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#226 05-06-2025 07:51

Elendil
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Hyarion a écrit :

Oui, et d'ailleurs j'avais personnellement apprécié notamment le fait que l'on entende ainsi de la musique d'un compositeur luthérien lors d'un mariage catholique... ;-)

Comme j'avais sans doute eu l'occasion de te le dire alors, Bach a des résonances très particulières pour moi. Au demeurant, même si j'apprécie beaucoup les œuvres pour orgue de Couperin, Franck ou Widor et maintenant aussi celles de Poulenc, Messiaen ou Duruflé (que je ne connaissais pas encore), je trouve Bach absolument insurpassable sur cet instrument, sauf évidemment pour les œuvres pour orgue et orchestre, qu'il n'a pas expérimentées. Et puis il ne faut pas être plus royaliste que le roi... Après tout, Bach lui-même, l'archétype du bourgeois luthérien dans toute sa rigueur n'a-t-il pas composé l'exceptionnel chef d'œuvre qu'est sa Messe en Si mineur (BWV 232) suivant la liturgie catholique (et ne l'a-t-il pas dédié au très catholique Frédéric-Auguste II de Saxe) ?

Hyarion a écrit :

Par ailleurs, les Quatre Saisons de Vivaldi renvoyant à des souvenirs personnels et Vivaldi faisant partie des compositeurs que je comptais évoquer ici dès que possible, Elendil en outre n'ayant pas mentionné des œuvres de J.-S. Bach que je t'aurais citées, Jérôme, si tu me l'avais demandé (Damien et moi persistons ici apparemment à être plus ou moins complémentaires, fut-ce involontairement, ou du moins sans concertation ! ^^'), voila autant de raisons pour lesquelles il vaut mieux réserver au week-end prochain un message conséquent de ma part sur tout cela. :-)

Oh, je me suis forcé à être très sélectif. Du côté des pièces pour instrument seul, j'aurais bien cité aussi l'une ou l'autre pièces pour luth, sans parler des splendides sonates et partita pour violon seul (qui sont toutefois plus difficiles d'accès que les suites pour violoncelle seul). Et que dire de l'Art de la fugue dans son intégralité ou de ce formidable tour de force qu'est le Clavier bien tempéré ? Du côté concertant, j'ai aussi dû faire l'impasse sur les Concertos brandebourgeois comme sur l'Offrande musicale, mais j'avais résolu d'emblée de me limiter...

E.

[EDIT : petite correction.]

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#227 05-06-2025 19:56

Yyr
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

J'ai commencé et ça me plaît ;).
Je pense que je vais me procurer les CD pour écouter plus convenablement.

@Hyarion : je sais pouvoir compter aussi sur toi, bien sûr, pour m'accompagner sur ce chemin !
— merci aussi pour le témoignage de Berlioz dans le fuseau voisin !

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#228 05-06-2025 22:40

Elendil
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Alors quelques références de mieux : pour la Messe en Si mineur, j'apprécie beaucoup l'interprétation du Collegium Vocale Ghent, dirigé par Philippe Herreweghe (mais je reviendrai sur les compositions sacrées ultérieurement, ai-je dit).

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Pour le luth, je dois bien dire que je ne connais réellement que l'interprétation de Hopkinson Smith, qui est un immense luthiste. Pour la mélodie, je recommanderais en premier lieu la Partita al liuto Composta dal Sig. J. S. Bach BWV 997, mais comme le son est un peu moins bon que pour ses autres enregistrements, je signalerais en complément les petits morceaux que sont le Praelude in C Mol pour La Lute di Johann Sebastian Bach BWV 999 et la Fuga del Signore Bach (BWV 1000) -- oui, je trouve sympa que mon coffret CD donne le titre original de ces morceaux. wink

Du côté du violon seul, j'apprécie sans réserve la magistrale, mais austère vision qu'en donne Nathan Milstein. Et puisqu'il s'agit de se limiter, alors autant conseiller en première écoute la Partita n° 2 BWV 1004, qui se conclut par la célébrissime Chaconne.

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Pour Die Kunst der Fugue (BWV 1080), j'ai déjà donné le lien vers l'interprétation de Leonhardt, mais voici qui permet de commencer directement au Contrapunctus 1. Je n'ai pas l'impression que Gould l'ait enregistré dans sa totalité, mais cette vidéo permet de le voir jouer les quatre premiers contrepoints. Si l'on veut écouter Das Wohltemperierte Clavier (BWV 846-869) par les mêmes, le lien est toujours le même pour Leonhardt (mais ça commence ici), tandis que pour Gould, ce sera .

Sinon, pour poursuivre le côté concertant, puisque j'ai cité les Six Concerts à plusieurs instruments (en français dans le texte, mais on les connaît aujourd'hui sous le nom de Concertos brandebourgeois, BWV 1046-1051). Et comme pour une fois, je n'ai pas envie de choisir, voici un enregistrement des six concertos par Il Giardino Armonico, sous la direction de Giovanni Antonini. Ce n'est pas le seul qui vaille la peine d'être écouté, mais il tient une place particulière dans l'histoire de l'interprétation musicale, car il figure dans la célèbre édition Bach 2000, la toute première intégrale des œuvres du Cantor de Leipzig, qui fut jadis éditée par le label Teldec.

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Je terminerai pour ce soir avec la Musikalisches Opfer BWV 1079, par exemple dans cet enregistrement, qui est un peu le Who's Who des interprètes baroques néerlandais dans les années 1970 : Barthold Kuijken à la flûte traversière, Sigiswald Kuijken et Marie Leonhard au violon, Wieland Kuijken à la basse de viole, Robert Kohnen au second clavecin... et Gustav Leonhardt au premier clavecin.

E., qui est bien parti pour réécouter Bach pendant plusieurs soirs d'affilée

EDIT : Ajout de quelques images.

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#229 09-06-2025 23:57

Hyarion
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

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Giovanni Antonio Canal, dit Canaletto (1697-1768).
L'Arrivée de l'Ambassadeur français au palais ducal (ou à Venise), 1726-1727.
Huile sur toile, 181 x 259 cm.
Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage (encore un tableau que l'on n'est pas près de revoir en Europe occidentale...).


Comme on le faisait remarquer ce lundi matin sur la radio France Musique, nous célébrons cette année les 300 ans de la publication, vers la fin de l'année 1725, de Il cimento dell'armonia e dell'inventione (L'Épreuve de l'Harmonie et de l'Invention), un ensemble de douze concertos écrits par le compositeur vénitien Antonio Vivaldi (1678-1741) pour violon soliste, cordes et basse continue, les quatre premiers de ces concertos étant particulièrement connus sous le nom Le quattro stagioni (les Quatre Saisons). C'est aux Pays-Bas, à Amsterdam, que la publication a eu lieu, par la maison d'impression et d'édition de Michel-Charles Le Cène, gendre et successeur d'Estienne Roger (tous deux issus de familles de huguenots français exilés à la suite de la révocation de l'Édit de Nantes) : à partir de 1711, Vivaldi avait en effet trouvé là, en Hollande, un moyen de diffusion internationale de son œuvre plus efficace et moderne par rapport aux anciennes imprimeries et maisons d'édition de sa Venise natale, Cité des Doges où il vécut et travailla toutefois durant la majeure partie de sa vie, avant un ultime voyage un peu énigmatique à Vienne où il mourut à l'âge de 63 ans. Les concertos des Quatre Saisons connurent un succès européen du vivant de leur auteur, ayant notamment été interprétés à Londres, ainsi qu'à Paris au début de l'année 1728 au Concert Spirituel.

Virtuose du violon, Vivaldi a porté au plus haut niveau le concerto pour instrumentiste soliste, sans du reste se limiter à son propre instrument de prédilection. De fait, comme l'a écrit Riccardo Allorto pour l'entrée dédiée au musicien dans le Dictionnaire de la musique : Les hommes et leurs œuvres dirigé par Marc Honegger (Bordas, rééd. 1979, volume 2, p. 1160), « Vivaldi doit sa célébrité à ses concertos, si différents des concertos de Torelli, Corelli ou Albinoni. On comprend d'ailleurs mieux les innovations qu'il a introduites dans sa musique instrumentale si l'on confronte ses œuvres avec celles de ses prédécesseurs : autant ces dernières apparaissent aimables, légères, charmantes, spirituelles, autant celles-ci sont dramatiques et riches de contrastes. La forme du concerto est définitivement fixée selon le schéma tripartite Allegro-Adagio-Allegro issu de la symphonie d'opéra ; les proportions s'équilibrent autour du mouvement lent central. Vivaldi accroît la différence expressive entre les trois mouvements : il marque des oppositions dynamiques, joue du clair-obscur et introduit dans sa mélodie des éléments lyriques suggestifs. » Avec ses concertos des Quatre Saisons (opus 8, n°1 à 4, RV 269 en mi majeur « Le Printemps », RV 315 en sol mineur « L'Été », RV 293 en fa majeur « L'Automne », et RV 297 en fa mineur « L'Hiver »), Vivaldi a composé ce qui est généralement considéré aujourd'hui comme un hymne universel à la Nature, accompagné de sonnets évoquant chacune des saisons (le texte de ces sonnets est consultable dans l'article dédié de la Wikipédia francophone).

La célébrité de ces quatre concertos, acquise durant le siècle dernier, doit beaucoup d'une part à la redécouverte et reconnaissance de l'ensemble de l'œuvre musicale de Vivaldi, longtemps oubliée après sa mort, et d'autre part aux très nombreuses interprétations desdits concertos enregistrées pour le disque à partir de la seconde moitié du XXe siècle. De fait, il existe aujourd'hui tant de versions enregistrées des Quatre Saisons, que l'on ne peut avoir que l'embarras du choix en matière d'interprétations de référence, d'autant plus que l'œuvre a connu des modes au fil des décennies, notamment celle d'un style d'exécution « nerveux », voire « violent », popularisé depuis les années 1990-2000. On pourra se faire une idée de la variété d'interprétations plus ou moins récentes (de 1992 à 2024) en écoutant l'émission de France Musique « La Tribune des critiques de disques », consacrée aux dites Quatre Saisons et diffusée à la radio le 4 mai dernier :
https://www.radiofrance.fr/francemusiqu … ne-7991796

À titre personnel, et sans que cela soit du reste bien original sans doute, la découverte des Quatre Saisons est un de mes premiers souvenirs musicaux, dans le domaine de la musique dite « classique », à travers l'écoute, quand j'étais enfant, d'un disque vinyle de la discothèque de ma mère, dans le courant des années 1980 (l'écoute ayant d'ailleurs déjà pu commencer pour moi in utero... ^^' ...). Le disque en question, que j'ai encore, avait été édité chez Philips dans une collection de vinyles à destination du grand public, dédiée à la musique classique dans les années 1970, et intitulée tout simplement « Invitation à la Musique ».

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L'interprétation des Quatre Saisons sur ce disque est un peu oubliée aujourd'hui : il s'agit de celle de Henryk Szeryng jouant du violon et dirigeant l'English Chamber Orchestra en 1969. Violoniste polonais juif naturalisé mexicain, Henryk Szeryng (1918-1988) était un virtuose, « un musicien discret et profond » ayant « traversé le XXe siècle avec une constance remarquable, celle du service rendu à la musique, préférant toujours l'honnêteté du geste et la sobriété du style », ainsi que l'a rappelé assez récemment Aurélie Moreau, sur France Musique, dans son émission « Stars du classique » consacrée au musicien et diffusée à la radio le 14 avril dernier. De fait, Szeryng se distingue par son style d'interprétation, à la fois rigoureux et précis, mais aussi élégant et accessible. C'était l'idéal pour découvrir les Quatre Saisons en néophyte quand j'étais plus jeune.

Cela ne surprendra personne, je pense, que la version de Szeryng reste ma version de référence, héritée de ma mère qui adorait le violon, mais cette version a depuis été largement éclipsée par quantité d'autres interprétations enregistrées dans les décennies suivantes, avec un renouvellement ayant suivi des modes que j'ai évoquées plus haut. De fait, la retrouver en CD n'est pas forcément évident de nos jours, mais elle a cependant bien été rééditée dans ce format chez Philips Classics, notamment au tournant du siècle en Allemagne dans une collection intitulée “Klassik für Millionen”, en ajoutant à l'enregistrement des Quatre Saisons de 1969 deux interprétations plus tardives (1976), toujours par Henryk Szeryng et l'English Chamber Orchestra de deux autres concertos de Vivaldi, extraits d'un autre série de concertos, L'estro armonico (L'invention harmonique) opus 3, éditée à Amsterdam en 1711 (le Concerto n°6 en la mineur pour violon RV 356 et le Concerto n°9 en ré majeur pour violon RV 230, ce dernier ayant par ailleurs fait l'objet d'une transcription en ré majeur pour clavecin par J.-S. Bach [BWV 972]).

