VII – Genèse d’un chapitre : Bilbo et Gollum (2)

1) La version primitive d’Énigmes dans l’Obscurité (1937 : Bilbo le Hobbit I)

Nous avons vu que la chapitre V de Bilbo le Hobbit original a dû faire place, suite à un exercice de ‘ré-écriture’, à une seconde et différente version qui est finalement devenue la version définitive.
Les textes que nous venons de présenter et de résumer, qui étaient, tous ou dans leur majorité, connus de Tolkien, ont bien dû l’inspirer le professeur dès sa rédaction première de Énigmes dans l’Obscurité. Cette première version ne nous est pas accessible, malheureusement, mis à part l’extrait publié dans la note pré-citée de Letters, quelques textes des volumes de History of Middle Earth (HoME) et les passages cités par Douglas A. Anderson dans The Annotated Hobbit [30]. Mais ce sera bien suffisant.

Dans HoME VI [31] nous découvrons une version primitive du début du Seigneur des Anneaux (= SdA); il s’agit d’une conversation entre Gandalf et Bingo qui deviendra, en fin de compte, celle entre Gandalf et Frodo dans L’Ombre du Passé, second chapitre du premier livre du SdA. Gandalf décrit à Frodo le personnage complexe de Gollum, son origine, l’influence qu’il subit de la part de l’Anneau et, sentiment qui n’apparaît pas dans la version finale, son désir de s’en séparer en le donnant à une autre personne [VI, p.79-80] :

« Bien entendu, c’est une longue mais misérable vie que l’Anneau procure, une vie plutôt étriquée qu’une croissance continue – de celle qui s’amenuise et s’amenuise encore. Affreusement fatigante, Bingo, pour tout dire, qui finit par devenir une torture. Il avait même décidé de s’en débarrasser. Mais il était trop plein de malveillance. Si vous voulez savoir, je crois qu’il avait envisagé un plan mais qu’il n’avait plus le courage de l’exécuter. Il n’y avait rien de nouveau à découvrir ; rien que les ténèbres, rien à faire que de manger froid et se souvenir avec regrets. Il voulait s’en aller et laisser ces montagnes, sentir le plein air quand bien même cela l’eût-il tué – et il pensait que ce serait probablement le cas. Mais cela aurait signifié laisser l’Anneau. Et ce n’est pas chose facile à faire. Plus on possède un [anneau] depuis longtemps et plus il est difficile [de s’en séparer]. Et la difficulté était particulièrement importante pour Gollum, puisqu’il possédait l’Anneau depuis des siècles ; celui-ci le blessait et il détestait ça, et il voulait, alors qu’il ne pouvait plus supporter de le garder, le transmettre à quelqu’un d’autre pour qui l’Anneau deviendrait un fardeau […] C’est en fait la meilleure manière de se débarrasser de son pouvoir. »

Avant de donner naissance à L’Ombre du Passé, ce texte a été retravaillé pour devenir II : Histoire Antique. Gandalf de préciser alors [VI, p.262] :

« J’imagine qu’il [Gollum] utilisait le Jeu d’Énigmes (auquel même Gollum osait à peine tricher, tant ce jeu est sacré et remonte à la plus haute antiquité) comme une sorte de pile ou face pour décider à sa place. »

Bien sûr, cette description donnée par Gandalf est une relecture de la part de Tolkien de la première version d’Énigmes dans l’Obscurité destinée à établir une succession logique aux événements qui sont censés commencer dans Bilbo le Hobbit et se poursuivre dans le Seigneur des Anneaux. Nous sommes en juillet 1947 et Tolkien reconnaît, dans une lettre destinée à Stanley Unwin, son éditeur, qu’il exécute une véritable gymnastique pour créer ce lien entre les deux œuvres (L109 [1, p.121]) :

Rayner [fils d’Unwin, premier lecteur de Tolkien depuis Bilbo le Hobbit, qui avait envoyé à Tolkien des commentaires suite à la lecture des premiers chapitres du SdA] a, bien évidemment, mis en évidence une faiblesse (inévitable) : le lien [entre Bilbo et le SdA]. Je suis heureux qu’il trouve que ce lien a dans l’ensemble été convenablement justifié. C’est ce qui pouvait être espéré de mieux. J’ai fait du mieux que j’ai pu, puisque je devais conserver les hobbits (que j’aime), et je dois encore conserver une trace de Bilbo par égard pour le bon vieux temps. Mais je ne me sens pas inquiet par la découverte que l’anneau était plus important qu’il ne le paraissait; c’est juste la [meilleure] solution parmi toutes les solutions de facilité. De même ce ne sont pas les actions de Bilbo, je pense, qui réclament des explications. La faiblesse, c’est Gollum, et son geste lorsqu’il offre l’anneau en tant que cadeau.
[…] Un moyen approprié de contourner la difficulté serait de légèrement remodeler l’histoire primitive au niveau du chapitre V. Ce n’est pas une idée réaliste […]

Et de rajouter en post scriptum [1, p.123] :

Concernant la révision et la correction de Bilbo le Hobbit. Toute modification de quelque manière radicale que ce soit est, bien entendu, impossible, et inutile.

L’envoi de cette lettre ayant été retardé, Tolkien l’enverra avec une autre destinée au même Stanley Unwin, le 21 septembre 1947 (L111 [1, p.124] ):

Avec elle [L109] je renvoie les commentaires de Rayner ; également quelques notes sur Bilbo le Hobbit; et (pour votre éventuel amusement et celui de Rayner) un exemple de ré-écriture du Chapitre V de cette œuvre qui simplifierait, bien que sans nécessairement l’améliorer, ma tâche actuelle.

Nous avons là la preuve que la notion de prix matériel (l’Anneau) donné au visiteur (Bilbo) par l’hôte (Gollum) s’il gagnait le concours d’énigmes était une notion de base que Tolkien a longtemps voulu conserver et utiliser. Cette première version du Hobbit, Christopher Tolkien nous en donne un extrait pour commenter le texte que nous venons de rencontrer [VI, p.86] (je la complète avec, entre crochets [1, 442] et, entre doubles crochets, The Annotated Hobbit) :

Il est important de comprendre que lorsque mon père écrit cela, il travaillait à partir des contraintes de l’histoire telle qu’elle était à l’origine racontée dans Bilbo Le Hobbit. Lorsque Bilbo le Hobbit parut pour la première fois, et jusqu’en 1951, l’histoire montrait Gollum, rencontrant Bilbo au bord d’un lac souterrain, qui proposait le jeu d’énigmes sous les conditions suivantes :
«  Ssi le trésor demande, et que ça ne répond pas, nous le mangeons, mon trésor. Si ça nous demande, et que nous ne répondons pas, nous donnons un cadeau, gollum! »
Une fois que Bilbo eut gagné le concours, (…)
[[Mais assez bizarrement, il n’y avait pas lieu pour lui de s’inquiéter. Car s’il y avait bien une chose que Gollum avait apprise il y a très très longtemps, c’était à ne jamais, au grand jamais tricher au jeu des énigmes, qui est sacré et remonte à la plus haute antiquité. Et puis, il y avait aussi l’épée. Tout ce qu’il fit fut s’asseoir et se mettre à murmurer.
“Eh bien, et mon cadeau ?” demanda Bilbo, non pas qu’il s’en souciât beaucoup, mais tout de même, il sentait qu’il l’avait gagné sans tellement tricher, compte tenu de circonstances particulièrement difficiles.
“Est-ce qu’on doit lui donner la chose, mon trésssor ? Oh oui, il le faut! On doit aller le chercher, mon trésor, et lui donner le cadeau qu’on a promis.” ]]
(…) Gollum tint sa promesse, revint, dans son bateau, à son île au milieu du lac pour trouver son trésor, l’anneau qui devait être la récompense de Bilbo. Il ne put le trouver, puisque Bilbo l’avait dans sa poche, et, revenant vers Bilbo, lui demanda pardon à de nombreuses reprises:
Il n’arrêtait pas de dire : « Nous sssommes désolés ; nous ne voulions pas tricher, nous voulions le donner notre sseul cadeau, ss’il gagnait le tournoi. »
[Il proposa même d’attraper pour Bilbo un bon gros poisson juteux à manger en guise de consolation]
« Ce n’est pas grave » dit [Bilbo]. « L’anneau aurait été à moi maintenant, si vous l’aviez trouvé ; donc vous l’auriez perdu de toutes façons. Aussi vous laisserai-je à une condition. » « Oui, laquelle est-cce? Qu’est-ce que cela désire que nous fasssions, mon trésor ? » « Aidez -moi à sortir de ces lieux », dit Bilbo.’
Et Gollum de faire ainsi.

