Flambe d'eau et ne-m'oublie-pas

 

[5]

Old Tom Bombadil was a merry fellow;
bright blue his jacket was and his boots were yellow,
green were his girdle and his breeches all of leather;
he wore in his tall hat a swan-wing feather.
He lived up under Hill, where the Withywindle
ran from a grassy well down into the dingle.
Le Vieux Tom Bombadil était un gai luron ;
bleu vif était sa jaque, jaunes ses bottillons,
verte sa ceinture, ses hauts de chausses en peau,
il portait plume de cygne à son grand chapeau,
vivait sous la colline, où de sa source herbue
le Tournesaules courait dans le val pentu.
     

[10]

Old Tom in summertime walked about the meadows
gathering the buttercups, running after shadows,
tickling the bumblebees that buzzed among the flowers,
sitting by the waterside for hours upon hours.
En été, Vieux Tom allait arpenter les prés
courant les ombres, cueillant boutons d’or par brassées,
chatouillant les bourdons vrombissant dans les fleurs,
assis au bord de l’eau des heures et des heures.

 

 

 

   

 

 

 

There his beard dangled long down into the water:
up came Goldberry, the River-woman’s daughter;
pulled Tom’s hanging hair. In he went a-wallowing
under the water-lilies, bubbling and a-swallowing.
Ce jour là sa barbe pendilla dans l’eau claire.
La jeune Baie d’Or, fille de Dame-Rivière
vint et la tira. Tom finit alors vautré
sous les lis d’eau, à barboter et crachouiller.

 

 

 

 

 

 

 

[15] ‘Hey, Tom Bombadil! Whither are you going?’
said fair Goldberry. ‘Bubbles you are blowing,
frightening the finny fish and the brown water-rat,
startling the dabchicks, and drowning your feather-hat!’
« Hé là, Tom Bombadil ! Que viens-tu faire alors ?
Tu nous souffles des bulles » dit la jolie Baie d’Or,
« Apeurant le petit poisson, le brun rat d’eau,
les grèbes, et mouillant la plume de ton chapeau ! »

 

 

 

 

 

 

 

[20] ‘You bring it back again, there’s a pretty maiden!’
said Tom Bombadil. ‘I do not care for wading.
Go down! Sleep again where the pools are shady
far below willow-roots, little water-lady!’
« Voilà une jolie dam’zelle ! Veux-tu lâcher ? »
dit Tom Bombadil. « Je ne veux pas barboter.
Redescends ! Loin sous les racines des marsaults,
Va dormir à l’ombre, petite dame d’eau ! »

 

 

 

 

 

 

 

[25]

Back to her mother’s house in the deepest hollow
swam young Goldberry. But Tom, he would not follow;
on knotted willow-roots he sat in sunny weather,
drying his yellow boots and his draggled feather.
La jeune Baie d’Or retourna vers chez sa mère
Au trou le plus profond. Mais Tom ne suivit guère ;
sur des racines de saule au soleil s’assit,
séchant ses bottes  jaunes, sa plume salie.

 

 

 

 

 

 

 

[30]

Up woke Willow-man, began upon his singing,
sang Tom fast asleep under branches swinging;
in a crack caught him tight: snick! it closed together,
trapped Tom Bombadil, coat and hat and feather.
L’Homme-Saule s’éveilla, se mit à chanter,
charmant Tom à dormir sous sa berce feuillée ;
Il l’attrapa : crac ! Et engloutit comme un lot
Le vieux Tom Bombadil, manteau, plume et chapeau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

‘Ha, Tom Bombadil! What be you a-thinking,
peeping inside my tree, watching me a-drinking
deep in my wooden house, tickling me with feather,
dripping wet down my face like a rainy weather?’
« Ah, Tom Bombadil ! A quoi pouvais-tu penser :
Epier dans mon tronc, me regarder m’abreuver
dans ma maison, me chatouiller de ton plumage,
et comme un temps pluvieux me mouiller le visage ? »

 

 

 

 

 

 

 

[35] ‘You let me out again, Old Man Willow!
I am stiff lying here; they’re no sort of pillow,
your hard crooked roots. Drink your river-water!
Go back to sleep again like the River-daughter!’
« Vieil Homme-Saule, veux-tu me laisser ressortir !
Tes racines sont trop dures : je vais m’engourdir :
Ce n’sont pas des coussins. Bois ton eau de rivière !
Rendors-toi, comme la Fille de la Rivière ! »

