INTRODUCTION

L’oeuvre de Tolkien est immense. Par sa taille, sa richesse, sa longévité, par bien des aspects en réalité… La littérature secondaire (les différents articles et livres commentant l’oeuvre de J.R.R.T.) est légion, que ce soit en langue anglaise mais aussi désormais en langue française.

Comment alors en appréhender la portée ? Par où commencer ? Pourquoi est-elle si remarquable ? Qu’est-ce qui fait finalement qu’on aime lire Tolkien ?

Depuis 20 ans, c’est l’objectif de JRRVF que d’étudier et commenter l’oeuvre de Tolkien, de partager avec vous études et autres commentaires.

Grâce au travail de Pellucidar avec cette superbe image (dont je vous invite à saisir tous les détails via cette page) et divers auteurs et compilateurs, vous pourrez aborder certains des points majeurs de la vie et de l’oeuvre de Tolkien. Bien entendu, n’hésitez pas à faire part de vos réflexions et commentaires sur le forum.

Bonne lecture !

Cédric.

(1) CLIVE STAPLES LEWIS

Introduction

En guise d’introduction, quelques mots issus de Wikipedia : Clive Staples Lewis, plus connu sous le nom de C. S. Lewis, né à Belfast le 29 novembre 1898 et mort à Oxford le 22 novembre 1963, est un écrivain et universitaire britannique. Il est connu pour ses travaux sur la littérature médiévale, ses ouvrages de critique littéraire et d’apologétique du christianisme, ainsi que pour la série des Chroniques de Narnia parues entre 1950 et 1957.

Ami très proche de J. R. R. Tolkien, il enseigne à ses côtés à la faculté de littérature anglaise de l’université d’Oxford ; ils faisaient tous deux partie du cercle littéraire des Inklings.

Compilation réalisée par Sosryko, septembre 2016

  • 1926 : rencontre de Tolkien et C.S. Lewis. Tolkien, 34 ans, après un passage par l’université de Leeds, revient sur Oxford après avoir été élu (en juillet) à une chaire de vieil-anglais et obtenu (en octobre) un poste au Pembroke College. C.S. Lewis, 27 ans, est alors jeune professeur de littérature anglaise au Magdalen College depuis 1925.tolkien1image-cs-lewis-1
  • 1927 : Tolkien introduit C.S. Lewis au club des Coalbiters.
  • 1931 : Tolkien et C.S. Lewis rejoignent le club littéraire des Inklings. Les affinités littéraires de Lewis et Tolkien sont nombreuses. Parmi celles qui ont été relevées sur JRRVF :
    • en 2006, à l’occasion de la parution du Vent dans les Saules aux éditions Phébus, Fangorn nous rappelle que C.S. Lewis et Tolkien connaissaient bien ce conte de Kenneth Grahame.
    • déjà en 2003, il évoquait An Experiment with Time (1927) de J.W. Dunne, autre livre important à plus d’un titre pour Tolkien et Lewis (voir à1937)
    • quant à Sosryko, il rappelle en 2002 que C.S. Lewis avait invité Tolkien à rejoindre l’Oxford Dante Society et suggère que les lectures partagées du Purgatoire ont pu inspirer la formulation du Notre Père en Quenya.
  • 1930-1931 : C.S. Lewis accompagne Tolkien dans sa tentative de refonte des études linguistiques et littéraires de l’université d’Oxford.
  • 1931 est aussi une année personnellement charnière pour C.S. Lewis car elle correspond à sa conversion à la foi chrétienne. Tolkien a joué un rôle non négligeable dans son cheminement spirituel et c’est à la suite de longs échanges sur les mythes et l’Évangile que Lewis, alors théiste après avoir abandonné la foi de ses jeunes années et professé l’athéisme (Spirits in Bondage, 1919), devient chrétien. Ces échanges autour du Mythe, de l’Homme et du Créateur conduiront Tolkien à écrire un poème, Mythopoeia. Avec Tolkien, Lewis accepte (ainsi que Szpako l’écrit en 2003) que finalement le plus beau des contes de fées est celui du Christ car « cette histoire est entrée dans l’Histoire et le monde primaire » (Faërie, épilogue). Pour Tolkien le cœur du Christianisme est un mythe qui est aussi un fait et Lewis de renchérir : « The old myth of the Dying God, without ceasing to be myth, comes down from the heaven of legend and imagination to the earth of history » (Essays on Theology and Ethics, p.66).
  • 1936 : C.S. Lewis se lie d’amitié avec Charles Williams, lequel rejoint les Inklings.
  • 1937 (ou juste avant) : les réflexions sur la fonction du mythe conduisent C.S. Lewis et Tolkien à l’écriture d’œuvres prévues pour être complémentaires. Humphrey Carpenter, biographe des Inklings et de Tolkien, rapporte ainsi la proposition de Lewis à Tolkien :