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Quelques extraits, parmi mes mouvements de concertos des Quatre Saisons préférés (en ce qui concerne le troisième mouvement du concerto de « L'Automne », je trouve l'association de la musique avec un thème cynégétique assez contre-intuitive, du moins pour un esprit comme le mien peu porté sur la chasse) :

  • Antonio Vivaldi (1678-1741), Le quattro stagioni (les Quatre Saisons), op. 8 (Concertos n°1 à 4, pour violon soliste, cordes et basse continue), Henryk Szeryng (violon et direction), English Chamber Orchestra :
    - Concerto n° 1 en mi majeur, op. 8, RV 269, “La primavera” (« Le Printemps ») - 1. Allegro :
    https://www.youtube.com/watch?v=yR_rneDtWGo 
    - Concerto n° 3 en fa majeur, op. 8, RV 293, “L'autunno” (« L'Automne ») - 3. Allegro (“La caccia”) :
    https://www.youtube.com/watch?v=JAw1E_I4y-Y
    - Concerto n° 4 en fa mineur, op. 8, RV 297, “L'inverno” (« L'Hiver ») - 1. Allegro non molto :
    https://www.youtube.com/watch?v=shpMGqtyEU0

Parmi les centaines de concertos composés par Antonio Vivaldi, et pas seulement pour le violon soliste, quels autres que ceux des Quatre Saisons me paraissent mériter une attention particulière ? Je recommande notamment l'écoute de Concertos pour flûte, cordes et basse continue parmi ceux réunis dans son opus 10 édité à Amsterdam en 1728, et en particulier par exemple le Concerto n°3 en ré majeur RV 428 “Il gardellino” (« Le chardonneret »), très évocateur du chant de l'oiseau associé. Ma version de référence est celle du grand flûtiste Jean-Pierre Rampal (1922-2000) avec l'ensemble I Solisti Veneti dirigé par Claudio Scimone, enregistrée en 1982 et qui notamment figure dans une compilation double CD, de chez Sony Classical, dédiée aux “Great Flute Concertos” de Vivaldi, J.-S. Bach, Telemann et Mozart interprétés par Rampal en soliste (avec notamment les deux concertos de Mozart pour flûte et orchestre ainsi que son magnifique et célèbre Concerto pour flûte, harpe et orchestre, joué par Rampal et la harpiste Marielle Nordmann, concertos de Mozart dont j'avais déjà parlé ici dans un précédent message en janvier 2024).

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  • Antonio Vivaldi, Concerto pour flûte, cordes et basse continue en ré majeur, op. 10, n°3, RV 428 “Il gardellino” (« Chardonneret ») - I. Allegro, Jean-Pierre Rampal (flûte traversière), I Solisti Veneti, dir. Claudio Scimone :
    https://www.youtube.com/watch?v=hl7v_lJCNdQ 

Si l'on souhaite se faire une idée de la variété des concertos de Vivaldi pour divers instruments, solistes, en duo ou plus nombreux, avec ensemble de cordes (et éventuellement basse continue), il y a beaucoup de possibilités, mais à choisir, je recommande le travail, fait surtout dans les années 1980, de l'ensemble The English Concert, sur instruments originaux et dirigé du clavecin ou de l'orgue par Trevor Pinnock. Une compilation de divers enregistrements d'interprétations de concertos par cette formation a été édité en CD en 2011, par Deutsche Grammophon dans sa « Collection du millénaire », avec au programme divers concertos pour mandolines, flûte, hautbois et violon... et notamment le Concerto en sol majeur pour deux mandolines, cordes et basse continue RV 532, qui fait partie des très nombreuses œuvres de Vivaldi qui ne furent pas éditées et publiées de son vivant.

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  • Antonio Vivaldi, Concerto pour deux mandolines, cordes et basse continue en sol majeur, RV 532 - 2. Andante, John Tyler et Robin Jeffrey (mandolines), The English Concert, dir. Trevor Pinnock :
    https://www.youtube.com/watch?v=1B0wDhwc-AQ 

Il existe un ensemble de concertos de Vivaldi connu sous le nom de “Concerti di Parigi” (« Concertos de Paris »), du fait qu'ils sont conservés à Paris depuis le XVIIIe siècle (aujourd'hui à la BnF). Il s'agit d'une douzaine de concertos pour cordes et basse continue qui sont en fait un assemblage habile d'œuvres déjà composées « à l'avance » et de musique inédite spécialement écrite pour un commanditaire à qui cet ensemble d'œuvres vivaldiennes fut ainsi livré. On pense que ce commanditaire des “Concerti di Parigi” était probablement l'ambassadeur de France à Venise, Jacques-Vincent Languet, comte de Gergy, connu comme mécène de diverses œuvres de Vivaldi, et dont le peintre Canaletto a immortalisé dans un tableau (reproduit plus haut) l'entrée publique comme ambassadeur dans la Cité des Doges en 1726. Vivaldi était à la fois capable de travailler très rapidement, en tenant compte des goûts particuliers de ses commanditaires vénitiens ou étrangers, tout en étant un gestionnaire avisé de sa production artistique, ce dont semble témoigner ces « Concertos de Paris ». Au milieu de concertos plus anciens et déjà prêts, il a inclus deux concertos nouveaux, un peu plus longs que les autres, écrits dans un langage un peu plus moderne et marqués par des éléments stylistiques français, se distinguant ainsi comme un hommage spécifique au commanditaire : il s'agit des Concerti II et V sur les douze, soit le Concerto II en mi mineur, RV 133, dont le dernier mouvement offre un rare exemple de menuet en rondeau déguisé en Allegro à l'italienne, et le Concerto V en do majeur, RV 114, notamment commençant avec une « entrée française ».

Ces “Concerti di Parigi” ont fait l'objet en Italie d'une interprétation, sur instruments originaux, enregistrée à Florence avec l'ensemble Modo Antiquo dirigé par Federico Maria Sardelli en 1999, édité en CD la même année puis réédité en 2019 chez Tactus. Je recommande cette version.

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Enfin, bien que cela ait déjà été évoqué ici précédemment, en particulier par Cédric, comment ne pas évoquer l'exercice encore assez récent de recomposition des Quatre Saisons de Vivaldi par Max Richter en 2012 ? Musicien et compositeur germano-britannique né en 1966, Richter a réalisé un travail remarquable, qui se révèle à la fois fidèle à Vivaldi et apportant à cette musique, si connue, un souffle nouveau et très contemporain, sans que cela dépasse pour autant l'œuvre originale par ailleurs, ce qui, du reste, n'était sans doute pas le but.

L'album CD intitulé Recomposed by Max Richter : Vivaldi, the Four Seasons, sorti donc en 2012 chez Deutsche Grammophon (DG), a été réalisé avec Daniel Hope au violon, le Konzerthaus Kammerorchester Berlin dirigé par André de Ridder, et Max Richter lui-même au synthétiseur Moog. Une deuxième édition du même album, incluant Electronic Soundscapes By Max Richter, est sorti en 2014, ainsi qu'une troisième édition la même année, Recomposed: Vivaldi, the Four Seasons - Remixes, avec en sus des remixes et un DVD : c'est l'édition chez Deutsche Grammophon que je connais et qui est dans ma discothèque (plus récemment, en 2022 est sorti The New Four Seasons Vivaldi Recomposed, toujours chez DG, mais j'avoue que je ne sais pas ce que ça change).

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Voici quelques extraits de l'album de 2012 réédité en 2014, correspondant aux mouvements originaux des Quatre Saisons précédemment évoqués :

Et voila... c'est assez pour cette fois-ci... Je voulais également parler non seulement de Jean-Sébastien Bach, mais aussi de François Couperin (dont Tolkien a dû au moins entendre parler...), de Jean-Philippe Rameau et de Domenico Scarlatti : comme d'habitude, j'ai voulu trop en faire en une seule fois. Le XVIIIe siècle en musique, c'est vaste, même en se concentrant sur la première moitié ! Et puis, il y a tout le reste, y compris Weber que je n'oublie pas, entre autres... Bref, pour la suite, on verra (un peu) plus tard, dès que possible.

Bonne nuit à toutes et à tous.

Amicalement,

B.


[EDIT: correction de fautes diverses...]

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#230 12-06-2025 19:58

Silmo
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Ma version 'madeleine' des Quatre Saisons est celle de La Petite Bande avec Sigiswald Kuijken au violon, sans doute en raison de tendre souvenirs de jeunesse en écoutant cette version.
Une des plus justes que je connaisse (mais j'en connais peu).  J'ai toujours eu une préférence pour le concerto de l'été avec la langueur du deuxième mouvement comme une sieste dans un champ sous la menace d'un orage (d'été) qui n'arrive jamais... et surtout, surtout, le presto du 3ème mouvement que j'écoute comme une course amoureuse échevelée à perdre haleine, reprenant son souffle par instant pour repartir aussitôt dans un nouveau galop passionné.  smile et Jérôme ne peut dire qu'il ne connait pas cette version, nous l'avons écoutée ensemble à Barbâtre où je lui fis part de mes impressions sur ces concerti.
Je n'ai trouvé qu'un enregistrement en ligne des Quatre Saisons par Kuijken mais la bande audio est un peu pourrie, hélas. neutral

S.

PS : sinon LE disque classique qui accompagne ma vie depuis près de quarante ans, j'ai déjà dû l'écrire, ce sera toujours Chopin, le deuxième concerto pour piano et orchestre (Chopin: Piano Concerto No. 2 in F Minor, Op. 21: I.) avec Claudio Abbado à la baguette du Chicago Symphony Orchestra et  Ivo Pogorelich maestroso au piano, monstrueuse performance de technique et de virtuosité.
Là, le lien est meilleur  wink en sautant les pubs roll .
Il convient de (re)découvrir, si besoin, le meilleur d'Ivo Pogorelich dans les années 80.

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#231 12-06-2025 23:00

Beruthiel
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Je picore à mon rythme très lent ce que vous proposez...

@Elendil :
Je n’aime pas trop le son du clavecin alors merci pour ta suggestion d’écouter les versions pour piano, le concerto BWV 1052 interprété par Glenn Gould a illuminé ma séance de repassage ;-)

@Hyarion :
J’ai encore peu exploré ce que tu proposes dans ton dernier message… Ayant raté ce qu'avait écrit Cédric à ce sujet, merci d’avoir rappelé l’existence de Recomposed: Vivaldi, the Four Seasons. J’aime beaucoup. Concernant les morceaux plus électroniques situés à la fin de cet album, le début de Shadow 1  m’a fait fortement pensé au début de Music For 18 Musicians de Steve Reich.

Toujours à propos des Quatre Saisons, je signale l’existence un moyen métrage intitulé Les 4 Saisons d’Antoine qui permet de faire découvrir cette œuvre aux jeunes enfants. C’est un mélange de prise de vues réelles et d’animation. Le point de départ est l’histoire d’un enfant qui se rend au cours des différentes saisons chez son grand-père luthier (le grand-père est joué par Pierre Richard). On voit aussi les musiciens jouer.  Cela a bien plus à mon fils.  On peut voir un extrait ici.

C.

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#232 16-06-2025 10:26

Yyr
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Je n'ai pas encore achevé de parcourir vos recommandations Elendil & Hyarion.

Mais en attendant je me suis dit que je pouvais partager ici deux titres qui m'enchantent ces derniers temps (liens temporaires) :

Le premier est tiré de l'album « la Maîtrise de Reims chante Noël » (*). Il a accompagné une bonne partie de la préparation de mon travail pour le colloque des Bernardins.
Le second de l'album « L'Ange au Sourire » également de la Maîtrise de la cathédrale de Reims.

(*) Comme convenu, Damien, je mets au courrier ce jour ledit album (mon ami de la maîtrise m'a ré-approvisionné).
Benjamin, s'il t'intéresse, fais-moi passer ta nouvelle adresse (mon fichier est encore à la résidence des deux tilleuls ;)).

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#233 21-06-2025 18:32

Elendil
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Cher Jérôme,

Je te remercie beaucoup pour cette découverte de la Maîtrise de Reims, dont je n'avais encore entendu aucun enregistrement. C'est vraiment un très beau chœur d'enfants, avec un répertoire remarquablement étendu.
Toutefois, après avoir écouté le CD et les deux liens que tu as mis dans ton précédent message, je pense que la musique sacrée classique (plutôt que romantique) du XIXe siècle ou la musique néoclassique du début du XXe te plairait plus que celle de la fin de la période baroque.

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Je ne te propose donc qu'une seule autre référence de Bach en la matière : son Magnificat (BWV 243) et la splendide cantate sacrée Jauchzet Gott in allen Landen (BWV 51), ici dans un enregistrement du Monteverdi Choir et des English Baroque Soloists dirigés par John Eliot Gardiner. Si ça te plaît, c'est que je me suis trompé (et je t'en proposerais deux ou trois autres). smile Sinon, je pense plutôt te faire quelques suggestions du côté de Saint-Saëns, d'Elgar et de Rachmaninov, voire de Stravinsky, de Poulenc et de Walton.

E.

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#234 21-06-2025 18:47

Silmo
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Elendil a écrit :

Bach [...] Magnificat (BWV 243) et la splendide cantate sacrée Jauchzet Gott in allen Landen (BWV 51), ici

Je plussoie, j'ai la même version smile

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#235 22-06-2025 04:27

Hyarion
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Bon... Comment faire pour éviter de partir dans tous les sens ? Je vais essayer d'aller à l'essentiel en un seul message pour tout le monde.

Beruthiel a écrit :

@Hyarion :
J’ai encore peu exploré ce que tu proposes dans ton dernier message… Ayant raté ce qu'avait écrit Cédric à ce sujet, merci d’avoir rappelé l’existence de Recomposed: Vivaldi, the Four Seasons. J’aime beaucoup. Concernant les morceaux plus électroniques situés à la fin de cet album, le début de Shadow 1  m’a fait fortement pensé au début de Music For 18 Musicians de Steve Reich.

Mis à part les chants d'oiseaux chez Max Richter, il y a effectivement des similitudes entre le début de son Shadow 1 et celui de Music for 18 Musicians (1974-1976) de Steve Reich. Il faut dire que Richter connait bien, depuis ses débuts, le travail de Reich, qui l'a certainement influencé.