 

 

 

 

 

 

 

[40]

[45]

Willow-man let him loose when he heard him speaking;
locked fast his wooden house, muttering and creaking,
whispering inside the tree. Out from willow-dingle
Tom went walking on up the Withywindle.
Under the forest-eaves he sat a while a-listening:
on the boughs piping birds were chirruping and whistling.
Butterflies about his head went quivering and winking,
until grey clouds came up, as the sun was sinking.
L’Homme-Saule l’écouta et le relâcha ;
bouclant sa maison, il murmura et craqua,
chuchotant dans son tronc. Hors du vallon du saule
Tom remonta à pied le long du Tournesaules.
Il s’assit sous les arbres, écouta un moment
Les oiseaux sur les rameaux, pépiant et sifflant.
Près de lui, des papillons frissonnaient, clignaient ;
Vinrent des nuages gris, le soleil sombrait.

 

 

 

 

 

 

 

[50]

Then Tom hurried on. Rain began to shiver,
round rings spattering in the running river;
a wind blew, shaken leaves chilly drops were dripping;
into a sheltering hole Old Tom went skipping.
Lors Tom pressa le pas. La pluie devint battante,
ses ronds crépitaient dans la rivière roulante ;
le vent fit ruisseler les feuilles d’eau glacée ;
dans un trou le Vieux Tom sauta pour s’abriter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Out came Badger-brock with his snowy forehead
and his dark blinking eyes. In the hill he quarried
with his wife and many sons. By the coat they caught him,
pulled him inside their earth, down their tunnels brought him.
De là sortit Blaireau-blarel au front neigeux,
aux yeux noirs clignotants. Il creusait en ces lieux
avec sa famille. Ils l’attrapèrent au manteau,
le poussèrent dans leur tanière et leurs boyaux.

 

 

 

 

 

 

 

[55] Inside their secret house, there they sat a-mumbling:
‘Ho, Tom Bombadil’ Where have you come tumbling,
bursting in the front-door? Badger-folk have caught you.
You’ll never find it out, the way that we have brought you!’
Dans leur cachette, ils s’assirent à marmonner :
« Ho, Tom Bombadil ! D’où as-tu dégringolé,
enfonçant la porte d’entrée ? Nous t’avons pris,
et jamais plus tu ne pourras sortir d’ici ! »

 

 

 

 

 

 

 

[60] ‘Now, old Badger-brock, do you hear me talking?
You show me out at once! I must be a-walking.
Show me to your backdoor under briar-roses;
then clean grimy paws, wipe your earthy noses!
Go back to sleep again on your straw pillow,
like fair Goldberry and Old Man Willow!’
« Holà, vieux Blaireau-blarel, m’entends-tu parler ?
Montrez-moi donc la sortie ! Je dois m’en aller.
Menez-moi à la porte sous les églantiers ;
puis nettoyez vos pattes et vos nez crottés !
Retournez dormir sur vos coussins, vos paillis,
comme Vieil Homme Saule et Baie d’Or la jolie ! »

 

 

 

 

 

 

 

[65] Then all the Badger-folk said: ‘We beg your pardon!’
They showed Tom out again to their thorny garden,
went back and hid themselves, a-shivering and a-shaking,
blocked up all their doors, earth together raking.
« Mille pardons ! » dirent tous les blaireaux piteux.
Ils menèrent Tom à leur jardin épineux,
avant de rentrer, tout frissonnants, se cacher,
bloquer les portes puis ensemble ratisser.

 

 

 

 

 

 

 

[70] Rain had passed. The sky was clear, and in the summer-gloaming
Old Tom Bombadil laughed as he came homing,
unlocked his door again, and opened up a shutter.
In the kitchen round the lamp moths began to flutter:
Tom through the window saw waking stars come winking,
and the new slender moon early westward sinking.
La pluie s’était arrêtée. Le ciel était clair,
et le Vieux Tom rentra, riant dans la lumière,
déverrouilla sa porte et ouvrit un volet.
Autour des lampes des papillons voletaient;
Tom vit à la fenêtre les astres cligner,
et tôt à l’ouest la lune nouvelle sombrer.

