s'agissant de Howard, c'est que la réception de son œuvre a longtemps été très déformée, au point que pour encore beaucoup trop de gens aujourd'hui, me semble-t-il, non seulement Howard se résume à Conan mais le Conan le plus médiatisé reste celui des comics ou des films qui sont autant de miroirs déformants. Par là dessus, s'ajoute tout ce qui a suivi la publication des histoires de Conan version De Camp chez Lancer Books (avec les couvertures de Frazetta) au milieu des années 1960, à savoir toute une clique de héros barbares stéréotypés inventés par d'autres auteurs et qui ont largement contribué à répandre tout un tas de clichés censés être caractéristiques d'un sous-genre nommé "heroic fantasy" ou "sword and sorcery" (termes renvoyant à une classification pour moi très datée et que je me refuse personnellement à employer : pour parler de Tolkien comme de Howard, le terme "fantasy" me suffit largement). C'est dans ce contexte que l'on a vu apparaître, en France, l'année-même du tournage du film de Milius, une parodie de Pierre Pelot connue sous le nom de... Konnar le Barbant, et d'abord publié en feuilleton dans la revue Fiction. En France, on aime bien mettre en boîte à coup de parodies... et ce n'est donc pas un hasard si une des premières choses que tu as écrite en ouvrant ce fuseau, Jean, a été de reprendre la contrepèterie sur "Conan le Barbare" (expression que Howard n'a d'ailleurs jamais employé lui-même pour désigner son personnage) pour désigner le film de Milius. Ce que je veux dire, c'est que depuis trop longtemps, pour tout un tas de (mauvaises) raisons, Conan n'est même pas considéré pour ce qu'il est à l'origine dans les textes de son créateur mais comme une sorte d'archétype qui serait à lui tout seul sa propre caricature, sa propre parodie. C'est à cette aune que j'ai perçu ton exercice de style. Peut-être aurai-je mieux pris la chose sur un forum howardien, mais là, j'ai tellement toujours eu l'impression d'être en terre de mission, ici... sans pourtant me prendre pour un Saint François Xavier au service de Crom, loin s'en faut !

jean a écrit :

Mais c’est promis si tu le veux je ferai une autre version avec une comparaison entre Conan et Lancelot partant lui aussi tête baissée à l’assaut de la douloureuse garde et où je gloserai sur le guerrier impavide qui se montre sans pitié dès qu’il a des gardes armés en face de lui mais qui face à un être désarmé et souffrant peut se laisser émouvoir. Ce qui montre qu’il a un cœur . Contrairement aux apparences ce qui le motivait ce n’était pas tant le trésor mais l’exploit de le conquérir. D’ailleurs  il renonce sans mal à la fortune pour permettre de débarrasser le monde d’un abominable sorcier. Ce qui prouve qu’il est désintéressé et est autant un justicier qu’un aventurier.

J’ai l’air de me moquer encore mais ce n’est pas vrai. Je suis tout à fait d’accord pour dire que cette lecture est possible et certainement aussi valable que la caricature que j’avais faite dans mon précédent message. Pour autant il me semble aussi intéressant d’admettre que les deux sont possibles et qu’il n’y en a pas une vraie et une fausse.

Merci d'avoir précisé que tu es conscient que bien des lectures de ce texte sont possibles. Il n'y a évidemment pas de "vraies" lectures tandis que d'autres seraient fausses : j'ai bien assez critiqué ici et ailleurs la hiérarchisation des sensibilités contenue dans la dichotomie "étoilés"/"carnassiers" prônée par certains JRRVFiens à propos de Tolkien (ils se reconnaitrons... ;-) ) pour ne pas vouloir me laisser aller de mon côté à imposer une grille de lecture concernant Howard, ou n'importe quel autre écrivain d'ailleurs. Le problème, ici, n'est pas de s'autoriser à parodier Conan : ce personnage de fiction peut bien sûr faire l'objet d'une parodie ou d'une caricature aussi bien qu'un autre, qu'il s'agisse de Cthulhu, Tarzan, James Bond, Sherlock Holmes, du capitaine Nemo, ou de Lancelot et Guenièvre. Le problème, à mes yeux, est que Howard n'a pas été pris au sérieux autant que son seul personnage de Conan a fait l'objet de caricatures durant des décennies (jusqu'à l'overdose), ce qui donne, à mes yeux en tout cas, une impression bizarre... disons de charrue mise avant les bœufs. Ceci dit, tu me diras que côté Tolkien, Bored of the Rings a été publié en 1969, du vivant de l'écrivain, mais la réception de l'œuvre de ce dernier a tout de même été moins déformée que pour Howard. Ce que je souhaite pour ma part, c'est simplement que les gens qui parodient des textes d'un écrivain et rient en conséquence soient aussi capables de les lire un peu sérieusement, sans suspension d'incrédulité lorsque l'histoire s'y prête (ce n'est certes pas toujours le cas pour tous les récits de Howard, mais je crois que La Tour de l'Éléphant fait partie de ses meilleures histoires).

jean a écrit :

Ta question sur mes préjugés est intéressante. Quand j’ai écrit mon post fin mai j’étais tout à fait sincère. Depuis au cours d’un séminaire professionnel j’ai assisté à une intervention de Marc Halevy qui venait nous parler de prospective. Dans sa conférence un petit point a attiré mon attention. Il nous disais que du temps des récits oraux puis écrits chaque auditeur ou lecteur était obligé de faire un effort d’imagination alors que maintenant avec le son et l’image tous les détails sont imposés de manière indélébiles à note cerveau. Il en déduisait que l’humanité allait petit à petit perdre en créativité. Même si je ne connaissais pas Howard et ne pouvais avoir de préjugés à son égard, il est, après tout, possible que j’en ai eu vis-à-vis de Conan à cause de l’image risible des films avec Schwarzy qui reste gravée dans ma mémoire

J'avoue que c'est tout de suite l'impression que j'ai eu en lisant la première phrase de ton premier message, dans laquelle tu fais allusion au film de Milius, qui plus est en détournant son titre. Le fait en outre que tu n'ai pas beaucoup aimé les histoires que tu as lu, malgré les nuances que j'ai noté dans tes propos sur le fond, m'a plutôt encouragé à voir ensuite ta caricature comme une moquerie, sinon visant à totalement dévaloriser l'œuvre originale, du moins paraissant assez désinvolte par rapport à nos échanges précédents. Le fait que JR en est ri m'a aussi fait penser, je l'avoue, à ses fameuses critiques anti-PJ d'il y a une douzaine d'années, et vous savez ce que je pense des limites de cet exercice de style, certes comique sur le principe mais n'invitant guère à la discussion et heureusement passé de mode... :-) Ceci étant dit, peut-être suis-je par ailleurs devenu assez exigeant en matière d'humour howardien, qui sait, à force de fréquenter des connaisseurs. Même chose sans doute pour l'humour tolkienien, du reste. ;-)

Amicalement,

Hyarion.

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#17 08-07-2015 17:05

Cédric
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Re : Robert E. Howard - Conan

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#18 08-07-2015 20:31

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Comme mentionné dans l'article que tu indiques, les auteurs du documentaire ont annoncé effectivement ratisser large en matière de réception du personnage et ceux qui aiment voir Conan encore associé aux poncifs habituels (notamment l'imagerie culturiste) seront ainsi sans doute satisfaits dans une assez large mesure, je suppose, à en croire la vidéo d'extraits présente dans l'article et qui circule sur la Toile depuis quelques semaines... Mais je confirme que Patrice Louinet fera en principe partie des intervenants spécialistes de Howard dans ce film (les auteurs du documentaire l'ont interviewé pendant une heure et demie), ce qui permettra peut-être un rééquilibrage du point de vue... du moins faut-il l'espérer.

Amicalement,

Hyarion.

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#19 05-03-2016 19:09

La_Citrouille
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Re : Robert E. Howard - Conan

ISENGAR a écrit :

big_smile  big_smile  big_smile

Merci Jean !
J'achète ce bouquin à la minute !

I.

C est le genre d interventions que je trouve éventuellement déplacées, bon c était peut être juste pour rire, mais voyant les développements patients de Hyarion, je peux comprendre son facepalm.

jean a écrit :

Là le voleur dit à John Rambo « va donc voir là bas si j’y suis ». Et, devinez quoi, il y va ! (NdL : toujours autant de neurones celui-ci).

Sauf que le mec est un barbare, l idée n est pas qu il est bête, mais qu il est autre. Qu il est habitué au face à face, à la franchise, pas aux coups par derrière des soi disant "civilisés". D ailleurs, ne serait ce pas le texte où on nous dit qu il connaît de nombreuses langues, qu il a assisté au discours de philosophes et qu il répond de son propre avis?

Comme beaucoup je trouve dommage que Conan, série qui fait la popularité de l auteur (normal ça inclut beaucoup de ses grands textes), possède ces quelques clichés commerciaux, et soit si facilement parodiable. Vous remarquerez qu il y a beaucoup d hypocrisie aujourd hui face à la représentation de l homme fort. Ah ouais un mec musclé mais lui doit être super bête pas moi, une pub bah tiens montrons le avec un livre à l envers. Pourtant, n a t on besoin aussi de ce genre de héros pour nous inspirer depuis la nuit des temps? D accord, Conan c est parfois simplement pulpesque, mais c est aussi de l existentialisme, ou encore l individu face aux masses.

Comme je l ai dit, dommage que cette vision réduise tant l image de l auteur, car Howard c est quand même bien plus que Conan (bon ce n est probablement pas ce que je préfère de lui). Pour donner un exemple, un des meilleurs textes concernant Kull est Les Miroirs de Tuzun Thun, morceau philosophique qui le dispute à la meilleure poésie en prose.

Enfin, Howard a un don pour la narration, mais c est aussi un styliste assez uniquement efficace dans le genre pour mériter qu on s y attarde, capacité d aller à l essentiel, maîtrise des techniques à vous rendre le rythme d une chevauchée ou l épique d une bataille, dialogues qui ne dépareillent pas à l oral...

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#20 05-03-2016 20:04

ISENGAR
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Re : Robert E. Howard - Conan

La_Citrouille a écrit :

C est le genre d interventions que je trouve éventuellement déplacées, bon c était peut être juste pour rire, mais voyant les développements patients de Hyarion, je peux comprendre son facepalm..

? et que dire de cette intervention ?...
Si c'est de l'humour, bah c'est loupé.
Si c'en est pas, y'a pas à dire, la citrouille, tu l'as.

I.

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#21 05-03-2016 20:18

La_Citrouille
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Re : Robert E. Howard - Conan

Alors ce n était pas éventuellement déplacé, sans doute. Dans tous les cas, ce n était pas sensé être un lynchage, je le disais c est tout.

ISENGAR a écrit :

Si c'en est pas, y'a pas à dire, la citrouille, tu l'as.

Pour continuer dans le même esprit : y a pas à dire, les fous de Tolkien! devil

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#22 05-03-2016 20:53

ISENGAR
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Re : Robert E. Howard - Conan

La_Citrouille a écrit :

Pour continuer dans le même esprit : y a pas à dire, les fans de Tolkien! devil

Est-ce utile d'en rajouter ? surtout en quatre temps (tu crois que personne ne peux voir que tu as modifié ton message 5 minutes après le premier jet ? puis après 10 minutes pour remplacer "fan" par "fou" ?)
Ce serait sans doute mieux de s'arrêter là, si tu n'as rien de mieux à écrire qu'un laïus de 1600 caractères sans aucun caractère, et quelques piques molles pour faire du trollage prépubère, après 16 mois sans aucun message.

La_Citrouille, 15 minutes après la première version du message a écrit :

Dans tous les cas, ce n était pas sensé être un lynchage, je le disais c est tout.

Eh bien, comme on a déjà dû te le dire, si tu ne supportes pas la critique, évite de dire des bêtises: ça aide!

I.

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#23 05-03-2016 21:01

La_Citrouille
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Re : Robert E. Howard - Conan

ISENGAR a écrit :

Est-ce utile d'en rajouter ? surtout en quatre temps

Je balance souvent vite mes messages quitte à les retrifouiller, ce où que je sois et j estime en avoir le droit. Ce n est pas interdit que je sache.

ISENGAR a écrit :

Ce serait sans doute mieux de s'arrêter là, si tu n'as rien de mieux à écrire qu'un laïus de 1600 caractères sans aucun caractère, et quelques piques molles pour faire du trollage prépubère, après 16 mois sans aucun message.

ISENGAR a écrit :

Eh bien, comme on a déjà dû te le dire, si tu ne supportes pas la critique, évite de dire des bêtises: ça aide!

Franchement, t as vraiment l impression que c est moi qui ne supporte pas la critique? Relis ta réaction plus haut, maintenant je ne peux rien contre la mauvaise foi.

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#24 05-03-2016 21:08

Cédric
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Re : Robert E. Howard - Conan

Je "propose" de nous tenir là, merci...
Citrouille, remonter un message d'il y a 9 mois pour susciter la "polémique" n'a rien de productif, je ne vois pas l'intérêt. Il y a bien d'autres choses à dire, bien plus intéressantes je crois. Merci.
Par ailleurs, détail qui n'en est pas un ici, si tu pouvais utiliser toutes les touches de ton clavier pour que tu sois lisible, j'apprécierai.

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#25 05-03-2016 21:24

La_Citrouille
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Re : Robert E. Howard - Conan

Mon but n'était pas de susciter la polémique, ayant eu moi-même quelque mal à rentrer dans l'auteur, il ne m'a pas paru futile de seconder Hyarion, tout simplement, sinon c'est bon pour moi aussi, et je note pour les apostrophes.

N'empêche, est-ce qu'il y a un système genre Big Brother sur ce forum? Je trouve ça plutôt flippant hmm

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#26 05-03-2016 22:00

Cédric
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Re : Robert E. Howard - Conan

La_Citrouille a écrit :

N'empêche, est-ce qu'il y a un système genre Big Brother sur ce forum? Je trouve ça plutôt flippant hmm

Comme dirait mon héros dans ce monument cinématographique qu'est Judge Dredd : "La loi c'est moi". Je confirme, c'est flippant tongue

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#27 07-03-2016 14:51

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Peace and Love, les enfants, Peace and Love...

