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Les sources mythologiques - Le Kalevala

Introduction Anneli Asplund, Maître ès Lettres
Sirkka-Liisa Mettomäki, Maître ès Lettres

La première version du Kalevala parut en 1835. Cette version était le fruit du travail d'Elias Lönnrot et comprenait les poèmes populaires qu'il avait rassemblés et reformulés.


Le mètre kalévalien antique, avec son alitération spécifique et sa mesure typique à quatre temps permettant la poésie chantée, existait depuis deux millénaires dans la tradition des peuples proto-finnois vivant dans les régions baignées par la Mer Baltique.

Lors de la parution du Kalevala cela faisait déjà un quart de siècle que la Finlande était grand-duché autonome de l'Empire Russe, tandis qu'auparavant, jusqu'en 1809, le pays avait été intégré au Royaume de Suède.

Dans la culture de langue finnoise il y aura eu un "avant" et un "après"-Kalevala, tant cette oeuvre aura changé le cours des choses aussi bien en Finlande qu'à l'étranger, la parution du Kalevala attirant l'attention sur la Finlande. Une page d'histoire s'est ainsi tournée et cet événement a poussé les Finlandais à prendre confiance en leur propres langue, en leur propre culture. Le Kalevala aura sorti de l'anonymat un petit peuple inconnu et a, en quelque sorte, tracé la Finlande sur la carte de l'Europe; de plus, on s'est mis à appeler le Kalevala "épopée nationale finlandaise."

Cette première parution ne ralentit pas Lönnrot et ses amis dans leur quête de poèmes populaires et ils réussirent à réunir quantité d'autres matériaux nouveaux. S'appuyant sur ces derniers apports, Lönnrot publia en 1849 une seconde version, plus longue, du Kalevala. Depuis lors, c'est cette dernière version qui a été étudiée et lue en Finlande. Elle sert également de version de référence pour les nombreuses traductions qui ont été faites du Kalevala.

------------------------------ Les chants: matière première du Kalevala

Quelle était cette ancienne poésie populaire chantée que Lönnrot a retranscrite au cours de ses voyages ? Quels thèmes étaient abordés dans ces chants ? A quelle époque sont-ils nées ? Sur combien de temps cette culture s'est elle épanouie ?

Il est généralement admis que la culture de langue finnoise établie dans les régions limitrophes du Golfe de Finlande a subi une profonde transformation entre les dixième et cinquième siècles avant notre ère. A la suite de ce changement est apparu un mode de chant original ne comprenant ni strophe, ni rime, avec comme spécificités, une allitération et une répétitivité très caractéristiques. Ainsi les vers observaient un métrage quadri-syllabique que l'on dénomma rapidement "mètre kalévalien." Le rythme des vers d'une poésie chantée était le plus souvent à quatre ou cinq temps ; quant à la mélodie elle suivait la gamme pentatonique.

Loin d'avoir été instaurées à une époque précise, les grandes règles et principes de cette très ancienne poésie populaire prennent racine dans différentes périodes de l'histoire. Les poèmes mythiques sont typiques des matériaux les plus anciennement datés. Ils rapportent des faits remontant aux origines de l'humanité et de la culture universelle.

L'interprète de la poésie chantée est souvent un excellent chanteur - ou chanteuse - chamanne, barde, chef spirituel d'une tribu, entreprenant un voyage initiatique au coeur du monde des ancêtres. Quant aux héros des chants, ils s'aventurent au delà des mers, dans des contrées lointaines, et dans le Pohjola du Kalevala, se fiancent, commettent des rapts et enlèvement, sont bannis, fuient etc...

Grâce à ces chants lyriques, les anciens exprimaient des sentiments intimes. Les festivités, mariages, festins de fin de chasse à l'ours, étaient empreints de poésie rituelle.L'incantation kalevalienne se teintait alors de magie, couleur à laquelle la vie de tous les jours s'intégrait naturellement

En Finlande, cette antique tradition de poésie chantée resta extrêmement vivace jusqu'à la fin du XVI ème siècle.

L'instauration de la Réforme fit que l'Eglise luthérienne rejeta en bloc cette ancienne tradition, dorénavant qualifiée de païenne. Toujours à cette époque, de nouveaux courants musicaux européens prirent corps en Finlande.

En conséquence, la tradition commença à perdre pied, d'abord dans l'Ouest de la Finlande, ensuite dans le reste du pays. Si, dès le XVIIe siècle, quelques chants avaient déjà été retranscrits, ce ne fut qu'au XIXe qu'on organisa de façon systématique les indispensables voyages d'études nécessaires à des retranscriptions plus exhaustives.

C'est en Carélie Orientale, exceptionnellement, que cette forme de culture est parvenue intacte à Lönnrot et ses contemporains et ce jusqu'au début du XXe siècle.

La culture finlandaise au début du XIX ème siècle

Pendant toute la période suédoise (-1809) la langue finnoise fut réléguée au second plan: à l'école comme à l'université le suédois et le latin étaient les langues officielles d'enseignement. Dans l'administration, la langue officielle était le suédois. Le finnois était la langue du peuple, des campagnes, uniquement; il était également utilisé dans d'occasionnels textes juridiques ou religieux.