« “Tollers, il y a trop peu de ce que nous aimons vraiment dans les légendes. Je crains que nous ne soyons obligés d’en écrire nous-mêmes”. Ils convinrent que Lewis essaierait “les voyages dans l’espace” et Tolkien  “les voyages dans le temps”. » (Cédric)

Il s’agit en réalité d’une citation d’une lettre de Tolkien (no294 ; voir aussi nos24, 159, 257). Pour Tolkien, cela se traduit par la rédaction de la Route Perdue. S’il ne mène pas au bout le projet d’écriture (il faudra attendre la parution en 1987 du cinquième volume des Histoires de la Terre du Milieu pour lire le manuscrit), Lewis termine Au-delà de la Planète Silencieuse en 1937, le propose à un éditeur qui le publie dans la foulée (1938). Tolkien est enthousiaste à la lecture du livre et personnage principal, le Dr. Elwin Ransom, est un professeur de philologie de l’université d’Oxford qui ressemble beaucoup à un Tolkien « lewisisé » (voir Lettres, no77). Tolkien acceptera l’hommage et reprendra le nom du personnage dans The Notion Club Papers (HoMe IX).tolkien1image-cs-lewis-2

  • 1940-1948 : C.S. Lewis entre dans une période intense d’activité radiophonique et d’écriture d’essais philosophiques et théologiques qui font de lui, en quelques années, un apologète célèbre :
    • le Problème de la souffrance (1940 ; qui déçoit Jean),
    • Tactique du diable (1942),
    • The Case for Christianity (1942),
    • Broadcast Talks (1942),
    • Christian Behaviour (1942),
    • l’Abolition de l’Homme (1943 ; cité par Sosryko),
    • le Grand Divorce (1945)
    • et Miracles (1947).

Dans cette même période, Au-delà de la Planète Silencieuse est suivi de deux autres romans de science-fiction théologiques : Perelandra (1943) et Cette Hideuse Puissance (1945), lequel clos ce qu’il est convenu d’appeler la Trilogie Cosmique et qui entre en résonance avec une certaine actualité de 2015.

Si C.S. Lewis, dans Cette Hideuse Puissance, rend hommage au monde du légendaire tolkienien en employant les termes de « l’Ouest véritable » et de Numinor (renvoyant ainsi au Númenor de la Route Perdue), force est de constater que les thématiques et le genre sont ceux de Charles Williams. De manière symétrique, Tolkien reprendra la notion de Lewis des hnau telle qu’on la rencontre dans Au-delà de la Planète Silencieuse.

Entre les deux derniers romans de la Trilogie Cosmique paraît English Literature in the Sixteenth Century dans la collection « Oxford History of English Litterature » (1944). En 1948, Tolkien évoque cet ouvrage dans une lettre d’excuses qu’il adresse à C.S. Lewis à la suite de vives critiques formulées au cours d’une lecture de Lewis aux Inklings (Lettres, no113).

Cette période 1940-1948 peut donc être considérée comme celle de l’apparition des causes de l’éloignement futur entre Tolkien et Lewis. Ces causes sont multiples : les prises de positions théologiques publiques de C.S. Lewis désolent Tolkien et l’antipapisme privé de son ami (revenu dans l’Église anglicane en se convertissant) le blesse ; à cela s’ajoute une certaine jalousie devant la rapidité d’écriture de Lewis, le succès d’édition qui est le sien ou son admiration à l’égard de Charles Williams – Tolkien regrettant l’influence grandissante de ce dernier sur C.S. Lewis.tolkien1image-cs-lewis-3