Pour en revenir au sujet du fuseau, alors que la Tolkien Society propose en ce moment, pour la troisième année consécutive, de participer aux nominations des cinq prix constituant les Tolkien Society Awards, sachez que la Robert E. Howard Foundation, pour sa part, propose actuellement à ses membres de voter pour les travaux sélectionnés en 2016 en vue de l'attribution de la dizaine de prix qui constitue chaque année les Robert E. Howard Foundation Awards. À la différence de la Tolkien Society, les prix de la REH Foundation sont ouverts à la langue française, mais il est vrai que le rayonnement international de Patrice Louinet, par ailleurs membre de la Fondation (sans prendre part au vote lorsqu'il est sélectionné pour un prix, évidemment), ne peut que faciliter les choses en ce sens. À toute fin utile, je précise que depuis l'année dernière, il est possible de devenir membre de la REH Foundation pour la modique somme de 00,00 US$ (soit 00,00 € selon le taux de change des devises).

Amicalement,

Hyarion.

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#28 03-10-2016 22:27

Cédric
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Re : Robert E. Howard - Conan

Petite info pour signaler la sortie prochaine d'un Bifrost spécial Howard : https://www.belial.fr/revue/bifrost-84

Cédric

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#29 03-10-2016 23:17

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

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Cédric a écrit :

Petite info pour signaler la sortie prochaine d'un Bifrost spécial Howard : https://www.belial.fr/revue/bifrost-84

En effet, cher Cédric, merci d'avoir signalé cette sortie, prévue pour le 27 octobre.
Comme on pourra le constater en consultant le sommaire via le lien que tu indiques, parmi les contributions de ce numéro de Bifrost figure notamment un article de votre serviteur, intitulé « Howard et Tolkien : deux auteurs, deux pères fondateurs ». J'avoue que cela me fait un peu bizarre : il s'agit en fait de ma première publication dans une revue professionnelle...

La couverture du numéro est de Gregory Manchess, qui est l'auteur des illustrations du troisième tome des histoires de Conan parue chez Bragelonne sous le titre Conan - Les Clous rouges. Nous avions eu la chance de le rencontrer (et même de dîner avec lui, pour une poignée d'entre nous) lors de la première journée Howard à Paris, il y a environ deux ans maintenant. En s'inspirant notamment des œuvres des célèbres illustrateurs N. C. Wyeth (1882-1945) et Mead Schaeffer (1898-1980), Greg Manchess a su donner à l'univers de Conan la noblesse visuelle qu'il aurait pu déjà avoir en librairie si l'œuvre de Robert Howard avait été publié dès le début, aux États-Unis, dans une édition illustrée et reliée comme cela se faisait au début du XXe siècle, à l'époque de ce que l'on a appelé l'Âge d'or de l'illustration outre-Atlantique.

Bonne lecture, si leur cœur vous en dit. :-)

Amicalement,

Hyarion.

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#30 04-10-2016 08:46

ISENGAR
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Re : Robert E. Howard - Conan

Et le cœur nous en dit ! Je lirai tout ceci avec intérêt smile
Bravo à toi pour cet article.

I.

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#31 04-10-2016 09:38

Cédric
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Re : Robert E. Howard - Conan

Hé, je n'avais pas fait attention au sommaire, pressé que j'étais à relayer l'info ! Bien joué Hyarion ! Effectivement, on te lira avec intérêt, et plaisir j'en suis sûr.

Bonne journée,
Cédric

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#32 04-10-2016 17:47

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Merci beaucoup à vous deux. :-)

Amicalement,

Hyarion.

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#33 12-02-2017 18:02

Pellucidar
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Re : Robert E. Howard - Conan

Plus de 3 mois après sa parution, j'ai enfin pu trouver le temps de lire ce Bifrost spécial Howard ! Au passage, j'en profite pour féliciter Hyarion (mieux vaut tard…) pour son article, ainsi que pour ses efforts en général pour rendre à Howard la place qu'il mérite au panthéon de la Fantasy.

Un dossier très instructif, même pour ceux comme moi qui croyaient connaître Howard. Ainsi, même si je connaissais un peu ses autres personnages (Solomon Kane, Kull, Red Sonja…) j'ai été étonné d'apprendre à quel point la Fantasy était loin d'avoir été son genre de prédilection. Dans l'historique de sa publication, j'ai été aussi "surpris" de retrouver une vieille connaissance, Donald Wolheim, le responsable des éditions pirates du SdA chez Ace Books. Curieux personnage que ce Wolheim… Un peu à l'instar des deux autres zigotos (Carter et Sprague de Camp), il semble être tout à la fois un vrai fan désireux de promouvoir l'oeuvre et un opportuniste cupide et peu scrupuleux.
Fort intéressant était aussi l'article retraçant sa relation épistolaire avec Lovecraft.

Un petit regret cependant (j'imagine que la place a manqué), si Nicollet ou Frazetta sont bien sûr évoqués, dommage de n'avoir pu parler d'autres illustrateurs de Howard, notamment ceux qui sont parvenus jusqu'à nous via l'excellente revue L'Echo des Savanes Made In USA, dans laquelle nous ont régalés des gens comme Neal Adams, Jeff Jones, Mike Kaluta, Esteban Maroto ou Berni Wrightson, pour ne citer que les grosses pointures.

Je n'ai pas non plus retrouvé l'info signalant qu'un biopic sur Howard avait été tourné en 1996, The Whole Wide World, de Dan ireland, avec Vincent d'Onofrio dans le rôle d'Howard et Renée Zellweger dans celui de sa "fiancée".  wink


iNlGyTEOKnVz5lsAER4k286rlma2AVZRhXG1Q26rm8g18UTvj6LhFd9AqFpbddcLzAwPdWme7R-tZbLNeCHcZv1G93_C5TLymDtvm1AawUKejHgaaOIfzQ-XpZqy51tOJeX6BOwFhpr6xSq9QbDsGRLXLGwMnU6_9Luw80Vv_gqPnn6pzOXJn0zHAY-eDe8VAORezgfDQeG8hRhr0PFT7e_obTeCZoYv2BAoQhr6DtV4cq-rOOyfXKO8NA5dLhYJJoLGqwDZYJtgSiP4ldSSM0dIjFSUC-Kf4yHCymmzh4vRlqhdQGIEKlCFgtTeGStShkHJw6l5rVCuoMW11Kcsn1Y27QaoHCcK1zQ57SN_lOryUoKhxD7NnW5J0UOpKL4nba4Ae_gFodH4eKC_juEhr7xOZtIYOJq5S80BmIPrv1vVNMVFExOZ3MfQDLx5ssYCVoEfNIG-p4knWIE19ji5z-OJJ6UV2ybXsC-1sWDS7SwCfKbemfBS2GWpKCUL8EeEVECDJctYyEGIbUC_GZUPpHGdXUG03elD5kT-cODd2qtbuSAvm0XlHvSZ3GocjJYCUpjafAXpQDy2YUqP1-I9ndjGXhGhkVetF54hsmgv9HQxaEdPRNIg=w850-h604-no

Il y avait quand même de chouettes magazines, à l'époque…

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#34 13-02-2017 18:25

sosryko
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Re : Robert E. Howard - Conan

Pellucidar a écrit :

dans laquelle nous ont régalés des gens comme Neal Adams, Jeff Jones, Mike Kaluta, Esteban Maroto ou Berni Wrightson, pour ne citer que les grosses pointures.

... et Barry Windsor Smith, Pellucidar, avec sa celèbre version des Clous rouges, d'autant que 2 des 4 images du diaporama que tu nous proposes sont de sa pomme ;-)

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#35 14-02-2017 16:27

Pellucidar
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Re : Robert E. Howard - Conan

Bien vu, Sosryko ! J'en ai sûrement oublié d'autres...  A partir d'un certain âge, on ne devrait plus se fier à sa seule mémoire.  wink
J'ai aussi omis de signaler que William Stout (2ème image) avait travaillé sur le film de Milius (et aussi sur le Wizards de Bakshi).

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#36 18-03-2017 01:07

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

On pourrait citer également John Buscema, qui fut sans doute, avec Barry Windsor Smith, un des plus influents dessinateurs du personnage de Conan dans le domaine de la bande dessinée aux États-Unis.

Merci pour tes félicitations, Pellucidar. Mon article n'est pas passé inaperçu puisque j'ai eu droit, le 8 février dernier, à une citation de celui-ci par Anne (Besson), de manière toute particulière, lors de l'une des séances du séminaire Tolkien de l'ENS désormais réécoutables (avec celle de JR) sur la page dédiée audit séminaire sur Tolkiendil : http://www.tolkiendil.com/asso/manifest … e_ens_2016 ("Tolkien et la fantasy : de la confusion à la distinction" ; vers la 44e minute pour les impatients)

Le numéro de Bifrost consacré à Howard l'est, comme de juste, avant tout à l'écrivain, au-delà donc même de ses propres créations et des filtres dans la réception de leur auteur qu'ont longtemps été à la fois les comics de chez Marvel et les adaptations au cinéma et à la télévision, surtout focalisés sur le seul personnage de Conan, voire sur des personnages n'étant pas des créations directes de Robert Howard comme Red Sonya. Voila sans doute pourquoi, selon moi, ce sont proprement des illustrateurs de l'œuvre de Howard, sur les couvertures et les pages de livres contenant les écrits dudit Howard, dont il aura été avant tout question dans ce numéro, indépendamment de l'appréciation que l'on peut avoir par ailleurs des dessinateurs ayant travaillé chez Marvel (ou pour les films, comme William Stout, dont la version en bande dessinée du scénario du film de Milius, reproduite dans le Metal Hurlant avec couverture de Frazetta présent dans le diaporama de Pellucidar, est restée inachevée, ce qui est un peu dommage).

En ce qui concerne le film The Whole Wide World, consacrée à la relation entre Robert Howard et Novalyne Price d'après le livre de souvenirs de cette dernière, Patrice (Louinet) en parle dans son Guide Howard, évoqué ici précédemment (p. 229), et j'avais d'ailleurs suggéré il y a quelques mois que ce film, inédit en France, soit projeté si possible à l'occasion d'une prochaine journée Howard à Paris, mais je ne sais pas pour l'heure si cela sera ou ne sera pas pour cette année... En tout cas, le choix de l'acteur Vincent d'Onofrio pour interpréter Howard était tellement bien vu à l'époque, que je ne peux pas m'empêcher de penser à l'écrivain chaque fois que je revoie l'acteur à l'écran, même s'il est par ailleurs maintenant devenu évidemment physiquement plus âgé que Howard ne le sera jamais.

Amicalement,

Hyarion... toujours un peu pressé... d'aller enfin au lit, cette fois-ci. ^^'

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#37 18-03-2017 14:40

ISENGAR
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Re : Robert E. Howard - Conan

Il me semble que le 11 février dernier, le conférencier de Roubaix - ce grand modeste préfère garder l'anonymat - a également cité l'article de Bifrost et son désormais célèbre auteur toulousain, devant une foule avide d'en savoir plus.

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#38 23-03-2017 03:39

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Merci, JR. ;-) En tout cas, il est évident pour moi que ces citations m'engagent, bien plus qu'elles ne pourraient me flatter, car cela appelle surtout quelques prochains développements substantiels de ma part... et assez grande commence à être la pression, je l'avoue. ^^'

Tant que j'y suis et que j'y repense, je signale que l'émission nocturne de France Musique consacrée à la musique composée par Basil Poledouris pour le film de Milius, émission de radio dont j'avais déjà signalé la diffusion le 18 février 2014 dans un autre fuseau du forum, et dont la fin de l'accessibilité en ligne était annoncé pour novembre dernier... reste finalement disponible à la réécoute depuis que le site de France Musique s'est doté d'une nouvelle version, précisément en novembre 2016. Entre deux extraits de musique de chambre d'Antonín Dvorák, après une introduction de l'animateur Olivier Le Borgne qui - je l'avais déjà écrit à l'époque, fusse de façon un peu sibylline - ne pourra que plaire à JR, l'émission propose d'écouter successivement les morceaux de Poledouris connus sous le nom de « Theology/Civilization », « The Search », « The Orgy », « The Funeral Pyre », « Battle of the Mounds (part. 1) » et « Orphans of Doom/The Awakening ». Même si l'on sait qu'en matière de qualité du son, aucun des enregistrements existants de la musique de Conan the Barbarian n'est optimal ou « absolument de référence » tels qu'ils ont été édités, cela reste toujours de la grande musique...
Bonne écoute ou réécoute : https://www.francemusique.fr/emissions/ … -1-2-23156

À noter que le prolongement de la disponibilité de cette émission de France Musique vaut également pour des émissions de France Culture, station qui a vu également son site changer de version en novembre dernier, en permettant notamment désormais la réécoute de certaines des émissions (pas toutes, donc) précédemment recensées sur JRRVF mais qui n'étaient plus disponibles en ligne depuis quelques années, en raison d'un retrait plus ou moins automatique au bout de deux ans.

Amicalement,

Hyarion.

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#39 20-04-2017 16:13

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Pour la deuxième fois consécutive, la Journée Howard a eu lieu dans le cadre du Festival des Mondes de l'Imaginaire, à Montrouge au sud de Paris, le 9 avril dernier. Les conférences qui étaient proposées cette année, sur Robert E. Howard bien sûr mais aussi sur H. P. Lovecraft, sont désormais réécoutables en ligne sur le site d'ActuSF. On trouvera une présentation plus détaillée de la journée, par Patrice Louinet, dans son message inaugural (mis à jour avec les liens vers les enregistrements des conférences) de la page dédiée à cette journée sur Robert-E-Howard.fr.
Outre l'intérêt que représentent évidemment lesdites conférences en elles-mêmes, je me permets de signaler une petite intervention de votre serviteur, faite avec l'autorisation de Patrice, vers la fin de sa conférence "Robert E. Howard, notules biographiques" (à partir de la 32e minute) : http://www.actusf.com/spip/Conference-F … ert-E.html ;-)

Amicalement,

Hyarion.

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#40 02-04-2018 19:43

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Avis aux amateurs de bande dessinée : les nouvelles de Robert E. Howard mettant en scène Conan le Cimmérien font l'objet d'une adaptation - française - dans une nouvelle collection de l'éditeur Glénat.
Le projet était discrètement connu d'une poignée de participants à la première journée Howard à Paris en 2014, et il se concrétise finalement en cette année 2018, avec quatre albums adaptant quatre récits (les deux premiers à paraître au mois de mai prochain, et les deux suivants plus tard dans l'année) : La Reine de la Côte Noire (Queen of the Black Coast), Le Colosse Noir (Black Colossus), Au-delà de la rivière noire (Beyond the Black River) et La Fille du Géant du Gel (The Frost-Giant's Daughter).