En dépit de cela, à partir de la fin du XVIIIe siècle, un cercle de lettrés de l'université de Turku avait commencé à manifester un intérêt certain pour les idéaux romantiques européens. Les membres de cette confrérie partageaient l'intime la conviction que le développement de la culture de langue finnoise devait passer par un retour aux sources: revenir à la langue du peuple, retranscrire la poésie populaire finnoise et la faire publier.

A cette époque la Finlande jouissait d'un statut particulier au sein de l'Empire russe (1809-1917) : située entre la Suède et la Russie, le rôle dévolu à la Finlande était d'assurer la sécurité au Nord-Ouest de l'Empire. Paradoxalement, de par le statut de grand-duché autonome de leur pays, les Finlandais commencèrent à ressentir enfin le sentiment d'être une nation à part entière.

Si de nouveaux liens culturels se tissaient peu à peu avec Saint-Pétersbourg - la nouvelle capitale - la frontière avec la Suède ne s'était pas refermée pour autant. Cette ouverture fit que les idéaux romantiques prirent ampleur et influence, ce qui poussa à transcrire, étudier et publier la poésie populaire finnoise.

Väinämöinen, personnage principal des poèmes, devint le symbole de la renaissance nationale finlandaise. Parce qu'il chantait, jouait du kantélé et possédait le don d'ensorceler ceux qui l'écoutaient, Väinämöinen fut comparé à l'Orphée de la mythologie grecque.

Le petit cercle des jeunes romantiques de Turku avaient compris que, pour un petit peuple, la transposition de sa culture originelle dans sa langue propre contient en germe un considérable potentiel à venir. C'est dans cet esprit romantique qu'apparurent les premières manifestations d'art résolument et typiquement finlandais.

------------------ Elias Lönnrot Elias Lönnrot naît le 9 avril 1802 à Sammatti, dans le sud de la Finlande, dans une famille de sept enfants. Son père, Fredrik Juhana Lönnrot, est le maître-tailleur de la bourgade. Les dons exceptionnels d'Elias sont très tôt décelés: à cinq ans il sait déjà lire et se met à dévorer passionnément livre après livre.

Cette passion pour la lecture fait naître toutes sortes d'anecdotes et d'histoires à son sujet. La voisine de la ferme d'à côté réveille ainsi ses enfants : "Debout là-dedans ! Ça fait déjà un moment que notre Elias lit dans son arbre !" Une autre fois, on raconte qu'Elias ayant vainement réclamé un morceau de pain à sa mère s'exclama : "Parfait !... je retourne lire !"

Bien que pauvres les parents d'Elias décident de l'envoyer à l'école. Elias Lönnrot entre à l'université de Turku en 1822.

Elias Lönnrot, l'étudiant

A l'université, Lönnrot, selon l'habitude alors en vigueur, aborda divers sujets d'études. Parallèlement à la médecine Lönnrot étudia le latin, le grec, l'histoire et la littérature. Lönnrot rejoignit également un petit cercle de professeurs et d'étudiants fascinés par l'idée de "nation finlandaise" et dont l'objectif commun était de faire progresser la cause du finnois en tant que langue de la Finlande.

Au cours de ses études Lönnrot s'initia à la poésie populaire. Grâce aux ouvrages qui venaient de paraître sur le sujet, il apprit qu'en Finlande Orientale et tout particulièrement du côté russe, en Carélie Orientale, se trouvaient des régions où les villageois chantaient encore les poèmes anciens.

Lönnrot soutint une thèse sur la mythologie finlandaise et son héros Väinämöinen. Cet opuscule en latin parut en 1827. Lönnrot poursuivit ses études de médecine et devint docteur en 1832.

En 1827, une catastrophe frappa la Finlande : Turku, la capitale, fut totalement détruite par un gigantesque incendie. En conséquence l'enseignement universitaire de l'année 1827-1828 fut rendu impossible et Lönnrot ne put que rester à Vesilahti pour y poursuivre son enseignement particulier. Petit à petit l'idée d'effectuer un voyage vers l'Est afin de retranscrire l'ancienne poésie faisait son chemin...

Il décida ainsi de partir pour les provinces de Savo et de Carélie dès l'été 1828.

Sur les traces de la poésie ancienne : les voyages

En avril 1828, Lönnrot part pour son premier périple. Ce voyage dure tout l'été et, l'automne venu, Lönnrot, de retour à Laukko, met au propre l'impressionnante quantité de notes qu'il a accumulées: 6000 vers au total, pour la plupart des incantations et des narrations scandées. A Laukko, tout en réorganisant ses matériaux, Lönnrot pense déjà à leur publication.

L'université ayant été transférée à Helsinki, Lönnrot y poursuit ses études de médecine. Néanmoins son travail de recherche sur la poésie populaire prend le plus clair de son temps. Il participe également aux travaux d'un petit cercle qui s'est fixé comme mission de retranscrire la poésie ancienne et de promouvoir l'usage de la langue finnoise.

Poursuivant ces objectifs, Lönnrot et ses amis fondent la Société de Littérature Finnoise en février 1831. Il en devient le Premier Secrétaire et pour longtemps le membre le plus dynamique.

L'objectif suivant de la Société est de trouver des fonds pour le second voyage de Lönnrot qui doit inclure la partie russe de la Carélie Orientale. Ce périple est interrompu à cause de l'épidémie de choléra qui sévit dans le pays et rappelle Lönnrot à ses obligations de médecin. Malgré tout, le voyage se fait au cours de l'été 1832, période durant laquelle Lönnrot parvient à transcrire 3000 vers, comprenant des incantations et des narrations scandées.