 

2) La seconde version d’Énigmes dans l’Obscurité (1947 : Bilbo le Hobbit II)

Il s’agit de l’‘exemple de ré-écriture’ proposé en septembre 1947 mais auquel les éditeurs n’avait pas donné suite jusqu’en …août 1950. Tolkien a alors la (désagréable) surprise de découvrir que cette version alternative est celle qui a été choisie pour l’édition revue et corrigée (L128 [1, p.141]):

Bilbo le Hobbit : je retourne ci-joint les épreuves. Elles ne réclamaient pas de grandes corrections, mais nécessitaient une grande attention. L’objet m’a grandement surpris. Cela fait longtemps maintenant que j’envoyai une proposition de modification du Chapitre V, et suggérai le léger remaniement du premier Bilbo le Hobbit. J’étais alors encore occupé à essayer de mettre en place la suite, tâche qui aurait été plus simple avec la modification, évitant par ailleurs la plus grande partie d’un chapitre dans ce déjà trop long travail [32]. Pourtant, je n’en ai jamais plus entendu parler depuis lors ; et je supposai que la modification du livre original avait été rejetée. La suite actuellement dépend de la première version ; et si l’édition révisée est vraiment publiée, il devra s’ensuivre un considérable travail de ré-écriture de la suite.
Je dois dire que j’aurais aimé avoir été prévenu que (…) ces changements pouvaient être faits avant qu’ils ne me surprennent dans les pages des épreuves. Toutefois, j’ai maintenant décidé d’accepter le changement et ses conséquences. La chose est désormais assez vielle pour que je puisse prendre une décision plutôt impartiale, et il me semble que la version révisée est meilleure, dans son mobile et sa narration – et assurément elle rendrait la suite (si jamais elle est publiée) bien plus naturelle.
Je ne voulais pas que la version [alternative] proposée soit publiée ; mais ça semble s’être plutôt bien arrangé.
Cette version est donc très importante pour le personnage ‘canonique’ de Gollum et les fondements de l’action du Seigneur des Anneaux en général. Elle n’en est pas moins intéressante pour nous, car si elle abandonne un point caractérisant les joutes par énigmes mythologiques (le prix matériel), elle en introduit un autre !

Le prix matériel (l’Anneau) est définitivement remplacé par le prix ‘intellectuel’ (la connaissance du chemin menant à la sortie). Ce lot de ‘consolation’ de la première version devient la seule récompense que propose Gollum à Bilbo s’il gagne le concours d’énigmes.
La grande différence vient du comportement de Gollum après sa défaite : alors que dans la version primitive il reconnaît sa défaite et mène Bilbo vers la sortie sans problème; dans la version définitive, Gollum refuse de s’avouer vaincu par plus astucieux que lui et surtout de voir s’envoler un si bon repas; il envisage donc sans grande difficulté de tuer Bilbo…en utilisant l’Anneau. C’est ce qu’écrit Christopher Tolkien dans HoME VII, p.39 [33] :

Dans la version définitive d’‘Énigmes dans l’Obscurité’ de Bilbo le Hobbit, il n’était pas question que Gollum donne l’Anneau, bien entendu : le prix de Bilbo s’il gagnait la compétition était de se voir indiquer le chemin de la sortie, et Gollum ne revint à son île pour prendre l’Anneau que pour pouvoir attaquer Bilbo en étant invisible.

Tolkien, dans son désir de créer un monde cohérent, eut l’idée géniale d’un univers accessible grâce à des sources multiples dont les contradictions trouvaient leur explication dans le fait qu’elles étaient originaires de rédacteurs différents, traduisant donc des points de vue différents, chargés de subjectivité mais également plus ou moins honnêtes. Grâce à cet artifice, la version primitive de Bilbo le Hobbit n’est pas devenue obsolète : l’édition de 1937 correspondait à la version de Bilbo, un Bilbo corrompu par l’Anneau, alors que celle de 1951 rétablissait la vérité à partir des aveux de Bilbo, un Bilbo repentant (cf. le Conseil d’Elrond). C’est  ainsi que Tolkien présente la modification radicale dans la préface à l’édition révisée de Bilbo le Hobbit en 1951 [34]:

Dans cette ré-édition, plusieurs erreurs mineures, pour la plupart relevées par des lecteurs, ont été corrigées. Par exemple, le texte des pages 32 et 62 correspond désormais exactement aux runes de la carte de Thror. Plus important est le cas du cinquième chapitre. La véritable histoire de la fin du Jeu d’Énigmes, comme elle fut en fin de compte révélée (sous la pression) par Bilbo à Gandalf, s’y trouve présentée d’après le Livre Rouge, à la place de la version que Bilbo donna tout d’abord à ses amis et qu’il fixa en fait par écrit dans son journal. Cette entorse à la vérité de la part d’un hobbit des plus honnêtes fut un avertissement de grande importance. Toutefois, ceci ne concerne pas le présent récit, et ceux qui, par cette édition, découvrent pour la première fois la tradition des hobbits n’ont pas besoin de s’en soucier. Son exposition se trouve dans l’histoire de l’Anneau telle qu’elle fut fixée dans les chroniques du Livre Rouge de la Marche de l’Ouest, et telle qu’elle est désormais rapportée dans Le Seigneur des Anneaux. [35]


3) Tableau des énigmes entre Bilbo et Gollum

Voici un tableau dont le but est à la fois de présenter les énigmes posées dans Énigmes dans l’Obscurité ainsi que les réponses (dans leur version originale et dans la version française de Francis Ledoux) mais aussi de distinguer le personnage qui est testé. Ainsi rB4 correspond à la réponse de Bilbo à la quatrième énigme que lui pose Gollum (celle du poisson), laquelle est la septième à avoir été résolue (R7).

 E1 What has roots as nobody sees,Is taller than trees,Up, up it goes,And yet never grows?

Qu’est-ce qui a des racines que personne ne voit,

Qui est plus grand que les arbres,

Qui monte, qui monte,

Et pourtant ne pousse jamais.

 eG1
 R1

Mountain, I suppose.

Une montagne, je suppose

 rB1
 E2 Thirty white horses on a red hill,First they champ, Then they stamp,Then they stand still. Trente chevaux sur une colline rouge ;D’abord ils mâchonnent,Puis ils frappent leur marque,Ensuite ils restent immobiles.  eB1
 R2

Teeth! teeth!