Amicalement,

Hyarion.

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#41 27-06-2018 11:56

Alkar
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Re : Robert E. Howard - Conan

Pour les lecteurs d'Howard, dont je ne fais pas encore partie, je me permets de vous renvoyer à un article publié récemment par Laurent Di Filippo, que je lis de temps à autre avec beaucoup de plaisir, tant sur la réception de la Scandinavie ancienne et médiévale, que sur les jeux-vidéos. Il renvoie souvent à Tolkien à Howard dans ses travaux.

Enfin, parmi une bibliographie de qualité qui s'agrandit au fil du temps, il est l'auteur de la thèse intitulée Du mythe au jeu : approche anthropo-communicationnelle du Nord : des récits médiévaux scandinaves au MMORPGAge of Conan : Hyborian Adventures, travail co-dirigé par Jürg Glauser, pour qui j'ai une estime profonde, en raison de travaux qui portent sur une tranche de la littérature norroise qui m'intéresse tout particulièrement.

Je crois savoir que Hyarion connait un peu l'auteur de ce travail, de ce que je puis en juger avec le réseau social de Mark Z., comme il aime à l'écrire. J'aimerais bien connaître son avis sur les travaux de Di Filippo.

Di Filippo Laurent - Conan and the North : The Reception History of a Short Story and the Definition of the Canon

A.

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#42 29-06-2018 02:20

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Alkar a écrit :

Je crois savoir que Hyarion connait un peu l'auteur de ce travail, de ce que je puis en juger avec le réseau social de Mark Z., comme il aime à l'écrire. J'aimerais bien connaître son avis sur les travaux de Di Filippo.

Bien sûr, je connais Laurent Di Filippo : nous nous sommes rencontrés pour la première fois lors de la première journée Howard à Paris, en 2014, et il a eu la gentillesse de me remercier dans une note de bas de page de sa thèse soutenue en 2016, suite à des échanges à distance que nous avions eu par la suite sur Howard. Je crois que nous partageons une approche assez similaire de la recherche, qui pour moi consiste à faire les choses sérieusement sans se prendre au sérieux.
En matière de recherche howardienne, Laurent est un des rares chercheurs que je connaisse susceptibles d'apporter un peu de (saine) contradiction à Patrice (Louinet) et à sa "méthode structuro-comparatiste" dont il souligne les limites. Le débat concerne notamment Atali, le personnage féminin apparaissant dans la nouvelle La Fille du Géant du Gel (The Frost-Giant's Daughter) : pour résumer succinctement les choses, Laurent a identifié ce personnage à la mythologie nordique sans prétendre trancher la question complexe des possibles sources d'inspiration de Howard, tandis que Patrice considère depuis longtemps que l'inspiration dudit personnage est à chercher du côté de la mythologie gréco-romaine via un ouvrage précis de vulgarisation américain. Pour ma part, encore aujourd'hui, j'avoue que je n'arrive pas à trancher entre les deux ! ^^' Car les deux approches ont leur intérêt, le principal mérite de celle de Laurent - une approche dont je me sens proche - étant de souligner l'importance d'une méthode "souple" qui ne soit pas notamment forcément motivée par la recherche d'une illusoire "maîtrise", notamment sur la fameuse question des sources (une tentation qui existe aussi bien sur la planète Howard que sur la planète Tolkien, chose dont Laurent est aussi conscient que moi, je pense).
Bref, je recommande la lecture de sa thèse, qu'il partage bien volontiers au nom d'une diffusion de la recherche qui se doit d'être ouverte : c'est très stimulant.

Merci d'avoir signalé ici un article récemment mis en ligne par Laurent et qui m'avait échappé : il y est précisément question de la nouvelle de Howard que j'ai précédemment mentionnée.

Amicalement,

Hyarion.

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#43 02-07-2018 17:59

Alkar
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Re : Robert E. Howard - Conan

Très intéressant ce que tu racontes.

J'ai lu pas mal de parties de sa thèse, j'ai dû reprendre l'ensemble pour trouver cette fameuse note wink.

J'ai bien aimé son travail dans l'ensemble, même si à mon humble avis, ses critiques à l'égard de la traduction de l'Edda de Snorri par Dillmann auraient méritées plus de nuance. Cela m'a un peu refroidi je dois dire, mais cela n'empêche pas d'apprécier son travail de recherche pour lequel il a reçu un prix, à ma connaissance.

Lire les quelques études qu'il a publiées en plus de l'attente de ton copieux travail me donne envie de lire du Howard, que je ne connais que de très loin, après avoir vu le fameux film de 1982, qui n'a, je crois, aucun rapport de près ou de loin avec l’œuvre d'Howard. Cela reviendrait à dire, à titre de comparaison, que je ne connaitrais rien de Tolkien, si ce n'est que j'ai vu que l'adaptation finlandaise du Hobbit big_smile.

Peut-être me lancerais-je un jour dans la lecture de cet auteur... Mais mes projets personnels s'amoncellent. Voilà qu'un autre s'est ajouté à ma liste aujourd'hui : la traduction de la correspondance de Knut Hamsun !

Amicalement,

A.

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#44 04-07-2018 06:15

Elendil
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Re : Robert E. Howard - Conan

Pour info, l'étrangeté cinématographique nommée Hobitit est une adaptation... du SdA. wink

E.

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#45 04-07-2018 10:08

Alkar
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Re : Robert E. Howard - Conan

My bad...wink

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#46 08-07-2018 17:39

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Alkar a écrit :

J'ai bien aimé son travail dans l'ensemble, même si à mon humble avis, ses critiques à l'égard de la traduction de l'Edda de Snorri par Dillmann auraient méritées plus de nuance. Cela m'a un peu refroidi je dois dire, mais cela n'empêche pas d'apprécier son travail de recherche pour lequel il a reçu un prix, à ma connaissance.

Il est vrai que Laurent, pas plus qu'il ne ménage Patrice sur le terrain howardien, ne ménage pas non plus Dillmann sur le terrain nordique. Ce faisait, il ne craint pas de questionner le statut d'autorité du spécialiste : pourquoi faudrait-il boire les paroles de celui-ci par principe, au nom d'un "a priori déférent" qui lui serait dû ? C'est ainsi que je ressens les choses en lisant Laurent, car sa démarche se situe d'un point de vue transversal nécessaire pour appréhender un phénomène de réception, ni complètement enfermé dans la sphère érudite des spécialistes, ni dans le flou d'un point de vue qui ne serait qu'extérieur.

Il ne s'agit pas, à mon avis, de contester la qualité du travail fait par le spécialiste dans le cadre de sa spécialité mais de mettre en perspective ce que les choix éditoriaux du spécialiste implique en matière d'influence dans la réception vis-à-vis du public. Quelle que soit la légitimité d'une démarche, elle a des conséquences lorsqu'elle est et se veut influente. Parce que les conséquences peuvent être multiples, c'est là quelque-chose dont les spécialistes n'ont pas toujours totalement conscience, même s'ils assument souvent au moins de vouloir orienter les regards via leurs approches. On peut bien sûr choisir de se dire - je force ici un peu le trait - que tout ce qu'ils peuvent dire est génial parce que c'est eux qui le disent, parce qu'ils ont des connaissances que l'on n'a pas forcément soi-même, parce que l'on respecte profondément leur travail, parce qu'on les aime bien, etc. Mais il n'empêche : nous sommes tous des êtres humains, faillibles et imparfaits. Patrice Louinet, François-Xavier Dillmann, ou tout autre spécialiste, méritent précisément par la qualité de leur travail que celui-ci soit discuté, y compris de façons pas forcément "attendues".
Il devrait en être de même d'ailleurs pour Christopher Tolkien, par exemple, dont on serait pourtant bien en peine de trouver des critiques à l'égard de son travail d'éditeur sur la planète Tolkien - sauf de la part d'Edouard J. Kloczko, pour ne parler en tout cas que de la sphère francophone(*) - alors que les choix éditoriaux effectués par le fils influencent forcément la réception du père comme de son œuvre et la connaissance que nous pouvons en avoir, dans un sens pouvant du reste amener à se demander (comme je l'avais fait lors de la journée de clôture du séminaire de l'ENS l'année dernière) si le portrait du père autorisé par le fils était vraiment, en l'état, un portrait ressemblant...

Laurent, en évoquant les choix éditoriaux de Dillmann concernant sa traduction de l'Edda de Snorri Sturluson, met le doigt sur le nœud du problème : donner la possibilité la plus large possible à tout le monde d'émettre un jugement non biaisé factuellement sur un objet d'étude. Cela n'enlève rien au sérieux du travail de Dillmann, qui explique notamment pourquoi il a choisi de ne pas intégrer à sa traduction le prologue de l'Edda,  prologue dont la paternité attribuée à Snorri est discuté. Mais Laurent a raison de noter que sans avoir ce prologue sous les yeux, de fait, on ne peut pas vraiment se forger une opinion, cependant qu'il aurait toujours été possible de bien préciser les doutes concernant l'attribution de ce passage en le publiant malgré tout. Et la nuance pour moi se fait dans l'esprit du lecteur s'il sait apprécier la valeur des deux approches, même si ce n'est pas forcément facile. Bref, c'est ce que j'avais retenu de ma lecture de ce passage de la thèse en question, mais il y a peut-être d'autres points dont tu te souviendras peut-être.

Alkar a écrit :

Lire les quelques études qu'il a publiées en plus de l'attente de ton copieux travail me donne envie de lire du Howard, que je ne connais que de très loin, après avoir vu le fameux film de 1982, qui n'a, je crois, aucun rapport de près ou de loin avec l’œuvre d'Howard. Cela reviendrait à dire, à titre de comparaison, que je ne connaitrais rien de Tolkien, si ce n'est que j'ai vu que l'adaptation finlandaise [Hobitit] big_smile.

Effectivement, comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire à JR sur le présent fuseau, prétendre connaître et apprécier Howard en ayant seulement vu le film de Milius de 1982, ou a fortiori celui de Fleisher de 1984 ou, pire que tout, l'épouvantable série TV de la fin des années 1990 dont j'ai parlé ailleurs, c'est comme prétendre connaître et apprécier Tolkien en ayant seulement vu les trilogies de Jackson, ou le film de Bakshi, ou a fortiori l'ensemble assez baroque que constitue la mini-série finlandaise Hobitit ! Dans le Conan de 1982, il n'y a, au fond, que quelques éléments howardiens sortis de leur contexte, l'histoire voulue par Milius étant toute autre.

Alkar a écrit :

Peut-être me lancerais-je un jour dans la lecture de cet auteur...

Puisse le contenu du présent fuseau éventuellement t'y aider... en attendant la suite... ^^'

Amicalement,

Hyarion.

(*): Coïncidence : je connaissais depuis longtemps le point de vue d'EJK sur la question, mais il se trouve qu'il en a reparlé il y a environ une semaine sur le réseau de Mark Z., évoquant notamment le fait que grâce au catalogue de l'actuelle exposition Tolkien à Oxford, on sait enfin que les collections tolkieniennes de la Bodleian représentent plus de 500 boîtes d'archives, ce dont on avait aucune idée jusque-là, puisqu'il n'y a pas de catalogue des manuscrits à la disposition des chercheurs indépendants et que les spécialistes n'en parlent pas, la plupart semblant satisfaits du seul travail d'édition de Christopher Tolkien selon les dires d'EJK. S'agissant de la satisfaction supposée des spécialistes, je ne sais pas ce qu'il en est vraiment au fond (cela m'étonnait que tout le monde soit content, en fait, même si personne ne dit rien), mais sans doute faut-il bien reconnaître au moins l'existence d'une rétention d'informations (phénomène concernant aussi bien la planète Tolkien que la planète Howard, du reste, pour diverses raisons mais de façon générale probablement parce que nous avons là affaire à des écrivains encore trop "récents").

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#47 02-10-2018 11:27

sosryko
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Re : Robert E. Howard - Conan

Juste pour partager une bonne nouvelle : les éditions Bragelonne proposent (enfin) une intégrale Conan qui rassemble les trois volumes parus (Conan le Cimmérien, l'Heure du Dragon, les Clous rouges) dans un fort beau et grand format pour à peine les deux tiers du prix des trois volumes.

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#48 08-10-2018 21:27

Cédric
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Re : Robert E. Howard - Conan

Merci beaucoup pour l'info, ce n'est pas notre ami Hyarion qui sera déçu de cette sortie ;-)
Et dommage que ce soit Amazon qui présente quelques visuels, et non la maison Bragelonne elle-même...

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#49 10-10-2018 00:39

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Si vous êtes curieux de connaître mon avis sur cette publication, je peux toujours le partager avec vous, ayant récupéré mon exemplaire il y a un peu plus de trois semaines, avec un peu d'avance par rapport à la date officielle de sortie (qui était le 19 septembre et non le 12 comme l'indique encore le site de Bragelonne)... mais connaissant mon goût pour la nuance, vous ne serez pas surpris que mon opinion soit moins dithyrambique que les avis exprimés jusqu'ici sur Amazon.

Cette réédition en un seul gros volume relié de l'intégralité des aventures de Conan le Cimmérien précédemment paru en trois volumes, est assurément un ouvrage imposant, de plus de 1300 pages, d'un format (20,5 x 28,5 cm) plus grand que les volumes originaux, contenant environ 250 illustrations de treize artistes, et qui pourra certainement satisfaire un collectionneur ou quelqu'un n'ayant pas déjà les trois volumes parus chez Bragelonne en 2007-2008 (ceux dont on a bien sûr déjà parlé plus haut dans le présent fuseau il y a maintenant quelques années).

Si j'en juge par mon exemplaire, la réédition me semble de qualité, quoique le sommaire soit hélas incomplet et donc pour une petite partie inutilisable, même si cela est heureusement sans incidence sur la pagination de l'ensemble. Tout y est concernant les textes : nouvelles, roman, récits inachevés, brouillons, synopses, cartes, documents divers, notes, ainsi que "Une Genèse Hyborienne" l'essai en trois parties de Patrice (Louinet).

