Dans ce résumé, de larges extraits accompagnent chaque fait important de l’histoire. Les extraits donnés ici sont parfois séparés par trois points (…), cela marque une coupure dans la linéarité du texte.

L’HISTOIRE

Chaque nuit, une épouvantable créature appelée Grendel se rend au palais du roi Hrothgar et dévore les hommes qui s’y trouvent. Malgré les guerriers du plus grand courage qui s’interposent à Grendel, tous périssent.

“Quand descendit la nuit Grendel vint aux abords
de la demeure infortunée.
Qu’y vit-il ? Il y vit
les nobles compagnons dormant après ripaille,
oublieux du souci,
que bien pourtant on sait que l’homme ne peut éluder.
Le damné fou de rage et de sang assoiffé
sur les couches se précipite,
d’hommes prend trente
et ce butin emporte
en ses réduits.”

 

Arrive alors Beowulf qui fait la promesse à Hrothgar d’éloigner du pays le péril qu’est la bête. Grendal fait alors une nouvelle apparition au château et, bien qu’invulnérable, Grendel fut capturé par Beowulf et ne parvint à se libérer de sa puissante étreinte qu’au prix d’un bras.
Mortellement blessé, Grendel ne put que rejoindre le lac tout proche pour s’y éteindre.

“Le féal d’Higelac épie
comment il va la bête prendre,
mais elle agrippe sans l’attendre
un de ceux qui sont endormis,
le déchire sans retenue, lacère de ses dents
sa chair et à ses veines boit son sang.
Son corps elle met en morceaux et le dévore.
En moins de temps qu’il ne faut pour le dire
elle en a pieds et mains dans sa panse englouti.
Puis son repas fini
la bête vers Beow s’avance
et s’en veut saisir
mais l’arrête le bras du vaillant,
et le monstre, vivant berceau
de tous les crimes, voit bientôt
que jamais sur la vaste terre il ne lui fut donné
de rencontrer un homme à la poigne aussi forte.
Il a peur, mais sa peur ne le délivre point.”

“Béow, de ses frères aimés de la forteresse, en aucun façon,
ne veut laisser vivant partir cet hôte de la mort
car ses jours à personne
il ne juge utiles.
Les compagnons leurs vénérables lames brandissant
à leur seigneur veulent porter secours,
ignorant, les vaillants
qui frappant et frappant
pensent sa vie à la bête arracher
que nul métal terrestre
aussi noble fût-il
ne la saurait atteindre,
qu’une sorte d’enchantement
la garde.
C’est ce jour cependant
que de sa vie
Grendel se doit séparer misérablement et cet esprit maudit
aller porter ailleurs ses maléfices.
Car il voit maintenant,
celui qui tant l’humaine gent persécuta,
et que ses crimes contre Dieu dressèrent,
que de son corps les forces le trahissent
et que Béow sa prise ne desserre.
La vie de l’un à l’autre est odieuse
et le monstre blessé ah quelle large plaie
voit dans son dos s’ouvrir !
Et ses muscles se rompent
et toutes les attaches de son corps.
Béow triomphe, ah oui !
Grendel à mort navré doit fuir
et sans joie regagner ses gîtes des marais,
car il sait que ses jours sont accomplis
et qu’à sa fin touche sa vie.”

 

Très satisfait par la force et le courage de Beowulf, Hrothgar le couvrit de cadeaux car son royaume était maintenant débarassé de toute menace.

“Hrothgar sur le perron s’arrête
et sous la voûte voit la main.
Sa voix s’élève et dit :
“Au Tout-Puissant que grâces soient rendues !
Par cette main j’ai tant souffert
que je n’espèrais plus
(sachant pourtant que Dieu peut accomplir miracle sur miracle)
que rien tant que je serais vivant
viendrait jamais mom mal guérir.”

“Mais voici que doué d’une force divine
un homme a réussi
ce que timides nous n’avions osé même tenter.
Bien a sujet la femme si vit-elle
qui cet homme a porté dans la race des hommes
de louer le Père Eternel,
et toi Béow parmi les foudres des combats
je veux comme mon fils en mon coeur te chérir.”

“Hrothgar à Béow donne en prix de sa victoire
enseigne d’or,
heaume et cotte de mailles,
épée
dont tous les yeux voient scintiller la gloire.”

 

La faute que Beowulf et Hrothgar ont commise fut d’oublier la mère de Grendel, créature bien plus redoutable encore. Elle vint alors chercher vengeance et fit d’autres victimes.

“Mais, hélas, à cette heure,
qui donc pourrait nier qu’il avait un vengeur ?
La mère de Grendel, affreuse, se lamente
et la perte de son enfant point ne se console.
Ses demeures elle a dans les fonds épouvantables de l’eau.”

“Point n’en fallait-il plus pour que sa génitrice,
à féroce tristesse réduite,
de venger son enfant en la tête se mît.
Elle vient dans Héort où les Danois sont endormis.
Quand elle tombe au milieu d’eux quel émoi les saisit !”

 

Beowulf se mit à sa poursuite, la suivit dans un lac et plongea jusqu’à la caverne qui lui servait de repaire. Au cours du combat qui s’ensuivit, Beowulf s’aperçut que son épée lui était inutile et impuissante face à un tel monstre. Fort heureusement il eut la chance, tout comme Arthur, de trouver une autre arme magique dans l’eau et l’utilisa pour achever sa victoire sur la mère de Grendel.