  • En 1949, Tolkien voit paraître le Fermier Gilles de Ham accompagné d’illustrations de Pauline Baynes dont il présente le travail à C.S. Lewis. Bien que C.S. Lewis n’apprécie pas autant que Tolkien les talents de Pauline Baynes, celle-ci illustrera l’intégralité des sept chroniques de Narnia :
    • le Lion, la Sorcière Blanche et l’Armoire magique (1950 ; cité par Yyr),
    • le Prince Caspian (1951),
    • l’Odyssée du passeur d’Aurore (1952 ; cité par Fangorn, Yyr et Romaine),
    • le Fauteuil d’Argent (1953 ; cité par Yyr),
    • le Cheval et son écuyer (1954)
    • le Neveu du Magicien (1955 ; cité par Fangorn)
    • la Dernière Bataille (1956)

En 2001 et en 2002, Fangorn, en passe de devenir un grand lecteur de C.S. Lewis, annonce la parution en poche de la traduction française des Chroniques de Narnia, 40-50 ans après leur publication en Angleterre. Cédric, qui avait été le premier à relever la nouvelle, associait alors non sans raison cette publication tardive avec le succès de Harry Potter en France.

Les trois premiers titres des Chroniques ont fait l’objet d’adaptations cinématographiques qui n’ont quasiment pas été abordées sur le forum sinon ici ou .

  • 1954 : nomination de C.S. Lewis au poste de professeur de littérature anglaise du Moyen Âge et de la Renaissance à l’université de Cambridge. Ce départ d’Oxford accélère le délitement des Inklings, dont Lewis était rapidement devenu l’élément central (Lettres, no298).
  • 1955 : C.S. Lewis publie une critique du Seigneur des Anneaux (« The Dethronment of Power », Time & Tide 36 du 22 octobre) dans laquelle, entre autre, il souligne le lien qui existe entre le traitement de la guerre dans le roman et la guerre telle que Tolkien et lui-même ont pu la vivre dans les tranchées.
  • 1956-1963 : la rencontre de C.S. Lewis avec Joy Davidman, avec laquelle il se marie en 1956 et qui mourra quatre ans plus tard d’un cancer des os correspond à la période du plus grand éloignement entre Tolkien et C.S. Lewis.

Pendant cette période, C.S. Lewis écrit non seulement des essais de spiritualité (Réflexions sur les Psaumes, 1958 ; Lettres à Malcom, parution posthume en 1964), philosophique (Les Quatre amours, 1960) ou littéraire (l’Expérience de critique littéraire, 1961) mais aussi un roman, Un Visage pour l’éternité (1961) – certainement le plus personnel et qu’un critique aussi posé et sérieux qu’Irène Fernandez considère comme « peut-être le plus beau » de son œuvre.

Si les essais de spiritualité ne sont toujours pas du goût de Tolkien, ce dernier renoue le contact dans les derniers mois de la maladie qui emporte C.S. Lewis, en novembre 1963. Círdan rapportait en 2002 l’émouvante confidence de Tolkien, dévasté par la mort de celui qui était resté son ami le plus intime :

« Jusqu’ici j’ai eu les émotions normales d’un homme de mon âge – comme un vieil arbre qui perd ses feuilles une à une : là c’est plutôt un  hache près des racines » (Lettres, no251)

  • 1973 : Mort de Tolkien. Selon diverses sources concordantes, C.S. Lewis avait rédigé, à la fin des années 1950, une présentation de Tolkien qui devient, le 3 septembre 1973, la nécrologie parue dans le Times. Le critique littéraire et auteur de l’Allégorie de l’Amour (1936) y rappelle que le Seigneur des Anneaux n’a jamais été envisagé par Tolkien comme une allégorie de la seconde guerre mondiale :

This things were not devised to reflect any particular situation in the real world. It was the other way round. Real events began horribly, to conform to the pattern he had freely invented. 

Ainsi que Jean le concluait en 2008, une telle conformité des événements historiques au schéma librement inventé met en évidence l’applicabilité du mythe à la compréhension de l’Histoire et de l’Homme (Szpako, en 2001, faisait de même en faisant allusion au même texte de C.S. Lewis).

Círdan revient en 2014 sur le sujet important de l’allégorie et questionne l’usage que Tolkien et Lewis en faisaient. On retient souvent le mépris que Tolkien affichait pour ce procédé, mais la réalité n’est pas aussi tranchée, ainsi que nous le rappelle Elendil (cf. déjà Vinyamar en 2005).tolkien1image-cs-lewis-4

L’écart entre Tolkien et Lewis réside en ce que l’allégorie employée par C.S. Lewis intervient dans des œuvres littéraires fréquemment et volontairement conçues comme une apologie de la foi chrétienne.