En 1833 Lönnrot devint médecin de la petite ville de Kajaani, dans la province de Oulu. La perte de ses amis de Helsinki fut compensée par la location de Kajaani, à proximité la Carélie Orientale, terre des bardes. Le projet de publication des derniers poèmes mis au propre prit forme. Lönnrot avait l'intention de les publier séparément, avec une articulation par épisodes, l'intrigue gardant les principaux héros en fil conducteur.

En septembre 1833, le quatrième voyage marqua un tournant important dans la naissance du Kalevala. Parcourant la Carélie Orientale, Lönnrot eut l'occasion de se rendre compte de la richesse et du dynamisme de la poésie chantée à laquelle les habitants s'adonnaient.

Aux fins de publication, Lönnrot commença de mettre ses notes au propre. Les poèmes du premier voyage avaient été publiés dans le recueil Kantélé sorti entre 1829 et 1831. Après le voyage de 1833 il écrivit les manuscrits de Lemminkäinen et Väinämöinen ainsi que les psaumes des Mariages qui rassemblaient une partie des chants nuptiaux.

Pourtant Lönnrot n'était pas absolument satisfait de son travail. Le but suprême qu'il s'était fixé était de composer une poésie complète - une grande épopée - en gardant à l'esprit l'Iliade et l'Odyssée d'Homère ainsi que l'Edda des Scandinaves anciens.

Ainsi un premier ensemble cohérent long de 5000 vers vit le jour, oeuvre qui fut par la suite baptisé pré-Kalevala. Mais ce travail ne satisfaisait encore pas Lönnrot. Ses pensées le ramenaient continuellement aux villages de bardes de la Carélie Orientale.

Au cours de son cinquième voyage d'avril 1834 Lönnrot fit la connaissance du barde Arhippa Perttunen qui s'avéra être le plus fort de ceux qu'il rencontra jamais en Carélie Orientale.

Les parutions du Kalevala : 1835 et 1849

Après le voyage de 1834 l'idée de réunir tous les poèmes en une seule épopée parut de plus en plus réalisable. Lönnrot réfléchit à une trame qui relierait les poèmes entre eux. Plus tard il révélera avoir gardé l'ordre donné par les meilleurs chanteurs. Le Kalevala fut mis sous presse début 1835 : la préface de Lönnrot date du 28 février de la même année.

La parution du Kalevala ne calma pas pour autant la fièvre de voyages de Lönnrot. Il recommença à travailler et se rendit en Carélie Orientale déjà en avril puis en août 1835. En 1836-1837 il entreprit un grand périple au cours duquel il traversa la Carélie Orientale pour aller jusqu'en Laponie. L'exemple de Lönnrot fut suivi par de nombreux autres voyageurs-chercheurs.

En reprenant ses travaux antérieurs, Lönnrot entreprit de mettre sur pied une nouvelle édition, plus longue, du Kalevala qui parut en 1849. Pour composer ce Nouveau Kalevala, Lönnrot avait rajouté des chapitres entièrement réécrits. De plus, il modifia substantiellement la majeure partie du texte.

L'Ancien Kalevala était encore relativement proche des chants originaux. Dans sa mise en forme du Nouveau Kalevala, Lönnrot pris de plus en plus de liberté avec les textes originaux.

Lönnrot expliquait ainsi sa façon de travailler : "Je me suis octroyé les mêmes droits que la plupart des chanteurs me semblaient s'arroger, soit articuler les poèmes entre eux selon la vision que j'en avais ou comme le disent les vers : Magiciens nous nous sommes faits, chanteurs nous nous sommes proclamés, autrement dit, je m'estime aussi bon chanteur qu'eux."

------------------- Contenu du Kalevala

Poèmes

1-2

La déesse Ilmatar se pose sur les eaux dont elle devient mère. Un canard pond ses oeufs sur ses genoux. Les oeufs se brisent et des débris naît le monde. Väinämöinen naît d'Ilmatar. Sampsa Pellervoinen plante des arbres. L'un d'eux devient si haut qu'il cache à la vue soleil et lune à la vue. De la mer sort un petit homme qui abat ce chêne gigantesque. Soleil et lune peuvent briller à nouveau

3-4

Joukahainen défie Väinämöinen en un duel de formules magiques et est défait. Par ses chants Väinämöinen l'emmène dans les marais. Pour avoir la vie sauve, Joukahainen promet à Väinämöinen la main d'Aino, sa propre soeur. Aino se noie dans la mer.

5-7

Väinämöinen reprend Aino à la mer en la pêchant sous forme de poisson mais reperd sa prise. Il s'en va demander la main de la vierge de Pohjola. Dans son désir de vengeance, Joukahainen tue le cheval de Väinämöinen qui tombe à la mer. Un aigle le sauve et le ramène sur la rive de Pohjola. Louhi, la dame-maîtresse de Pohjola, le prend sous sa protection. Pour pouvoir repartir Väinämöinen promet que le forgeron Ilmarinen forgera le Sampo. En échange la vierge de Pohjola est promise au forgeron.

8-9

Sur le chemin du retour Väinämöinen rencontre la vierge de Pohjola et la demande en mariage. Comme condition au mariage, la vierge exige qu'il accomplisse quelques hauts faits magiques. En façonnant une barque Väinämöinen se blesse au genou d'un coup de hache. Ukko, le dieu des dieux lui jette un sort favorable pour le guérir de sa blessure.