Les dents ! les dents !

 rG1
 E3 Voiceless it cries, Wingless flutters, Toothless bites,Mouthless mutters. Sans voix, il crie ;Sans ailes, il voltige ;Sans dents, il mord ;Sans bouche, il murmure.  eG2
 R3

Wind, wind of course

Le vent, le vent, naturellement

 rB2
 E4 An eye in a blue face Saw an eye in a green face.“That eye is like to this eye”Said the first eye,“But in low place,Not in high place.” Un œil dans un visage bleuVit un œil dans un visage vert.« Cet œil-là ressemble à cet œil-ci,dit le premier œil,mais en un lieu bas,non pas en un lieu haut. »  eB2
 R4

Sun on the daisies

Le soleil sur les marguerites

 rG2
 E5 It cannot be seen, cannot be felt, Cannot be heard, cannot be smelt.It lies behind stars and under hills,And empty holes it fills.It comes first and follows after,Ends life, kills laughter.

On ne peut la voir, on ne peut la sentir,On ne peut l’entendre, on ne peut la respirer.

Elle s’étend derrière les étoiles et sous les collines.

Elle remplit les trous vides.

Elle vient d’abord et suit après.

Elle termine la vie, tue le rire.

 eG3
 R5

Dark!

L’obscurité !

 rB3
 E6 A box without hinges, key, or lid,Yet golden treasure inside is hid Une boîte sans charnière, sans clef, sans couvercle :Pourtant à l’intérieur est caché un trésor doré  eB3
 R6

“Eggses!” he hissed.

“Eggses it is!”

« Des œufs ! siffla-t-il.

Des œufs, que c’est ! »

 rG3
 E7 A live without breath,As cold as death;Never thirsty, ever drinking,All in mail never clinking. Vivant sans souffle,Froid comme la mort,Jamais assoiffé, toujours buvant,En cotte de maille, jamais cliquettant.  eG4
 R7

“Fish! Fish!” he cried.

“It is fish!”

Un poisson ! un poisson ! cria-t-il. C’est un poisson !

 rB4
 E8

No-legs lay on one-leg, two-legs sat near on three-legs, four-legs got some.

Sans-jambes repose sur une-jambe, deux-jambes s’assirent sur trois-jambes, quatre-jambes en eut un peu.  eB4
 R8

Fish on a little table, man at table sitting on a stool, the cat has the bones.

Du poisson sur un guéridon, un homme à côté assis sur un tabouret, le chat reçoit les arêtes.

 rG4
 E9 This thing all things devours:Birds, beasts, trees, flowers;Gnaws iron, bites steel;Grinds hard stones to meal;Slays king, ruins town,And beats high mountain down. Cette chose toutes choses dévore :Oiseaux, bêtes, arbres, fleurs ;Elle ronge le fer, mord l’acier ;Réduit les dures pierres en poudre ;Met à mort les rois, détruit les villesEt rabat les hautes montagnes.  eG5
 R9

(squeal) Time! Time!

(cri perçant) Le temps ! le temps !

 rB5
 E10

(a) What have I got in my pocket?

(b) what it’s got in its nassty little pocketses?

(c) What have I got in my pocket?

(a) Qu’ai-je dans ma poche ?(b) ce que ç-ça a dans ses s-sales petites poches ?(c) Qu’ai-je dans ma poche ?  eB5
 R10

(a) Handses!

(b) Knife!

(c1-2) String, or nothing!

(a) des mains !

(b) un couteau !

(c1-2) une ficelle, ou rien !

 rG5“It must give us three guesseses, my preciouss, three guesseses.”

Ça doit nous le donner en trois, mon trésor.

Quelques remarques sur la traduction :
Ledoux a oublié l’adjectif ‘blancs’ caractérisant les chevaux ; ces chevaux étant l’image des dents, c’est un peu gênant…
Il néglige le pluriel de ‘charnières’ en E6 – ce qui peut se comprendre puisqu’elles sont absentes de la ‘boite’, le respecte au début de E9 (‘Oiseaux, bêtes, arbres, fleurs’, ‘pierres’) mais l’impose à la fin (‘les rois’, ‘les villes’, ‘les hautes montagnes’) – par souci d’unifier la strophe ? mais alors c’est au détriment du style de l’original.
Enfin, il néglige la répétition des ‘trois essais’ dans rG5.

Complément pour (R10) : entre (a) et (b), Gollum envisage les réponses suivantes sans les présenter à Bilbo :

Des arêtes, des dents de gobelins, des coquillages humides, un bout d’aile de chauve-souris, une pierre aiguë pour aiguiser ses crocs, et autres vilaines choses.
[Bilbo le Hobbit, p.86]

Remarquons les ‘dents de gobelins’ sur lesquelles nous reviendrons par la suite (cf. IX).

VIII – Mise en parallèle des textes

1) Tableaux comparatifs entre Bilbo le Hobbit et les joutes oratoires nordiques

-> Cf. le tableau des points communs entre le dialogue de Bilbo et Gollum et quelques dialogues mythologiques ou légendaires

Le tableau précédent contient neuf entrées (les entrées Visiteur/Hôte n’en constituant qu’une seule). Avec ces seules entrées, on peut comptabiliser les points communs suivants entre les deux versions d’Énigmes dans l’Obscurité :

Bilbo I

3

 Dits de Gylfi

3

Bilbo II

3

 Dits de Fjölsvinnr

3

3

 Dits d’Alvíss

4

5

 Dits de Vafthrúdhnir

4

4

 Énigmes de Gestumblindi

6

3

 Kalevala III

3

Ces tableaux parlent d’eux-mêmes serais-je tenté de dire, tant il me semble en avoir déjà trop dit. Leur nombre de points de contact – points qui ne se retrouvent pas pour la majorité dans les autres textes recensés, établit avec force que les textes nordiques ainsi que le texte de Tolkien reposent sur un ou deux schémas narratifs communs.
Mais je voudrais tout de même développer plusieurs remarques ou explications à la lecture de ce tableau comparatif, revenant sur ces points de contact et apportant des arguments secondaires, certains plus dignes de crédit que d’autres.

2) Étymologies :

(a) Liens supplémentaires entre les textes scandinaves :
Gestumblindi est un nom qu’on fait dériver de Gestr-inn-blindi signifiant “l’Hôte Aveugle” [14.I, p.135]. D’où le nom de Gest l’Aveugle dans le tableau. Il s’agit bien entendu d’une allusion à l’œil unique d’Ódhinn. Le pseudonyme est bien choisi puisque Gestumblindi se révèle être Ódhinn!
L’autre pseudonyme d’Ódhinn, Gagnrádhr signifie ‘Celui qui conseille utilement’; mais dans une thula (liste mnémotechnique de noms), ce nom est rendu par Gangrádhr qui signifie à peu près ‘Celui qui connaît le chemin’ [14.I, p.127] ou encore ‘Vagabond’ [15, p.516], ce qui correspond très bien à Ódhinn.
Il se trouve que si Gangleri est le pseudonyme pris par Gylfi, il est également un nom d’Ódhinn pouvant signifier ‘Celui qui est fatigué de marcher/voyager’ [14.I, p.128].
Svipdagr, dans les Dits de Fjölsvinnr, use aussi d’un pseudonyme : Vindkaldr signifiant ‘Vent glacé’ ou (plutôt) ‘Glacé par le vent’ [15, p.506]. On comprend la raison de ce choix à la fin du poème lorsque Menglöd, sa promise, l’interroge (Fjöl. 46-47 [15, p.515]) :

« D’où reviens-tu,
D’où fis-tu voyage,

Comment t’appellent les gens ?[…] »

 

« Svipdagr, je m’appelle,[…]
Je fus chassé par les chemins battus des vents glacés »

(b) Tolkien rejette l’utilisation de la pseudonymie (“Je suis M. Bilbo Baggins”, Bilbo le Hobbit, p.80) autant que le motif du personnage qui se déguise pour ne pas être reconnu. Pourtant, c’est un motif classique du conte. Il se trouve que cet abandon lui sera des plus utiles, a posteriori, pour justifier la découverte de l’Anneau par les sbires du Noir Seigneur au début du Seigneur des Anneaux :

Quant au nom, Bilbo le lui [Gollum] avait stupidement dit lui-même; et après cela, il n’était plus difficile de découvrir son pays, une fois Gollum sorti.
[Gandalf, SdA, I.2 L’Ombre du Passé, p.74.]