Concernant Recomposed by Max Richter : Vivaldi, the Four Seasons, il se trouve que dans le cadre de sa célébration télévisée, ce samedi soir (hier), du tricentenaire des Quatre Saisons, ARTE vient justement de diffuser le film documentaire allemand « "Les quatre saisons" de Vivaldi recomposées » d'Isabel Hahn, documentaire de la ZDF tout récent entièrement consacré à ce grand travail de Richter, avec des extraits commentés d'un enregistrement filmé en 2014 de ces Quatre Saisons recomposées avec l'ensemble L'Arte del mondo dirigé par Werner Ehrhardt, et toujours Daniel Hope au violon ainsi que Max Richter lui-même au clavier (documentaire disponible en ligne sur arte.tv jusqu'au 17/12/2025 et rediffusé à la télé le 6 juillet prochain) :
https://www.arte.tv/fr/videos/122191-00 … composees/

Yyr a écrit :

Je n'ai pas encore achevé de parcourir vos recommandations Elendil & Hyarion.

Mais en attendant je me suis dit que je pouvais partager ici deux titres qui m'enchantent ces derniers temps (liens temporaires) :

Le premier est tiré de l'album « la Maîtrise de Reims chante Noël » (*). Il a accompagné une bonne partie de la préparation de mon travail pour le colloque des Bernardins.
Le second de l'album « L'Ange au Sourire » également de la Maîtrise de la cathédrale de Reims.

Merci pour le partage, Jérôme. :-)
Je rejoins Elendil quant à son appréciation de la maîtrise de Reims dirigée par Sandrine Lebec, même si je n'ai écouté jusqu'ici que les deux extraits que tu as partagé en ces lieux, interprétations de l'Agnus Dei de Marc Henric et le motet Cantate Domino de Karl Jenkins.

En ce qui concerne cette dernière œuvre, j'avoue que son écoute m'a promptement rappelé des souvenirs télévisuels des années 1990. En effet, la musique de Cantate Domino est en fait une reprise par Jenkins lui-même d'une de ses compositions, Adiemus, titre éponyme de son premier album (Adiemus: Songs of Sanctuary) sorti en 1995 :
https://www.youtube.com/watch?v=C_wZ9ZBeRAo

Or Adiemus est devenu très connu dès 1994, cette composition pour chœur et orchestre étant alors utilisée dans une publicité télévisée, avec des avions et des dauphins, célébrant le sens de la synchronisation de la compagnie américaine Delta Air Lines vis-à-vis de ses liaisons aériennes entre l'Europe et les États-Unis d'Amérique : eh oui, je m'en souviens encore ! ;-)

Adiemus avait alors, et du moins dans mon esprit, une notoriété musicale assez comparable à Conquest of Paradise, très célèbre extrait de la bande originale composée par Vangelis pour le film 1492 : Christophe Colomb (1492: Conquest of Paradise) de Ridley Scott, sorti en 1992, soit à peu près à la même époque. La comparaison entre les compositions de Jenkins et de Vangelis a ses limites, mais disons que la tonalité « atmosphérique » et la dimension chorale grandiose étaient dans les deux cas assez caractéristiques d'une même période de la fin du siècle dernier.

Toujours est-il que la musique d'Adiemus a été réemployée par Jenkins, dans un sens plus directement religieux, une vingtaine d'années plus tard pour Cantate Domino, intégré à l'album Motets sorti en 2014, regroupant des œuvres a cappella interprétés par le chœur mixte britannique Polyphony dirigé par Stephen Layton, cet album étant sorti en 2014 chez Deutsche Grammophon. Sur Youtube, la pièce a cappella de cet album est référencée avec un titre évoquant le réemploi de la musique par le compositeur, “Adiemus - Songs Of Sanctuary: Cantate Domino” :
https://www.youtube.com/watch?v=w3lWSkmv9Zc

Yyr a écrit :

Benjamin, s'il t'intéresse, fais-moi passer ta nouvelle adresse (mon fichier est encore à la résidence des deux tilleuls ;)).

Il est vrai qu'en tous les cas, il te faut une mise en jour sur ce point. ;-)
Je te fais passer cela dès que possible.

Silmo a écrit :
Elendil a écrit :

Bach [...] Magnificat (BWV 243) et la splendide cantate sacrée Jauchzet Gott in allen Landen (BWV 51), ici

Je plussoie, j'ai la même version :)

Le Magnificat de J.-S. Bach serait-il donc revenu en grâce auprès de notre ami Silmo ? ;-)
Je me souviens en effet d'un échange dans un autre fuseau, lors duquel j'avais partagé un lien vers une interprétation filmée de l'œuvre en question sous la direction de Nikolaus Harnoncourt, à l'occasion de l'annonce de la disparition de ce dernier. C'était en mars 2016 :

Dans le fuseau "In Memoriam", le 7 mars 2016, Hyarion a écrit :
Silmo a écrit :

Caramba Hyarion, j'adore Bach mais le Magnificat est vraiment le truc le plus chiant, pompeux et pompant qu'il ait jamais écrit... :-((
(hélas, Harnoncourt ne le sauve pas).  :-)

Je ne suis pas d'accord, bien entendu. :-) Le Magnificat en ré majeur BWV 243 sonnera toujours infiniment mieux à mes oreilles que l'Aria de la suite n°3 en ré majeur BWV 1068, censée plaire à tout le monde mais que j'ai toujours eu beaucoup de mal à écouter personnellement.
Ceci dit, en ce qui concerne la musique de J.-S. Bach, les œuvres que je préfère sont instrumentales : la Partita n°3 pour violon seul en mi majeur BWV 1006, la Toccata et Fugue pour orgue en ré mineur BWV 565, et les Concertos brandebourgeois avec un faible pour le Concerto brandebourgeois n°3 en sol majeur BWV 1048.

Dans le fuseau "In Memoriam", le 7 mars 2016, Silmo a écrit :
Hyarion a écrit :

Je ne suis pas d'accord, bien entendu. :-)

Je n'en attendais pas moins mais je maintiens mordicus :-)

Alors, cher François : neuf ans plus tard, tu maintiens ou pas ? ;-)

En attendant, puisque j'avais à l'époque signalé mes préférences musicales, instrumentales, concernant Bach (ainsi que cela apparait dans la citation de mes propos supra), voici ici mes versions de références :
- pour la Partita n°3 pour violon seul BWV 1006 (avec la Partita n°2 BWV 1004 et la Sonate n°3 BWV 1005), je recommande la version cristalline de la violoniste Hilary Hahn (alors âgée de 16-17 ans) avec son album CD Hilary Hahn plays Bach paru chez Sony Classical en 1997 ;
- pour les six Concertos brandebourgeois (BWV 1046 à 1051), semble-t-il composés entre 1718 et 1720 et réunis en 1721, les limites de minutage du format CD standard ont généralement empêché que ces six concertos soient réunis en un seul disque, et il existe beaucoup d'enregistrements de ces œuvres, mais s'il faut en recommander une version comportant le Concerto n°3 (avec son très bref deuxième mouvement), ce sera celle avec le violoniste Reinhard Goebel dirigeant le Musica Antiqua Köln, compilant les Concertos n°1 à 5, parue chez Deutsche Grammophon en 1987 et rééditée en 2013 dans la « Collection du Millénaire » ;
- pour la Toccata et Fugue pour orgue BWV 565, elle figure au programme d'un album Grandes toccatas de Marie-Claire Alain, la grande dame de l'orgue ainsi que cela est mentionné sur la couverture de cet album édité chez Erato en 1994 et réédité en 2000, dans la collection didactique « Le Voyage musical », et comportant, outre la Toccata BWV 565 de Bach, une sélection de pièces d'orgue d'autres compositeurs plus récents des XIXe et XXe siècles (Charles-Marie Widor, Théodore Dubois, Eugène Gigout, Léon Boëllmann, Alexandre Guilmant, Louis Vierne, ainsi que Albert et Jehan Alain, père et frère de l'organiste), toutes œuvres jouées par Marie-Claire Alain avec l'orgue Cliquot (1781) et Cavaillé-Coll (1862) de l'église St-Sulpice à Paris.

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  • Jean-Sébastien Bach,  Concerto brandebourgeois n°3 pour trois violons, trois altos, trois violoncelles et basse continue, en sol majeur BWV 1048 - 1. (Allegro) et 2. Andante, Musica Antiqua Köln, dir. Reinhard Goebel (premier violon) :
    https://www.youtube.com/watch?v=13dmIwj6HhQ 

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En ce qui concerne la musique religieuse ou sacrée, il y aurait sans doute beaucoup à dire, mais ce serait un peu long... J'ai découvert énormément d'œuvres dans ce registre en m'abonnant, lorsque j'étais encore collégien, à une collection de disques CD des défuntes éditions Atlas intitulée « Éblouissante Musique Sacrée », envoyée par correspondance de 1995 à 1997. C'est ainsi que j'ai notamment découvert des œuvres de musique religieuse méconnues de Gabriel Fauré, dont j'ai récemment parlé ailleurs, et de nombreuses autres œuvres de nombreux compositeurs, dont évidemment J.-S. Bach (Magnificat en ré majeur BWV 243, Messe en si mineur BWV 232, Passion selon saint Jean BWV 245, Passion selon saint Mathieu BWV 244, Cantate de la Visitation BMV 147, Cantates BWV 57, 80, 104, 151...) et Vivaldi (Gloria en ré majeur RV 589, Magnificat RV 611, Stabat Mater RV 621, pages célèbres de l'oratorio Judith triomphante [Juditha Triumphans...], motets...). De fait, à cette époque, j'en savais plus, par exemple, sur la musique religieuse méconnue de Donizetti et Puccini que sur leurs célèbres opéras ! Il arrivait parfois que je ne reçoive pas certains numéros, concernant généralement certaines des œuvres de musique sacrée les plus connues du répertoire (comme le Messie de Haendel ou le Requiem de Fauré), mais ce n'était là que quelques "trous" dans une grande collection, et j'ai complété ensuite avec des disques d'autres éditeurs. De nos jours, des CDs d'« Éblouissante Musique Sacrée » peuvent encore se trouver sur le marché de l'occasion en ligne, parfois en lots. À noter qu'il manque un certain nombre de numéros de cette collection dans la liste du site Discogs...

Beruthiel a écrit :

@Elendil :
Je n’aime pas trop le son du clavecin [...]

Ah, c'est peut-être un peu embêtant pour (une partie de) la suite, ça... ^^'
Je tâcherai donc néanmoins d'être subtil en la matière, lorsque je trouverai le temps d'évoquer Couperin, Rameau, Scarlatti...

Ceci dit, si Jérôme et toi avez été intéressés par l'évocation ailleurs de l'œuvre pour piano de Martin Romberg, il me faudra aussi revenir notamment ici à Debussy et à Ravel, que j'écoute et réécoute tous deux très régulièrement ces temps-ci (de même que Berlioz, dans un autre registre)...

Amicalement à toutes et à tous,

B.


[EDIT: ajout des illustrations de couvertures de pochette de CD, et correction de fautes]

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#236 22-06-2025 09:38

Druss
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Hyarion a écrit :

http://www.jrrvf.com/fluxbb/img/725/174 … mitage.jpg
(plus récemment, en 2022 est sorti The New Four Seasons Vivaldi Recomposed, toujours chez DG, mais j'avoue que je ne sais pas ce que ça change).

Dans l'ensemble, cela ressemble, mais les instruments et les arrangements sont un peu différents (et je crois l'ensemble est aussi plus court), donc c'est intéressant à écouter.

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#237 22-06-2025 13:41

Silmo
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Hyarion a écrit :

ARTE vient justement de diffuser le film documentaire allemand « "Les quatre saisons" de Vivaldi recomposées »

Documentaire vu l'hiver dernier, reprogrammé pour la Fête de la Musique 2025 et toujours disponible en ligne pour quelques semaines jusqu'au 20 juillet wink
Dans sa page consacrée au tricentenaire de Vivaldi, Arte.tv propose également en ligne (ou en replay télé dans sa page 'concerts") la chorégraphie filmée par Tommy Pascal sur la version des Quatre Saisons magnifiquement recomposée par Max Richter avec la participation de six chorégraphes contemporains qui déploient une vision des saisons amoureuses : printemps, Franck Chartier; été, Bobby Jene Smith & Or Schraiber; automne, Imre & Marne Van Opstal; et hiver, Emilie Leriche. Programmé en v.o.d. pareillement jusqu'au 20 juillet. C'est très beau. smile

Hyarion a écrit :

Le Magnificat de J.-S. Bach serait-il donc revenu en grâce auprès de notre ami Silmo ? ;-)

Faut croire qu'à cette époque là, j'étais mal luné (hi,hi) ou bien que la version proposée ne me plaisait pas et que celle dirigée par Gardiner m'a ensuite plus touché. Seuls les andouilles ne changent jamais d'avis. Dans mon enfance, je disais que Vivaldi et ses Quatre Saisons me faisaient penser à des scieurs de bois roll peut-être uniquement à cause d'un bien mauvais enregistrement, genre compil' en soldes de musique classique en 15 cassettes audio (bah oui, y avait pas encore de cd, encore moins internet)...

J.S. Bach, j'aime bien sûr la Toccata et Fugue BWV 565, qui ne l'aime pas ? Ah, le générique de Il était une fois l'Homme big_smile.
Plus sérieusement, j'adore la Toccata et Fugue BWV 565  de Bach et aussi les Variations Goldberg par Glenn Gould, la Passion selon Saint-Mathieu, of course, et L'Art de la Fugue, oui, oui ! Par contre, dans un mouvement inverse à mon appréciation du Magnificat, je me suis peu à peu lassé des Concertos brandebourgeois, peut-être  de les avoir trop entendus. La version proposée par Hyarion pourrait  m'inciter à les réécouter...
Cher Bach, de ses Suites pour violoncelle seul déjà citées, je donnerais volontiers une mention très bien (hi,hi) à leur version assez ancienne par Anner Bylsma avec le violoncelle Stradivarius, le "Servais" (collection du Smithonian).
Dans un autre genre et autre instrument seul, mon très cher Ivo Pogorelich virtuose au piano dans les Suites anglaises de Bach, English Suites No. 2 & 3, BWV 807 et 808 en 1986.