10

Usant de ses pouvoirs magiques Väinämöinen envoie, contre son gré, Ilmarinen contre son gré à Pohjola. Ilmarinen forge le Sampo que Louhi enferme dans de la roche. Ilmarinen doit revenir chez lui sans sa promise.

11-12

Lemminkäinen part pour l'Ile Saari se fiancer. Il batifole avec des jeunes filles et ravit Kyllikki Lemminkäinen la répudie et s'en va demander la main de la vierge de Pohjola. Par son chant, il fait sortir les gens de Pohjola de chez eux, à l'exception d'un méchant berger qui a refusé de chanter.

13-15

Lemminkäinen demande la main de la fille de Louhi, laquelle exige de lui trois exploits: parvenir à chasser l'élan de Hiisi, dompter le fougueux étalon de Hiisi et finalement tuer le cygne du fleuve Tuonela. Le berger, en embuscade, tue Lemminkäinen par vindicte et le jette en morceaux dans le fleuve Tuonela. La mère de Lemminkäinen reçoit un signe lui faisant savoir que son fils est mort; elle part à sa recherche. Le fleuve lui livre les restes de son fils: elle les réunit et lui redonne vie.

16-17

Väinämöinen commence à construire une barque et part pour Tuonela réclamer la formule magique nécessaire à la construction du bateau mais sans résultat. Il récupère les mots manquants dans le ventre du barde mort, Antero Vipunen, et parvient à construire sa barque.

18-19

Väinämöinen part en bateau pour Pohjola demander la main de la fille de Louhi. Ilmarinen part lui aussi pour se marier. La vierge de Pohjola jette son dévolu sur le forgeron du Sampo. Ilmarinen accomplit trois prouesses surnaturelles: il laboure un champ grouillant de serpents, il capture l'ours de Tuonela et le loup de Manala ainsi que le brochet gigantesque du fleuve Tuonela. Louhi promet sa fille à Ilmarinen.

20-25

A Pohjola on se prépare à la noce à laquelle tous sont invités sauf Lemminkäinen. Le fiancé et la fiancée arrivent à Pohjola et les festivités commencent. Väinämöinen divertit les invités avec ses chants. On donne des conseils aux fiancés en vue du mariage. La fiancée fait ses adieux à ses gens et part avec Ilmarinen pour sa maison de Kalevala. Arrivés à la maison d'Ilmarinen, on régale à nouveau les invités et Väinämöinen entonne un chant de grâces.

26-27

Lemminkäinen arrive à l'improviste au banquet de Pohjola et demande l'hospitalité. On lui donne à boire un hanap plein de serpents. Il tue le seigneur de Pohjola après l'avoir affronté par l'épée et dans un duel de formules magiques.

28-30

Devant la colère du peuple de Pohjola, Lemminkäinen prend la fuite et va se cacher dans l'Ile de Saari où il s'ébat avec les jeunes filles du lieu jusqu'à ce que les hommes de l'Ile, jaloux, le forcent à reprendre son errance. Lemminkäinen retrouve sa maison brûlée et sa mère cachée au milieu des bois. Il repart pour Pohjola afin de se venger mais doit rebrousser chemin.

31-34

Untamo et Kalervo se brouillent et le seul survivant de la famille de Kalervo est un garçon nommé Kullervo. A l'aide de ses pouvoirs surnaturels Kullervo gâche toutes les tâches qui lui sont assignées. Untamo vend Kullervo en esclave à Ilmarinen. L'épouse de ce dernier envoie Kullervo garder le troupeau et par pure villenie lui prépare un pain contenant une pierre. Kullervo y brise la lame de son couteau. Pour se venger il perd les vaches dans le marais et ramène à la maison un troupeau de bêtes sauvages. La patronne se fait déchiqueter en voulant traire le troupeau et Kullervo s'enfuit. Dans la forêt il retrouve ses parents mais apprend que sa soeur s'y est perdue.

35-36

Son père envoie Kullervo payer les impôts. Au retour, Kullervo séduit sa soeur qui lui est inconnue. La méprise une fois réalisée, la soeur se jette dans les rapides. Kullervo part pour se venger d'Untamo et après avoir massacré tous les gens du domaine de ce dernier retrouve toute sa famille morte. A cette dernière découverte, il se suicide.

37

Ilmarinen pleure sa femme morte et se fabrique une femme en or qui toutefois reste froide. Väinämöinen met en garde la jeunesse de ne pas s'avilir devant l'or.

38

Ilmarinen étant rejeté par la cadette des filles de Pohjola l'enlève. La jeune fille le trompe et Ilmarinen, par son chant, la change en mouette. Ilmarinen parle à Väinämöinen des bienfaits que le Sampo à répandu sur Pohjola.

39-41

Väinämöinen, Ilmarinen et Lemminkäinen décident de partir pour Pohjola dérober le Sampo. En cours de route leur barque s'échoue sur un brochet géant. Väinämöinen tue le brochet et confectionne un kantélé avec la mâchoire. Seul Väinämöinen parvient à jouer de ce kantélé. Et de charmer toutes les créatures avec son instrument.