 

 

 

 

 

 

 

[75]

[80]

Dark came under Hill. Tom, he lit a candle;
upstairs creaking went, turned the door-handle.
‘Hoo, Tom Bombadil! Look what night has brought you!
I’m here behind the door. Now at last I’ve caught you!
You’d forgotten Barrow-wight dwelling in the old mound
up there on hill-top with the ring of stones round.
He’s got loose again. Under earth he’ll take you.
Poor Tom Bombadil, pale and cold he’ll make you!’
Le noir prit la Colline. Tom, chandelle allumée,
Monta l’escalier grinçant, tourna la poignée.
« Hou, Tom Bombadil! Vois ce que la nuit t’apporte !
Enfin je t’attrape ! Je suis derrière la porte.
Tu l’avais donc oublié, l’Être du Galgal,
De la vieille levée encerclée de pierraille.
Il s’est réchappé : sous terre il t’emportera.
Pauvre Tom Bombadil ! Pâle et froid tu seras ! »

 

 

 

 

 

 

 

[85]

‘Go out! Shut the door, and never come back after!
Take away gleaming eyes, take your hollow laughter!
Go back to grassy mound, on your stony pillow
lay down your bony head, like Old Man Willow,
like young Goldberry, and Badger-folk in burrow!
Go back to buried gold and forgotten sorrow!’
« Va-t-en ! Ferme la porte, et ne reviens jamais !
Dehors, ce rire caverneux, ces yeux d’effraie !
Sur ton coussin de pierre étends ta tête osseuse,
comme l’Homme-Saule, retourne à ta butte herbeuse,
comme Baie d’Or, et les Blaireaux dans leur terrier !
Retourne à l’or caché, au chagrin oublié ! »
 

 

 

 

 

 

[90] Out fled Barrow-wight through the window leaping,
through the yard, over wall like a shadow sweeping,
up hill wailing went back to leaning stone-rings,
back under lonely mound, rattling his bone-rings.
L’Être du Galgal s’ensauva par l’huisserie,
Glissa comme une ombre sur verger et palis,
rejoignit en gémissant le cercle pierreux,
le tertre isolé, cliquant ses anneaux osseux.

 

 

 

 

 

 

 

[95]

Old Tom Bombadil lay upon his pillow
sweeter than Goldberry, quieter than the Willow,
snugger than the Badger-folk or the Barrow-dwellers;
slept like a humming-top, snored like a bellows.
Vieux Tom sur son traversin s’étendit alors,
plus calme que le Saule, et plus doux que Baie d’Or,
plus au chaud que gens du Galgal ou bien Blaireaux ;
Il ronfla comme un soufflet, dormant aussitôt.

 

 

 

 

 

 

 

[100]

He woke in morning-light, whistled like a starling,
sang, ‘Come, derry-dol, merry-dol, my darling!’
He clapped on his battered hat, boots, and coat and feather;
opened the window wide to the sunny weather.
Comme un étourneau, le matin au saut du lit,
il fit : « Viens, digueding, diguedong, ma chérie ! »
Il mit son vieux chapeau, bottes, plume et manteau,
ouvrit grand sa fenêtre au soleil, au temps chaud.

 

 

 

 

 

 

 

[105]

Wise old Bombadil, he was a wary fellow;
bright blue his jacket was, and his boots were yellow.
None ever caught old Tom in upland or in dingle,
walking the forest-paths, or by the Withywindle,
or out on the lily-pools in boat upon the water.
But one day Tom, he went and caught the River-daughter,
in green gown, flowing hair, sitting in the rushes,
singing old water-songs to birds upon the bushes.
Le sage Vieux Tom était un prudent luron ;
bleu vif était sa veste, jaunes ses bottillons.
Nul ne le prit jamais, dans les hauts, les vallées,
sur le Tournesaules, les chemins forestiers,
ou en bateau entre les lis des étangs clairs.
Mais lui un jour prit la Fille de la Rivière,
robe verte, cheveux flottants, sur les roseaux,
et chantant aux oiseaux de vieilles chansons d’eau.