S.

ps ; et comme il en faut pour tous les goûts, Arte propose aussi en direct la dernière journée ou déjà en replay les trois premiers jours du Hellfest 2025.
Voir aussi les toujours très riches pages pop-rock...

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#238 22-06-2025 19:34

Hyarion
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Druss a écrit :
Hyarion a écrit :

(plus récemment, en 2022 est sorti The New Four Seasons Vivaldi Recomposed, toujours chez DG, mais j'avoue que je ne sais pas ce que ça change).

Dans l'ensemble, cela ressemble, mais les instruments et les arrangements sont un peu différents (et je crois l'ensemble est aussi plus court), donc c'est intéressant à écouter.

Les extraits de la version de 2022, diffusés régulièrement sur France Musique en alternance avec des extraits de la version de 2012, ne m'ont pas donné jusqu'ici l'impression d'une grande différence, mais il est vrai que seule une écoute complète des deux versions pourrait sans doute permettre de se (me) faire une idée plus juste de leurs qualités respectives.

Silmo a écrit :
Hyarion a écrit :

ARTE vient justement de diffuser le film documentaire allemand « "Les quatre saisons" de Vivaldi recomposées »

Documentaire vu l'hiver dernier, reprogrammé pour la Fête de la Musique 2025 et toujours disponible en ligne pour quelques semaines jusqu'au 20 juillet ;)

Attention, cher François, car j'ai failli moi aussi confondre en écrivant mon précédent message : bien que consacrés au même sujet, au même concert, avec le même titre, et diffusés tous deux sur ARTE, nous parlons de deux films documentaires allemands différents ! ^^

Le documentaire dont j'ai parlé a été réalisé par Isabel Hahn, et il est disponible en ligne jusqu'au 17 décembre prochain :
- https://www.arte.tv/fr/videos/122191-00 … composees/
Le documentaire dont tu parles, sans doute un peu plus ancien, a été réalisé par George Scott et est effectivement disponible en ligne jusqu'au mois prochain :
- https://www.arte.tv/fr/videos/122770-00 … composees/

Le film de George Scott est en fait celui du concert de 2014 de l'ensemble L'Arte del mondo avec Werner Ehrhardt, Daniel Hope et Max Richter, tandis que le film de Isabel Hahn propose des extraits dudit concert commentés, quelques années plus tard, par d'autres musiciens et Daniel Hope lui-même.

1750615109_hope_richter_vivaldi_artetv.png

Silmo a écrit :

Dans sa page consacrée au tricentenaire de Vivaldi, Arte.tv propose également en ligne (ou en replay télé dans sa page 'concerts") la chorégraphie filmée par Tommy Pascal sur la version des Quatre Saisons magnifiquement recomposée par Max Richter avec la participation de six chorégraphes contemporains qui déploient une vision des saisons amoureuses : printemps, Franck Chartier; été, Bobby Jene Smith & Or Schraiber; automne, Imre & Marne Van Opstal; et hiver, Emilie Leriche. Programmé en v.o.d. pareillement jusqu'au 20 juillet. C'est très beau. :)

J'ai failli en parler dans mon précédent message, mais c'est bien que tu le fasses : j'ai justement vu cette belle chorégraphie filmée, intitulée « Les saisons de la danse », hier soir à la télé, ARTE l'ayant diffusée... juste avant le film d'Isabel Hahn. ;-)
À noter que ce film de 2024 par Tommy Pascal semble disponible en ligne au-delà du moins prochain, jusqu'en avril 2027 d'après le site :
https://www.arte.tv/fr/videos/121415-00 … -la-danse/

Silmo a écrit :

Par contre, dans un mouvement inverse à mon appréciation du Magnificat, je me suis peu à peu lassé des Concertos brandebourgeois, peut-être de les avoir trop entendus. La version proposée par Hyarion pourrait  m'inciter à les réécouter...

Tant mieux, si c'est le cas. ^^
Personnellement, pour ne parler que de la musique dite « classique » ou « savante », j'ai tendance à écouter les œuvres de musique baroque en alternance avec d'autres styles plus récents des XVIIIe, XIXe et XXe siècles (styles que j'écoute sans doute plus souvent), et en évitant donc par exemple d'écouter sans arrêt de la musique ancienne pour clavecin ou pour ensemble baroque : je pense que cela peut aider notamment à mieux apprécier un certain son (clin d'œil à Beruthiel) pouvant éventuellement être perçu comme moins proche de nous que celui d'un piano moderne ou, autre exemple, d'un saxophone (instrument créé au XIXe siècle). Ceci dit, les musique de la Renaissance, médiévale, voire antique reconstituée, ou un instrument comme la flûte de Pan par exemple, tout cela peut aussi nous renvoyer à des périodes autrement plus anciennes que celle de l'âge d'or du clavecin (XVIIe-XVIIIe siècles) : je conçois que ce soit donc aussi une question de goût. Toujours est-il que, à l'oreille comme en bouche sans doute, il ne faut pas abuser des bonnes choses. ^^

À l'heure où j'écris, est diffusée, sur France Musique, l'émission de radio « Repassez-moi l'standard » de Laurent Valero, qui reçoit ce dimanche le pianiste et historien du jazz Philippe Baudoin :
- https://www.radiofrance.fr/francemusiqu … in-2984151
Je viens d'entendre, dans cette émission, un extrait d'une très belle version folk, par Julia Renaudon, de Colchiques dans les prés, qui fut une des chansons populaires de prédilection de ma mère et de ma grand-mère (combien de fois les ai-je entendues la chanter...)... et de fait, j'ai l'impression de voir ma mère cueillant des fleurs dans les champs, quand j'entends cela...

Amicalement,

B.


[EDIT: correction d'une erreur d'attribution de citation, suite à signalement.]

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#239 22-06-2025 21:32

Silmo
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Hyarion a écrit :

Hyarion a écrit :
Par contre, dans un mouvement inverse à mon appréciation du Magnificat,

A moins que ce soit Silmo qui ait écrit... smile

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#240 22-06-2025 21:42

Hyarion
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Silmo a écrit :
Hyarion a écrit :

Hyarion Silmo a écrit :
Par contre, dans un mouvement inverse à mon appréciation du Magnificat,

A moins que ce soit Silmo qui ait écrit... :)

Exact, erreur d'attribution de citation de ma part : c'est bien toi qui a écrit cela !
J'ai corrigé ce lapsus calami dans mon précédent message : merci du signalement... ^^'
On ne se relit jamais assez...

Amicalement,

B.

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#241 25-06-2025 22:28

Yyr
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Merci à tous pour les prolongements.

En effet, même si les œuvres de Bach présentées ici ne me déplaisent pas, elles ne m'enchantent pas autant que les œuvres partagées plus haut (et que Benjamin a utilement référencées, merci ;)).

Œuvres auxquelles je puis ajouter, du même album de « l'ange au sourire » :

Ou, de « la Maîtrise de Reims chante Noël » :

  • Heureux Bergers (Charpentier), 4e morceau

  • God rest you merry, Gentleman (trad.), 8e morceau

Mes deux guides devraient avoir reçu le CD ;)

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#242 26-06-2025 11:39

Hyarion
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Yyr a écrit :

Mes deux guides devraient avoir reçu le CD ;)

Pas encore, en ce qui me concerne... mais peut-être aujourd'hui ? ;-)

Si tu as une attirance particulière pour la musique chorale religieuse, peut-être serais-tu intéressé par les œuvres polyphoniques des XVe, XVIe et XVIIe siècles – notamment le motet Spem in alium de Thomas Tallis par le Huelgas Ensemble, la Missa Sine nomine de Josquin des Prés et le Miserere de Gregorio Allegri par The Tallis Scholars – que j'avais évoquées en ces lieux en avril dernier, juste avant le festival des Heures musicales aux Bernardins ?
Cette évocation figure dans la partie plus ou moins centrale de mon message du 3 avril dernier (suivi par un commentaire d'Elendil le lendemain) :
https://www.jrrvf.com/fluxbb/viewtopic. … 735#p93735

Amicalement,

B.

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#243 26-06-2025 14:11

Beruthiel
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Merci Hyarion pour le signalement du documentaire sur Recomposed: Vivaldi, the Four Seasons.

J’ai poursuivi mes picorages. J’ai particulièrement apprécié :

- de Bach : Concerto italien BWV 971 (surtout l’andante), la Partita n°3 pour violon seul BWV 1006, la Suite pour Luth BWV 997 ;
- de Verdi : le Concerto n°3 en ré majeur RV 428 “Il gardellino”, le Concerto pour deux mandolines RV 532 (là aussi surtout l’andante).

Même pour les artistes qui me sont familiers, j’ai parfois besoin de plusieurs écoutes pour apprécier un morceau.  Il me faudrait beaucoup de temps pour vraiment explorer tout ce que vous proposez !

@Silmo : la Toccata et Fugue BWV 565 me fait aussi immédiatement penser au générique d’ Il était une fois l’Homme (générique pas très optimiste sur l’avenir de l’humanité d’ailleurs...).

@Hyarion : je ferai un effort pour le clavecin...

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#244 12-09-2025 13:32

Silmo
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Quelques-uns des Tolkiendili connaissent déjà par d'autres canaux de communication, une video à partager, passée inaperçue le 11 juillet dernier, un splendide flashmob enregistré à Paris le 10 juillet place de la Contrescarpe dans le 5e arr. de Paris, video ressurgie depuis 2 jours sur les réseaux sociaux et qui fait un gros 'buzz'.
Un fameux pianiste du net, Julien Cohen, a eu l'idée de ce flashmob, avec très grosse organisation, devant des touristes médusés, tout ça pour le 50ème anniversaire de Bohemian Rhapsody de Queen (Mercury fit les trente voix, ici il y a trente chanteurs et choristes). Enjoy et diffusez  big_smile
(NB : le jeune guitariste virtuose a 11 ans!).
https://www.youtube.com/watch?v=rfUEstWJUkA&t=7s

Six minutes de bonheur. Paris est magique tongue
S.

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#245 18-09-2025 15:05

Elendil
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Cela fait longtemps que je ne suis pas intervenu ici, non pas que j'écoute moins de musique en ce moment (de fait, je n'en ai jamais écouté autant que ces deux dernières années), mais trouver le temps d'en parler, c'est autre chose... Toutefois, je partagerais volontiers ma découverte de trois compositeurs assez peu connus en France, mais qui valent largement la peine qu'on s'intéresse à eux.

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Chronologiquement, le premier d'entre eux est Carl Nielsen (1865-1931), surnommé le Sibelius danois. Il est notamment l'auteur d'un très beau cycle de symphonies, composé entre 1890 et 1925. Si les trois premières (op. 7 FS 16 ; op. 16 FS 29 ; op. 27 FS 60) reflètent encore une esthétique romantique, la quatrième (op. 29 FS 76 « Inextinguible ») semble irrémédiablement marquée par l'expérience de la Première guerre mondiale, pendant laquelle elle fut réalisée, de même que la suivante (op. 50 FS 97), composée juste après. Au demeurant, de ces deux symphonies, Nielsen dira : « L'une commence où l'autre s'arrête » et cela me semble très juste. Quant à la sixième (FS 116 « Sinfonia Simplice »), elle adopte une approche minimaliste très différente des précédentes, assez déroutante lorsqu'on les écoute les unes après les autres.

J'ai trouvé une intégrale très agréable à écouter, avec le Janáček Philharmonic Orchestra, dirigé par le chef ukrainien Theodore Kuchar. Cela m'a clairement donné envie non seulement d'en entendre d'autres interprétations, mais aussi de découvrir d'autres compositions d'un artiste assez peu connu dans nos régions.

25%]

Plus proche de nous, Reynaldo Hahn (1874-1947), est certes né à Caracas, mais il a vécu presque toute sa vie en France. Il a d'ailleurs fini sa vie comme membre de l'Académie des Beaux-arts et directeur de l'Opéra de Paris. Belle revanche pour celui qui avait dû fuir à Monte-Carlo durant la guerre à cause de ses origines juives. Hahn est surtout connu aujourd'hui pour avoir été très proche ami de Marcel Proust, et son œuvre musicale est en grande partie tombée dans l'oubli. A tort, me semble-t-il. Je ne connais pour l'heure que son concerto pour piano, composé en 1931, mais à l'esthétique très lisztienne, ce qui explique sans doute pourquoi il n'est pas entré au répertoire.

Stephen Coombs en a donné une interprétation très séduisante, accompagné par le BBC Scottish Symphony Orchestra sous la baguette de Jean-Yves Ossonce. Ce concerto ne fut enregistré auparavant qu'une seule fois, en 1937, sous la baguette de Hahn lui-même, mais dans une version tronquée. Il est heureux que le label Hyperion lui ait donné une seconde chance. A la base, ce CD m'intéressait surtout pour le concerto de Massenet qui y figure aussi. Le couplage n'est pas illogique, puisque Hahn a justement été l'élève de Massenet au Conservatoire et que tous deux partageaient un goût pour la musique ancienne. Hahn étant surtout réputé comme compositeur de mélodies, il va certainement falloir que je m'intéresse à cette partie-là de son œuvre.

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Je conclurai avec Georges Enescu (1881-1955), violoniste virtuose et compositeur né en Roumanie, mais ayant lui aussi passé la majeure partie de sa vie en France. Celui-ci est principalement connu comme l'auteur de la Rhapsodie roumaine n°1 en La majeur (op. 11a). Toutefois, la Rhapsodie roumaine n°2 en Ré majeur (op. 11b) est tout aussi intéressante. Cela dit, je trouve encore plus enthousiasmant son Poème roumain en Ut majeur (op. 1). Ses trois suites pour orchestre (op. 9, 20 et 27) méritent amplement l'écoute également, de même que sa Symphonie concertante pour violoncelle et orchestre (op. 8 ).