Une telle dimension apologétique explique une réception faite à C.S. Lewis dans les milieux chrétiens évangéliques qui dépasse celle de Tolkien. Le forum en témoigne incidemment, à l’occasion de vacances récentes de notre webmaster dans les montagnes de Tenerife.

Une telle apologie chrétienne n’est pas du goût de certains amateurs de Tolkien qui y voient là une forme d’excès rédhibitoire (Tirno).

D’autres au contraire, tel Jean de retour de l’Oxonmoot 2010, se réjouissent de prolonger la découverte des œuvres de Tolkien par celles de C.S. Lewis.

Ainsi, parmi les amateurs de Tolkien sur JRRVF, ceux qui apprécient aussi Lewis l’apprécient avec enthousiasme (Fangorn, Jean, Yyr, Sosryko), tandis que plusieurs rejettent Lewis à cause d’une écriture trop différente de celle de Tolkien (Lambertine, Laegalad, Vinyamar).

Cependant la qualité du critique littéraire n’est jamais mise en cause – et Hyarion nous rappelle qu’un écrivain aussi opposé aux cercles des auteurs d’Oxford que Philip Pullman ne franchit pas cette limite. Et lorsqu’il s’agit d’expliquer la raison de « l’obsession » qui pousse les participants de ce forum à explorer l’œuvre littéraire de Tolkien, c’est en compagnie de larges extraits de l’Expérience de critique littéraire de C.S. Lewis (1961) que Fangorn répond mieux qu’aucun autre n’aurait pu.

Bibliographie complémentaire

  • The Collected Letters of C.S. Lewis:
    • Family Letters 1905-1931 (Zondervan ; isbn : 0060884495)
    • Books, Broadcast, and the War 1931-1949 (Zondervan ; isbn : 0060883324)
    • Narnia, Cambridge, and Joy 1950-1963 (Zondervan ; isbn : 0060819227)
    • C.S. Lewis Essay Collection. Literature, Philosophy and Short Stories (HarperCollins ; isbn : 0007136544)
    • C.S. Lewis Essay Collection. Faith, Christianity and the Church (HarperCollins ; isbn : 0007136536)
    • The C.S. Lewis Readers’ Encyclopedia (Zondervan ; isbn : 0310215382)
    • Alister McGrath, C.S. Lewis. A Life (Tyndale ; isbn : 1496410459)
    • Irène Fernandez, C.S. Lewis. Mythe, raison ardente (Ad Solem ; isbn : 2884820612)
    • Daniel Warzecha, L’imaginaire spirituel de CS Lewis. Expérience religieuse et imagination dans son œuvre de fiction (L’Harmattan ; isbn : 229610911X)
    • notices « Lewis, C.S. », « Inklings », « Tolkien, J.R.R., carrière & travaux universitaires » dans le Dictionnaire Tolkien (CNRS Éditions ; isbn : 2271075041)

(2) SIMONNE D’ARDENNE

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Photo: Simonne d’Ardenne et Priscilla Tolkien vers 1937

Simonne Rosalie Thérèse Odile d’Ardenne (1899-1986) est une philologue belge, spécialiste du moyen anglais. En février 1932, elle est admise à Oxford où Tolkien supervise sa thèse, une édition du texte Liflade ant te Passiun of Seinte Iuliene. Durant un an, elle habite chez les Tolkien au 20 Northmoor Road et devient une amie proche de la famille, particulièrement de Priscilla Tolkien. Sa thèse (publiée sous son seul nom en 1936) lui permet d’obtenir un doctorat de l’université de Liège et d’y être engagée deux ans plus tard en tant que professeur de grammaire comparée. En novembre 1937, elle produit une traduction en français de la première version de Farmer Giles of Ham (publiée seulement en 1975) et est suggérée par Tolkien à son éditeur comme possible traductrice du Hobbit qui vient de paraître.