 

 

 

 

 

 

 

[110]

[115]

He caught her, held her fast! Water-rats went scuttering
reeds hissed, herons cried, and her heart was fluttering.
Said Tom Bombadil: ‘Here’s my pretty maiden!
You shall come home with me! The table is all laden:
yellow cream, honeycomb, white bread and butter;
roses at the window-sill and peeping round the shutter.
You shall come under Hill! Never mind your mother
in her deep weedy pool: there you’ll find no lover!’
Il la prit, la serra fort ! Son cœur palpitait.
Les rats fuyaient dans les joncs, les hérons criaient.
« La voilà, ma jolie dam’zelle ! » dit Tom réjoui :
« Tu devrais venir chez moi ! La table est servie :
crème jaune, rayons de miel, beurre et pain blanc ;
roses à la fenêtre autour du contrevent.
Viens donc sous la Colline ! Oublie ta mère :
tu ne trouveras pas d’amant dans sa rivière ! »

 

 

 

 

 

 

 

[120]

Old Tom Bombadil had a merry wedding,
crowned all with buttercups, hat and feather shedding;
his bride with forgetmenots and flag-lilies for garland
was robed all in silver-green. He sang like a starling,
hummed like a honey-bee, lilted to the fiddle,
clasping his river-maid round her slender middle.
Tom Bombadil, tout de boutons d’or couronné,
sans plume ni chapeau, eut des noces bien gaies ;
la mariée, en vert-argent, portait flambes d’eau
et ne-m’oublie-pas. Il chanta tel l’étourneau,
joua du crincrin, fredonna comme une abeille,
serrant sa dame de l’eau par sa taille frêle.

 

 

 

 

 

 

 

[125]

Lamps gleamed within his house, and white was the bedding;
in the bright honey-moon Badger-folk came treading,
danced down under Hill, and Old Man Willow
tapped, tapped at window-pane, as they slept on the pillow,
on the bank in the reeds River-woman sighing
heard old Barrow-wight in his mound crying.
Chez Tom, le lit était blanc, des lampes brillèrent;
dans la lune de miel les blaireaux s’avancèrent,
dansèrent au pied de la Colline ; eux dormaient
quand Vieil Homme Saule au carreau toquait, toquait ;
sur les roseaux, Dame-Rivière qui soupirait
entendit l’Etre du Galgal qui sanglotait.

 

 

 

 

 

 

 

[130] Old Tom Bombadil heeded not the voices,
taps, knocks, dancing feet, all the nightly noises;
slept till the sun arose, then sang like a starling:
‘Hey! Come derry-dol, merry-dol, my darling!’
sitting on the door-step chopping sticks of willow,
while fair Goldberry combed her tresses yellow.
Le Vieux Tom Bombadil se moquait bien des voix
et de tous les bruits nocturnes, coups, danses, pas ;
il chanta comme un étourneau passé la nuit :
« Hé ! Viens, digueding, diguedong, viens, ma chérie ! »
assis sur le seuil, taillant du saule en bâtons ;
et la jolie Baie d’Or tressait ses cheveux blonds.

 

Remarques sur la traduction

[v. 2-3]

bright blue his jacket was and his boots were yellow,
green were his girdle and his breeches all of leather;
bleu vif était sa jaque, jaunes ses bottillons,
verte sa ceinture, ses hauts de chausses en peau,

 

    Ma traduction perd ici un effet de l’original ; en effet, alors que l’anglais dispose d’un jeu de miroir nom/qualificatif (bright blue jacket / boots yellow // green girdle / breeches of leather), le fait que les noms de couleurs primaires ne disposent pas de synonyme m’empêche de faire de même en français, à cause de la rime.

 [v.17]

frightening the finny fish and the brown water-rat, Apeurant le petit poisson, le brun rat d’eau,

 

    Frightening the finny fish : littéralement, il conviendrait de traduire « effrayant le poisson écailleux », mais l’allitération semble plus importante que la redondance ici… Au reste, c’est sans doute ce qui a primé dans l’élaboration du poème, si l’on observe l’apparition fréquente d’assonances et allitération.

 [v.19]

‘You bring it back again, there’s a pretty maiden!’ « Voilà une jolie dam’zelle ! Veux-tu lâcher ? »

 

    Le terme de « dam’zelle » n’existe pas en français. Le sens anglais de maiden  est simplement ‘jeune fille’, voire ‘vierge’. Littéralement, il aurait donc fallu traduire « En voilà une jolie jeune fille », ce qui faisait beaucoup trop de syllabes. Utiliser « vierge » ne me satisfaisait guère… Il fallait donc passer par les synonymes ; le terme de « pucelle », s’il permettait de rentrer dans l’alexandrin, possédait des connotations qui auraient pu sembler déplacée. De plus, il n’est pas très esthétique au niveau sonore (appréciation tout à fait subjective).  J’ai rejeté pour les mêmes raisons celui de « donzelle », même s’il était plus joli, pour franciser le « damsel » anglais, qui signifie « damoiselle ». « Dam’zelle » permet à la fois de garder un ton populaire (par l’élision) et respectueux (abréviation de « damoiselle »), tout en servant de synonyme acceptable pour « jeune fille ».