Il faut dire que Lawrence Foster et l'Orchestre Philharmonique de Monte Carlo ont donné une version éminemment sympathique et dynamique de ces différents morceaux. Des trois compositeurs, Enescu est certainement celui que je compte réécouter en priorité et pour lequel j'ai le plus envie d'explorer une autre partie de son œuvre, et notamment ses symphonies, que je ne connais pas encore.

E.

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#246 19-09-2025 07:49

Silmo
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Tu n'as peut-être pas toujours le temps d'écrire mais quand tu le fais, c'est riche  smile
Merci Elendil pour ces compositeurs à découvrir...
S.

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#247 01-10-2025 23:59

Hyarion
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Il y a maintenant bien des semaines que je reporte une nouvelle contribution dans le présent fuseau... Il faut trouver le temps. Si Elendil veut bien patienter un peu, j'aurai peut-être quelques compléments à apporter concernant Carl Nielsen (qui a, du reste, un point commun avec Albéric Magnard), entre autres choses que j'ai prévu depuis longtemps d'évoquer ici.

En attendant, cette nuit, avant d'aller me coucher, pourquoi ne pas partager un peu de la musique symphonique de films que j'écoute régulièrement ces temps-ci, chez moi ou en voiture ? C'est un petit complément musical à l'hommage aux grands disparus du mois dernier : Robert Redford et Claudia Cardinale.

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1759357903_cd_cam_rota_il-gattopardo_soundtrack_ferrara_8024709000729.jpg

Bonne nuit à toutes et à tous,

B.


[EDIT (02/10/2025, 00:31): rajout des pochettes de disques en illustration]

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#248 Hier 21:47

Hyarion
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

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Peder Mork Monsted (1859-1941), Hiver, 1914.
Huile sur toile, 84 x 122 cm.
Collection privée.

L'année 1865 a vu la naissance de trois grands compositeurs symphonistes européens : d'une part le Finlandais Jean Sibelius, né le 8 décembre à Tavastehus, dans le grand-duché de Finlande alors territoire de l'Empire russe, et d'autre part plus tôt dans l'année, venus au monde le même jour, le 9 juin, le Danois Carl Nielsen, né à Nørre Lyndelse, un village de l'île danoise de Fionie près d'Odense, et le Français Albéric Magnard, né dans le 18e arrondissement de Paris.

Longtemps resté oubliée, l'œuvre d'Albéric Magnard a été redécouverte dans la seconde moitié du XXe siècle mais elle reste encore assez méconnue. Magnard était un esprit indépendant, ayant une très forte personnalité. Fils d'un homme au parcours singulier (son père fut d'abord un modeste employé à la perception à Paris sous le Second Empire, avant de devenir le puissant rédacteur en chef et directeur du Figaro au début de la IIIe République), orphelin de mère à quatre ans (sa mère se défenestre le 2 avril 1869, sa mort ayant profondément marquée l'enfant), impressionné par les opéras de Richard Wagner dont il ira voir plusieurs fois des représentations à Bayreuth, Magnard fut l'élève de Vincent d'Indy à titre privé (de 1888 à 1892), après être passé assez brièvement par le Conservatoire de Paris où il se lia d'amitié avec Guy Ropartz, confrère qui soutiendra son travail créatif toute sa vie. Personnage entier, ayant un sens profond de la justice, il fut un fervent dreyfusard, ayant notamment vivement félicité par écrit Émile Zola, lorsque le célèbre « J'Accuse... ! » du romancier fut publié dans le journal L'Aurore le 13 janvier 1898 (le jour même de la parution de l'article, Magnard écrivit ainsi à Zola : « Bravo, Monsieur, vous êtes un crâne. En vous l'homme vaut l'artiste. Votre courage est une consolation pour les esprits indépendants qui préfèrent la justice à leur tranquillité, qui ne tremblent pas à l'idée d'une guerre étrangère et qui ne se sont pas aplatis devant ce sinistre hibou de Drumont et ce vieux polichinelle de Rochefort. Marchez ! Vous n'êtes pas seul. On se fera tuer au besoin »). Magnard est mort tragiquement le 3 septembre 1914, au début de la Première Guerre Mondiale, en défendant seul sa maison à Baron dans l'Oise (il en avait fait évacuer sa famille) contre des soldats des forces allemandes ayant envahi la Belgique et le nord de la France, avant que lesdites forces soient stoppées lors de la première bataille de la Marne.

Le samedi 25 mai 2024, en partenariat notamment avec la chaîne de télé ARTE, la radio France Musique a diffusé en soirée une rare représentation – enregistrée alors au début du mois de mai à l'Opéra national du Rhin, à Strasbourg – d'un des opéras de Magnard, Guercœur, tragédie lyrique en trois actes composée entre 1897 et 1901, mais créée en totalité, de façon posthume à l'Opéra de Paris, seulement le 24 avril 1931, après que Guy Ropartz ait pu restaurer la partition intégrale de l'ouvrage de son ami, partition en grande partie brûlée lors de l'incendie de la maison de Magnard provoqué par les soldats allemands en 1914. L'histoire proposée dans le livret, écrit par le compositeur lui-même, est originale : Guercœur, un homme politique combattant de la liberté, ayant trouvé l'amour auprès de sa femme Giselle, mais mort prématurément après avoir libéré son peuple d'un dictateur avec son partisan et ami Heurtal, demande à quitter le paradis (dirigé par les déesses de la Vérité, de la Beauté, de la Bonté et de la Souffrance) où il ne trouve pas le repos pour revenir ici-bas et retrouver Giselle et son peuple. Le retour à la vie de Guercœur, qui lui sera accordé, se révèlera être une expérience douloureuse, tant d'un point de vue sentimental que du point de vue des idéaux politiques, et faisant se repentir le héros d'avoir voulu quitter le paradis, où il sera raccompagné par la déesse de la Souffrance. L'ouvrage se conclu toutefois sur une note optimiste quant au futur de l'humanité entière, témoignant d'une foi persistante en celle-ci, en dépit de ce que sont les êtres humains, faillibles et imparfaits.
La représentation de Guercœur proposé par France Musique est écoutable sur le site de la radio :
https://www.radiofrance.fr/francemusiqu … in-2885773

Auteur de quatre symphonies (dont je reparlerai plus loin), Albéric Magnard a également composé d'autres œuvres pour orchestre, qui ont fait l'objet, en 2018 et 2019, d'enregistrements réunis sur un album CD édité en 2020 chez Naxos, avec l'Orchestre philharmonique de Fribourg-en-Brisgau (Philharmonisches Orchester Freiburg) dirigé par le chef français Fabrice Bollon. Au programme de cet album, pour commencer, l'Ouverture, Op. 10, en la majeur pour orchestre, composée entre août 1894 et août 1895 puis créée plus tard en 1899 au Nouveau-Théâtre de Paris : de mon point de vue, c'est une œuvre symphonique magnifique, débutant avec un premier thème énergique et joyeux, suivi via une modulation par un deuxième thème en si mineur puis un air en si majeur à la trompette, donnant à cette Ouverture, dès les premières minutes d'exécution, une ampleur, un souffle, laissant notamment penser que décidément, les compositeurs de musique symphonique pour films hollywoodiens, même parmi les meilleurs, n'ont rien inventé. Le programme orchestral se poursuit avec le Chant funèbre, Op. 9, considéré généralement comme le premier chef d'œuvre de l'auteur, composé par Magnard entre février et juin 1895, quelques mois après la mort de son père (en novembre de l'année précédente) et en hommage à celui-ci.
Viennent ensuite deux Hymnes pour orchestre, œuvres brillantes d'un grand symphoniste. Le premier, Hymne à la justice, Op. 14, composé entre 1901 et 1902, est lié à l'Affaire Dreyfus, Magnard ayant notamment dédié cette œuvre à son ami le maître verrier nancéien Émile Gallé, fervent dreyfusard comme lui et comme Zola. Le deuxième, Hymne à Vénus, Op. 17, en mi bémol majeur, composé entre décembre 1903 et avril 1904 (plus ou moins à la même époque où Elgar composait son ouverture In the South [Alassio], précédemment évoquée), et créée en décembre 1904 à Nancy par Guy Ropartz, est une œuvre rendant hommage à l'amour féminin à travers l'évocation de la déesse Vénus : cette composition est dédiée à Julia Magnard née Créton, compagne du compositeur, que celui-ci a épousé en février 1896 alors qu'elle était déjà la mère d'un fils de cinq ans, et avec laquelle il aura deux filles, élevées avec ce fils qu'il adoptera. Le développement thématique de cet Hymne à Vénus s'accompagne d'indications sur la partition explicitant les sentiments évoqués en musique autour de l'idée et du principe de l'amour : Pur, Déchaîné, Languissant, Largement, Triomphal.
L'album s'achève avec une œuvre de jeunesse, la Suite d'orchestre dans le style ancien, Op. 2, en sol mineur, composée en 1888 alors que Magnard avait commencé sa formation auprès de Vincent d'Indy, et comportant cinq mouvements suivant le modèle des suites de danses du XVIIIe siècle : Française, Sarabande, Gavotte, Menuet et Gigue. Il n'existe pas de danse appelée « Française », les suites de danses anciennes commençant traditionnellement par une Allemande : le choix de Magnard d'appeler Française le premier mouvement de sa suite est possiblement en rapport avec le contexte historique, alors encore récent, du souvenir traumatisant, en France, de la guerre franco-prussienne de 1870-1871.
Je ne peux que recommander l'écoute de cet album de chez Naxos réunissant ces œuvres orchestrales de Magnard, que je trouve toutes excellentes, même si j'avoie avoir personnellement une préférence pour les thèmes mémorables et entrainants de l'Ouverture, Op. 10, pour la puissance de l'Hymne à la justice, pour le lyrisme de l'Hymne à Vénus avec notamment sa belle et lumineuse conclusion, et pour l'élégance stylistique de la Française ouvrant la Suite d'orchestre dans le style ancien.

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Parfois qualifié de « Bruckner français », Magnard a donc aussi composé quatre symphonies, qui ont toutes également été récemment interprétées pour le disque par le Philharmonisches Orchester Freiburg sous la baguette de Fabrice Bollon, avec à l'arrivée deux autres albums CD chez Naxos consacrés chacun à deux symphonies.

La Symphonie n°1, en ut mineur, Op. 4, composée en 1889-1890, créée à Angers en 1893 et dédiée à Vincent d'Indy, est le premier essai dans le genre pour Magnard, avec notamment un choral constituant le deuxième mouvement « Religioso. Largo e Andante », celui que je préfère et à propos duquel François-René Tranchefort, dans son Guide de la musique symphonique (déjà mentionné dans ce fuseau par le passé), a noté que le compositeur sollicite en particulier trois clarinettes et trois saxophones. La Symphonie n°2, en mi majeur, Op. 6, dont la composition, initialement en 1892-1893, fut jugée « interminable » par l'auteur lui-même, fut créée à Nancy en 1896 grâce Guy Ropartz qui dirigeait la Société des Concerts du conservatoire de cette ville et suggéra des remaniements à son ami Magnard pour cette œuvre, dont le mouvement que je préfère est le deuxième, celui des Danses, décrites comme « délicieuses d'inspiration et de rythme » selon Ropartz. La Symphonie n°3 en si bémol mineur, dite parfois « Bucolique », Op. 11, écrite principalement en Auvergne en 1895-1896, a été créée sous la direction du compositeur à Paris en 1899 et jouée de même à Berlin, en 1906, sur l'invitation de Ferruccio Busoni. Ayant assisté à la création parisienne en 1899, Paul Dukas apprécia cette symphonie, évoquant à son propos, dans une chronique musicale, des « formes [...] dessinées d'une main sûre, maîtresse de l'effet instrumental, du groupement des détails, de la subordination des tonalités accessoires à la tonalité principale, bref de tout ce qu'on pourrait appeler le modelé musical ». J'en apprécie pour ma part surtout le choral constituant l'Introduction par laquelle commence le premier mouvement, choral que l'on retrouve notamment en conclusion dans le Final formant le quatrième mouvement : Tranchefort remarque à ce propos « l'emploi d'intervalles "primitifs" (octave, quinte, etc., à l'exclusion de la tierce), — qui lui confèrent une grandeur âpre », et le côté archaïsant du son de ce choral me rappelle un peu Vincent d'Indy (notamment le tout début de son poème symphonique Souvenirs, dont j'ai déjà parlé précédemment dans le présent fuseau, même si cette œuvre-là de d'Indy se trouve être postérieure à celle de Magnard)...
La Symphonie n°4, en ut dièse mineur, Op. 21, sensiblement plus tardive que les autres et dédiée à l'orchestre de l'Union des femmes professeurs et compositeurs, a été composée à Baron dans l'Oise entre 1911 et 1913, puis créée au printemps 1914 : « animée d'une énergie qui, à l'évidence, doit beaucoup à Beethoven, — modèle absolu pour Magnard », pour citer à nouveau Tranchefort, d'un point de vue musical français, elle « forme un relais entre le lyrisme plus pur, moins agressif, d'un Chausson, et la verdeur rythmique et harmonique d'un Roussel ». Personnellement, j'en apprécie surtout les deuxième et troisième mouvements.