Ce volume unique a été enrichi de trois cahiers d'illustrations en couleurs et en pleines pages, au contenu inédit en France mais qui (me) laisse une impression mitigée. Pour mémoire, Mark Schultz, Gary Gianni et Gregory Manchess sont les trois illustrateurs originaux de l'édition en trois volumes de Wandering Star/Del Rey Books/Ballantine Books reprise par Bragelonne : une large part de leur travail a été faite en noir et blanc ou en grisaille, et donc couramment reproduite ainsi dans les éditions anglaises et française des histoires de Conan de Howard, mais une autre partie de leur travail, en couleurs, n'a été, elle, que très peu reproduite telle quelle, seulement pour des tirages limités en anglais, le lectorat "ordinaire" devant se contenter de reproductions en noir et blanc dans les éditions courantes. Quitte à enrichir le livre sur ce plan-là, cette réédition en un volume de chez Bragelonne aurait été l'occasion de reproduire dans leur intégralité les illustrations en couleurs de Schultz, Gianni et Manchess. Or seules quelques-unes de ces illustrations en couleur ont été sélectionnées, d'autres et non des moindres restant seulement reproduites en noir et blanc ailleurs dans l'ouvrage. Certaines contributions en couleurs d'autres illustrateurs, totalement inédites, (me) paraissent pour le moins dispensables en comparaison de l'ensemble du travail effectué par Schultz, Gianni et Manchess, il y a plus de quinze ans, pour les trois volumes originaux en anglais. Par là-dessus, les avant-propos de ces trois illustrateurs pour chacun des volumes originaux, qui avaient été omis par Bragelonne pour sa version française de 2007-2008, auraient pu être enfin intégrés à l'occasion de cette intégrale en un volume (dont il n'existe à ma connaissance aucun équivalent en langue anglaise) : il n'en est rien, hélas, comme si le travail d'illustration ne devait rester qu'une sorte de faire-valoir destiné à être exploité à la carte...

Ceci étant dit, et en attendant qu'une édition courante des écrits restaurés de Howard en format de poche voit (enfin) le jour (je suis confiant sur ce point, mais il est néanmoins plus que temps que cela se fasse), pour qui voudrait disposer d'un seul coup en français de l'intégralité des textes de Howard dédiés à Conan le Cimmérien, cette édition intégrale en un volume unique est certainement à acquérir, notamment s'agissant des personnes qui n'ont (toujours) pas les trois volumes originaux, qui retardent ce genre d'acquisition depuis (bien trop) longtemps... et qui se reconnaitront !

Amicalement,

Hyarion.

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#50 10-10-2018 08:04

Cédric
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Re : Robert E. Howard - Conan

Hyarion a écrit :

Si vous êtes curieux de connaître mon avis sur cette publication, je peux toujours le partager avec vous.

Voilà qui est complet, merci beaucoup ;-)
Et, euh, je me suis reconnu... hmm smile

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#51 11-10-2018 02:47

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Cédric a écrit :

Voilà qui est complet, merci beaucoup ;-)

De rien, avec plaisir. ;-)

Cédric a écrit :

Et, euh, je me suis reconnu... hmm smile

Ne te sens pas excessivement visé, Cédric : par Zeus, Odin, Crom et Ulmo, j'en connais qui sont moins excusables que toi ! ;-)

Tenez, tant que j'y suis, je me permets de partager également avec vous cette curiosité musicale : une transcription pour orgue, par Philipp Maximilian Pelster, de la musique de Conan the Barbarian par Basil Poledouris. Le premier enregistrement mondial de cette transcription a été faite par Pelster lui-même, en mai 2014, avec l'orgue Glatter-Götz/Rosales de l'Église unie du Christ de Claremont, en Californie.

Certains ont trouvé cela étrange... mais moi pas du tout : c'est une très bonne idée que cette transcription pour orgue, intelligemment faite et qui confirme décidément la très grande qualité de la musique de Poledouris.

L'enregistrement a été édité par Naxos, le label indépendant bien connu des amateurs de musique dite classique.
La présence dudit enregistrement sur YouTube ne doit pas nous dispenser d'ajouter que, comme dirait Michel Colucci, "il faut absolument acheter ce disque", d'autant plus que, comme dirait Jean-Paul Belmondo, il n'est "pas trop cher" (ce qui est vrai, en plus : le CD coûte environ 7 €). À quoi fais-je référence avec Coluche et Belmondo ? À cette fameuse fin de dîner arrosé (voire plus) de 1985, voyons : https://www.youtube.com/watch?v=e94UqP7f8pA

Bonne nuit à toutes et à tous ! ;-)

Amicalement,

Hyarion.

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#52 31-10-2018 13:53

sosryko
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Re : Robert E. Howard - Conan

Je découvre un livre paru au mois d'août dernier : Le Guide Howard, de Patrice Louinet, aux éditions actusf, sous le label Hélios. Il s'agit de la réédition en poche du livre paru au éditions actusf en 2015 et dont Hyarion nous a déjà parlé en ces lieux.

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#53 13-11-2018 00:59

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Le mois dernier, ici même, votre serviteur a écrit :

Ceci étant dit, et en attendant qu'une édition courante des écrits restaurés de Howard en format de poche voit (enfin) le jour (je suis confiant sur ce point, mais il est néanmoins plus que temps que cela se fasse)...

De fait, j'étais au courant depuis le mois de septembre, mais on peut maintenant annoncer publiquement cette excellente nouvelle : les récits de Conan par Robert E. Howard vont enfin être réédités en format de poche par la Librairie Générale Française (le Livre de Poche), tout comme le Hobbit de Tolkien.
Les volumes de poche seront proposés avec des couvertures stylisées, sans fioritures, dans le but d'élargir le lectorat (notamment en direction du public féminin, la collection étant d'ailleurs dirigée par des femmes), et auront le même contenu en matières de textes que les volumes de chez Bragelonne, tout en étant évidemment nettement moins chers.
Les deux premiers volumes au Livre de Poche (Conan tome 1 : Le Cimmérien [ISBN : 978-2-253-82011-6] et Conan tome 2 : L'Heure du Dragon [ISBN : 978-2-253-82012-3]) devraient paraître le 9 janvier 2019.

Amicalement,

Hyarion.

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#54 13-11-2018 21:15

ISENGAR
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Re : Robert E. Howard - Conan

Hyarion a écrit :

Les deux premiers volumes au Livre de Poche (...) devraient paraître le 9 janvier 2019.

Zut, trop tard pour Noël, mais encore à temps pour mon anniversaire  angel

I.

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#55 12-12-2018 05:27

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Je ne parle jamais beaucoup de bande dessinée, ici ou ailleurs, mais une fois n'est pas coutume, je me permets de reprendre ici les quelques mots que j'ai écrit tout-à-l'heure, sur le réseau de Mark Z., concernant l'adaptation par Robin Recht de la nouvelle de Robert E. Howard The Frost-Giant's Daughter (La Fille du géant du gel, 1932), une des meilleures histoires mettant en scène Conan le Cimmérien, qui parait officiellement en librairie ce mercredi 12 décembre (chez Glénat).

Cette adaptation est une réussite, particulièrement en révélant l'essence du récit de fantasy howardien à travers un "neuvième art" qui, jusqu'ici, s'agissant des adaptations des histoires de Conan en comics aux États-Unis d'Amérique, était complètement étouffé par une censure pudibonde "pour adolescents" malheureusement caractéristique desdits comics. La dimension sexuelle de La Fille du géant du gel devait forcément être présente dans une adaptation relevant des arts visuels, et il est fort satisfaisant, je dois le dire, de voir qu'en France, on a su trouver le ton juste, jusqu'à oser une certaine crudité, pour mettre graphiquement en scène cette histoire, la plus littéralement mythique des aventures de Conan.

Comme le fait remarquer Michael Moorcock dans sa préface à l'album, Robin Recht a su rendre l'histoire à la fois plus simple et plus complexe. D'une part plus complexe dans le sens où le contexte "nordique" de l'aventure est un peu plus détaillé et étoffé que dans la nouvelle originale, ce qui me parait témoigner au passage d'une bonne connaissance de la culture et de la mythologie des anciens Scandinaves, la représentation du géant primordial Ymir, en particulier, s'en trouvant ici enrichie. D'autre part plus simple dans le sens où l'essence des personnages principaux, notamment celui de Conan, guerrier barbare incarnant la plus naturelle, libre et instinctive, des pulsions de vie dans un monde où règne la mort, est peut-être plus directement soulignée que dans la nouvelle. La sexualisation explicite d'Atali, très soulignée ici, jusqu'à la représenter avec des attributs aussi bien divins (la peau insensible aux éléments, propre aux dieux et déesses des mythologies, notamment classique) que très humains (les poils pubiens, notamment), explose non seulement les sempiternels et stupides codes de censure anglo-saxons, mais aussi un certain nombre de conventions plus générales en matière d'art ou de fantasy, sans pour autant céder à la facilité que l'on reproche si souvent à la moindre évocation du désir sexuel sans fard, puisque l'essentiel est là : Atali apparait telle que l'on pouvait se représenter les dieux et déesses chez les Anciens, c'est-à-dire, en partie à l'image des êtres humains, et même temps censés être très au-dessus d'eux et de l'humaine condition, tandis que conformément au récit howardien, en étant simplement lui-même, Conan réussit à se hisser au niveau d'un mythe, au risque de s'y perdre... et à en revenir. C'est là tout simplement la fantasy howardienne à son meilleur.

Sur la forme, le dessin est maîtrisé, ainsi que la mise en couleur, même si, personnellement, je m'attache généralement davantage à la qualité du dessin, laquelle est bien là en l’occurrence. Le trait est réaliste à souhait et les angles de vue variés et originaux. Personnages et paysages sont représentés avec soin, tantôt de façon appliquée, tantôt de manière plus enlevée, avec un vrai sens du mouvement. C'est une adaptation sensuelle dans tous les sens du terme, aussi bien par fidélité au sujet, loin de toute censure, que par souci de solliciter, à travers l'imagination, d'autres sens que la vue, notamment l'ouïe, puisque une bonne part de l'histoire est rythmée par le battement du propre cœur de Conan.
Je craignais qu'une Atali avec une chevelure trop rousse/rouge, associée éventuellement à un court vêtement en mailles de métal comme le laissait entrevoir certains éléments de la communication précédent la sortie de l'album, inciterait trop à songer à Red Sonya, un autre personnage féminin de bande dessinée, très librement inspiré de Howard et emblématique, par son accoutrement même, de la stupide censure des comics : à l'arrivée, ma crainte s'avère heureusement plutôt infondée, puisque dans l'album proprement dit, Atali apparait finalement d'une manière qui ne contredit pas le récit original de Howard, et qui n'incite pas à penser à autre chose qu'à la matière originale à la fois "historique" (l'Âge Hyborien de Conan est un passé alternatif lointain de la Terre) et mythique du texte, sur laquelle Robin Recht a façonné intelligemment son adaptation.
Des libertés sont bien sûr prises, par exemple en ce qui concerne la représentation des deux frères d'Atali qu'affronte Conan, mais cela ne nuit pas fondamentalement au propos, et permet au passage de peut-être mieux comprendre notamment la spécificité du personnage de Conan et sa nature fondamentalement indomptable.
Le découpage graphique de l'histoire est fluide, alternant contenu minimal ou plus étoffé suivant les planches, incitant à un double niveau de lecture, au fil rapide de l'action ou de manière plus approfondie case par case. L'auteur ne s'interdit rien en matière d'expression graphique, et certaines pages, s'orientant vers la peinture au-delà de la bande dessinée, méritent d'être remarquées. C'est là vraiment du très bon et beau travail.

Bon, si l'on veut pinailler, il y a bien un petit problème de raccord au niveau de la chaînette sur les hanches d'Atali dans la première case de la page 49, mais je suppose que l'auteur l'aura lui-même remarqué, et puis c'est là quelque-chose que l'on retrouve chez les meilleurs dessinateurs : les petites "faiblesses" qui ne nuisent pas pour autant à la qualité de l'ensemble (comme les faux raccords dans les bons films de cinéma).
Je ne suis pas un des ces "influenceurs" de la Toile, payés pour dire du bien des produits dont ils parlent, ni quelqu'un qui pratique la flatterie (qui n'est jamais un service à rendre, même à un ami) : si jamais Robin Recht lit ces lignes, qu'il les prenne donc pour ce qu'elles sont : une critique positive indépendante, et un sincère coup de chapeau devant le très bon travail d'un auteur contemporain... ce que je ne fais pas tous les jours ! ^^

Amicalement,

Hyarion.

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#56 19-06-2019 17:00

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Notre ami Alkar ayant déjà signalé dimanche dernier la présence, dans le sixième numéro de la revue Fantasy Art and Studies, d'un article de ma main (entre autres !), illustré par Emmanuelle Ramberg et consacré à la nouvelle La Fille du Géant du Gel de Robert E. Howard, je n'ai plus qu'à renvoyer ici, pour mémoire, à son message dans un autre fuseau au sujet de la toute récente parution de ce numéro : https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic. … 535#p87535

Amicalement,

Hyarion.

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#57 06-09-2019 02:23

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Je me permets de reprendre ici le fil d'une discussion entamée ailleurs avec Elendil, et relative aux grilles de lecture psychanalytiques appliquées aux œuvres littéraires :

Elendil a écrit :

Concernant le sexe, même s'il occupe une place moins importante chez Jung que chez Freud, il ne faut pas oublier que Jung s'y intéresse de très près lui aussi, mais notamment pour montrer comment il s'inscrit dans une dynamique de croissance qui peut basculer sur un plan nettement plus spirituel pour les personnes à la recherche du sens de leur vie, plan auquel Freud dénie assez explicitement toute réalité et toute pertinence. Dans ce cadre, il me semble clair que les thèses de Jung seront beaucoup mieux à même d'aider à décrypter les romans de Tolkien, qui s'inscrivent dans une conception du monde assez proche, d'où le sexe n'est pas absent, mais passe très nettement à l'arrière-plan. A l'inverse, une approche freudienne me paraîtrait sans doute plus efficace avec un Howard, chez qui pulsion de vie et pulsion de mort s'entrechoquent avec une vigueur remarquable. Dans les deux cas, il faudrait sûrement nuancer, car l'un et l'autre romanciers ne sont pas monolithiques, comme tu le soulignes à raison. En particulier, la conception des archétypes jungiens me semble trouver une résonance particulière dans l'histoire fictive mise en scène par Howard dans L'Âge hyborien.