42-43

Ils arrivent à Pohjola. En jouant du kantélé Väinämöinen endort tous les habitants. Ils subtilisent le Sampo et l'emportent sur le bateau. Tout Pohjola se réveille et Louhi jette des sorts pour entraver la progression des pillards. Ils en réchappent mais laissent échapper le kantélé dans la mer. Louhi part à leur poursuite et se change en un aigle géant. Dans le feu du combat le Sampo est brisé et tombe à la mer. Une partie des débris du Sampo reste au fond de l'eau et se change en trésor marin. L'autre partie est rejetée sur le rivage et apporte bonheur et prospérité à la Finlande. A Louhi échoit le couvercle et une vie de famine.

44

Väinämöinen essaie, sans résultat, d'arracher son kantélé à la mer. Pour le remplacer il en confectionne un autre en bois de bouleau et charme à nouveau toutes les créatures par sa musique.

45-46

Louhi déchaîne fléau après fléau sur le peuple de Kalevala mais Väinämöinen protège tout le monde. Louhi envoie un ours attaquer le bétail de Kalevala mais Väinämöinen le tue. On ripaille en l'honneur de cette chasse.

47-48

La dame de Pohjola voile la lumière du soleil et dérobe le feu. Le dieu des dieux, Ukko, crée une étincelle qui fait naître un nouveau soleil et une nouvelle lune mais l'étincelle disparaît dans le ventre d'un poisson géant. Väinämöinen capture le poisson avec l'aide d'Ilmarinen et restitue le feu aux hommes.

49

Ilmarinen forge un nouveau soleil et une nouvelle lune qui refusent de briller. Après avoir affronté le peuple de Pohjola Väinämöinen revient pour faire à Ilmarinen une clef afin de faire sortir le soleil et la lune de la montagne où ils sont enfermés. Alors qu'Ilmarinen forge la clef Louhi remet la lumière dans le ciel.

50

La vierge Marjatta est fécondée par une airelle. Un garçon vient au monde dans la forêt mais disparaît bientôt pour être retrouvé dans le marais. Väinämöinen condamne le bâtard à être tué mais le petit se met à parler et à s'élever contre la condamnation de Väinämöinen. Le garçon est couronné roi de Carélie. Väinämöinen s'en va dans une barque d'airain, prédisant qu'il faudra encore faire appel à lui pour recréer un Sampo, un nouveau soleil et une nouvelle musique.

-------------------- National-romantisme et âge d'or de l'art finlandais

Dès le départ, l'engouement pour le Kalevala souleva la question du caractère carélien de l'épopée. Une conception de la Carélie vit le jour qui en faisait une Terre promise de la poésie, une sorte de musée idéal de la Finlande ancienne.

Cette passion romantique particulière pour tout ce qui touche à la Carélie, au Kalevala et à la Finlande ancienne pris le nom de "carélianisme" et a culminé dans les années 1890.

A cette époque, collecteurs de poèmes, comme Lönnrot, ou ethnologues, beaucoup firent un séjour en Carélie découvrant, à chaque fois, quelque chose de passionnant: par leurs carnets de voyages, leurs articles de presse, les intellectuels finlandais communiquant leurs sensations. Particulièrement pour les artistes, la Carélie était devenue lieu de pèlerinage. Parmi eux le Kalevala souleva un enthousiasme considérable et devint une puissante source d'inspiration alors que quelque temps auparavant personne n'y songeait.

Assez vite après la parution du premier Kalevala, les chercheurs avaient attiré l'attention sur la griffe personnelle que Lönnrot avait posée sur son oeuvre même si, dans son ensemble, le texte était tiré d'une authentique tradition populaire. C'était le genre d'objection dont les Carélianistes se moquaient royalement car pour eux le Kalevala restituait la réalité des temps anciens de la Finlande.

Les Carélianistes considéraient la terre carélienne et ses habitants comme directement issus du monde du Kalevala. A l'exemple de ce qui était généralement admis en Europe à l'époque: les minorités ethniques vivant en marge des grands centres étaient vues comme représentant l'humanité originelle.

En 1919, les Carélianistes fondèrent la Société Kalevala dont le but avoué était de fonder une "maison du Kalevala" fonctionnant tel un centre culturel pour l'art et la recherche kalévaliens. Eliel Saarinen conçut un projet de "maison du Kalevala" qui en resta au stade de l'étude. Il est cependant loisible de percevoir l'influence du carélianisme dans les projets de l'architecte qui sont sortis de terre, comme le Musée National de Finlande et la gare ferroviaire de Helsinki.

Au fil du XXe siècle, ce vif intérêt pour Kalevala et Carélie s'est affaibli pour devenir la cible de vives critiques: on alla même jusqu'à parler de "culture de l'écorce de bouleau" et de "fuite devant les réalités du monde moderne".

Actuellement, le Kalevala et la poésie populaire sont redevenus des sujets d'intérêt. La boucle se referme, en quelque sorte, puisqu'il est à nouveau possible de faire le voyage de la Carélie, patrie du Kalevala et de ses chants.

A la fin du XIXe siècle, il se manifesta une telle créativité dans l'art finlandais national-romantique que cette période fut baptisée "âge d'or de l'art finlandais". Dans tous les domaines artistiques furent créées des oeuvres d'une inspiration nationale, même antérieure au Kalevala. Encore aujourd'hui, ces oeuvres doivent être vues comme des pierres angulaires de l'art finlandais.