(c) Mais ça ne veut pas dire qu’il n’ait pas utilisé ces pseudonymes pour les transformer en éléments narratifs :

Il poursuivit ainsi son chemin, descendant toujours ; mais il n’entendait aucun son de quoi que ce fût, hormis de temps à autre le bruissement d’une chauve-souris passant près de ses oreilles, ce qui le fit sursauter au début, mais qui devint trop fréquent par la suite pour qu’il s’en préoccupât. Je ne sais combien de temps il continua ainsi, détestant avancer, mais n’osant s’arrêter ; il continua, continua jusqu’à ce que sa fatigue devînt presque de l’épuisement. Il avait l’impression d’avoir marché jusqu’au lendemain et, par-delà le lendemain, jusqu’aux jours suivants.
[Bilbo le Hobbit, p.77 (Éd. Pocket p.85)]

Autant de termes rappelant Gangrádhr (= celui qui connaît le chemin/Vagabond ), Gangleri (= Celui qui est fatigué de marcher/voyager) ou bien Vindkaldr, le ‘vagabond’ (cf. Fjöl. 3 [15, p.505])
Et puis, n’oublions pas que si Gangrádhr signifie “Celui qui connaît le chemin“, ce nom pourrait tout à fait être le pseudonyme de Gollum qui est celui qui peut indiquer à Bilbo le chemin de la sortie!

3) Thème de la réciprocité

(d) L’importance des Dits de Vafthrúdhnir apparaît évidente dans ce tableau non seulement pour la présence de la question ‘impossible’ mais aussi pour la notion de réciprocité dans le questionnement.
Le parallèle est d’autant plus fort que, dans Bilbo le Hobbit, Gollum ne propose le concours d’énigmes qu’après avoir posé une première devinette à Bilbo et constaté sa valeur :

Ça devine facilement ? Ça doit faire un concours avec nous, mon trésor! Si le trésor demande et que ça ne répond pas, on le mange, mon trésor. Si ça nous demande et qu’on ne réponde pas, alors on fait ce que ça veut, hein ? On lui montre comment sortir, oui !
[Bilbo le Hobbit, p.81]
Or, dans les Dits de Vafthrúdhnir, le géant a la même réaction que Gollum : il teste d’abord l’arrivant avant d’officialiser la joute (Vaf. 19 [15, p.19]) :
Savant tu es, hôte,
Viens-t’en sur le banc du géant,
Et parlons assis ensemble;
Nous allons dans la halle
Mettre notre tête en gage,
Hôte, sur notre sagesse.

Et cette officialisation s’accompagne de notion de réciprocité : il n’y a qu’à relever le vocabulaire de la première personne du pluriel (‘ensemble’, ‘nous’, ‘notre tête’, ‘notre sagesse’). On pourrait dire qu’à la différence de Bilbo, la réciprocité est non seulement dans le questionnement (‘notre sagesse’) mais également dans l’enjeu vital (‘notre tête’). Ce serait oublier que si Bilbo met sa vie en gage au cours de ce Jeu des Énigmes, Gollum risque également la sienne : à plusieurs reprises il est fait mention de l’épée avec laquelle Bilbo tient Gollum à distance :

– Qu’est-ce qu’il a dans ses mains ? dit Gollum, les yeux fixés sur l’épée, qu’il n’aimait pas trop.
– Une épée, une lame qui vient de Gondolin !
[Bilbo le Hobbit, p.80]
Sur quoi, il se mit vivement debout, s’adossa à la paroi la plus proche et tendit devant lui sa petite épée.(…)
En tout cas, Gollum ne l’attaqua pas immédiatement. Il voyait l’épée dans la main de Bilbo.
[Bilbo le Hobbit, p.87]

(e) Mais il faut reconnaître que la symétrie n’est pas parfaite entre les Dits de Vafthrúdhnir et le dialogue entre Bilbo et Gollum : dans le premier texte, Ódhinn est d’abord testé, puis c’est le tour de Vafthrúdhnir, avec un nombre de questions bien plus important (16 contre 4) ; alors que Bilbo et Gollum, dans une joute plus équitable, se posent des questions par alternance. Il y a donc réciprocité parfaite, on pourrait parler de symétrie.
De plus, cette réciprocité/symétrie ne se retrouve pas que dans le questionnement, mais dans la ruse (ou sa tentative) [cf. (p)] et dans le désir de meurtre [cf. (h)].

(f) Alors ? Tolkien qui s’éloigne de ce qui semble être sa source fait-il preuve d’originalité ?
Il semble que non, l’imaginaire de l’homme ne faisant bien souvent que se répéter (‘il n’y a rien de nouveau sous le soleil’ dit le sage et néanmoins pessimiste Ecclésiaste). Pour s’en assurer, il nous faut à nouveau remonter le temps pour revenir aux sources de l’occident, en Babylonie et en Égypte, vers la fin d’un IVème siècle légendaire avant notre ère.
Légendaire car rapporté par Planudes, un moine byzantin du quatorzième siècle (1260-1330). Il décrit, dans sa Vie d’Ésope, la guerre des énigmes entre Nectanebo, roi d’Égypte, et Lycerus, roi de Babylonie, le roi de Babylone étant toujours vainqueur car le fabuliste Ésope faisait partie de sa cour.
Ainsi, un jour, Nectanebo pensa pouvoir surclasser le roi babylonien en lui posant l’énigme suivante :

« Il y a un grand temple soutenu par une seule colonne, et cette colonne est encerclée par douze villes ; chaque ville possède [contre ses murs] trente arc-boutants, et à côté de chacun de ces trente arc-boutants se trouvent deux femmes, l’une blanche et l’autre noire, qui tournent autour à tour de rôle. Dis[-moi] le nom de ce temple. »

La réponse de Lycerus (grâce à Ésope !) fut la suivante :

« le temple est le monde, la colonne est l’année, les douze villes sont les mois, les trente arc-boutants sont les jours, les deux femmes sont le jour et la nuit. » [36]

C’est cette tradition que l’on retrouve dans La vie d’Ésope le Phrygien rédigée par La Fontaine :

Enfin il se mit en grand crédit près de Lycerus, roi de Babylone. Les rois d’alors s’envoyoient les uns aux autres des problèmes à résoudre sur toutes sortes de matières, à condition de se payer une espèce de tribut ou d’amende, selon qu’ils répondroient bien ou mal aux questions proposées: en quoi Lycerus, assisté d’Esope, avoit toujours l’avantage, et se rendoit illustre parmi les autres, soit à résoudre, soit à proposer. [37]