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Né la même année et le même jour que Magnard, le compositeur danois Carl August Nielsen lui a survécu plus de dix-sept ans, et il se trouve que ce sont plutôt ses compositions du XXe siècle postérieures à sa première période de production — d'inspiration romantique (entre 1888 et 1911) — qui sont généralement considérées comme marquantes vis-à-vis de la musique de son temps.
De Carl Nielsen, le 13 octobre 2023, j'avais eu l'occasion d'entendre, lors d'un concert à Toulouse de l'Orchestre national du Capitole (dirigé cette fois-là par Ryan Bancroft) à la Halle aux Grains, sa Symphonie n°4 « L'Inextinguible », opus 19 (écrite de 1914 au tout début de 1916 et créée le 1er février de cette même année à Copenhague), dont l'interprétation avait été précédée, dans le cadre de ce beau concert intitulé « Paysages scandinaves », par la création française de Liguria, pièce orchestrale d'inspiration méditerranéenne de la compositrice contemporaine suédoise Andrea Tarrodi (née en 1981), et par l'exécution (avec Bertrand Chamayou en soliste) du célèbre Concerto pour piano en la mineur, opus 16, d'Edvard Grieg, compositeur norvégien d'une génération plus ancienne (étant né en 1843, à Bergen) que Sibelius, Magnard ou Nielsen, et dont je reparlerai plus loin. Les symphonies de Nielsen ayant toutefois déjà été précédemment évoquées par Elendil, je me contenterai d'apporter quelques compléments s'agissant de ses œuvres orchestrales ayant fait l'objet d'enregistrements pour le disque.

En 1993, l'orchestre de la Beethoven Academie, formation belge qui fut créée cette année-là, a proposé l'interprétation d'une sélection d'œuvres de Nielsen pour un album CD édité à l'époque chez Harmonia Mundi. La sélection comprend le Concerto pour clarinette et orchestre (1928) opus 57, le poème symphonique Pan et Syrinx (1917-1918), l'ouverture Amor og Digteren (Amour et le poète, 1930) opus 54 — dans un arrangement écrit par le chef d'orchestre Emil Telmanyi —, et la Petite suite pour cordes (1888-1889) opus 1, le tout pouvant donner une idée de l'évolution de l'esthétique du compositeur tout le long de sa carrière.
L'œuvre la plus intéressante de l'album est, à mon goût, Pan et Syrinx, pastorale pour orchestre d'après les Métamorphoses d'Ovide, créée le 11 février 1918 à Copenhague, par l'orchestre de la Musikforeningen dirigé par Nielsen en personne. Ce poème symphonique a été écrit pour un ensemble symphonique sans trombones mais avec des percussions en sus des timbales (tambour, tambourin, xylophone, glockenspiel, triangle, cymbales et crotales) et un rôle important attribués aux instruments à vent, flûte, hautbois, clarinette, sans toutefois que la flûte joue un rôle aussi important et personnalisé que chez Claude Debussy dans le Prélude à l'après-midi d'un faune — et a fortiori dans Syrinx pour flûte seule associée à Pan —, ou que chez Maurice Ravel dans Daphnis et Chloé, Nielsen semblant plutôt, quoique seulement par moments, évoquer les protagonistes du récit mythique avec la clarinette et le hautbois. Un parallèle n'en a pas moins été fait entre cette œuvre de Nielsen, « scène de la nature pour orchestre », et la musique française, l'œuvre ayant été notamment qualifiée de « debussyesque », alors que pour ma part, je lui trouve plutôt une spécificité nielsenienne, le thème gréco-latin de l'histoire de Pan et Syrinx étant traité avec une atmosphère ensoleillée mais me semble-t-il moins méridionale dans son expression, malgré notamment l'usage des percussions, que les œuvres citées de Debussy et de Ravel, dont j'avoue certes être nettement plus familier, les appréciant beaucoup et les réécoutant très régulièrement. On sent cependant un sincère attachement du compositeur danois à la matière mythologique classique et son poème symphonique évoque le récit ovidien à travers une instrumentation très riche et expressive.
Parmi les autres œuvres de l'album, signalons que le Concerto pour clarinette et orchestre de Nielsen, créé le 11 octobre 1928 à Copenhague, est dédié au virtuose Aage Oxenvad, et que dans son Guide de la musique symphonique, François-René Tranchefort note que dans cette œuvre « la clarinette est un « personnage », — en harmonie, d'ailleurs, avec le dédicataire réputé pour son caractère irascible »  — personnage au tempérament « volontiers querelleur, et expansif. » Et Tranchefort d'ajouter, selon moi avec pertinence : « Le Concerto pour clarinette [...] peut-il rivaliser avec ceux de Mozart, ou de Weber ? Il n'en possède pas le charme souverain, ni la grâce intérieure ; mais il n'y prétend pas vraiment, et — partition du XXe siècle — jalonne de façon marquante un répertoire pour l'instrument concertant qui n'est pas surabondant. »

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Nettement plus proche de Weber me parait être l'ouverture de Maskarade, opéra bouffe en trois actes composé par Nielsen entre 1904 et 1906 (créé le 11 novembre 1906), sur un livret de Vilhelm Andersen d'après une pièce de l'écrivain danois Ludvig Holberg, et dont l'action se situe à Copenhague dans la première moitié du XVIIIe siècle. La brillante ouverture de cet opéra, vive et joyeuse, figure au programme d'un album dédié à Nielsen mais aussi à Grieg, édité en CD chez Decca en 1991, avec des interprétations d'œuvres par l'Orchestre symphonique de San Francisco (San Francisco Symphony) dirigé par Herbert Blomstedt ayant fait l'objet d'enregistrements entre 1988 et 1990.
Outre l'ouverture de Maskarade, le programme comprend la suite d'orchestre d'Aladdin, d'après une musique de scène (opus 34) composée par Nielsen en 1918-1919 pour la reprise, organisée par Johannes Poulsen au Théâtre royal de Copenhague, d'une pièce d'Adam Oehlenschläger (1779-1850) adaptant le conte d'Aladdin des Mille et Une Nuits. Nielsen ne fut pas enthousiaste à l'idée de composer cette musique de scène, malmenée par le metteur en scène Poulsen, mais qui rencontra cependant finalement un grand succès en elle-même et figure parmi les œuvres de Nielsen les plus connues internationalement. Très colorée, cette musique de Nielsen, dans sa thématique orientaliste, n'égale pas à mes yeux (ou plutôt à mes oreilles) la merveilleuse suite symphonique Schéhérazade de Rimski-Korsakov (dont j'ai déjà parlé ici précédemment), mais elle est tout de même remarquable. Parmi les sept pièces constituant la suite d'Aladdin, j'apprécie notamment la « Danse chinoise » (IV), « La place du marché à Ispahan » (V) et la « Danse des Prisonniers » (VI).

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En ce qui concerne Edvard Hagerup Grieg (qui, même loin de France depuis la Norvège, fut dreyfusard comme Magnard, signalons-le au passage), le programme de l'album CD de l'Orchestre symphonique de San Francisco chez Decca comprend les deux très célèbres suites d'orchestre de Peer Gynt (opus 46 et 55), d'après la musique de scène que Grieg composa à partir de janvier 1874 pour la pièce de théâtre (initialement un « drame à lire ») du dramaturge norvégien Henrik Ibsen et que le public découvrit d'abord sous cette forme à Christiania (actuelle Oslo) le 24 février 1876. Cette musique de scène fut une œuvre de commande qui, comme plus tard pour Nielsen avec Aladdin, assura finalement une bonne part de la notoriété internationale de Grieg, lequel écrivit pourtant ladite musique sans enthousiasme et laborieusement, comme en témoigne notamment une lettre d'août 1874 à son ami proche Frants Beyer : « Peer Gynt n'avance pas vite, et il est impossible que je le termine avant l'automne. C'est un sujet horriblement difficile à manier, à l'exception de certains passages, comme le chant de Solveig ; en fait, j'ai terminé ces passages. Et j'ai quelque-chose pour le château du roi de la montagne que je ne supporte véritablement pas d'écouter parce qu'il empeste la bouse de vache, le super-norvégianisme et l'auto-satisfaction. Mais je fais en sorte que l'ironie soit perceptible... » Il semble qu'Ibsen et Grieg ne se soient pas bien entendus, et il n'y eu en tout cas pas de suite à cette collaboration. Sur les vingt-trois numéros que le compositeur norvégien écrivit avec parties vocales, il en sélectionna quatre pour une première suite d'orchestre en 1888 — « Au matin », « La mort d'Åase [mère de Peer Gynt] », « Danse d'Anitra », « Dans l'antre du roi de la montagne » —, puis cinq pour une seconde suite en 1891, rapidement réduite à quatre pièces — « Enlèvement de la mariée », « Danse arabe », « Retour de Peer Gynt », et la célèbre « Chanson de Solveig » en conclusion. Je préfère dans l'ensemble la première suite à la seconde, avec notamment les pièces « Au Matin » – morceau en si majeur qui du reste « fait penser bien plus au soleil du Nord qu'au Maroc (où est censé se dérouler l'action) » comme le note justement Michel Parouty dans le Guide de la musique symphonique de Tranchefort – et « Dans l'antre du roi de la montagne », célèbre morceau en si mineur accompagnant le moment où Peer Gynt est amené devant le trône du roi des trolls de Dovre. Cependant, toutes les pièces des deux suites méritent l'écoute.

Les suites d'orchestre de Peer Gynt étant très connues et appréciées mais uniquement orchestrales, si l'on souhaite aller plus loin et se faire une idée de la musique de scène originale avec parties vocales, je recommande la version en dix pièces qu'en a proposé le chef britannique Thomas Beecham en 1956 et 1957, avec le Royal Philharmonic Orchestra accompagné de la Beecham Choral Society et de la soprano Ilse Hollweg, et qui a notamment été rééditée en 2010 au disque chez EMI, dans une compilation en album CD d'enregistrements d'œuvres de Grieg par Beecham. Ce dernier, né en 1879 et mort en 1961, connaissait bien la musique du compositeur norvégien, qui fut au programme du premier concert auquel il assista à l'âge de six ans, Beecham ayant plus tard, en 1899, fait figurer quelques pages de Peer Gynt au programme de son propre premier concert à l'âge de 20 ans. La musique de scène de Grieg pour Peer Gynt, comptait en fait, avec notamment celles de L'Arlésienne de Georges Bizet et du Bourgeois Gentilhomme de Richard Strauss, parmi les préférées de Beecham dans le genre. La version de Beecham en dix pièces de la musique de scène de Peer Gynt n'est pas une reconstitution complète, mais elle comprend les parties vocales, liées au contexte de la pièce de théâtre d'Ibsen, pour « Dans l'antre du roi de la montagne », la « Danse arabe », la « Chanson de Solveig » et la « Berceuse de Solveig ».

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La compilation éditée par EMI en CD d'enregistrements d'œuvres orchestrales de Grieg par Beecham contient aussi la célèbre Danse symphonique n°2 (opus 64) très appréciée de Beecham, l'ouverture de concert En Automne (opus 11) que Grieg composa dans le contexte du voyage à Rome qu'il entama vers la fin de l'année 1865 avant de la remanier ultérieurement, et la Vieille romance norvégienne avec variations (opus 51) composée pour deux piano en 1890 et orchestrée entre 1900 et 1903. Ces deux dernières œuvres, que j'apprécie beaucoup, figurent aussi au programme d'un autre album consacré à Grieg, édité lui chez Deutsche Grammophon (DG) en 1989, avec des enregistrements réalisés en 1988 avec l'Orchestre symphonique de Göteborg dirigé par le chef Neeme Järvi. J'ai un attachement particulier pour cet album de chez DG, découvert par hasard lors d'une de mes pérégrinations parisiennes en 2011. Matthias Henke, dans le texte du livret de l'album, parle d'années décisives pour Grieg en ce qui concerne la période se situant autour de 1865, ce qui nous renvoie plus ou moins à l'année (de naissance de Magnard, Nielsen et Sibelius) que j'ai évoquée en préambule du présent message. Outre l'ouverture de concert En Automne, ce fut durant cette période que le jeune Grieg composa son unique symphonie, par laquelle commence l'album de chez DG. Commencée en 1863, l'année où Grieg, âgé de vingt ans, partit à Copenhague où il devrait rencontrer notamment sa future épouse Nina Hagerup, cette Symphonie en ut mineur fut achevée en mai 1864. Pour des raisons restées mystérieuses, Grieg en interdit l'exécution en 1867 – le manuscrit portant cette mention en page de titre : « Ne doit jamais être exécutée. E. G. » – et sa première audition ne pu avoir lieu qu'en 1981 au festival de Bergen. Selon Michel Parouty, dans le Guide de Tranchefort, « la plupart des commentateurs s'accordent pour dire que cette œuvre, peu connue, ne traduit que bien faiblement l'art du musicien, malgré l'admiration pour Schumann qui transparaît au travers d'une orchestration qui demeure, malgré tout, bien lourde »... mais je ne suis pas d'accord avec ce jugement que j'estime trop dur. Matthias Henke parle lui de cette symphonie, plus justement à mon sens, comme étant « un chef d'œuvre qui montre d'une part une parfaite maîtrise de la technique d'écriture de la symphonie classique et romantique et de l'autre, fascine par une structure mélodique et une atmosphère tout à fait particulières qui seront considérées plus tard comme typiques de Grieg », ces deux aspects étant évoqués bien plus en détail dans le livret (notamment l'influence du modèle symphonique de Beethoven). J'avoue apprécier au moins autant l'unique symphonie de Grieg que son Concerto pour piano, chef d'œuvre pourtant autrement plus célèbre et reconnu du compositeur norvégien. Bref, je recommande aussi l'écoute de ce très bel album de chez DG, que je réécoute régulièrement.