Le poète Eino Leino, le compositeur Jean Sibelius, le peintre Akseli Gallen-Kallela, le sculpteur Emil Wikström et l'architecte Eliel Saarinen, parmi tant d'autres, partirent pour la Carélie en quête d'authenticité aussi bien dans le domaine de l'Homme que dans celui de la nature. Le monde du Kalevala était devenu un symbole par lequel les artistes s'efforçaient de traduire les sentiments humains les plus profonds. Plus tard l'influence du Kalevala s'est atténuée et a privilégié davantage le mysticisme de la nature que le traitement direct des sujets du Kalevala.

A l'origine, les poèmes du Kalevala s'interprétaient sous forme chantée. C'est uniquement après publication de l'épopée que l'on commença à les interpréter sous forme récitée. La forme chantée du Kalevala ainsi que les questions relatives à sa thématique prirent une telle ampleur que le Kalevala devint rapidement une source d'inspiration inépuisable pour les compositeurs finlandais.

Jean Sibelius, influencé par la musique du compositeur Robert Kajanus, se convertit au carélianisme en 1890. Il fut également puissamment influencé par sa rencontre avec la chanteuse-poétesse Larin Paraske. Composé en 1892, le poème symphonique Kullervo fut la première oeuvre d'inspiration kalévalienne de Sibélius qui revenait d'un voyage en Carélie.

Pour les Finlandais, très vite après la parution, en 1835, du Kalevala commença à se poser la question de la représentation en images de l'épopée. En conséquence, des concours furent organisés sur ce thème même si aucune des oeuvres en compétition ne réussissait, selon les critiques, à visualiser le Kalevala de façon satisfaisante.

En 1891, un nouveau concours, ayant pour thème le Kalevala, permit à Akseli Gallen-Kallela de livrer une interprétation brillante et personnelle des sujets kalévaliens. Par la suite, les personnages du Kalevala continueront à dominer son travail de création par l'image.

-------------------- Le Kalevala dans le Monde

Le Kalevala est l'oeuvre littéraire en finnois la plus traduite dans d'autres langues. Il a déjà été traduit dans 51 langues différentes, même si ces traductions n'ont pas toutes été publiées. On dénombre plus de 150 traductions et adaptations diverses du Kalevala.

Dès 1841, la première traduction parut en suédois. Le Nouveau Kalevala fut traduit pour la première fois en allemand et parut en 1852. Une part non négligeable des traductions du Kalevala ont été faites à partir de la version finnoise originale mais les traductions dans les grandes langues mondiales que sont l'anglais, l'allemand et le russe se sont faites en s'appuyant sur d'autres langues que le finnois

Quelles sont les raisons qui font que le Kalevala est traduit, en dépit d'une langue archaïque, d'un mètre poétique ancien et de la relative confidentialité du rayonnement culturel finlandais ? Plusieurs explications viennent à l'esprit, la première étant l'appartenance du Kalevala au patrimoine littéraire universel, ce qui lui fait exercer fascination et influence quelque soit l'époque ou le continent.

Il a été aussi récemment avancé que l'adéquation du Kalevala, tant à la poésie héroïque qu'à la tradition épique finlandaises, le doterait d'un pouvoir d'attraction certain aux yeux des groupes ethniques en quête d'identité nationale ou de conscience culturelle.

Par qui est traduit le Kalevala ? Comment traduit-on le Kalevala dans une autre langue, une autre culture? Une partie des traducteurs insiste sur la précision du sens, sur l'ethnologie ou sur l'exactitude linguistique: ce sont généralement des chercheurs. Pour les autres traducteurs la priorité est de rendre le Kalevala compréhensible dans une autre culture: ce sont souvent des écrivains ou des poètes. Pour ces derniers le plus important est de restituer la véracité spirituelle du Kalevala afin que l'exotisme nordique de l'oeuvre ne puisse être un obstacle à l'universalité des mythes qu'elle évoque.

Que ce soit en vers ou en prose, le Kalevala a été traduit en 46 langues différentes. La liste ci-après donne par ordre alphabétique ces 46 langues avec, entre parenthèses, l'année de parution de traduction.

Allemand (1852, 1914, 1967, entre autres)
Anglais (1888, 1907, 1963, 1989, entre autres)
Anglais américain (1988)
Arabe (1991)
Arménien (1972)
Belarusse (1956)
Bulgare (1992)
Catalan (1997)
Chinois (1962)
Danois (1907, 1994, entre autres)
Espagnol (1953, 1985, entre autres)
Esperanto (1964)
Estonien (1883, 1939, entre autres)
Féroéen (1993)
Français (1867, 1930, 1991, entre autres)
Fujian (1983)
Géorgien (1969)
Grec (1992)
Hébreu (1930)
Hindi (1990)
Hongrois (1871, 1909, 1970, 1972, entre autres)
Islandais (1957)
Italien (1910, 1941, entre autres)
Japonais (1937, 1976, entre autres)
Komis (1980)
Latin (1986)
Letton (1924)
Lituanien (1922, 1972, entre autres)
Moldave (1961)
Néerlandais (1940, 1985, entre autres)
Norvégien (1967)
Polonais (1958, 1974, entre autres)
Roumain (1942, 1959, entre autres)
Russe (1888, 1970, entre autres)
Serbo-croate (1935)
Slovaque (1962, 1986, entre autres)
Slovène (1961, 1997, entre autres)
Swahili (1992)
Suédois (1841, 1864, 1884, 1948, entre autres)
Tamoul (1994)
Tchèque (1894)
Tulu du Canada (1985)
Turc (1965)
Ukrainien (1901)
Vietnamien (1994)
Yiddish (1954)

Un Kalevala multiforme

Des dizaines d'éditions du Kalevala en finnois ont déjà vu le jour, non seulement en Finlande mais également en Carélie russe ou aux Etats-Unis.