(g) En fait, cette légende d’Ésope est certainement liée à la notice des Antiquités Judaïques (8.5.3) de Flavius Josèphe qui rapporte une joute similaire entre Salomon, roi d’Israël, et Hiram, roi de Tyr, ville côtière phénicienne :

Une fois que Salomon eut accompli tout ceci en l’espace de vingt ans – grâce à Hiram roi de Tyr qui avait fourni énormément d’or et encore plus d’argent pour ces bâtiments, mais également du bois de cèdre et du bois de pin, il récompensa également Hiram par de riches présents; du maïs qu’il lui envoya chaque année, du vin et de l’huile, les principales choses qui lui étaient nécessaires parce qu’il habitait une île, comme nous avons déjà dit. Et en plus de tous ces dons, il lui accorda certaines villes de Galilée (au nombre de vingt) qui s’étendent à proximité de Tyr; villes qu’Hiram alla visiter, mais une fois qu’il les eut vues, il n’aima pas le cadeau, et envoya un mot à Salomon disant qu’il ne voulait pas ces villes dans l’état où elles étaient; et depuis lors ces villes furent appelées la terre de Cabul ; ce nom, interprété dans la langue des Phéniciens, signifie ‘ce que ne satisfait pas’. De plus, le roi de Tyr envoya des sophismes et des énoncés énigmatiques à Salomon, et demanda qu’il en donne la solution, et les libère de l’ambiguïté qu’ils contenaient. Il se trouve que Salomon était si plein de sagesse et de discernement qu’aucun de ces problèmes se révéla trop difficile pour lui ; mais il les solutionna tous par ses raisonnements, et découvrit leur signification cachée, et mit tout en évidence.
Menander, parmi ceux qui traduisirent les archives Tyriennes du dialecte des Phéniciens en langue grecque, mentionne également ces deux rois, écrivant ceci : « À la mort d’Abibalus, son fils Hiram reçut son royaume; il avait vécu cinquante- trois ans et régné trente- quatre. Il éleva une terrasse sur une vaste étendue, et consacra le pilier d’or qui est dans le temple de Jupiter. Il décida également d’abattre des arbres issus de la montagne appelée Liban, pour le toit des temples; et quand il eut détruit les anciens temples, il construisit le temple d’Hercule ainsi que celui d’Astarté; et il inaugura le temple de Hercule au mois de Peritius; il conduisit également une expédition contre les Euchii, ou Titii, qui n’avaient pas payé leur tribut, et une fois qu’il les eut soumis il rentra. Sous [le règne de] ce roi il y avait Abdémon, homme d’un très jeune âge, qui trouvait toutes les solutions des problèmes difficiles que Salomon, roi de Jérusalem, lui demandait [à Hiram] d’expliquer ».
Dius fait également mention de [ce jeune homme], disant la chose suivante : « À la mort d’Abibalus, son fils Hiram régna. Il éleva les parties orientales de la ville encore plus haut, et agrandit la ville elle-même. Il relia également le temple de Jupiter (qui était auparavant isolé) à la ville, en établissant au milieu une terrasse entre eux ; et il la décora avec des offrandes en or. De plus, il alla au Mont Liban, et fit abattre des arbres pour la construction des temples. » Il dit également que Salomon, qui était alors roi de Jérusalem, envoya des énigmes à Hiram, qu’il voulut en recevoir de semblables de sa part, mais que celui qui ne pourrait pas les résoudre devrait payer de l’argent à celui qui les résoudrait, et qu’Hiram accepta les conditions; et comme il ne pouvait pas résoudre les énigmes proposées par Salomon, il paya beaucoup d’argent en gage; mais [Dius dit] qu’ensuite il trouva la solution des énigmes proposées grâce à Abdémon, un homme de Tyr; et qu’Hiram proposa d’autres énigmes, ce qui, lorsque Salomon ne trouvait pas de solution, le [conduisit] à payer en retour beaucoup d’argent à Hiram. Voilà ce que Dius a écrit. [38]
Pour ce qui nous concerne, il peut paraître intéressant que le texte de Josèphe précise qu’Hiram habite une île… tout comme Gollum :
En fait, Gollum vivait sur un îlot de rocher gluant au milieu du lac.(…)
Tout proche se trouvait son île (…)
(…) à présent, il le [l’anneau] dissimulait généralement dans un trou du rocher sur son île, et il retournait constamment le contempler.
Il était sur son île et jouait des pieds et des mains, cherchant et fouillant en vain.
[Bilbo le Hobbit, p.79, 88, 89]

Mais, en réalité, l’important n’est pas tant le thème de l’île que celui du ‘centre’ allié celui de la ‘profondeur’, ce qu’on pourrait appeler le ‘cœur’ des ténèbres.
Il faut se souvenir que Bilbo se trouve sous une montagne; un Bilbo qui suivit un ‘tunnel qui continuait à descendre de façon assez constante’, qui ‘poursuivit ainsi son chemin, descendant toujours’ (p.77), avant d’arriver à un lac ‘noir et profond’ ‘au cœur des montagnes’, découvrant Gollum ‘au plus profond de ces lieux’ (p.78), vivant ‘tapis là en bas, au centre même de la montagne’, ‘au milieu du lac’ (p.69).
On a donc une description de cercles concentriques qui s’enfoncent vers les profondeurs : la (base de la) montagne, le lac, l’île, le rocher, le creux du rocher, l’anneau. Et l’anneau, tel un trou noir de qui rien ne peut s’échapper, attire Gollum qui ‘retourn[e] constamment le contempler’.
Je doute que ce thème des cercles infernaux ait été inspiré de la seule mention du roi Hiram sur son île

Aussi, si je suis certain de l’influence des textes nordiques, je suis moins sûr de l’influence de Josèphe, Planudes ou de La Fontaine sur Tolkien. Et quoiqu’il faille reconnaître qu’une partie importante de la structure du dialogue entre Bilbo et Gollum s’y retrouve (réciprocité/symétrie, amende/enjeu), toutes les autres caractéristiques (visiteur/hôte, enjeu vital/prix non vital, question ‘impossible’) en sont absentes.
Une fusion des sources de la part de Tolkien est toujours possible, mais je pencherais pour une redécouverte d’une trame littéraire parfaitement adaptée à celle d’un conte. [39]

(h) les Dits de Vafthrúdhnir sont très importants (seule occurrence de la réciprocité du questionnement dans les textes scandinaves) mais les Énigmes de Gestumblindi le sont tout autant car c’est le seul texte scandinave mettant en jeu un point essentiel dans Bilbo II : le désir de meurtre et la réciprocité dans ce désir.
Rappelons qu’à la suite de la ‘fausse’ énigme d’Ódhinn (cf. §VIII.5 suivant) Heidrekr, très mauvais perdant et surtout fou de rage, tente de tuer Ódhinn.. Après la tentative de meurtre d’Ódhinn par Heidrekr avec son épée Tyrfingr, on lit la malédiction pleine de vengeance d’Ódhinn :

Ódhinn dit alors : « Parce que toi, roi Heidrekr, tu m’as attaqué et voulais me tuer, alors que j’étais innocent, les plus vils esclaves te mettront à mort. »

Dans Énigmes dans l’Obscurité, la volonté de Gollum de tuer Bilbo est évidente dès le départ, volonté qui devient obsession lorsqu’il comprend qu’il a été dupé :