En ce qui concerne l'approche freudienne appliquée à Howard, il est en effet possible qu'elle puisse fonctionner, compte tenu de son histoire personnelle difficile et des répercutions qu'elle a pu avoir sur ses écrits. Il est par exemple très tentant de faire une lecture psychanalytique d'une nouvelle comme Les Clous Rouges (Red Nails), en raison en particulier des rapports qu'y entretiennent les principaux personnages féminins et masculins, même si ladite lecture a certainement ses limites. Du reste, il me semble que certains chercheurs ce sont déjà un peu penchés sur la question, et je ne serais d'ailleurs pas surpris que Patrice (Louinet) ait intégré un certain nombre d'éléments psychanalytiques dans sa thèse de doctorat, qu'il est précisément en train de boucler ces jours-ci, pour une soutenance toute prochaine.

J'avoue ne pas m'être trop frotté au sujet de la psychanalyse dans mes propres travaux, tant la discipline encourage des investigations spécifiques, que l'approche soit tantôt freudienne ou tantôt jungienne. Par ailleurs, pour moi aussi, il est plus que temps de boucler. Mais on ne sait jamais à côté de quoi l'on peut passer, alors qu'il suffirait peut-être de quelques observations pour au moins ouvrir encore quelques pistes en passant... Aussi serai-je intéressé par un éventuel développement de ta part, même succinct, s'agissant d'une lecture jungienne de L'Âge hyborien. En matière d'archétypes, si l'on songe par exemple au personnage d'Arus de Némédie, j'avoue que je me demande quelle signification au juste une telle grille de lecture pourrait lui attribuer, compte tenu de son rôle singulier dans toute cette histoire... Mais je ne prétends pas connaître tout cela sur le bout des doigts, et de Jung lui-même, j'ai surtout lu son autobiographie (« Ma vie ». Souvenirs, rêves et pensées), ainsi que son fascinant Livre rouge (Liber Novus)... Quel serait selon toi, le(s) meilleur(s) livre(s) jungien(s) pour essayer d'examiner un peu la question (je n'aurai probablement plus beaucoup de temps pour cela, mais bon...) ?

Hyarion.

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#58 06-09-2019 07:58

Elendil
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Re : Robert E. Howard - Conan

Le meilleur livre pour s'initier à la pensée de Jung reste certainement la compilation d'essais et de chapitres de livres réunis par Jolande Jacobi, avec l'approbation de Jung, publiée sous le titre L'Âme et la Vie (LGF, 1995). Son livre le plus célèbre est sans doute Psychologie et alchimie, mais il n'est pas facile d'accès et sans doute moins pertinent pour tes recherches.

Quant à Arus de Némédie, je ne prétends pas l'analyser immédiatement au moyen d'une lecture jungienne de son caractère, d'autant qu'il me faudrait analyser en grand détail son histoire, dont je ne me souviens pas par cœur. Toutefois, la persistance du caractère picte, l'opposition constante entre les qualités respectives des « barbares » et des « nations civilisées », qui restent les mêmes à travers les âges, la répétition perpétuelle du cycle de la civilisation, tout ceci m'évoque de près ou de loin la théorie jungienne des archétypes. Au demeurant, Conan lui-même me fait très largement penser à une manifestation archétypale, et d'autant plus que Howard a mainte fois utilisé l'essentiel de sa description physique et de son caractère pour l'appliquer à des héros d'aventures se déroulant dans une période temporelle différente.

E.

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#59 08-09-2019 22:57

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Merci pour ta réponse et pour les références, Elendil.

On verra si je trouve le temps de creuser un peu la question...  J'ai pris connaissance, cet été, de la « théorie de l'esprit plat » de Nick Chater, théorie postulant que notre moi intérieur (si cher à nous depuis Socrate) ne serait qu'une illusion de l'esprit, ce qui remettrait notamment en cause l'existence d'un inconscient au sens freudien ou jungien du terme : que ladite théorie (promue de façon un peu péremptoire par son auteur) tende vers le vrai ou vers le faux, elle rappelle au moins qu'il y a toujours de quoi relativiser la pertinence d'une convocation de l'inconscient pour interpréter certaines choses dites ou faites, compte tenu notamment des différents paradigmes pouvant intégrer cette notion. S'agissant de la théorie jungienne des archétypes, et plus généralement sur la psychanalyse, Freud, Jung, Rank, Bettelheim, etc., j'avais lu d'intéressantes considérations critiques dans le Dictionnaire critique de mythologie de Jean-Loïc Le Quellec et de Bernard Sergent, paru en 2017 (CNRS Éditions) : cela a sans doute participé au fait que je ne me sois pas trop frotté aux grilles de lecture psychanalytiques, même si ce qu'en disent les auteurs n'est pas que critique, puisqu'ils reconnaissent qu'indépendamment de savoir si une interprétation psychanalytique est pertinente ou non, l'utilité de certains des outils de travail de la psychanalyse est réelle dans d'autres domaines de recherche et que, dans le domaine de la mythologie, le « coup d'œil » psychanalytique peut aider à « décoincer » un regard engagé dans une approche plus classique. Bien sûr étudier des œuvres littéraires n'est pas tout-à-fait la même chose qu'étudier des mythes - y compris dans le cas de Tolkien -, mais tout-de-même : avec les grilles de lecture universalistes, prudence est mère de sûreté. ;-)

Concernant Arus de Némédie, pour mémoire, il joue, dans L'Âge Hyborien, un rôle de prêtre civilisé, à la fois bienveillant et pragmatique, semblable à celui de quelque missionnaire (jésuite, par exemple) parti évangéliser des « sauvages » : espérant convertir les Pictes au culte pacifique de Mitra en vigueur dans les royaumes hyboriens, et plus largement à la civilisation qu'incarnent ces riches royaumes, ayant survécu contre toute attente à sa dangereuse expédition et croyant ensuite avoir effectivement œuvré vertueusement à une « assimilation » des Pictes, Arus se révèlera en fait être la cause, bien malgré lui, d'une guerre de conquête picte et plus largement d'invasions barbares entrainant la ruine complète de l'empire aquilonien, sur fond d'inévitable cycle perpétuel barbarie/civilisation, et d'imperméabilité du « barbare éternel » (« everlasting barbarian ») à la théologie et à la philosophie. Sur cet épisode, Howard parle d'« étrange tournure du destin » (« strange twist of fate »), de « caprice du destin » («  whim of fate »), et même d'une des « sinistres ironies de l'univers » (« grim ironies of the universe ») concernant le rôle et le sort d'Arus. Cela rappelle un peu cette histoire de libre-arbitre dont on a parlé ailleurs s'agissant des Enfants de Húrin, et bien sûr l'ironie tragique que l'on retrouve dans ce singulier récit tolkienien : chez Howard comme chez Tolkien, on peut trouver une même question ouverte, celle du « fatum », destin irrévocable. Je dis cela sans y avoir beaucoup réfléchi, mais cela mériterait sans doute d'être creusé... À noter que dans le cas de Conan, devenu roi d'Aquilonie longtemps avant l'existence d'Arus, on pourrait aussi parler d'« étrange tournure du destin », puisque ce personnage d'aventurier et guerrier barbare (certes capable de faire preuve de curiosité intellectuelle mais tout en restant superstitieux, héritier d'une vieille haine entre Cimmériens et Pictes, etc.) s'est volontairement éloigné de sa Cimmérie natale et en vient, par un concours de circonstances, à être le souverain (juste et anti-impérialiste) d'un royaume civilisé.

Hyarion.

P.S.: après vérification, je constate que Howard connaissait au moins un peu la psychanalyse freudienne, puisqu'il évoque parfois le sujet dans sa correspondance.

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#60 21-10-2019 04:44

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

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Avec la parution du troisième et dernier tome ce mois-ci (octobre 2019), l'intégralité des écrits de Robert E. Howard consacrés à l'univers de fantasy de Conan le Cimmérien est, désormais, disponible dans la prestigieuse collection du Livre de Poche de la Librairie Générale Française. Comme je doute fort que, du moins de mon vivant, Howard fasse un jour l'objet d'une parution dans la Pléiade (allez savoir pourquoi et suivez mon regard... ;-p ...), le Livre de Poche sera donc en France, pour Howard, sa Pléiade à lui. En tout cas, plus d'excuse financière et/ou esthétique pour ne pas le lire : tout Conan en langue française est maintenant disponible en format de poche, avec des couvertures sobres et élégantes, à un prix désormais accessible à toutes et tous. :-)

En novembre dernier, ISENGAR a écrit :
Hyarion a écrit :

Les deux premiers volumes au Livre de Poche (...) devraient paraître le 9 janvier 2019.

Zut, trop tard pour Noël, mais encore à temps pour mon anniversaire  angel

Cette année, mon cher JR, si jamais il y a eu un oubli en janvier dernier, le temps ne manque donc pas pour se rattraper à l'occasion du prochain Noël... ;-)

Amicalement,

Hyarion.

[EDIT (08/02/2024): compléments dans la liste, avec ajout entre parenthèses de liens hypertextes vers la base de données du site de la NooSFere]
[EDIT 2 (22/03/2024): reformatage de l'image]

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#61 21-10-2019 07:57

ISENGAR
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Re : Robert E. Howard - Conan

Hyarion a écrit :

Cette année, mon cher JR, si jamais il y a eu un oubli en janvier dernier, le temps ne manque donc pas pour se rattraper à l'occasion du prochain Noël... ;-)

En effet !
Par Crom, quelle excellente nouvelle smile

I.

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#62 06-01-2020 00:23

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Or donc, l'année 2019 étant close, j'ose espérer qu'elle se sera terminée avec, entre autres, quelques lectures howardiennes sous le sapin pour certain(e)s d'entre vous. ^^

À noter que le numéro hors-série n°52 (collection "Classic", vol. 21) de la revue de cinéma Mad Movies, paru le mois dernier (décembre 2019), est consacré à Conan... le Cimmérien. Il s'agit en effet, dans ce numéro, de retracer l'aventure cinématographique du personnage créé par Robert E. Howard en faisant, notamment, la part des choses entre la création littéraire originale howardienne et les interprétations particulièrement libres dont elle a fait l'objet sur grand écran. Sur ce point, je ne peux que renvoyer à ce que j'ai écrit le mois dernier dans un autre fuseau :

Le mois dernier, dans un autre fuseau, à la suite de JR/Isengar, votre serviteur Hyarion a écrit :

ISENGAR a écrit :

...un des meilleurs films de fantasy tournés jusqu'ici - après le Conan de John Milius, bien évidemment :p ...

Bien évidemment, cher JR. ;-)
À condition toutefois qu'il ne soit plus du tout là question d'adaptation, bien sûr : autant PJ, quoi que l'on pense de lui, est censé avoir tenté d'adapter le Seigneur des Anneaux de Tolkien, autant Milius n'a pas cherché pour sa part à adapter le personnage littéraire original de Conan créé par Robert E. Howard : le scénario de Milius et Oliver Stone emprunte certes quelques éléments à l'œuvre de Howard, tous sortis de leur contexte (un personnage de barbare qui s'appelle Conan, qui est Cimmérien, qui vit à l'Âge Hyborien, qui est crucifié, qui deviendra roi d'Aquilonie, qui affronte un ennemi dont le nom - Thulsa Doom - est emprunté à une histoire de Kull et non à une histoire de Conan...), mais pour raconter finalement vraiment tout autre chose qu'une histoire de Conan de Howard. Ceci étant rappelé (nous en avons déjà discuté), j'avoue que j'aurai tendance à être d'accord avec toi, mon avis rejoignant aujourd'hui plutôt celui d'Olivier Le Borgne, tel qu'il l'a exprimé dans cette fameuse émission nocturne de France Musique consacrée à la merveilleuse musique de Basil Poledouris pour le film de Milius, dont j'ai déjà parlé en ces lieux et qui est toujours réécoutable : https://www.francemusique.fr/emissions/ … -1-2-23156

[...] le film de John Milius sorti en 82, Conan le Barbare, un monument d'heroic fantasy, un grand film qui tient toujours la route, car les décors, les costumes n'ont absolument pas vieilli... Et c'est un film, soit dit en passant, qui dame le pion à la trilogie de Peter Jackson Le Seigneur des Anneaux : je trouve personnellement ce film amplement supérieur à cette trilogie.

Olivier Le Borgne, "Les bandes à Basil (1/2)", programmation de "France Musique la Nuit... Quel méli-mélo, dis !", émission de la radio France Musique, diffusée le 18 février 2014.

Mise à part la mention "heroic fantasy" (on le sait, je préfère parler de "fantasy" tout court, pour Howard comme pour Tolkien, Morris ou Martin), ces mots pourraient être les miens, en fait, même si je persiste à trouver de bien réelles qualités à la première trilogie de PJ et en particulier au premier film de cette trilogie. ;-) Mais il me parait cependant évident que le film de Milius (qui a certes aussi ses défauts) a une homogénéité, une originalité, un lyrisme, un côté artisanal aussi, qui font de lui un solide long métrage, taillé pour mieux vieillir que les films de PJ, et au moins en cela on peut dire qu'il leur dame le pion.

S'agissant de ce numéro hors-série de Mad Movies, Patrice Louinet y signe un article sur Howard, Conan et la fantasy, tandis que le reste du volume, écrit par des critiques de cinéma, est bien sûr largement consacré au Conan très personnel de Milius, à la musique écrite par Poledouris pour ce film (entre autres), mais aussi à tout ce qui a suivi (le Conan et le Kalidor [Red Sonya en VO] de Fleisher, le Conan de Nispel de 2011 [pas convainquant]... et même les nanars et navets "barbaresques" chers à Silmo !). La couverture fait la part belle à Arnold Schwarzenegger dans le rôle du Conan de Fleisher, nettement plus stéréotypé et caricatural que celui de Milius (Arnold fut, de fait, mieux dirigé par ce dernier), mais bon... il faut bien que cela fasse plus ou moins "tilt" en kiosque dans la tête des gens, je suppose...

Amicalement,

Hyarion.

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#63 06-01-2020 08:30

sosryko
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Re : Robert E. Howard - Conan

Dans les publications récentes, il y aussi Conan ! Du barbare au souverain, de Simon Sanahujas, paru aux Moutons électriques (compilation des Nombreuses vies de Conan [2007] et Conan le Texan [2008]). C'est beau et bon.

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#64 07-01-2020 04:57

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

sosryko a écrit :

Dans les publications récentes, il y aussi Conan ! Du barbare au souverain, de Simon Sanahujas, paru aux Moutons électriques (compilation des Nombreuses vies de Conan [2007] et Conan le Texan [2008]). C'est beau et bon.