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Pour la petite histoire, au début de la semaine de Noël dernier, qui fut marquée en particulier par un lundi très neigeux ayant eu des conséquences jusqu'au mercredi (24 décembre 2025), j'avais continuellement en tête toutes ces œuvres orchestrales de Grieg tandis que je m'employais à patiemment « déneiger » à la pelle et au balais les accès à mon logis. J'avais même parfois l'impression que des trolls aux petits yeux bleus perçants, sales et pas forcément très grands (*), s'amusaient tantôt à secouer malicieusement les branches du frêne tout près de ma maison pour faire tomber de la neige là où je venais de déblayer, tantôt à pousser la neige entassée sur le toit vers la gouttière au bord de celui-ci, dans l'espoir de me la faire tomber sur la tête au moment de mon passage par la porte d'entrée pour sortir dehors (j'ai eu de la chance sur ce point, mais il a quand même fallu « déneiger » régulièrement jusqu'au mercredi)...

(*) : j'avoue avoir été très influencé, depuis l'enfance, par la représentation des trolls proposée par l'illustrateur Rien Poortvliet, bien plus que par d'autres (y compris celle de Tolkien).

Je tiens à présent, en ce début d'année 2026, à répondre enfin à un ancien message d'Elendil du 20 septembre 2024, concernant Richard Strauss.

En septembre 2024, dans le présent fuseau, Elendil a écrit :

Faute de temps, je comptais plus évoquer la suite de mes écoutes à propos de compositeurs que j'avais déjà mentionnés ici plutôt que d'ouvrir de nouveaux « chapitres », mais je me sens obligé de remercier Hyarion pour m'avoir corrigé (je ne sais plus trop où) à propos de la Chauve-souris, opérette dont je trouve la musique d'une insupportable sucrerie et que j'attribuais erronément à Richard Strauss plutôt qu'à Johann Strauss fils (d'autant qu'il n'y a aucun lien de parenté entre les deux).

J'ai effectivement évoqué la musique de Johann Strauss fils dans une partie de mon long message du 10 juin 2024 : elle ne relève certainement pas autant pour moi de la sucrerie que pour toi, mais tant mieux si cette évocation a permis de faire plus clairement la part des choses entre le natif de Vienne Johann Strauss II « le roi de la valse » (1825-1899) et le natif de Munich Richard Strauss (1864-1949)... même si on pourra tout de même noter que ce dernier, Richard Strauss, a lui aussi composé des valses, constituant une belle suite pour le troisième acte de son opéra Le Chevalier à la rose (Der Rosenkavalier, op. 59)... ;-)

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Elendil a écrit :

Cela m'a incité à m'intéresser de plus près à Richard Strauss, que j'avais largement négligé jusqu'à cette année [2024]. En fait, j'ai déjà mentionné en passant son opéra Salomé, qui est une vraie splendeur. Plus récemment, j'ai fait l'acquisition d'un coffret regroupant l'intégrale de ses œuvres symphoniques enregistrées par Rudolf Kempe avec la Staatskapelle de Dresde. Très beau coffret, avec un son magnifique et un chef qui connaît intimement Strauss.

J'ai moi-même plusieurs fois évoqué Salomé et de fait nous en avons déjà parlé. Je signale au passage que depuis, il y a déjà plus d'un an, en décembre 2024, un DVD de l'interprétation de Salomé filmée par Götz Friedrich, avec notamment Teresa Stratas dans le rôle-titre, que tu m'avais recommandé, est arrivé dans ma vidéothèque et qu'à son arrivée, comme de juste, mon Cthulhu de compagnie lui a fait bon accueil et que j'en ai pour ma part apprécié le contenu comme je l'espérais (la performance de Stratas est vraiment excellente).

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Quant au chef d'orchestre Rudolf Kempe, c'était effectivement un très fin connaisseur de l'œuvre de Strauss, dans le sillage notamment de Karl Böhm (1894-1981), qui lui fut un ami du compositeur (et qui, du reste, dirige l'Orchestre philharmonique de Vienne dans la version filmée de Salomé avec Teresa Stratas, précédemment évoquée).

De fait, mes éditions de référence au disque sont, entre autres, les enregistrements des poèmes symphoniques par Karl Böhm dirigeant la Staatskapelle de Dresde et l'Orchestre philharmonique de Berlin entre 1957 et 1972, réunis en 1999 en une édition en trois CDs chez Deutsche Grammophon – édition qui comprend aussi notamment des enregistrements de la danse de Salomé et des valses du Le Chevalier à la rose, précédemment évoquées – , ainsi que l'enregistrement des concertos pour instruments à vent par Rudolf Kempe avec la Staatskapelle de Dresde en 1975, édité en album CD chez EMI en 1989 et faisant en fait partie de l'intégrale des œuvres orchestrales de Strauss par Kempe éditée en 2019 chez Warner Classics, intégrale en neuf CDs qu'Elendil a mentionnée précédemment et que j'ai d'ailleurs moi-même acquise ultérieurement. 

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Elendil a écrit :

Il y a de vraie gemmes là-dedans, notamment les poèmes symphoniques Ainsi parlait Zarathoustra (Op. 30) ou Mort et Transfiguration (Op. 24). Toutefois, c'est Une vie de héros (Op. 40) que je voudrais mentionner, car il est intéressant de voir les similitudes entre les différents mouvements, qui reflètent la conception qu'il avait de la carrière d'un héros, et la vie d'Aragorn selon Tolkien. Le thème principal du premier mouvement « Le héros » est particulièrement marquant, sans grandiloquence, et me semble éminemment adapté à un personnage dont l'héroïsme est déjà présent, mais qui n'est pas encore reconnu comme tel aux yeux du monde. De même, l'aspect cacophonique du deuxième mouvement « Les adversaires du héros » me paraît être une très bonne représentation musicale des Orques de Tolkien. Vient ensuite « La compagne du héros », qui évite adroitement toute mièvrerie et me semble pouvoir assez bien s'accorder avec l'aspect de belle étrangeté des Elfes. La musique passe alors au « Champ de bataille du héros », qui évoque évidemment la rencontre avec les adversaires, la lutte et la victoire finale. La musique ne s'arrête pas là, mais continue avec « L'œuvre de paix du héros » et se termine avec le « Retrait du monde du Héros et son accomplissement », thèmes éminemment tolkieniens s'il en est. (La partition a été critiquée pour la longueur de cette dernière partie, qui n'en finit pas de se finir, et sans doute Strauss aurait-il dû l'abréger un peu, mais cela m'évoque tout de même la scène de la chevauchée des Porteurs à la toute fin du SdA.) Notons tout de même deux bémols à cette description : en réalité, la partition serait au moins en partie autobiographique, évoquant la vie personnelle de Strauss d'une manière assez « romancée », et les titres des morceaux ont en fait été donnés après coup par Lawrence Gilman, après différents entretiens qu'il avait eu avec Strauss. N'empêche, si une adaptation du SdA avait été mise en musique par Strauss, je suis persuadé que ça aurait eu de la gueule...

Je suis, pour ma part, convaincu que Richard Strauss aurait très bien pu évoquer en musique l'univers de Tolkien, compte tenu de ce qu'il donne à entendre notamment dans des poèmes symphoniques tels que Till l'Espiègle (Till Eulenspiegels lustige Streiche), op. 28 (1895), Une vie de héros (Ein Heldenleben), op. 40 (1899) et Une Symphonie alpestre (Eine Alpensinfonie), op. 64 (1915)... Sa capacité à créer avec un langage sonore empreint de sensibilité et de poésie le place dans la lignée de Richard Wagner, Franz Liszt et bien sûr Hector Berlioz. S'agissant de ce dernier, précisons que Richard Strauss a édité en 1904 une édition allemande augmentée du fameux Traité d'instrumentation et d'orchestration que Berlioz avait publié en 1844 et 1855, cette traduction en allemand ayant été rééditée en 1905 et constituant un heureux témoignage de l'admiration de Strauss pour le compositeur français (Strauss apporte une mise à jour au Traité concernent certains instruments modernes et ajoute des exemples musicaux). À noter que comme l'a écrit Peter Meyer, dans le Dictionnaire de la musique : Les hommes et leurs œuvres dirigé par Marc Honegger (nouvelle édition, Bordas, 1986, volume 2, entrée « Strauss, Richard Georg », p. 1209), « L'œuvre de Strauss embrasse la majorité des genres musicaux, à l'exception de la musique religieuse, car le compositeur restait étranger non seulement à l'Église mais au christianisme même. » Cela peut peut-être en partie expliquer le fait que Strauss, par son esprit relativement libre, soit notamment l'auteur d'un poème symphonique comme Ainsi parlait Zarathoustra (Also sprach Zarathustra), op. 30 (1896), « librement composé d'après Friedrich Nietzsche ». Meyer ajoute plus loin, toujours factuel :

Richard Strauss est un attardé. Sa musique est toute empreinte de classicisme et de romantisme. Jamais — voire dans ses œuvres les plus audacieuses, Salomé ou Elektra — il n'a porté atteinte aux fondements de la musique traditionnelle, comme Schönberg à la même époque. Au contraire, il a poussé à la limite les moyens d'expression créés par les XVIIIe et XIXe siècles. C'est pourquoi il convient de le considérer comme le dernier représentant important de l'époque classique et romantique.

Peter Meyer, entrée « Strauss, Richard Georg », in Marc Honegger, dir., Dictionnaire de la musique : Les hommes et leurs œuvres, nouvelle édition, Bordas, 1986, volume 2, p. 1210 (p. 1208-1210).

Et de fait, j'ai toujours trouvé remarquable, chez Strauss, sa maîtrise de la composition et de l'orchestration dans le sillage de ses prédécesseurs en la matière, de Mozart à Wagner... mais sans pour autant qu'il paraisse n'être qu'un simple suiveur ou imitateur. Combien de fois ai-je cru, au moins un instant, reconnaître à tort une ouverture de Richard Wagner en entendant, à la radio, les premières mesures épiques de l'Allegro molto con brio ouvrant Don Juan, op. 20 ! Écrit par un jeune Richard Strauss de 24 ans, de mai à septembre 1888 (les premiers thèmes musicaux ayant été conçus à Padoue lors d'un séjour italien de l'artiste), créé à Weimar en novembre 1889 sous la direction de l'auteur, il s'agit de son premier poème symphonique achevé, évocation entre désir, possession et désespoir de la figure de Don Juan qui « rêve d'étreindre toute la jouissance humaine » selon les mots de Romain Rolland, ami et correspondant français du compositeur.

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Elendil a écrit :

Enfin, j'ai déjà mentionné mon amour pour le cor, et mes réserves vis-à-vis de l'ensemble des concertos pour cor du répertoire, qui s'efforcent bien souvent de donner à ce dernier un rôle plus virtuose que ce qui convient à sa sonorité. Ces réserves, Strauss les surmonte parfaitement dans son Concerto pour cor et orchestre n° 1 en Mi bémol majeur (Op. 11), œuvre de jeunesse pourtant, et plus encore dans son Concerto n° 2 en Mi bémol majeur (TrV 283), composé dans les dernières années de sa vie, où il démontre sa grande sensibilité harmonique et sait révéler la poésie propre à cet instrument. (NB : J'ai appris au passage que le père de Strauss avait été un des meilleurs cornistes solo de son temps ; ceci explique certainement cela.)

J'espérais bien que ces deux concertos pour cor t'intéressaient... ;-)
En matière de style, ils me font fortement penser à Mozart, ainsi qu'à son héritage musical de la fin du XVIIIe siècle et de la première moitié du XIXe, notamment la musique instrumentale de Carl Maria von Weber (dont il faudra bien que je reparle dès que possible...). L'usage des instruments à vents (notamment les flûtes) dans le deuxième mouvement du premier concerto pour cor me rappelle même parfois, assez précisément même si c'est une impression personnelle, l'usage qu'en a fait Hector Berlioz par endroits dans son Lelio (œuvre originale évoquée parmi d'autres, pour mémoire, dans le long message que j'ai précédemment consacré à Berlioz en ces lieux).
Il est assez remarquable que les deux œuvres concertantes pour cor de Richard Strauss soient, à mon sens, si proches, alors que six décennies séparent pourtant leurs compositions respectives, ce que l'on ne soupçonnerait pas en les écoutant « à l'aveugle », et notamment en passant successivement du troisième et dernier mouvement Allegro du Concerto n°1 au premier mouvement du second concerto, lui aussi Allegro.