Il lui restait encore un ou deux os à ronger, mais il voulait quelque chose de plus moelleux.
« C’est tout à fait sûr, oui, se murmura-t-il. Ça ne nous verra pas, n’est-ce pas, mon trésor ? Non. Ça ne nous verra pas, et sa sale petite épée ne lui servira de rien, oui, parfaitement. »
(…)
On devine, trésor, on devine seulement. On peut pas savoir jusqu’à ce qu’on trouve la s-sale créature et qu’on l’écrase.
[Bilbo le Hobbit, p.89, 92]

Et Bilbo, tout comme Ódhinn, est tenté de se venger :

Il devait se battre. Il devait transpercer cet être répugnant, éteindre ses yeux, le tuer. L’autre voulait le tuer, lui. Non, le combat n’était pas loyal. Il était invisible, à présent. Gollum n’avait pas d’épée. Gollum n’avait pas positivement menacé de le tuer, ni encore tenté de le faire. Et il était misérable, seul, perdu. Une compréhension soudaine, une pitié mêlée d’horreur s’élevèrent dans le cœur de Bilbo (…)
[Bilbo le Hobbit, p.94]

Bilbo est bien naïf (il refuse de croire que Gollum a l’intention de le tuer !) et tout autant sensible…Aussi, à la différence d’Ódhinn, il n’use pas de son pouvoir sur son adversaire, ne répond pas à la tentative de meurtre par le meurtre, préférant pardonner Gollum, ou plutôt parvenant à surmonter sa peur par la compassion.

4) Bilbo et les Énigmes de Gestumblindi :

(i) Un autre point important de contact entre Bilbo II et les Énigmes de Gestumblindi : dans les deux textes c’est l’arrivant, celui qui risque sa vie, celui qui remporte la joute (qui devrait donc avoir la vie sauve), que l’on tente de tuer.

(j) Plus accessoirement, nous avons tous également noté la présence et l’importance dans ces deux textes de l’épée possédée par un seul des deux protagonistes, chaque épée possédant un nom qui la personnalise : Tyrfingr pour l’épée du roi Heidrekr et Dard pour l’épée de Bilbo (même si cette personnalisation ne deviendra effective qu’à partir du chapitre VIII Mouches et araignées).

(k) Mais ce détail prend son importance lorsqu’on se rend compte qu’il s’ajoute à un autre, toujours commun à Bilbo II et aux Énigmes de Gestumblindi : l’arrivant (Bilbo /Ódhinn) échappe à la tentative de meurtre en volant par-dessus (ou au loin de) l’hôte ; ainsi, dans la Saga de Heidrekr [20, p.59] :

Ódhinn se métamorphosa en faucon et s’envola. Et le roi donna un coup dans sa direction, et lui enleva les plumes de la queue.

Et dans Bilbo II [Bilbo le Hobbit, p.95] :

Il sauta tout droit par-dessus la tête de Gollum (…)
Gollum se rejeta en arrière et tendit les bras comme le hobbit volait (flew) par-dessus lui, mais trop tard : ses mains se refermèrent sur le vide (…)

(l) Alors, ce qui pouvait apparaître comme des coïncidences entre les deux textes s’éclaire d’une lumière nouvelle.
Ainsi, les énigmes de Bilbo comme de Gestumblindi, au bout d’un moment, sont qualifiées de communes, fatiguant Gollum ou lassant Heidrekr.

Heidrekr dit : « Voici que les énigmes deviennent banales, qu’est-il besoin de s’occuper plus longtemps de cela ? »
[20, p.53]
Mais ce genre d’énigmes banales à la surface de la terre étaient pour lui fatigantes.
= But these ordinary aboveground everyday sort of riddles were tiring for him.
[Bilbo le Hobbit, p.82]

De plus, dans les deux textes, un protagoniste excédé qualifie son rival de ‘créature’, l’excluant ainsi de son espèce, de la norme.
Ainsi Heidrekr, on l’a vu, traite Gestumblindi de ‘créature monstrueuse’.
Bilbo traitera Gollum de ‘sale petite créature souterraine’ (p.78) … et Gollum fera de même à l’égard de Bilbo (‘la s-sale créature’, p.92)

5) ‘À la fin de l’envoi’ … ou la fausse énigme 

(m) La question ‘impossible’ est une fausse énigme ; ‘fausse’ énigme car sans réponse possible, la réponse étant inconnue de tout être pensant de l’univers hormis la personne qui questionne. Cet artifice est essentiel dans notre quête d’une source ayant inspirée Tolkien : il n’est commun qu’à trois textes, dont celui qui nous intéresse. Il met Bilbo en parallèle avec Ódhinn qui utilise l’artifice en deux occasions, contre Vafthrúdhnir et contre Heidrekr. Il s’agit d’une véritable tricherie. Pour s’en assurer, il suffit de relever la réaction du roi Heidrekr à la question ‘impossible’ d’Ódhinn :

Toi seul sais cela, créature monstrueuse [15, p.112]

comme celle de Gollum se remémorant la question ‘impossible’ de Bilbo :

« Qu’avait-il dans ses poches? » disait [Gollum] « Je ne pouvais le dire, pas de trésor. Petite tricherie. Question pas honnête. Ça a triché d’abord, ça a. Ça a enfreint les règles. On aurait dû l’étouffer, oui, mon trésor. Et on le fera, mon trésor! »
[SdA, I.2, p.74]

et déjà, à l’époque, dans un vocabulaire plus concis car sous le coup de la surprise :

« Pas de jeu ! pas de jeu ! s’écria-t-il de sa voix sifflante. C’est pas de jeu, mon trésor, s-si ? de demander ce que ç-ça a dans ses s-sales petites poches ? »
[Bilbo le Hobbit, p.86]

(n) Bien entendu, Tolkien dédouane Bilbo en faisant venir la question ‘impossible’ de manière non consciente sur ses lèvres :

« Qu’ai-je dans ma poche ? » dit-il tout haut.
Il se parlait à lui-même, mais Gollum crut que c’était une devinette, et il fut terriblement démonté.
« Pas de jeu ! pas de jeu ! s’écria-t-il […]
Bilbo, voyant ce qui s’était passé et n’ayant rien de mieux à proposer, s’en tint à sa question : « Qu’ai-je dans ma poche ? demanda-t-il d’un ton plus affirmé.
[Bilbo le Hobbit, p.86]

Voilà une circonstance qui éloigne Bilbo, héros d’un conte pour enfants – donc forcément sans malveillance, d’Ódhinn, dieu pervers qui aime à se déguiser pour surprendre, de manière préméditée, après avoir joué avec eux, ses adversaires savants par une question sans réponse.
Mais Tolkien minimise cette différence lorsqu’il révise le chapitre. Ainsi, le ton de la phrase de 1937 :

mais tout de même, il sentait qu’il l’avait gagné [son cadeau] sans tellement tricher, compte tenu de circonstances particulièrement difficiles. [cf. VII.2)]

Devient un peu plus négatif en 1951 :

N’importe quelle excuse pourrait lui être bonne pour se défiler. Et après tout, cette dernière question n’était pas une énigme authentique selon les anciennes règles.
[Bilbo le Hobbit, p.87]

(o) De plus, le parallèle avec les deux textes scandinaves est renforcé si on remarque que dans le cas d’Ódhinn comme dans celui de Bilbo, la réponse à la question n’est pas donnée au perdant qui ne semble pas avoir le droit de la réclamer.