La Société de Littérature Finnoise, premier éditeur de l'Ancien Kalevala de 1835, a également inclu, dans certaines versions parues par la suite, les commentaires personnels de Lönnrot. Grâce à des illustrations, beaucoup d'éditeurs ont également réussi à donner un supplément de vie au texte.

L'imagerie du Kalevala a puissamment motivé le peintre Akseli Gallen-Kallela dont les oeuvres inspirées des épisodes et des personnages du Kalevala sont le plus souvent utilisées aux fins d'iconographie du Kalevala et de ses traductions. En Finlande, le Kalevala a également été illustré par les peintres et dessinateurs Matti Visanti (1938), Aarno Karimo (1952-1953) et Björn Landström (1985).

Le Kalevala est également paru en versions courtes et simplifiées destinées aux enfants et adolescents. En 1843, date à partir de laquelle, en Finlande, le finnois est devenu une matière officielle d'enseignement, le Kalevala a été mis au programme des écoles finlandaises. En 1862, Lönnrot recomposa personnellement la première version courte du Kalevala destinée à l'enseignement scolaire. Au début des années 1950 on comptait par dizaines les versions du Kalevala destinées à l'enseignement déjà parues. En 1985, écrite par Aarne Salminen, parue la version courte la plus récente du Kalevala.

A partir du début du XXe siècle, des histoires et adaptations pour les jeunes enfants ont été tirées du Kalevala. Dans les années 1960 sont sortis le Kalevala d'Or pour les Enfants d'Aili Konttinen et les Contes du Kalevala de Martti Haavio.

Les enfants des années 1990 ont eu à leur tour leur Kalevala propre quand le conteur et illustrateur pour enfants, Mauri Kunnas, publia le Kalevala des Chiens en 1992. L'illustration de cette oeuvre se sera d'ailleurs largement inspirée du style d'Akseli Gallen-Kallela.

Dans la préface Mauri Kunnas raconte comment, après avoir écouté pendant des années les chiens aboyer, il en était venu à la conclusion qu'ils avaient quelque chose à nous dire: "J'en suis donc venu à boucler mon sac et à partir collecter les histoires des chiens du voisinage... Et leurs histoires m'ont tellement rappelé l'épopée nationale finlandaise, le Kalevala, que j'ai décidé de baptiser ce recueil d'histoires du nom de cette épopée..."

------------------ Un Kalevala Virtuel ??

Nous n'en sommes pas encore tout à fait au point où, à l'aide du seul pouvoir des mots, il serait possible de pénétrer sur les terres enchantées du Kalevala, de prendre part à la bataille pour le Sampo ou encore d'écouter les mélodies de Väinämöinen. Cependant tout cela ne saurait probablement tarder...

Signalons quand même que, parallèlement au texte imprimé, il est possible d'entrer dans le monde du Kalevala avec le "Tarot du Kalevala", les jeux de rôles du Kalevala ou au moyen d'un cd-rom.

Le texte du Kalevala ainsi que des informations sur les traductions, l'iconographie et les poèmes relatifs au Kalevala sont disponibles sur Internet, à partir du site de la Société de Littérature Finnoise dont l'adresse Internet est www.finlit.fi.

Le Kalevala dans la Finlande actuelle

Tant de secteurs de la vie quotidienne des Finlandais ont été touchés par le rayonnement du Kalevala qu'il n'est pas toujours aisé de remarquer à quel point le Kalevala est omniprésent en Finlande.

Les dénominations des quartiers et des rues des villes finlandaises, ainsi que ceux des marques et des produits nationaux, se sont largement inspirés des noms du Kalevala. Pour le meilleur et pour le pire, Kalevala est une marque de fabrication unique dans le monde.

Même si elle s'est faite plus rare depuis, l'utilisation des noms originaires du Kalevala était très courante à la fin du XIXe siècle. Encore actuellement, pour souligner certains particularismes de l'industrie et de l'artisanat finlandais, on continue de choisir des noms évoquant le Kalevala.

Dans la Finlande d'aujourd'hui, Aino et Ilmari Pohjola habitent ruelle du Kalavala, à Oulu. Auparavant ils habitaient à Tapiola. Chaque matin ils lisent le quotidient Kaleva.

La famille est assurée par la compagnie d'assurances Pohjola. Quand il y a des invités les Pohjola sortent leur vaisselle en étain Sampo et Aino Pohjola met son pull Väinämöinen.

Ilmari Pohjola travaille à l'entreprise de travaux publics Lemminkäinen et Aino Pohjola à l'usine de Bijoux du Kalevala. Quand il était plus jeune, le père d'Ilmari Pohjola travaillait à bord du brise-glaces Sampo.

Aino Pohjola est originaire d'une famille d'agriculteurs qui possédait une moissonneuse-batteuse de marque Sampo. Sa famille participait aux activités du club Pellervo et toutes les assurances familiales passaient par la compagnie d'assurances Kaleva.