D’Ardenne commence à travailler avec Tolkien sur une édition de Seinte Katerine (une vie de Catherine d’Alexandrie), mais la Seconde Guerre mondiale interrompt leur collaboration. Excepté un message transmis par la Croix Rouge Internationale en décembre 1943, Tolkien n’aura plus de nouvelles de son amie durant toute la durée du conflit, pendant lequel elle prit de gros risques en aidant à faire passer en zone non occupée des aviateurs alliés recueillis par la Résistance. La fin de la guerre voit leur collaboration reprendre (mars 1945), avec un second séjour de «tatie» Simonne dans la famille à l’été 47. Plusieurs rencontres ont lieu à Liège dans les années 50, notamment en octobre 54 où il est fait Docteur Honoris Causa à l’ULg sur proposition de Simonne d’Ardenne qui prononcera un discours de présentation. Mais Tolkien est de plus en plus accaparé par son oeuvre de fiction et leurs échanges deviennent sporadiques, même s’ils continueront à s’écrire régulièrement. Simonne d’Ardenne participera encore au Festschrift présenté à l’occasion du soixante-dixième anniversaire de Tolkien (1962) ainsi qu’au recueil d’hommages posthumes J.R.R. Tolkien : Scholar and Storyteller: Essays in Memoriam (1979).

Pour compléter cette notice, consultez l’excellent fuseau consacré à Simonne d’Ardenne sur le forum.

(3) LIÈGE

Photo : façade néo-classique de l’entrée principale de l’Université de Liège (1817)

Liège (Belgique) et son université est un des endroits hors Angleterre que Tolkien a le plus visité, en partie à cause de ses liens d’amitiés avec Simonne d’Ardenne (voir la notice (2) sur cette même page). Il s’y rend une première fois en novembre 1950, où, représentant l’Université d’Oxford, il participe à la première de deux conférences données à l’occasion du 60ème anniversaire des Facultés de Philologie romane et germanique. L’année suivante, en septembre, pour le Congrès International de Philologie et la seconde conférence, il présente Middle English ‘Losenger’ : Sketch of an Ettymological and Semantic Enquiry. En compagnie des autres conférenciers, il est reçu dans divers endroits de la ville et visite la région. En octobre 1954, il retourne à l’ULg une troisième fois pour y être fait Docteur Honoris Causa.

En septembre 1957, dernier voyage à Liège où il loge plusieurs jours chez Simonne d’Ardenne à Solwaster. A la mort de cette dernière en 1986, sa bibliothèque personnelle (qui contient un certain nombre d’éditions originales signées par Tolkien, des photos, des lettres, des épreuves d’imprimerie corrigées, des notes prises aux cours de Tolkien, etc) est léguée à l’université. En mai 1992 s’y déroule une « exposition Tolkien » à l’occasion du centenaire de sa naissance et plusieurs de ces documents sont présentés au public (les lettres seront quant à elles rétrocédées à Priscilla Tolkien). En septembre 2011, Tolkien est de nouveau mis à l’honneur dans le cadre des 23ème Journées du Patrimoine en Wallonie sur le thème des écrivains.

(4) THE RETURN OF THE KING

Lors de sa troisième visite à Liège en octobre 1954, Tolkien donna à Simonne d’Ardenne les épreuves d’impression du Retour du Roi qu’il a relues et corrigées ainsi qu’une épreuve de la jaquette de La Communauté de l’Anneau.

Ci-contre : “Proof print” du Return Of The King et sa transcription en tengwar rajoutée à la main par Tolkien.

(5) PROPAGANDE

Carte de propagande publiée par le Parliamentary Recruiting Commitee entre 1914 et 1917 (archives de l’Ontario)

L’entrée en Guerre du Royaume-Uni en août 1914 contre l’Empire allemand a entraîné le développement d’une propagande nationaliste et « va-t-en-guerre », pilotée depuis le ministère de la guerre de Lord Kitchener.

Outre ses fortes intentions idéologiques, cette propagande, dont la production la plus connue représente Lord Kitchener lui-même (par l’artiste Alfred Leete), visait également à inciter les jeunes hommes de l’ensemble de l’Empire britannique, à faire acte de volontariat et à s’engager dans les forces armées.

L’affiche d’Alfred Leete (septembre 1914)

En effet, si l’Angleterre et les Dominions possédaient des troupes professionnelles, les premières batailles de 1914 ont été de véritables saignées pour les forces britanniques. La nécessité de recruter des troupes fraîches en grand nombre est alors devenue une priorité pour le gouvernement de Sa Majesté.

Martelée par tous les médias existants, la propagande a imposé une lourde pression sociale sur la jeunesse anglaise. Des centaines de milliers de jeunes hommes se sont engagés aussi bien par patriotisme que par conformisme durant les premiers mois de la guerre. L’entourage de J. R. R. Tolkien n’a pas fait exception à la règle. Son jeune frère de Hilary, s’est enrôlé à la fin de l’été 1914 et ses amis Robert Q. Gilson, Geoffrey B. Smith puis Christopher Wiseman, membres du T. C. B. S,. se sont engagés à partir de l’automne 1914.