 [v.27-30]

Up woke Willow-man, began upon his singing,
sang Tom fast asleep under branches swinging;
in a crack caught him tight: snick! it closed together,
trapped Tom Bombadil, coat and hat and feather.
L’Homme-Saule s’éveilla, se mit à chanter,
Charmant Tom à dormir sous sa berce feuillée ;
Il l’attrapa : crac ! Et engloutit comme un lot
Le vieux Tom Bombadil, manteau, plume et chapeau.

 

    Voilà une strophe très intéressante du point de vue de sa construction : on a une opposition très nette entre les deux premiers vers de la strophe et leurs suivants. L’auteur a su rendre de manière subtile le chant encharmilleur du saule, pour ensuite l’opposer à son comportement peu amène une fois sa proie endormie. Il utilise en effet le jeu des sonorités (allitérations labiales et chuintantes, rendant le chant sourd du saule, opposées à celles occlusives des deux vers suivant, illustrant ses craquements), et cet effet ne devait pas se perdre en français. Il a du donc falloir faire un choix entre rendre fidèlement le sens en perdant des allitérations, ou glisser légèrement et garder l’effet incantatoire. L’effet ternaire de « in a crack caught him tight » se trouve déplacé dans le vers précédent en français.

 [v.48-49]

round rings spattering in the running river;
a wind blew, shaken leaves chilly drops were dripping;
ses ronds crépitaient dans la rivière roulante ;
le vent fit ruisseler les feuilles d’eau glacées ;

 

    Dans le même esprit que la citation précédente, l’auteur du poème restitue ici l’atmosphère sonore de l’évènement, jouant tant sur le sens des mots que sur leuLr chanson ; en français, cette fois-ci, il nous était permis de respecter tant sens qu’allitérations.

 [v.51]

Out came Badger-brock with his snowy forehead De là sortit Blaireau-blarel au front neigeux,

 

    « Badger-brock » est un terme amusant : ses deux composants désignent le blaireau en anglais, brock  étant plus ancien et rare. D’après le Webster de 1913, il serait voisin de l’irlandais et de l’anglo-saxon broc. On a évidement ici une allitération, que j’ai pu conserver en français avec Blaireau-blarel. Blarel, vient de l’ancien français blaire ou bler, signifiant « tacheté », en référence à la tâche blanche que les blaireaux ont sur la tête, d’une racine blar-, qui serait à rapprocher du gaélique d’Ecosse blar (pâle) et du gallois blawr (gris, gris pâle, en parlant d’un cheval). J’ai préféré éviter d’employer blair, trop évident à comprendre (brock en anglais est un terme assez rare), et ai donc fait revivre le blarel.

 [v.79]

You’d forgotten Barrow-wight dwelling in the old mound Tu l’avais donc oublié, l’Être du Galgal

 

    J’ai repris pour Barrow-wight la belle trouvaille de Francis Ledoux : barrow signifiant « tumulus », nom à tournure bien latine, le traducteur du Seigneur des Anneaux à préféré utiliser galgal, terme dérivé d’une racine celtique gal (cailloux), et désignant un amas de pierre recouvrant une sépulture.

 [v.84]

Take away gleaming eyes, take your hollow laughter! Dehors, ce rire caverneux, ces yeux d’effraie !

 

     Yeux d’effraie pour gleaming eyes ne fait pas une traduction littérale, mais considérant que l’effraie, chouette dont le nom dérive du verbe effrayer, a les yeux jaunes, il m’a semblé à propos d’utiliser son nom.

 [v.98]

Sang, ‘Come, derry-dol, merry-dol, my darling!’ Siffla : « Viens, digueding, diguedong, ma chérie ! »

 

    Il s’agit ici, de toute évidence, d’un non-sens, (« une voix profonde et réjouie chantait avec une heureuse insouciance, mais les paroles n’avaient aucun sens »[1], LIC6) et le traduire en français est assez ardu. Aucune des traductions françaises officielles ne me convenait, et j’ai choisi de m’inspirer des non-sens fréquents dans les chansons populaires françaises, qui me permettaient de rendre à la fois l’effet ternaire et allitératif de l’original.

 

[1] “a deep glad voice was singing carelessly and happily, but it was singing nonsense”, LIC6