Après avoir trouvé un exemplaire par hasard en librairie en octobre dernier, j'en avais alors parlé (à chaud) sur le réseau de Mark Z., mais pas en ces lieux jusqu'à maintenant.

L'ouvrage en question - Conan ! Du barbare au souverain, donc - est une réédition (partielle) en couleurs d'un livre effectivement déjà paru en 2008 en noir et blanc, combiné désormais à un récit de voyage de l'auteur au Texas (avec un comparse) sur les traces du créateur de Conan, récit paru lui aussi à peu près à la même époque chez le même éditeur.
On y retrouve donc notamment le contenu principal des Nombreuses vies de Conan, à savoir une évocation biographique de Conan le Cimmérien comme s'il s'agissait d'une authentique figure historique d'un Âge Hyborien conçue qu'une véritable lointaine période de notre passé, Howard se trouvant dès lors placé dans la même position de transmetteur que Tolkien feignait lui-même de revendiquer pour ses Hobbits et sa Terre du Milieu. Cet exercice de biographie "interniste" du personnage de Conan, qui me paraissait déjà bien mené à l'époque, et que l'auteur a laissé tel quel, reste aujourd'hui intéressant, même s'il a évidemment ses limites (Howard n'a jamais conçu lui-même de véritable biographie pour son personnage, cela participant précisément de l'identité littéraire de celui-ci) et malgré un usage très fréquent, et sans doute excessif, qui a été fait de couvertures d'ouvrages pour illustrer le propos.

La nouveauté, en ce qui concerne cette réédition compilée de deux ouvrages, outre la fusion proprement dite, concerne l'ajout d'un article inédit (non publié à l'époque), la disparition (regrettable selon moi) d'articles de la première édition (des Nombreuses vies de Conan) qui auraient pu être gardés, et une postface dont le contenu apporte un étrange bémol à l'ensemble de l'entreprise, ce pourquoi je m'étais permis d'exprimer un avis mitigé chez Mark Z., ce qui m'avait d'ailleurs valu alors une réaction agacée (mais heureusement isolée) d'un individu se faisant appeler "Gripoil Du Rohan" (sic !), lequel ayant tenu à me qualifier de "rabat-joie" apportant une "ombre malveillante et négative" et faisant même preuve d'"intégrisme intellectuel" (soit un cocktail d'amabilités formant un beau concentré de tout ce qui fait le charme discret des rézosocios...).

Le fait est que le contexte de reparution du contenu de cette publication peut sincèrement interpeller. La postface en particulier laisse, je l'avoue, une impression un peu étrange, voire un goût un peu amer, avec un auteur parlant, avec le recul, d'un Robert E. Howard lui paraissant désormais "immature" sur un plan littéraire et psychologique. L'intéressé est certes passé depuis longtemps à autre chose, comme il l'avoue lui-même, mais on se demande dès lors, à le lire, qu'est-ce donc qu'un lecteur de Howard à part un adolescent, éventuellement attardé s'il a plus de trente ans (?)... Personnellement, je n'ai jamais lu Howard comme une lecture d'adolescent, tout comme je n'ai jamais lu Tolkien comme une lecture pour enfant... et pour cause : j'étais "déjà" lycéen quand j'ai lu le Hobbit pour la première fois et "déjà" étudiant dans le supérieur quand j'ai lu ma première histoire de Conan de Howard. Et à chaque fois, ce fut par un contact direct avec le texte littéraire (fut-il traduit), sans aucun filtre plus ou moins déformant relevant des 7e et/ou 9e arts. Ce furent des plongées directes dans la littérature, ni plus, ni moins, et si ces deux auteurs sont certes associés à ma jeunesse dans un sens large, ils ne le sont pas à une période de ma vie qu'il faudrait supposer "infantile" ou "immature". Howard est mort volontairement à l'âge de 30 ans : cela ne signifie pas que son œuvre ne soit pas pleinement lisible et appréciable au-delà de cet âge, même s'il n'a pas écrit que des textes de qualité, loin s'en faut et chacun peut en convenir. Quant à savoir si se suicider à 30 ans vous fige dans une immaturité psychologique... ma foi, qu'en sait-on ? Je me garderai bien, en tout cas, d'avoir des certitudes à ce sujet, comme je l'ai d'ailleurs déjà laissé entendre en ces lieux, il y a quelques mois, dans un autre fuseau :

En août 2019, dans un autre fuseau, votre serviteur Hyarion a écrit :

Quel que soit le point de vue depuis lequel on se place, que savons-nous au juste du suicide et de son rapport à la liberté individuelle ? Yyr ne veut pas en parler ici... mais il en parle finalement quand même, en mettant judicieusement le doigt sur ce qui caractérise, en l'état de nos connaissances, cet acte : la part effectivement irréductible de mystère qui l'entoure. C'est ce que j'avais répondu à Kendra lorsqu'elle m'avait interrogé (lors de ma conférence à l'ENS) sur le suicide de Robert E. Howard en 1936 : quelles que soient les circonstances, dans tout suicide, il y a une part de mystère.

Conan et Howard, selon moi, méritent en tout cas mieux que d'être seulement considérés comme des sortes de "plaisirs coupables" liés à l'adolescence : l'auteur a bien le droit de penser ce qu'il pense, et il fait certes louablement preuve de franchise dans cette postface, mais le regard qu'il porte aujourd'hui non seulement sur Howard mais aussi plus largement sur son propre travail laisse penser que celui-ci, à présent, n'a guère plus d'importance qu'une de ces publications destinées à un certain "marché de la nostalgie" censées être si caractéristiques de notre époque. Je trouve cela dommage, a fortiori compte tenu de l'intérêt que continue de représenter par ailleurs le contenu de l'ouvrage proposé in fine. Par là-dessus, alors que l'on a pourtant affaire à une production d'un éditeur dont j'apprécie en général le travail, malgré la richesse esthétique qu'apporte incontestablement une nouvelle mise en page ainsi qu'un éclatant passage à la couleur du contenu illustré, viennent hélas s'ajouter des accrocs sur un plan formel, en particulier de bien regrettables coquilles, qui plus est dans la partie inédite du livre, laissant malheureusement penser que non seulement l'auteur ne se soucie plus vraiment de son travail passé, mais qu'en sus les correcteurs coûtent apparemment aujourd'hui trop chers pour être pleinement sollicités (?), même à ce niveau supposé de professionnalisme éditorial et même pour le prix que le "consommateur" paye à l'arrivée : je sais bien quelle corvée peuvent représenter les relectures, et combien la chasse aux fautes, aux oublis et aux coquilles peut être ingrate et épuisante... mais tout de même, il m'aura suffi d'un seul premier feuilletage de l'ouvrage, en librairie, pour voir me sauter aux yeux une négligence... à faire hurler PJ (et d'autres) au sommet de l'Empire State Building (cf. p. 221, pour les cinéphiles). Bon, pas de quoi en faire tout un plat, évidemment, mais disons que cela participe sans doute aussi à mon avis mitigé...

Bref, quitte à faire du neuf avec du vieux, et à lire son auteur aujourd'hui, une simple republication tel quel (et donc en couleurs, pourquoi pas) aurait peut-être suffi... mais reste tout de même, en tout cas, le travail d'un auteur, travail réel, original, documenté et toujours intéressant, même s'il est déjà ancien. "De la bonne vulgarisation populaire", en somme, comme l'a écrit récemment un interlocuteur chez Mark Z. (autrement plus ouvert que l'autre, cité plus haut et se prenant pour un étalon...). ^^

Amicalement,

Hyarion.

[EDIT:] P.S. (30/10/2023) : de l'eau a coulé sous les ponts depuis la rédaction du présent message, et de mémoire, les angles ont, par la suite, été arrondis avec "Gripoil Du Rohan", lors des échanges ponctuels que j'ai pu avoir sur le réseau de Mark Z. avec lui.

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#65 09-05-2020 23:54

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Suite à une conversation récente sur le forum de Tolkiendil, il m'est apparu que le présent fuseau pourrait accueillir le contenu d'albums en ligne proposant une sélection commentée d'œuvres d'artistes howardiens — c'est-à-dire d'artistes ayant consacré une partie de leur travail à l'illustration de textes de Robert E. Howard —, albums que j'ai commencé à réaliser et publier au début de l'année dernière, sur le réseau de Mark Z., dans l'espace d'un groupe FB consacré à Howard et qui remplace plus ou moins l'ancien site Robert-e-Howard.fr aujourd'hui disparu (le nom du groupe est, de fait, celui du site défunt).

Je commence ce soir par l'album que j'ai consacré à Boris Vallejo, en reprenant ci-après le texte de présentation original dudit album que j'avais rédigé en janvier 2019, et dont une partie du contenu a d'ailleurs été reprise dans un de mes messages récents sur Tolkiendil (parfois, même si c'est un penchant naturel, j'en ai un peu marre de me forcer à reformuler complètement des propos déjà tenus ailleurs ^^). La sélection de douze œuvres qui suit est bien sûr subjective, et assumée comme telle : j'avais procédé, à l'époque, comme si j'étais un commissaire d'exposition ayant carte blanche pour proposer une petit section d'expo à ce que j'estime le meilleur de la production de l'artiste, reflet d'une période certes depuis longtemps révolue. En outre, je m'efforce, de façon générale, de donner la priorité aux œuvres qui sont un minimum référencées (dates, techniques utilisées, dimensions des supports, etc.), en particulier quand il s'agit de tableaux : depuis le temps, on aura pu comprendre que le je-m'en-foutisme généralisé en la matière, s'agissant de la diffusion d'images d'art sur Internet, n'est pas vraiment ma tasse de thé !

Howardian Artists #1: Boris Vallejo

Boris Vallejo (né en 1941), dessinateur, peintre et illustrateur américain d'origine péruvienne.

Ah, que dire de l'art de Boris Vallejo... Certains l'adorent, d'autres le détestent... Mon avis est plus nuancé. À mes yeux, disons que ses modèles peints et dessinés étaient intéressants jusque vers 1982-1983, et à la limite jusque vers 1984-1985 pour encore certaines de ses œuvres... mais par la suite et jusqu'à nos jours... ça a été une véritable overdose de culturisme à la sauce « flashy » et « heavy », avec de moins en moins de naturel et toujours les mêmes mises en scène figées et sur-éclairées, du moins de mon point de vue...
De façon générale, ses meilleures peintures me paraissent se situer entre 1975 et 1983, à l'époque de son mariage avec sa première épouse Doris Vallejo, quand il peignait à l'huile d'une façon moins « glacée » que par la suite. C'était l'époque en particulier où la magnifique Danielle Anjou posait pour lui : voir notamment à ce propos le livre d'art Mirage paru en 1982 (en anglais) avec des textes de Doris Vallejo, et aussi un autre artbook (en français) intitulé Diva, paru en 1983.

En ce qui concerne Robert E. Howard comme inspiration (de près ou de loin, ou même de très loin), les plus intéressantes représentations du personnage de Conan par Vallejo sont probablement celles des couvertures pour Savage Sword of Conan dans les années 1974-1976, puisque cette revue présentait des récits en bande dessinée directement adaptés des histoires de Conan de Howard. Le style de Vallejo, encore souple sur un plan factuel, était alors très proche de celui de Frank Frazetta, dont il s'éloignera par la suite, mais pas pour le meilleur...
Le fait est que Frazetta pratiquait le dessin de nu d'après modèle en atelier et peignait ensuite ses sujets en puisant directement dans son imagination, alors que Vallejo travaille essentiellement, mis à part les croquis et études préparatoires, directement d'après des photographies réalisées avec modèles en studio : Vallejo n'a jamais caché travailler d'après photos et non d'après nature, mais disons que, vis-à-vis du résultat final, cela se voyait quand même un peu moins à l'époque de ses meilleures peintures que par la suite... Sa volonté, par un certain usage accentué de la lumière et des couleurs, de toujours plus distinguer ses personnages de leur environnement dans un tableau, n'aura fait qu'accentuer dans la durée l'impression d'une mise en scène statique, dans laquelle on ne voit plus le sujet dudit tableau mais seulement des modèles qui posent avec plus ou moins d'ostentation. La comparaison entre un croquis préparatoire et le tableau final montre souvent combien le gain obtenu en réalisme corporel des personnages est proportionnel à la perte en matière de sensation de mouvement et même de vie propre à l'imaginaire d'un créateur.

De toute façon, pour moi le point fort d'un artiste comme Boris Vallejo n'est pas à chercher du côté de ses peintures représentant Conan — qui furent toutes des œuvres de commande, et en cela conformes à des stéréotypes bien connus —, mais plutôt du côté de son œuvre beaucoup plus personnelle d'« erotic fantasy » de la fin des années 1970 et du début des années 1980 (cf. son artbook Mirage, déjà évoqué plus haut), quand il avait de beaux modèles (en particulier féminins) à la morphologie naturelle, comme Danielle Anjou, avec qui travailler pour le dessin comme pour la peinture, et quand son art n'était pas encore complètement envahi par le culturisme (qui n'est pas du tout ma tasse de thé sur le plan esthétique) et par une luminosité de plus en plus agressive et trop digne de spots d'un studio photo...

À noter, enfin, que Boris Vallejo a contribué à la diffusion et à la popularité de la représentation graphique du personnage de Red Sonja — créé par Roy Thomas pour la bande dessinée et très librement inspiré d'un personnage de Robert E. Howard (Sonya de Rogatino), comme on le sait —, en transposant ladite représentation dans plusieurs peintures, une première fois dès 1974 pour Savage Sword of Conan, puis plus tard pour illustrer six couvertures de romans consacrés au personnage par David C. Smith et Richard L. Tierney. L'artiste semble avoir eu notamment le souci, à travers sa pratique de la peinture d'après photo, de rendre physiquement crédible le port par l'héroïne de Roy Thomas de son improbable « bikini de métal », mais on n'en retrouve pas moins ces poses figées caractéristiques des modèles dans les peintures finalisées, poses qui contrastent avec la spontanéité imaginative de Vallejo présente dans ses croquis préparatoires, fussent-ils moins « nobles » d'apparence. Bien entendu, sa Red Sonja a un corps de mannequin, et qui n'est donc pas celui d'une guerrière sans doute, mais à choisir, je préfère de très loin cette interprétation à n'importe quelle représentation d'amazone culturiste que Vallejo a pu produire par la suite... Du reste, si Red Sonja avait été créée pour être un personnage réaliste comme pouvait l'être Sonya de Rogatino chez Howard, cela se saurait, depuis le temps, non ? L'intérêt littéraire et artistique du personnage créé par Roy Thomas m'a toujours paru pour le moins limité (entre autres, le « bikini de métal » est pour moi le symbole même de la débilité d'une censure hypocrite propre aux comics que j'ai toujours détesté), mais l'interprétation graphique dudit personnage par Vallejo est tout de même intéressante dans le sens où elle est survenue, si j'ose dire, « au bon moment » dans sa carrière de peintre.