La résidence d'été de la famille Pohjola se trouve à Hiisi. Le soir venu, ils allument leur feu avec des allumettes Sampo.

Selon le Kalevala, celui qui possède le sampo jouira d'une prospérité sans fin. En revanche, la perte du sampo équivaudra à la déchéance de celui qui l'a laissé échapper.

En Finlande, l'énigme de la véritable nature du sampo a tenu en haleine des chercheurs de presque tous les domaines scientifiques, sans compter les amateurs et les spécialistes étrangers du Kalevala. En définitive, il existe autant de réponses à l'énigme du sampo que d'explications proposées. Quant aux possibilités, elles sont innombrables.

Le Kalevala dans l'art contemporain

De nos jours les Finlandais s'intéressent au contenu du Kalevala, pas uniquement à cause de sa valeur de symbole mais l'épopée en soi, à l'instar de la poésie populaire et de la musique folklorique, continue à se poser comme un extraordinaire objet de curiosité.

Après les commémorations du 150e anniversaire de la parution de l'Ancien Kalevala, en 1985, la vie artistique finlandaise a connu une renaissance certaine pour le Kalevala. D'une façon extrêmement intéressante, le Kalevala a cessé d'être un "couvercle étouffant la société finlandaise" pour entamer un nouveau cycle d'évolution.

Actuellement, l'usage fait du Kalevala par les artistes ne consiste plus à répéter sempiternellement les mêmes histoires ou les mêmes images tirées de l'épopée: il s'agit plutôt, à travers un traitement du mythe du Kalevala, d'aborder ces éternelles questions agitant la société humaine que sont la vie, la mort, l'amour et la lutte pour la survie de l'espèce.

Le Kalevala continue donc d'être présent dans la culture finlandaise. Sur une durée de presque deux siècles on observe une constatation flagrante: chaque génération de Finlandais a interprété le Kalevala d'après ses propres valeurs et en s'appropriant ce qui existait précédemment pour créer du neuf. Force est de constater que le destin du Kalevala n'a pas été d'être oublié dans un quelconque grenier de campagne mais, au contraire, de participer au quotidien des Finlandais, qu'il soit simple ou empreint de solennité.

Dans les années 1990 le Kalevala a inspiré des oeuvres de Vertti Teräsvuori, photographe. Son exposition pluridisciplinaire Pre Kalevala a permis de transgresser les habituelles limites à l'intérieur desquelles le Kalevala avait jusqu'ici été interprété. Pre Kalevala réunit à la fois des photos, des matériaux filmés, des bijoux, des objets, des vêtements, etc... C'est une représentation d'un monde dans lequel les mots réussissaient encore à peser sur le quotidien.

En 1997, après un intermède d'une dizaine d'années, certains théâtres ont repris le Kalevala sous un nouvel angle. Par exemple, dans le Kalevala donné par le Théâtre National de Finlande, le personnage de Väinämöinen, en particulier, s'enrichit de nouveaux traits de caractère. Sous cet angle, une distanciation par rapport à son héroïsme traditionnel est produite par des effets humoristiques. La mise en scène a cherché à souligner tout ce qui pouvait rapprocher l'épopée et les temps anciens de la Finlande d'aujourd'hui.

Quand on s'intéresse à la musique finlandaise reprenant les thèmes du Kalevala, il faut citer la destinée tragique du personnage de Kullervo qui a, postérieurement à Sibelius, régulièrement inspiré de nombreux compositeurs finlandais. On pense à l'opéra Kullervo, du compositeur Aulis Sallinen, dont la première fut donnée en 1992 à Los Angeles, à l'occasion de la journée commémorative du Kalevala en Finlande. En Finlande, la première de cette nouvelle version de "Kullervo" fut donnée en novembre 1993, à l'Opéra National de Finlande de Helsinki

Aulis Sallinen a expliqué les raisons pour lesquelles il a justement choisi Kullervo pour sa nouvelle interprétation: "C'est une histoire qui ne vaudrait pas la peine d'être contée sans un passage qui domine tous les autres: il s'agit du thème de la mère de Kullervo, un air comme "passé à l'or pur..." Dans le personnage de son fils, Kullervo, de ce monstre humain, de cet être à la destinée sans joie, la mère retient le petit garçon aux cheveux rayonnants de lin doré qu'il fut, et qui a disparu depuis bien longtemps. - Alors que j'achève cette oeuvre, je demeure exactement de cet avis. Et c'est ainsi que j'ai conçu mon Kullervo."

A l'instar d'Aino et de Kullervo, personnages du Kalevala, le sampo a retenu l'attention de nombreux artistes fascinés par les thèmes tirés du Kalevala. C'est encore dans la musique que le mystère du Sampo a été esquissé de la façon la plus convainquante.

Parmi les compositeurs finlandais contemporains, Einojuhani Rautavaara dans sa capture du Sampo (1982) a dépeint l'approche, la capture et la destruction du Sampo pour donner une clé à l'énigme: il faut perdre le sampo pour mieux le reprendre ensuite. Dans l'oeuvre de Rautavaara les épisodes du Kalevala s'écartent de la réalité et les évènements se succèdent comme une suite de jeux féeriques.

Comme on le constate, le Kalevala et ses épisodes donnent lieu à un large faisceau d'interprétations. C'est, indubitablement ce qui procure au Kalevala toute sa dynamique qui, à notre époque encore, ne donne aucun signe de faiblesse.