« Voici qu’avec Ódhinn j’ai fait assaut
De ma sagesse en paroles.
Tu es et tu seras toujours le plus sage des hommes. »
[Vaf. 55 ; 15, p.529]
Les réponses doivent être devinées, non données, dit [Bilbo].
[Bilbo le Hobbit, p.90]

(p) Le tableau en VII.3) nous a montré que cette question est posée trois fois avant qu’une tentative de réponse soit donnée. Et en fait, Gollum arrive à fournir, avec l’autorisation de Bilbo, non pas une mais trois réponses. Voilà une remarque qui vient enrichir le thème de la réciprocité/symétrie : 3 énoncés de la question / 3 réponses permises.
Thème encore et toujours renforcé en constatant que si la question ‘impossible’ est une tricherie de la part de Bilbo, la réponse (rG5c) est également une tentative de tricher, de la part de Gollum cette fois. Et le narrateur de faire remarquer au lecteur l’une comme l’autre :

– Une ficelle, ou rien ! cria Gollum – ce qui n’était pas tout à fait correct, puisqu’il donnait deux réponses à la fois.(…)
Et après tout, cette dernière question n’était pas une énigme authentique selon les anciennes règles.
[Bilbo le Hobbit, p.87]

Voilà qui est totalement original de la part de Tolkien : dans tous les autres textes, la ruse, la tricherie ne sont utilisées que par un seul des deux protagonistes.

IX – Neuf énigmes dans l’obscurité… plus une


Saucy, and over-bold, how did you dare
To trade and traffic with Macbeth
In riddles and affairs of death;

Car vous avez osé, effrontées, téméraires,
Avoir avec Macbeth commerce et rapports,
Trafic d’énigmes et choses de mort ;
[Shakespeare, Macbeth, III,5.3-5]

1) Origine des neuf énigmes

Toutes les remarques précédentes encouragent à penser que Tolkien quant à la forme, à la structure du dialogue entre Bilbo et Gollum s’est inspiré du schéma scandinave et en particulier des Énigmes de Gestumblindi. Mais qu’en est-il du contenu de ces énigmes (cf. VII.3)?

On va le voir, la recherche des sources qui ont pu inspirer Tolkien pour quelques-unes de ses énigmes (pour tout ou partie de leur contenu) confirme l’importance des Énigmes de Gestumblindi mais également des sources anglo-saxonnes comme Salomon et Saturne et l’Exeter Book.

Puisque je n’oublie pas que Tolkien, pour certaines, a fait preuve de totale création, selon son témoignage cité au début de cet article (L110), cette partie se limitera aux sources déjà mises à jour par Anderson dans son Annotated Hobbit – lesquelles justifient de manière indépendante ma proposition, et à des compléments apparus au cours de la recherche.

1.1) Énigme (E1)

Avec cette énigme, Tolkien introduit la métaphore consistant à assimiler une montagne à un arbre et sa base à des racines qui la soutiendraient.
Il est remarquable qu’avant que l’énigme eût été posée, Tolkien avait déjà donné la réponse au lecteur !

They very seldom did, for they had a feeling that something unpleasant was lurking down there, down at the very roots of the mountain.
[Bilbo le Hobbit, V. Énigmes dans l’Obscurité, p.79]

Ceci vient du fait que Tolkien affectionne tout particulièrement cette métaphore ; il va la réutiliser à trois reprises par la suite :

Devant s’étend la grande cave la plus profonde, le cul-de-basse-fosse des anciens nains, au cœur même de la Montagne.
Before him lies the great bottommost cellar or dungeon-hall of the ancient dwarves right at the Mountain’s root.
[Bilbo le Hobbit, XII. Information Secrète, p.222]
Il vomit son feu, la salle fuma, il secoua le cœur de la Montagne.
His fire belched forth, the hall smoked, he shook the mountain-roots.
[Bilbo le Hobbit, XII. Information Secrète, p.225]
mais ce qu’il y avait de plus beau, c’était la grande pierre blanche que les nains avaient trouvée sous la base de la Montagne, l’Arkenstone de Thraïn.
But fairest of all was the great white gem, which the dwarves had found beneath the roots of the Mountain, the Heart of the Mountain, the Arkenstone of Thrain.
[Bilbo le Hobbit, XII. Information Secrète, p.239]

Francis Ledoux, traducteur de Bilbo le Hobbit, passe à côté de ce trait littéraire ; il se rattrape en 1972 et 1973 lorsqu’il traduit le Seigneur des Anneaux qui reprend de manière récurrente et fréquente (10 occurrences !) l’image de la montagne enracinée (est-ce dû à une traduction plus ‘mécanique’ ou bien à la prise de conscience de l’importance de l’image pour Tolkien ?):

Bilbon descendit dans le tréfonds de la montagne (…)
Bilbo went on down to the roots of the mountains (…)
[SdA, Prologue, IV De la Découverte de l’Anneau , p.23]
Les racines de ces montagnes doivent être de vraies racines.
The roots of those mountains must be roots indeed.
[SdA, I.2 L’Ombre du Passé, p.71]
Gandalf se tut, contemplant l’est du porche aux lointaines cimes des Monts Brumeux, aux grandes racines desquels le péril du monde était demeuré si longtemps caché.
Gandalf fell silent, gazing eastward from the porch to the far peaks of the Misty Mountains, at whose great roots the peril of the world had so long lain hidden.
[SdA, II.2 Le Conseil d’Elrond, p.278]
Il leur semblait avoir déjà cheminé interminablement jusqu’aux racines de la montagne.
Already they seemed to have been tramping on, on, endlessly to the mountains’ roots.
[SdA, II.4 Voyage dans l’Obscurité, p.342]
En tout cas, nous nous trouvons près des racines de la Dernière Montagne.
Anyhow we are near the roots of the Last Mountain.
[SdA, III.4 Sylvebarbe, p.509] (C’est l’Ent Sylvebarbe qui parle)
Car il est venu il y a deux jours, et il les a emportés chez lui au loin, près des racines des montagnes.
For he came here two days ago and bore them away to his dwelling far off by the roots of the mountains.
[SdA, III.5 Le Cavalier Blanc, p.540]
(…) qui s’éloignait alors des racines noires des collines (…)
The mountains still loomed up ominously on their left, but near at hand they could see the southward road, now bearing away from the black roots of the hills and slanting westwards.
[SdA, IV.4 Herbes et Ragoût de Lapin, p.697]
(…) ils trouvèrent un creux ouvert à la racine de la montagne (…)
There under the gloom of black trees that not even Legolas could long endure they found a hollow place opening at the mountain’s root, (…)
[SdA, V.2 Le Passage de la Compagnie Grise , p.842]
(…) un dernier lambeau des grandes racines du Starkhorn (…)
(…) but in front on the far side of the vale Merry saw a frowning wall, a last outlier of the great roots of the Starkhorn, cloven by the river in ages past.
[SdA, V.3 Le Rassemblement de Rohan , p.850] (le Starkhorn est une montagne au milieu de l’Ered Nimrais = Montagnes Blanches entre le Gondor et le Rohan, près de Dunharrow)
Serait-il enterré sous les racines mêmes du Mindolluin (…)
Were it buried beneath the roots of Mindolluin, still it would burn your mind away, as the darkness grows, and the yet worse things follow that soon shall come upon us.
[SdA, V.4 Le Siège de Gondor , p.870] (le Mindolluin est une montagne à l’extrémité Est de l’Ered Nimrais près de Minas Tirith)

Tout ceci tend à prouver que l’énigme (E1) est visiblement une pure (et belle !) création de Tolkien issue d’une image qui lui tenait à cœur. C’est certainement pour cette raison qu’à une certaine période Tolkien a envisagé de la réutiliser dans une première version du chapitre L’Ombre du Passé (appelé alors Ancient History ; cf. VII.1)) du Seigneur des Anneaux [40]:

(Bingo) – (…) Mais comment avez-vous appris ou deviné tout cela au sujet de Gollum ? 
‘La grande partie de ce que j’ai deviné, ou bien déduit de proche en proche, n’a pas été bien difficile’ dit Gandalf. ‘L’inscription de feu a prouvé que l’Anneau que vous avez eu de Bilbo, et que Bilbo a eu de Gollum, est l’Anneau Unique. Et l’histoire de Gilgalad et d’Isildor est connue des Sages. Compléter alors l’histoire de Gollum et la faire cadrer avec le reste ne présente pas de difficulté particulière ; du moins pour celui qui connaît en profondeur et l’histoire et les esprits et les manières des créatures de la Terre-du-milieu ce dont Gollum ne disait rien. Quelle fut la première énigme posée par Gollum ? vous en souvenez-vous ?’
‘Oui’,répondit Bingo, réfléchissant.
What has roots that nobody sees,
Is higher than trees,
Up, up it goes,
And Yet never grows ?
‘Plus ou moins juste !’ commenta Gandalf. ‘Des racines et des montagnes ! mais tout compte fait, je n’ai pas eu à cogiter longtemps sur des indices de ce genre. Je sais. Je sais parce que j’ai découvert Gollum.’
‘Vous avez découvert Gollum !’ dit Bingo stupéfait.
[HoME VI, XV Ancient History, p.262-3]

Gandalf est sévère lorsqu’il relève l’erreur dans la retranscription de l’énigme (Bingo a remplacé ‘taller’ = plus grand par ‘higher’ = plus haut). Et il devient, à son tour, des plus énigmatiques lorsqu’il affirme que cette énigme lui a permis de retrouver Gollum !
C’est peut être à ces évidences pour les Maïar qui sont incompréhensibles pour les hommes que l’on saisit tout ce qui sépare l’intelligence des hommes de celle des anges…Par contre, retenons, pour ce qui va suivre (cf. IX.2), cette affirmation implicite de Gandalf : les énigmes posées par Gollum contiennent des informations précieuses sur sa personne.

Suite et fin
NOTES

VII-VIII

[30] The Annotated Hobbit, Douglas A. Anderson. Je n’ai pas ce livre, alors que soient grandement remerciés Iarwain et Cédric qui m’ont transmis les extraits si utiles que j’utiliserai.
[31] The History of Middle Earth, VI, The Return of the Shadow, Christopher Tolkien, 1994 HarperCollins Publishers.
[32] Tolkien fait référence à L’Ombre du Passé; L131 [1, p.161] (14.09.1950) : “Une légère révision (maintenant réalisée) d’un point capital dans Bilbo le Hobbit, clarifiant le caractère de Gollum et sa relation à l’Anneau, me permettra de réduire Livre I Chapitre II ‘L’Ombre du Passé’, de le simplifier, et de l’accélérer – et également de simplifier un peu l’ouverture critiquable du Livre II.
[33] The History of Middle Earth, VII, The Treason of Isengard, Christopher Tolkien, 1993 HarperCollins Publishers.
[34] ‘In this reprint several minor inaccuracies, most of them noted by readers, have been corrected. For example, the text on pages 32 and 62 now corresponds exactly with the runes on Thror’s Map. More important is the matter of Chapter Five. There the true story of the ending of the Riddle Game, as it was eventually revealed (under pressure) by Bilbo to Gandalf, is now given according to the Red Book, in place of the version Bilbo first gave to his friends, and actually set down in his diary. This departure from truth on the part of a most honest hobbit was a portent of great significance. It does not, however, concern the present story, and those who in this edition make their first acquaintance with hobbit-lore need not trouble about it. Its explanation lies in the history of the Ring, as it was set out in the chronicles of the Red Book of Westmarch, and is now told in The Lord of the Rings
J’ai trouve cette préface en téléchargeant le texte anglais de Bilbo le Hobbit trouvé en ligne (…je sais, je sais…). Je n’ai donc aucune preuve ‘matérielle’ certaine qu’il s’agit de la préface de l’édition de 1951. Toutefois,
1) il est certain que ce texte est de Tolkien : il suffit de remarquer pour cela le ton sobre, le vocabulaire (‘hobbit-lore’), les tournures, ou mieux, les parenthèses caractéristiques de l’auteur;
2) ‘this reprint’ semble faire référence à la toute première ré-édition ; on attendrait ‘revised’ pour une seconde ré-édition révisée (comme celle de 1966) ; de plus le ton justificatif de Tolkien dans ce passage correspond très bien avec celui dont il use en 1950 dans L128 citée en VII-2) (‘Je ne voulais pas que la version [alternative] proposée soit publiée ; mais ça semble s’être plutôt bien arrangé’).
[35] Il est bien regrettable que cette préface ait été abandonnée dans les éditions ultérieures pour être remplacée dans les plus récentes (cf. HarperCollins : 1995 pour le hardcover et 1999 pour le payperback) par la note suivante de Douglas A. Anderson (datée de 07.12.94) :
‘Bilbo le Hobbit fut publié pour la première fois en septembre 1937. En 1951, sa seconde édition (et sa cinquième réimpression) contient une importante portion révisée du chapitre V, Énigmes dans l’Obscurité, révision effectuée pour rendre l’action de Bilbo le Hobbit plus cohérente avec celle de sa suite, Le Seigneur des Anneaux, alors à l’ébauche. Tolkien fit quelques révisions supplémentaires pour l’édition américaine publiée par Ballantine Books en février 1966, ainsi que pour l’édition anglaise brochée publiée par George Allen & Unwin plus tard dans la même année.
Je ne vois pas en quoi ces remarques ‘externalistes’ sont plus intéressantes pour le lecteur désireux d’imaginaire qui découvre Bilbo le Hobbit que la préface résolument ‘internaliste’ de Tolkien ; Tolkien qui justifiait ainsi, dans l’univers qu’il s’était créé, la présence de deux comptes-rendus distincts de quelques détails, mais de quelle importance ! 🙁
[36] Enciclopedia Universal Ilustrada, tome 19, 1966 Madrid. Référence anglaise en ligne, ici
[37] Texte trouvé sur internet.
[38] Traduit de l’anglais d’après la version en ligne accessible ici.
[39] Il existe toutefois un argument qui justifierait l’importance du texte de Josèphe par rapport à celui de la légende d’Ésope : Guillaume de Tyre, chroniqueur de la terre sainte (1130-1184), dans son Historia rerum in partibus transmarinis gestarum, au livre XIII, chapitre I, cite ce passage de Flavius Josèphe où Hiram demande à Abdimus de l’aider à résoudre les énigmes de Salomon ; il ajoute ‘c’est peut-être celui que les récits populaires appellent Marcolfus.’ Or Marcolfus (Marculfus, Markolf) se retrouve dans le Poème II de Salomon et Saturne (v.11 : ‘le pays de Marculf’). De nombreux commentateurs allant même jusqu’à assimiler Marcolfus avec Saturne, il est tout à fait probable que Tolkien aura eu à l’esprit la légende entre Salomon et Hiram lorsqu’il a utilisé le poème en Vieil-Anglais Salomon et Saturne pour rédiger Énigmes dans l’Obscurité (cf. E9) . [2, p.25-26]
[40] Ce passage se trouvait initialement entre deux questions de Frodo qui ont été conservées dans la version finale : « Mais comment avez-vous appris tout cela au sujet de l’Anneau, et au sujet de Gollum ? » (SdA, p.73) et « Est-ce là que vous l’avez trouvé ? » (SdA, p.74).

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