(24 janv. 2019)


Boris Vallejo (né en 1941).
Iron Shadows in the Moon, couverture pour The Savage Sword of Conan the Barbarian #4 (Marvel), 1975.
D'après un récit de Robert E. Howard : Chimères de fer dans la clarté lunaire (Shadows in the Moonlight / Iron Shadows in the Moon, 1932).
Huile sur carton d'illustration, dimensions non référencées (probablement env. 55 cm de côté).
Collection privée.


Boris Vallejo (né en 1941).
The Tree of Death, couverture pour The Savage Sword of Conan the Barbarian #5 (Marvel), 1975.
D'après un récit de Robert E. Howard : Une Sorcière viendra au monde (A Witch Shall Be Born, 1934).
Huile sur carton d'illustration, env. 40,6 x 55,9 cm.
Collection privée.


Boris Vallejo (né en 1941).
Death-Duel with the Undead Wizard, couverture pour The Savage Sword of Conan the Barbarian #10 (Marvel), 1976.
Titre faisant allusion au contenu de la revue : la conclusion d'une adaptation du roman de Robert E. Howard L'Heure du dragon (The Hour of the Dragon, 1934).
Huile sur carton d'illustration, env. 43,2 x 55,9 cm.
Collection privée.


Boris Vallejo (né en 1941).
The Devil in Iron, couverture pour The Savage Sword of Conan the Barbarian #15 (Marvel), 1976.
D'après un récit de Robert E. Howard : Le Diable d'airain (The Devil in Iron, 1933).
Huile sur carton d'illustration, env. 41,9 x 54,6 cm.
Collection privée.


Boris Vallejo (né en 1941).
Demon in the Mirror (« Tiana of Reme »), 1977, couverture pour le roman The Demon in the Mirror d'Andrew J. Offutt et Richard K. Lyon (Pocket Books, 1978).
Huile sur carton, 43,18 x 66,04 cm.
Collection privée.


Boris Vallejo (né en 1941).
Red Sonja, 1980, couverture pour le roman Red Sonja #1: The Ring of Ikribu de David C. Smith et Richard L. Tierney (Ace Books, 1981).
Huile, env. 42,5 x 67,3 cm.
Collection privée.


Boris Vallejo (né en 1941).
Scarlet Menace ou The Red Menace, 1981, couverture pour le roman Red Sonja #2: Demon Knight de David C. Smith et Richard L. Tierney (Ace Books, 1982).
Huile, dimensions non référencées (sans doute env. 43 x 67 cm).
Collection privée.


Boris Vallejo (né en 1941).
First Love, 1981.
Huile sur carton, 73,66 x 48,26 cm.
Collection privée.
Œuvre reproduite dans le livre Mirage (1982), avec un poème de Doris Vallejo.
(Modèle : Danielle Anjou)


Boris Vallejo (né en 1941).
Flight of the Dragons (Quest), 1981.
Huile sur carton, 48,3 x 76,2 cm.
Collection privée.
Œuvre reproduite dans le livre Mirage (1982), avec un poème de Doris Vallejo.
(Si jamais vous cherchez un rapport avec Howard, vous n'avez qu'à imaginer que les « dragons volants » [« flying dragons »] évoqués dans la nouvelle Les Miroirs de Tuzun Thune [The Mirrors of Tuzun Thune] avaient des cavalières... ;-)...)


Boris Vallejo (né en 1941).
Étude préliminaire pour Hookah, Opium Dream, 1981. 
Graphite, encre et aquarelle sur carton d'illustration, env. 21,6 x 30,5 cm.
Collection privée.


Boris Vallejo (né en 1941).
Hookah, Opium Dream, 1981. 
Huile sur carton, 73,7 x 50,8 cm.
Collection privée.
Œuvre reproduite dans le livre Mirage (1982), avec un poème de Doris Vallejo.
(NB : fût-ce fortuitement, le sujet du tableau peut apparaître comme la fusion de deux figures howardiennes : d'une part la figure du magicien plongé dans le sommeil du lotus, tel Yara dans La Tour de l'Éléphant [The Tower of the Elephant] et Xaltotun dans L'Heure du dragon [The Hour of the Dragon], et d'autre part la figure de la sorcière lascive qu'incarne Salomé dans Une sorcière viendra au monde [A Witch Shall Be Born]).


Boris Vallejo (né en 1941).
The Sorcerer, 1982, couverture pour le roman Red Sonja #6: Star of Doom de David C. Smith et Richard L. Tierney (Ace Books, 1983).
Huile, env. 43,2 x 68,6 cm.
Collection privée.

B.

[EDIT (10/05/2020, 03h10): suite à divers problèmes techniques, j'ai dû éditer plusieurs fois ce message avant qu'il soit enfin complet... mais désormais tout y est. ^^']
[EDIT 2 (15/07/2020): correction des espacements et séparations entre paragraphes]

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#66 01-07-2020 23:59

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Quelques semaines plus tard...

J'essaierai de reprendre ici prochainement mon partage, commencé avec mon message précédent, des contenus d'albums mis en ligne chez Mark Z. dans lesquels je propose une sélection commentée d'œuvres d'artistes howardiens.

En attendant, je signale que Robert E. Howard et son personnage de Conan le Cimmérien feront l'objet, demain jeudi 2 juillet 2020, en direct à partir de 17h00, d'une émission radiophonique de la série "Blockbusters" sur France Inter : https://www.franceinter.fr/emissions/bl … illet-2020

Parmi les invités de cette émission proposée par Frederick Sigrist, figurent notamment Patrice (Louinet), qui se trouve avoir passé tout ce printemps au Texas (le pays de Howard) dans le contexte sanitaire mondial que nous connaissons, et Virginie Augustin, dessinatrice de bandes dessinées qui a réalisé l'adaptation, parue chez Glénat en 2019, de la nouvelle Chimères de fer dans la clarté lunaire (Shadows in the Moonlight / Iron Shadows in the Moon, écrite en 1932 et parue dans Weird Tales en 1934), la seule histoire de Conan de Howard que l'on ait pu identifier comme ayant été lue par J. R. R. Tolkien dans les années 1960.

Amicalement,

B.

P.S.: tant que j'y suis, je mentionne ici mon palmarès personnel des récits howardiens de Conan, d'après l'édition établie par Patrice, palmarès déjà proposé dans le fuseau dédié aux lectures durant le confinement : https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic. … 505#p88505

Dans cet autre fuseau, votre serviteur a écrit :

- Volume I (1932-1933) : quatre nouvelles (sur treize) que j'estime être parmi les meilleures > Le Phénix sur l'Épée, La Fille du Géant de Gel, La Tour de l'Éléphant, La Citadelle Écarlate;
- Volume II (1934) : un roman et deux longues nouvelles, soit tout (ou presque) dans ce très bon volume > Le Peuple du Cercle noir, L'Heure du dragon, Une sorcière viendra au monde;
- Volume III (1934-1935) : trois nouvelles (sur cinq), que j'estime être aussi parmi les meilleures, et parmi les plus abouties > Au-delà de la rivière Noire, Le Maraudeur noir, Les Clous rouges.

[EDIT: corrections de syntaxe et complément au post-scriptum]

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#67 07-08-2020 17:53

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

J'ai appris tout récemment la mort de François Truchaud en ce mois d'août, à l'âge de 78 ans.
Pour qui a pu découvrir Robert E. Howard dans la langue de Molière à partir des années 1970 et jusqu'au milieu des années 2000, François Truchaud fut tout simplement un des premiers traducteurs de l'écrivain en français et, de très loin, le plus important. C'est peu de dire que le public francophone peut lui être reconnaissant pour tout le travail de diffusion de l'œuvre de Howard qu'il a réalisé pendant de nombreuses années.

Directeur d'un Cahier de l'Herne Lovecraft ayant fait date en 1969, puis plus tard notamment collaborateur de la célèbre revue Metal Hurlant en tant que critique et traducteur, il avait appris la langue de Shakespeare en autodidacte bien qu'ayant fait des études classiques et d'allemand en langue étrangère. D'abord critique cinématographique, puis critique littéraire, il était devenu traducteur de l'anglais un peu par hasard, ayant notamment travaillé pour Christian Bourgois dès 1969-1970, à la demande de ce dernier, dans le cadre d'une collection de fictions "Dans l'épouvante", et pour Jacques Van Herp, directeur de la collection "La Masque Fantastique" à la Librairie des Champs Élysées. Outre Robert E. Howard qui était un de ses auteurs favoris, Truchaud a traduit, entre autres, H. P. Lovecraft, Graham Masterton, Bram Stoker, Hanns Heinz Ewers, William Hope Hodgson, Abraham Merritt, Nancy McKenzie, Robert Bloch et Philip K. Dick.

Il avait découvert Howard à travers le premier texte de l'écrivain publié en France dans Planète n°24 en 1965, dans une traduction (partielle) de Jacques Bergier, mais surtout, par la suite, étant un grand admirateur de Frank Frazetta, c'est par le biais des couvertures illustrées par ce dernier pour la série de volumes des histoires de Conan de chez Lancer Books, que Truchaud s'enthousiasma pour les récits de Howard, en langue originale anglaise, et qu'il voulu les traduire... ce qu'il ne tarda pas à pouvoir faire, en devant tenir compte de facto de la "collaboration posthume" de L. Sprague de Camp et Lin Carter pour ce qui est des histoires de Conan, mais en sachant bien distinguer la spécificité de l'écriture howardienne, laquelle exerça un attrait très intense sur lui de son propre aveu durant tout le temps qu'il consacra à la rendre accessible au public francophone. Encore aujourd'hui, il est des solutions de traduction de Truchaud pour certaines expressions de Howard dont il n'est guère évident de proposer une alternative qui épouserait mieux le style de l'écrivain.

C'est ainsi donc qu'il traduisit Howard pour Édition Spéciale (maison d'édition devenue ensuite les Éditions Jean-Claude Lattès) en 1972, puis pour la Librairie des Champs Élysées, et enfin pour NéO (les Nouvelles Éditions Oswald) chez qui furent publiés en français, pendant une dizaine d'années (entre 1979 et 1989), un très grand nombre de récits et poèmes de Howard traduits et préfacés par Truchaud, certains de ces textes étant parfois alors encore inédits aux États-Unis en version originale. Pour NéO également, Truchaud dirigea une édition de l'oeuvre de Clark Ashton Smith, et c'est sur sa proposition que NéO fit de Jean-Michel Nicollet (que Truchaud connaissait via Metal Hurlant et son ami Philippe Druillet) l'illustrateur attitré des couvertures des volumes de l'éditeur. Il adapta par ailleurs aussi, en 1978, pour L'Écho des Savanes spécial USA n°8 et 9 des bande-dessinées inspirées de Howard.

En avril 2016, François Truchaud avait été l'invité d'honneur de la deuxième Journée Howard, à laquelle avait été aussi invité Jean-Michel Nicollet, et qui avait été organisée alors pour la première fois à Montrouge dans le cadre du Festival des Mondes de l'Imaginaire. J'avais d'ailleurs dîné avec lui en compagnie de Patrice Louinet et de quelques autres intervenants et participants de cette journée. Les interventions ayant eu lieu lors de cet évènement sont encore visionnables et écoutables via le site d'ActuSF (les liens hypertextes sont obsolètes depuis la disparition du site robert-e-howard.fr, mais les vidéos hébergées sur YouTube sont, elles, toujours existantes) : https://www.actusf.com/detail-du-fil-de … -videos-de

RIP François Truchaud (1941-2020)
https://www.noosfere.org/icarus/livres/ … uteur=1164

B.

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#68 14-01-2022 02:13

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Il y a déjà fort longtemps, votre serviteur a écrit :

J'essaierai de reprendre ici prochainement mon partage, commencé avec mon message précédent, des contenus d'albums mis en ligne chez Mark Z. dans lesquels je propose une sélection commentée d'œuvres d'artistes howardiens.

J'essaierai de m'occuper de cela dans quelque temps, si possible, parmi d'autres choses...

En attendant, je me permets de signaler ici un article du journaliste Michaël Ducousso, « Conan, un barbare pas si bourrin que ça », mis en ligne hier, 13 janvier, dans « L'Éclaireur Fnac » : https://leclaireur.fnac.com/article/604 … in-que-ca/

Peace and love,

B.

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#69 16-06-2022 20:59

Elendil
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Re : Robert E. Howard - Conan

Hyarion a plusieurs fois souligné en ces lieux la qualité de la musique de Poledouris, en particulier dans ce fuseau, et pour cause. Je partage son avis, au moins pour les musiques que j'ai eu l'occasion d'entendre. J'apprécie particulièrement la musique qui constitue le générique du Conan de Milnius, qui s'accorde magnifiquement avec l'iconique scène introductive.

Quelle n'a pas été ma surprise ce soir d'entendre à la radio les premières mesures d'Also sprach Zarathustra, poème symphonique de Richard Strauss, et de me dire : « Mais c'est la musique de Conan ! » Vérification faite, l'originalité de Poledouris est réelle, mais j'ai quand même l'impression qu'il fait une allusion très marquée au début de ce poème symphonique dans ce passage. Curieusement, je n'ai vu aucune remarque à ce sujet, à tel point que j'en viendrais à douter si je n'avais pas écouté et réécouté les deux à la suite une bonne demi-douzaine de fois.

(Je préciserais que j'ai aussi écouté la suite du poème symphonique, qui ne m'a guère plus dans l'ensemble, comme l'essentiel de la musique de Strauss, à laquelle je reste globalement imperméable. C'est certainement la raison pour laquelle je n'avais jamais dû écouter ce morceau.)

E.

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#70 18-06-2022 16:03

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Elendil a écrit :

Je préciserais que j'ai aussi écouté la suite du poème symphonique [Also sprach Zarathustra de Richard Strauss], qui ne m'a guère plus dans l'ensemble, comme l'essentiel de la musique de Strauss, à laquelle je reste globalement imperméable. C'est certainement la raison pour laquelle je n'avais jamais dû écouter ce morceau.