“De son épée l’assaut lui donne,
sur sa tête le fer résonne
et l’étranger comprend que contre l’étranger
nulle arme ne saurait valoir,
que toute faut
dès l’instant qu’on a besoin d’elle.
Et cependant Hrunting vainquit maint ennemi,
rompit maint heaume et mainte cotte
et jusqu’à ce jour d’hui jamais ne mentit à sa renommée.
Mais ne faut à Béow ce qu’il a de plus cher,
son coeur de neveu d’Higelac.
Son épée inutile
il jette à terre
et dans sa force nue met son espoir.
Ainsi doit en user qui longue gloire veut avoir.
Sa vie sans crainte de la perdre il doit mettre en péril.”

“Car il avise alors entre les armes qui là dorment
un glaive antique que mains de géants
seules ont pu porter.
Sa lame est sans pareille et de si grande taille
que force humaine ne la saurait soulever.
Lui s’en saisit
et sans penser à sa vie frappe
et tranche le cou de la bête
et lui brise les os.
Dans sa chair
la lame sanglante s’enfonce,
elle chancelle
et le héros se réjouit.”

 

Ayant une nouvelle fois sauvé le royaume du roi Hrothgar, Beowulf rentra chez lui dans le sud de la Suède, où régnait son père, un souverain populaire. Mais un dragon attaqua le pays.

“Crachant son feu le ver
les riches maisons incendie
et sa terreur sur les hommes s’étend.
Celui qui vole en l’air n’en veut aucun laisser vivant.
Partout on voit la marque de la guerre
et partout les stigmates de l’envie et de la haine
inextinguibles de ce ravageur.
Avant que l’aube pointe,
ayant noyé le peuple goth dans un déluge de feu et de flammes,
il a regagné ses pénates
et croit en sa candeur que le sauront défendre
ses murs et sa force et son art.”

 

Parti avec douze compagnons pour tuer le dragon, tous sauf un l’abandonnèront à la vue du Dragon, terrorisés. Beowulf, aidé de son fidèle Wiglaf, le seul qui réussit à dominer sa peur grâce à sa fierté et sa fidelité, ira défier le ver dans son antre, triomphera mais y laissera lui-même la vie.

“Alors poussant un cri terrible
le serpent il appelle
et sa voix sous la pierre grise
claire comme aux champs de la mort retentit.
Le gardien du trésor le son d’une voie d’homme a reconnu
et comprend que pour lui le doux temps de la paix est perdu.”

“Les combattants se font à nouveau face
et le dragon renflamme son courage
et sa poitrine se soulève
et tant crache de feu
que le héros étouffe,
et de ses compagnons
aucun ne vient à son secours.
Tous vont dans la forêt chercher asile.
Un seul a le coeur assez lourd,
et c’est qu’au nu devoir de l’amitié
celui dont saine est la pensée rien ne saurait soustraire.”

“Wiglaf est le nom de cet homme.
Du bien-aimé Weoxtan il est le fils,
prince des Suédois, du propre sang d’Aelfhere,
et voit son prince endurer la chaleur à travers sa visière
et se souvient de tout ce qu’il lui doit,
jusqu’à la terre de son père,
où les enfants de Waegmund coulent d’heureux jours.”

“Et la flamme à la vague semblable l’assaille
et son bouclier brûle tout entier.
Et le parent
va sous le bouclier de son parent
(le sien le feu l’a consumé),
et le foudre de guerre à ses exploits repense
et sa lame s’abat sur la tête de la chimère
et s’y brise
et la grise Naegling à l’instant fond et disparaît.
Elle a failli cette arme vénérable,
et ne peut plus son maître secourir.
Mais en est la raison
que le bras du héros est trop fort.
Toutes les armes dans sa main
ont subi même sort,
et ce hasard n’est certes point pour le servir.
Une troisième fois, sa haine rassemblant
et voyant que la route est libre,
la bête sur Béow se rue.
Sur son cou se referme la mâchoire amère.
Le roi des Goths son propre sang arrose
et le rouge liquide en vagues se répand.”

“Ô combien à cette seconde
auprès de son seigneur
on voit montrer le preux de bravoure et de force !
Or l’ayant de trop près
approchée de la gueule de la bête,
voici qu’à flamber toute se met sa dextre.
Mais elle a la force de plonger encore
en ce ventre écaillé l’arme resplendissante
et fait tant et si bien que le feu diminue,
et Béow, ses esprits recouvrant,
de sous sa cotte ayant tiré son poignard au terrible tranchant
s’élance et coupe en deux le ver.
Oui, c’est ainsi que de deux frères d’armes la vaillance
à bout de la bête exaltée est venue.
Telle doit être en la nécessité la conduite des hommes.
Mais pour Béow
cette victoire est la dernière.
Il ne doit point d’autre oeuvre en ce monde accomplir.”

 

Je vous donne à lire le premier chapitre, dans son intégralité. Vous pourrez suivre le phrasé typique de cette époque, le vieux français (rappelons que c’est une traduction), cette ambiance qui nous frappe qui se situe dans des temps bien reculés dont nous connaissons, en définitive, que peu de choses.

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