Tolkien n’était pas contraint de s’enrôler, et il a préféré achever ses études à Oxford, comme le lui permettait le régime du volontariat. Mais la pression de la propagande culpabilisait les jeunes restés à l’arrière. Tolkien, fiancé à Edith Bratt depuis janvier 1914, finit donc par intégrer un corps d’entraînement d’officiers : il put ainsi effectuer un service militaire tout en poursuivant ses études, et en restant près de sa future femme.

Pour compléter cette notice, consultez la page Tolkien et la Somme sur le site.

(6) LES CALENDRIERS TOLKIEN

Tout comme les pompiers, les facteurs, les rugbyman, les mannequins, Tolkien a également son calendrier annuel. C’est d’ailleurs à ma connaissance le seul calendrier dédié à l’oeuvre d’un écrivain. Car, ce n’est plus un secret, l’une des forces des écrits de Tolkien est sa capacité à enflammer l’imaginaire de ses lecteurs. Paysages, scènes bucoliques ou de batailles, personnages nobles comme humbles, suscitent toutes sortes de représentations de la Terre du Milieu. Que ce soit le HobbitLe Seigneur des Anneaux ou Le Silmarillion, et d’une manière générale toute la matière du “Légendaire” chez Tolkien, tout cela a un réel impact sur notre imaginaire de lecteur.

Rien d’étonnant donc à ce que quantité d’illustrateurs, amateurs ou professionnels, se soit lancé dans les illustrations du monde de Tolkien.

Rappelons d’ailleurs que Tolkien fut l’un des premiers auteurs à accompagner son oeuvre de ses propres dessins. Citions par exemple sa mythique carte de la Terre du Milieu.

De 1969 à nos jours

Le phénomène des illustrations prend son essor quelques années après la parution du dernier tome du Seigneur des Anneaux, en 1955. Ainsi le premier calendrier est publié par Tim Kirk en 1969.

Puis, en 1973 et sans interruption, ce sont les différentes maisons d’édition de Tolkien qui se lancent dans les “produits dérivés”. Ballantine Books aux Etats-Unis lance le 1er calendrier commercial comportent notamment (exclusivement ?) des reprises de dessins de Tolkien.

Les choses s’accélèrent en 1974 avec George Allen & Unwin (premier éditeur de Tolkien en Angleterre) qui se lance à son tour, accompagné de Faun Fantasy Press et d’autres éditeurs qui éditent leur propre calendrier.

En 1980, dans la foulée de son adaptation – inachevée – du Seigneur des Anneaux, Saul Zaentz publie un calendrier qui reprend les images du film qu’il a produit (avec Ralph Bakshi aux commandes).

Chaque année voit donc paraître plusieurs calendriers Tolkien avec notamment les diverses “Tolkien Society” qui se prêtent à l’exercice à travers le monde : Italie, Finlande, Espagne, la liste est longue…

1992, c’est au tour de HarperCollins de proposer sa propre version pour l’année à venir et occupera le terrain avec bon nombre d’autres propositions depuis lors.

Du côté de la France, c’est en 1993 que la société Hexagonal sort pour la première fois un calendrier en langue française avec les illustrations d’un certain … Alan Lee (il est le futur illustrateur des rééditions du Seigneur des anneaux et du Hobbit dont le travail est encore présent aujourd’hui dans les titres publiés récemment chez Christian Bourgois comme Beren et Lúthien – ou encore The Fall of Gondolin à paraître en août prochain, chez HarperCollins). 1993 est d’ailleurs le 100e anniversaire de la naissance de l’écrivain.

Plus proche de nous et de la sphère française de Net, signalons que l’association Tolkiendil a publié son propre calendrier entre 2007 et 2017.

Sources

Pour un inventaire plus précis, je vous invite à consulter le site The Compleat Gyde to Tolkien Calendars (site en langue anglaise).

Tolkien Calendar 1999, illustrations par Alan Lee
Tolkien Calendar 2000, illustrations par John Howe
Tolkien Calendar 2016, illustrations par Tove Jannson
Tolkien Calendar 2017 chez Harper Voyager centré sur les illustrations du Hobbit, manière de fêter les 80 ans de sa parution (le 21 septembre 1937).
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