J'ai, en fait, pour ma part, déjà évoqué ailleurs, l'année dernière, les pages musicales de Richard Strauss que j'apprécie le plus (des extraits de l'opéra Salomé op. 54), même si ce n'est pas un compositeur que j'écoute forcément beaucoup, mais je note au passage, en guise de préambule, que même sur le terrain d'un centre d'intérêt commun pour la musique dite classique, nous avons décidément des goûts assez différents, Elendil. Je repense en particulier à ce que tu as écrit dans un autre fuseau, là encore l'année dernière :

Ailleurs, l'année dernière, Elendil a écrit :

...dans l'ensemble je trouve Mahler plus intéressant que Debussy.

Il se trouve qu'en ce qui me concerne, je dirais que c'est plutôt l'inverse, même si cependant j'apprécie les symphonies de Gustav Mahler, en particulier sa Symphonie no 5 en do dièse mineur (et tout particulièrement le célèbre quatrième mouvement de cette symphonie, Adagietto en fa majeur que j'aime beaucoup). Or s'il peut m'arriver d'écouter quotidiennement de la musique de Claude Debussy (Prélude à l'Après-midi d'un faune, « Clair de lune » et autres pièces pour piano de la Suite bergamasque, « La Fille aux cheveux de lin » et autres pièces pour piano des Préludes, Syrinx pour flûte solo, etc.), cela sera moins le cas avec Mahler, mais cela ne m'empêchera pas, cependant, d'écouter à d'autres moments, parfois plusieurs fois de suite, de grandes œuvres symphoniques très appréciées comme Schéhérazade de Rimski-Korsakov, certaines grandes pages orchestrales des opéras de Richard Wagner, ou certains concertos et symphonies de Mozart que j'aime beaucoup...

Elendil a écrit :

Quelle n'a pas été ma surprise ce soir d'entendre à la radio les premières mesures d'Also sprach Zarathustra, poème symphonique de Richard Strauss, et de me dire : « Mais c'est la musique de Conan ! » Vérification faite, l'originalité de Poledouris est réelle, mais j'ai quand même l'impression qu'il fait une allusion très marquée au début de ce poème symphonique dans ce passage. Curieusement, je n'ai vu aucune remarque à ce sujet, à tel point que j'en viendrais à douter si je n'avais pas écouté et réécouté les deux à la suite une bonne demi-douzaine de fois.

Pour élaborer l'ambiance et le contexte émotionnel de son film, long métrage conçu comme étant nettement plus musical que dialogué, John Milius a étroitement travaillé avec Basil Poledouris, mais parce que l'on part toujours de quelque-part, Milius avait à l'esprit un certain nombre de références « classiques » au préalable en matière de musique : Richard Wagner, Igor Stravinsky, Sergueï Prokofiev et Carl Orff. Peut-être pourrait-on rajouter éventuellement Richard Strauss, notamment en raison de la thématique « nietzschéenne » supposée commune entre son poème symphonique Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra) op. 30 et le Conan de Milius (très éloigné du Conan de Howard, et même sans rapport profond avec la pensée de Nietzsche de mon point de vue). Poledouris connaissait forcément l'œuvre de Strauss, mais pour ma part, j'avoue que je ne vois pas vraiment de parenté évidente s'agissant de la musique elle-même ou du film de Milius plus généralement, sinon que l'introduction d'Ainsi parlait Zarathoustra, bien connue pour avoir été utilisée par Stanley Kubrick pour son film 2001, l'Odyssée de l'espace, pourrait éventuellement assez bien illustrer la scène d'introduction du film de Milius à la gloire du façonnement de la fameuse épée d'acier par le père du héros (*).

Généralement, la musique de Poledouris pour le film de Milius me marque précisément par son originalité, et par le fait qu'elle existe par elle-même, au point (me concernant) de ne pas forcément d'ailleurs toujours l'associer au Conan de Milius à l'écoute, comme je peux associer, en comparaison, plus spontanément la musique de H. Shore aux films de P. Jackson par exemple (**). L'originalité se perçoit même aussi dans l'utilisation explicite que Poledouris fait d'une musique médiévale espagnole du XIIIe siècle (Las Cantigas de Santa Maria) dans un des morceaux (“The Tower of Set”) composés pour le film. Mais si je devais cependant faire des parallèles avec des œuvres du répertoire dit « classique », j'en ferais surtout avec les Carmina Burana de Carl Orff (1935-1936) et avec la musique composée par Sergueï Prokofiev en 1938 pour le film Alexandre Nevski de Sergueï Eisenstein, musique de film à partir de laquelle Prokofiev a écrit une cantate pour mezzo-soprano, chœur et orchestre : Alexandre Nevski op. 78. Le cinquième mouvement de cette cantate de Prokofiev, « La bataille sur la glace », a précisément été utilisé pour la bande-annonce originale du film de John Milius lors de sa sortie en salles, mais au-delà dudit film de Milius, je trouve la musique de ce mouvement suffisamment howardienne dans l'expression pour être digne du Conan d'origine, même si Howard était déjà mort (certes depuis peu) lorsque Prokofiev composa sa cantate.

J'avoue qu'il m'est assez difficile de trouver dans le répertoire dit « classique », et dans une période antérieure à la mort de Howard en 1936, une musique qui me fasse particulièrement penser à l'univers de fantasy de l'auteur. Dans sa correspondance avec Lovecraft (dans une lettre des environs de septembre 1933, plus précisément), Howard signale qu'il a eu l'occasion d'écouter à la radio, depuis le fin fond de son Texas natal, des œuvres de Richard Wagner, Ludwig van Beethoven et Franz Liszt, entre autres. Si je devais citer une œuvre qui peut me faire, parmi d'autres, penser à Howard, ce serait les Planètes op. 32 (1914-1917) de Gustav Holst, œuvre orchestrale et en partie chorale qui a déjà été maintes fois évoquée sur le forum de JRRVF. Outre le célèbre premier mouvement de ces fameuses Planètes, “Mars, The Bringer Of War”, dont les accents guerriers peuvent aisément se prêter à l'évocation de scènes de bataille aussi bien howardiennes que tolkieniennes, j'avais évoqué notamment, dans un autre fuseau, l'année dernière, les accents mystiques de “Neptune”, septième et dernier mouvement du poème symphonique de Holst, accents auxquels me faisait penser une certaine musique venue d'Almaq — et interprétée, a-t-on dit, par Yann Caraye et le Miskatonic Ensemble ;-) —, mais en fait, la musique du mouvement “Neptune, the Mystic” des Planètes, dès ses premières mesures jouées par les instruments à vent de l'orchestre, me fait d'abord généralement penser, entre autres, à un récit particulier de Robert E. Howard : non pas à une histoire de Conan le Cimmérien, mais à une histoire du roi Kull de Valusie, Le Coup de Gong (The Striking of the Gong, 1928), courte nouvelle méditative proposée en son temps par Howard à la revue Argosy.

Amicalement,

B.

(*) Au passage, en ayant eu l'occasion de voir, le mois dernier au cinéma, le film The Northman de Robert Eggers, je me permets de signaler que si le film en question m'a paru correct d'un point de vue cinématographique et que, comme on dit, il se laisse regarder, parfois même comme une sorte de documentaire sur la vie quotidienne des Vikings (du moins est-ce plutôt ainsi que les choses m'ont paru par moments être présentées, que l'exactitude historique soit ou non au rendez-vous), j'ai pour ma part été très frappé par les nombreuses citations visuelles que le cinéaste fait du Conan de Milius dans son propre film, au point que j'estime personnellement qu'il y en a in fine un peu trop (même s'il semble que ces nombreuses citations soient plus ou moins assumées par Eggers, d'après un entretien qu'il a accordé [je ne sais plus à quel média])...
(**) Pour mémoire, et malgré les adresses en ligne qui changent au bout d'un certain temps au point de s'y perdre parfois un peu [j'ai redirigé les anciens liens dont je me suis rappelé, dans d'anciens messages du présent forum], une sélection de morceaux de la musique de Poledouris composée pour le Conan de Milius (“Theology/Civilization”, “The Search”, “The Orgy”, “The Funeral Pyre”, “Battle of the Mounds (part. 1)”, “Orphans of Doom/The Awakening”) est toujours écoutable sur le site de la radio France Musique : https://www.radiofrance.fr/francemusiqu … -2-4595000

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#71 23-04-2023 23:58

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Certains ici se souviennent peut-être de l'opération de financement participatif des éditions Mnémos, via Ulule, visant à publier l'intégrale de la fantasy de Clark Ashton Smith, opération qui avait connu un énorme succès en juin 2016 et dont j'avais parlé en ces lieux, dans un fuseau consacré à l'écrivain : https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic.php?id=7335
Cette campagne de financement pour "Zothique et Autres mondes Clark Ashton Smith" avait notamment été suivi d'une autre, en 2018, pour "L'Intégrale prestige de la fiction d'Howard Phillips Lovecraft".

Cette année, depuis le 4 avril dernier et jusqu'au 4 mai prochain, c'est une autre campagne qui est organisée, par les mêmes éditions, via la même plate-forme de financement participatif, pour un projet de traduction en français de la correspondance entre Robert E. Howard et Howard P. Lovecraft. J'ai déjà, par le passé, eu l'occasion d'évoquer, dans le présent fuseau, cette correspondance, très riche, publiée en anglais chez Hippocampus Press (A Means to Freedom: The Letters of H. P. Lovecraft and Robert E. Howard, 2 vol., 2009, rééd. 2011). Les deux grands spécialistes respectifs des deux écrivains, l'ami Patrice (Louinet) et David Camus, qui traduiront les lettres, souhaitent faire imprimer trois gros volumes aux couvertures illustrées avec des œuvres de Zdzisław Beksiński (comme pour les intégrales de Clark Ashton Smith et de Lovecraft), ces volumes devant contenir la totalité de la correspondance, des notes et des commentaires des traducteurs ainsi que des reproductions de ces courriers, des magazines pulps et des photographies d'époque.

La campagne a démarré sur les chapeaux de roues : en moins de 40 minutes, le jour du lancement, le financement minimal de base était bouclé. Ce soir, avec plus de 80 000 €, c'est le financement d'une édition contenant bien la traduction de l'intégralité de la correspondance qui est assuré... mais seulement dans le cadre de ce projet : vu le marché de niche concerné, il ne devrait pas y avoir d'édition dans le commerce par la suite, a priori (et contrairement aux projets précédents). Donc... pour qui serait intéressé, il reste 11 jours : https://fr.ulule.com/la-correspondance- … lovecraft/

Amicalement,

B.

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#72 05-12-2023 09:46

sosryko
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Re : Robert E. Howard - Conan

France Culture vient de mettre en ligne une petite vidéo sur le Conan de Howard.
S.

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#73 05-12-2023 19:04

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

sosryko a écrit :

France Culture vient de mettre en ligne une petite vidéo sur le Conan de Howard.

Merci de l'avoir signalée ici, Sosryko. :-)

Effectivement, j'ai vu passer cette vidéo sur le réseau de Mark Z., et je l'ai partagée — hier lundi sur la page du groupe FB "Robert-e-Howard.fr" et aujourd'hui sur le wall de mon propre profil. Comme à l'accoutumée, Patrice (Louinet) y dit ce qu'il faut dire pour sortir des idées reçues sur Howard et sur son personnage de Conan.

Pourtant, en dehors des appréciations positives, la vidéo a suscité certains commentaires malheureusement révélateurs de la persistance d'idées fausses sur Howard et son œuvre dans l'esprit de certaines personnes, parfois trop influencées par ce qui ne relève pas de l'oeuvre littéraire du créateur de Conan, que ce soient les comics, le film de Milius, le film de Fleischer, ou même les peintures de Frazetta. Comme l'a dit Patrice chez Mark Z., le problème n'est pas d'aimer tout cela sans s'intéresser vraiment à Howard et à sa création par ailleurs, mais de cultiver avec assurance des idées fausses sur Howard et de les exprimer de façon excessive et péremptoire, même encore aujourd'hui, ce qui est toujours consternant. Comme je l'ai dit à Patrice ce mardi, toujours chez Mark Z., je pense que cela fait aussi partie des conséquences tardives de la réception longtemps très déformée de l'œuvre de Howard : tous ces clichés, ces idées reçues, accumulés depuis des lustres, le tout baignant dans la consommation de masse... au fond, c'est du pain béni pour les adeptes de la pensée simple et des discours péremptoires, qui étalent leur bêtise notamment dans ce café du Commerce géant que sont les rézosocios. Le processus de légimitation de Howard a fini par réussir par ailleurs, grâce aux efforts de Patrice... mais contre la bêtise des gens amoureux de leurs propres idées reçues, passé un certain stade, il n'y a malheureusement plus grand chose à faire...

Amicalement,

B.

[EDIT: correction d'une faute sur le nom de Richard Fleischer.]

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#74 05-12-2023 19:09

Cédric
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Re : Robert E. Howard - Conan

Hyarion a écrit :

[...] révélateurs de la persistance d'idées fausses sur Howard et son œuvre dans l'esprit de certaines personnes, parfois trop influencées par ce qui ne relève pas de l'oeuvre littéraire du créateur de Conan, que ce soient les comics, le film de Milius, le film de Flescher, ou même les peintures de Frazetta.

Ce qui est sûr, c'est que Howard et Tolkien ont au moins ça en commun hmm

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#75 05-12-2023 19:27

Hyarion
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Re : Robert E. Howard - Conan

Cédric a écrit :

Ce qui est sûr, c'est que Howard et Tolkien ont au moins ça en commun :/

Dans le cas de Howard, la déformation de la réception de l'œuvre remonte à loin, notamment en raison de la mort précoce de l'auteur et des magouilles de Sprague de Camp. L'héritage littéraire de Tolkien a sans doute été mieux et plus longtemps protégé en comparaison, mais il est vrai que les adaptations diverses sont passées par là dans son cas aussi... et que, par exemple, la série Amazon des "Anneaux de Pouvoir", à mon avis, est en train de jouer, dans l'altération de la réception de l'œuvre de Tolkien, un rôle similaire à celui des nombreuses déclinaisons fantaisistes passées de "Conan le Barbare" vis-à-vis du Conan original de Howard...

Amicalement,

B.

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