Depuis l'enfance, Strauss était effectivement familier du cor grâce à son père Franz Strauss, éminent corniste chef de pupitre à l'Orchestre de la cour de Munich – et aussi anti-wagnérien notoire par ailleurs, mais dont le fils saura s'émanciper sur ce point –, père auquel le Concerto pour cor n°1 en mi bémol majeur, terminé en 1883, est en fait dédié. Concernant cette œuvre de jeunesse, ainsi que le note Ernst Krause (1911-1997), dans un texte d'après un article de ce musicologue spécialiste de Strauss (figurant dans le livret accompagnant mon édition de référence au disque de ces concertos que j'ai déjà mentionnée plus haut), « si l'on considère son esprit classico-romantique, ses emprunts naïfs à Schumann (mouvement central) et à Weber (Finale), concerto ne laisse en rien prévoir le Sturm und Drang (« Orage et passion ») de Don Juan avec lequel cinq ans plus tard Strauss allait secouer le public mélomane de Munich. »

Quant au Concerto pour cor n° 2 également en mi bémol majeur, le compositeur l'écrit soixante ans plus tard, en pleine Deuxième Guerre mondiale, dans un contexte personnel difficile. Strauss avait cru un temps pouvoir « s'adapter » à la mise en place du régime nazi, en acceptant naïvement de présider la RMK (Reichsmusikkammer ou Chambre de Musique du Reich) dès 1933, avant d'être contraint de démissionner en 1935 pour s'être notamment opposé à ce que le nom de son ami juif exilé Stefan Zweig soit effacé sur l'affiche de son opéra La Femme silencieuse (Die schweigsame Frau), dont Zweig avait écrit le livret. Marginalisé dès lors par le régime mais tout en restant associé à plusieurs évènements de propagande en raison de sa notoriété, soucieux de protéger sa belle-fille – « demi-juive » selon la méphitique législation du IIIe Reich – et ses deux petits-fils, il s'était installé avec la famille de son fils en septembre 1941 à Vienne : c'est dans cette ville que la composition du Concerto pour cor n° 2 fut achevée, en novembre 1942, Strauss désormais très âgé s'étant ensuite finalement retiré, en juin 1943, dans sa maison bavaroise de Garmisch, près de la frontière autrichienne. L'œuvre fut créé en août 1943 à Salzbourg, avec le corniste Gottfried von Freiberg en soliste et l'Orchestre philharmonique de Vienne dirigé par Karl Böhm. En 1945, dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale en Europe, protégé par des officiers américains mélomanes, Strauss quittera l'Allemagne pour la Suisse, et n'échappera pas à un procès en dénazification mais au terme duquel il sera cependant acquitté en 1948. De retour à Garmisch, il y mourra l'année suivante, âgé de 85 ans, suivi de peu par son épouse, Pauline Strauss-de Ahna (1863-1950), qui ne lui survrira que quelques mois. (Pour plus de détails concernant Strauss et la période du IIIe Reich, on pourra consulter l'article d'Élise Petit mis en ligne sur le site « Music and the Holocaust » :
https://holocaustmusic.ort.org/fr/polit … s-richard/ )

Personnellement, ce sont l'ensemble des concertos pour instruments à vent de Strauss, surtout donc composés vers la fin de sa vie, que j'apprécie, soit donc les deux concertos pour cor déjà cités, mais aussi :
- le Concerto pour hautbois et petit orchestre en ré majeur, achevé à Baden, près de Zurich, en octobre 1945, durant l'exil suisse de Strauss, et composé suite à une suggestion de John de Lancie (1921-2002), un jeune hautboïste américain en poste en Bavière en tant que militaire ;
- et le Double concertino – Duett-Concertino – pour clarinette et basson, avec orchestre à cordes et harpe, écrit en 1947, essentiellement à Montreux, pour l'orchestre de la radio suisse italienne, et créé en avril 1948 à Lugano.

Le Concerto pour hautbois, créé en février 1946 à Zürich, nécessite un petit orchestre comprenant seulement des instruments à vent, deux cors et des cordes. Là encore, le compositeur a choisi un style néo-classique, et comme le remarque notamment Ernst Krause, « les thèmes de l'Allegro moderato initial, dans lequel flûte et clarinette viennent souvent se mêler au hautbois, semblent saluer Mozart ! ».
En ce qui concerne le Duett-Concertino, Strauss a révélé, dans une lettre de dédicace à un ami bassoniste de l'Orchestre philharmonique de Vienne (Hugo Burghauser), l'idée poétique ayant inspirée la composition : l'histoire d'une princesse et d'un ours. Représenté par le basson, un ours grommelant courtise une jeune princesse, représentée par la clarinette, en dansant autour d'elle, jusqu'à ce que celle-ci se rende compte qu'elle peut être plus maligne que l'animal. Elle continue donc de joyeusement danser jusqu'à ce que l'ours maladroit se transforme finalement en prince. Qui sait, à cette aune, Strauss aurait peut-être pu mettre en musique l'idée tolkienienne des ours dansants figurant dans un des textes de NoMe (The Nature of Middle-earth)...
Son double concertino pour clarinette et basson est en tout cas injustement méconnu, alors qu'il s'agit sans doute de sa meilleure œuvre concertante et la plus originale. 

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Ghislaine Howard (née en 1953).
The Princess and the Bear, sans date.
(tableau utilisé comme illustration d'un album CD chez Hyperion en 2018 contenant notamment un enregistrement du Duett-Concertino de Richard Strauss).
Huile sur panneau, 22,5 x 30 cm.
Collection privée.

Bref, avec Richard Strauss, autant je suis interpellé par la dimension stylistiquement wagnérienne d'œuvres symphoniques comme Don Juan ou Une vie de héros, et par l'audace d'une œuvre comme Salomé, autant c'est la dimension mozartienne de ces œuvres concertantes pour instruments à vent que je trouve remarquable, loin de tout sentiment de simple imitation : dans tous les cas, quelle maîtrise ! Et quel agrément pour les oreilles...

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Je terminerai ce long message par un retour à la musique française, en écho à mon précédent message plus succinctement consacré aux musiques de films liées à une certaine actualité nécrologique. Suite à la disparition de Brigitte Bardot, il me parait opportun d'évoquer, pour la première fois dans le présent fuseau, le travail d'un des meilleurs compositeurs de musique pour le cinéma du XXe siècle, à savoir Georges Delerue (1925-1992), natif de Roubaix et dont on a commémoré en 2025 le centenaire de la naissance – comme on a commémoré, cette même année dernière, le cent-cinquantième anniversaire de la naissance de Maurice Ravel (1875-1937), dont il faudra bien, si possible, que je reparle ici dans quelque temps...

À propos d'une partie de son travail pour le cinéma dans les années 1960, Georges Delerue déclarait : « À l'époque de la Nouvelle Vague, il y avait deux écoles : une tendance à écrire une musique extrêmement fidèle à l'action ; une autre qui encourageait un détachement, une distanciation par rapport à l'image. Moi, j'ai préféré aller dans la deuxième direction. » L'illustration parfaite de ce propos se trouve sans doute dans la musique orchestrale que Delerue a composée pour le célèbre film Le Mépris (1963) de Jean-Luc Godard, d'après le roman d'Alberto Moravia — avec Brigitte Bardot et Michel Piccoli dans les rôles principaux —, une musique pleine de profondeur dramatique et de mélancolie intemporelle, qui convient bien, du moins à mes yeux, à cette période de l'année (comme à d'autres moments)... Elle figure, avec d'autres musiques de films de Delerue composées à la même époque, dans un album CD de la série « Écoutez le cinéma » (n°06) paru chez Universal en 2001. De mon point de vue, l'« Ouverture », en particulier, est toujours émouvante à la réécoute, dès les premières notes : j'aurai pu la faire entendre lors des obsèques de ma mère...

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Peace and Love,

B.


[EDIT: corrections de fautes diverses...]

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#249 Aujourd'hui 12:12

Elendil
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Re : Et vous, qu'écoutez-vous ?

Merci pour cette présentation de Magnard, plus complète que je n'aurais pu espérer l'écrire. Je n'ai pour ainsi dire rien à rajouter, si ce n'est qu'il existe une autre intégrale de ses symphonies, avec l'Orchestre symphonique de la BBC écossaise et à nouveau sous la baguette d'un chef d'orchestre français, Jean-Yves Ossonce (voir de ce côté-là). Les deux versions sont assez complémentaires, me semble-t-il. J'aurais peut-être quelques petites choses à dire sur la musique de chambre de Magnard, hautement recommandable, mais il faudrait que je parvienne à me procurer un ou deux CD supplémentaires. Malheureusement, les enregistrements ne sont pas légion et ils sont relativement difficiles à trouver.

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J'aurais sans doute aussi quelques petits compléments à mentionner s'agissant de Nielsen, car j'ai pu constater que sa musique de chambre valait elle aussi le détour. Quant à Grieg, je serais presque tenté de dire que c'est un peu court (je plaisante !, c'était un très bonne synthèse). En tout cas, il y a deux ou trois trucs qui mériteraient d'être signaler. Quant à Richard Strauss, il faudrait que je trouve le temps d'évoquer ses splendides lieder. Mais tout cela devra attendre, je suis trop en retard sur mes travaux tolkieniens actuels.

Je souhaite en tout cas dire qu'une quête personnelle a enfin trouvé son aboutissement. On peut dire que la Symphonie fantastique de Berlioz est un chef d'œuvre absolu, qui mérite amplement sa place au panthéon du genre. Pour autant, je n'irais pas dire que Berlioz est un symphoniste accompli, surtout si l'on ne considère pas Harold en Italie comme une symphonie à part entière (je serais tenté de parler de poème symphonique, l'un des plus aboutis du genre). Berlioz était sans doute trop génial, trop excentrique, pour rentrer pleinement dans le moule symphonique. Qui sont donc les grands symphonistes français, l'équivalent des Haydn, des Brahms ou des Mendelssohn ? Je ne retiendrai pas les grands compositeurs français qui n'ont consacré qu'une œuvre au genre : la Symphonie en ut de Bizet est une splendeur, c'est acquis, celle de Dukas est tout aussi superbe, celle en ré mineur de Franck s'écoute et se réécoute avec bonheur, et j'en dirais autant de celle en si bémol majeur de Chausson (lequel en laissa une à l'état d'ébauche à sa mort dans un accident de vélo).

Magnard alors ? Peut-être, mais des quatre, je retiens surtout les deux dernières, comme Hyarion. La quatrième est d'une profondeur particulièrement poignante, mais aussi d'une complexité mélodique qui la rend assez difficile d'accès au premier abord. Je qualifierais sans doute toujours Saint-Saëns de plus grand compositeur français : comme Berlioz, il est capable de traits de génie inoubliables, et il a surtout été d'une fécondité remarquable durant sa longue vie, s'illustrant dans quasiment tous les genres musicaux (et composant même la première vraie musique de film : celle de L'Assassinat du duc de Guise, par André Calmette, en 1908). Si Saint-Saëns est considéré comme un compositeur conservatiste à la fin de sa vie, ignorant les innovations de Debussy (auquel il survit), de Stravinsky ou de Ravel, on a tendance à oublier qu'il a lui-même été considéré comme faisant partie de l'avant-garde durant sa jeunesse. Cependant, Saint-Saëns est-il un vrai symphoniste ? Il est vrai qu'il a composé cinq symphonies, dont deux sans numéro d'opus (et qu'on peut ignorer sans remord), mais il semble s'être satisfait de l'énorme succès de sa Symphonie n° 3 « avec orgue » (en ut mineur, op. 78), créée en 1886. Il a cinquante et un ans, il ne reviendra pas au genre, alors que sa carrière durera encore trente-cinq ans. Ajoutons à cela sa symphonie n° 2 (en la mineur, op. 55), œuvre injustement négligée, que j'apprécie beaucoup. C'est un peu court, quand même.

On aurait pourtant tort de dire que la symphonie n'est pas un genre français, car il existe malgré tout des compositeurs qui en ont fait leur cheval de bataille, malgré des conditions matérielles très peu propices à ce genre à Paris au XIXe siècle (cela mériterait une longue digression). J'ai déjà évoqué Louise Farrenc, qui parviendra, privilège presque unique, à faire jouer ses symphonies par la très prestigieuse Société des Concerts du Conservatoire, laquelle se dédiait presque exclusivement aux oeuvres symphoniques des « illustres morts » : Mozart, Haydn, Beethoven... Le seul autre à bénéficier d'une telle facilité sera Georges Onslow (1784-1853), bien français malgré son nom de famille -- d'origine anglaise -- qui laisse un catalogue de quatre symphonies. De belles œuvres, mais sans doute moins mémorables que sa musique de chambre. Il faudrait aussi évoquer Albert Roussel (1869-1937), auteur lui aussi de quatre symphonies d'une harmonie raffinée, mais qui hélas me semblent pâtir d'un petit manque de génie mélodique pour être plus mémorables. (Pour l'anecdote, les trois ont en commun d'avoir des ressources indépendantes, qui leur permettent de ne pas vivre de leurs compositions : Farrenc a épousé un éditeur de musique et est professeur de piano au Conservatoire, Onslow et Roussel appartiennent à la grande bourgeoisie provinciale.) Quant à Arthur Honegger (1892-1955), qui est Suisse, bien qu'il ait passé l'essentiel de sa carrière à Paris, je suis obligé de dire que j'admire volontiers son oeuvre, mais que je ne l'apprécie pas tant que cela. Trop moderne pour moi, sans doute, et pas dans un style qui me plaise vraiment (contrairement à Prokofiev ou surtout Chostakovitch).

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Bref, il aurait sans doute fallu un Franco-Allemand pour me satisfaire pleinement... et il y en a un. Il se nomme Louis Théodore Gouvy. Né en 1819 à Sarrebruck dans une famille francophone de maîtres de forge, il est de nationalité allemande, contrairement à ses deux frères aînés et n'obtiendra donc pas le droit d'étudier au Conservatoire de Paris. Il n'obtiendra la nationalité française qu'en 1851. Apprécié par les cercles musicaux français, dont Berlioz, il reste malgré tout ignoré du grand public, qui se passionne essentiellement pour l'opéra et le ballet, alors que lui compose essentiellement de la musique symphonique et de la musique de chambre, deux genres considérés comme plutôt allemands à l'époque. Il recevra d'ailleurs ses plus grands succès au Gewandhaus de Leipzig, où il sera de loin le compositeur « étranger » le plus joué (et où il décèdera en 1898). Bref, Gouvy a composé six symphonies, plus une Symphonie brève et une Sinfonietta pour grand orchestre non numérotées (sans parler d'une seconde sinfonietta restée inédite et d'une symphonie perdue). Toutes sont splendides... et très peu jouées. J'espère avoir l'occasion de reparler de Gouvy, ma première découverte d'importance cette année. Il est aussi l'auteur d'une importante collection de musique de chambre très appréciée de son temps, mais que je n'ai pas encore eu l'occasion d'écouter. D'ici-là, je recommande très volontiers l'intégrale de ses symphonies, enregistrées par l'Orchestre symphonique de la radio allemande de Saarbrück, sous la direction de Jacques Mercier (l'essentiel est ici sur YouTube, mais l'on trouvera la Sinfonietta par ici et la Symphonie brève par là).

E.

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