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Archives ; Pécossor, par Jean Chausse


Pécossor faisait partie de la première génération d'elfes qui naquirent durant la splendeur de Valinor. Dans les années qui suivirent sa naissance aucune ombre n'obscurcissait le royaume béni. Melkor était encore dans les chaînes et la lumière alternée des deux arbres rythmait des jours heureux que rien ne semblait pouvoir ternir. Dans ce contexte radieux l'enfance de Pécossor fut parfaitement heureuse. Elle se partageait en un exact mélange de rires sans retenue ni arrière pensée, de jeux pleins d'entrain avec ses amis Glorfindel et Ecthelion et de découverte émerveillée et avide du savoir. Dans ce domaine il voua rapidement une admiration sans borne pour Fëanor dont il admirait le géni et la passion que ce dernier mettait dans toutes ses entreprises.

Plus tard arrivé à l'age adulte le cœur de Pécossor pencha cependant plus vers les être vivants que vers le travail de la matière. Ainsi lorsque Fëanor s'enfermait des jours entiers dans sa forge, il préférait se promener dans la campagne bénie d'Aman pour en étudier les plantes et les animaux. C'est pourquoi, lorsque Melkor fut relâché de sa prison et commença à répandre ses mensonges chez les Noldors, Pécossor ne fut-il que très peu affecté. En effet le Bauglir n'avait lui même que peu de connaissances concernant les plantes ou les animaux et Pécossor trouvait donc peu de profit à son contact. De même, comme leurs rencontres s'étaient espacées il ne put se rendre compte de l'assombrissement progressif de celui qu'il considérait à la fois comme un ami et comme un maître.

C'est ainsi que lorsque la beauté de Valinor fut détruite par la malignité de Melkor et les ténèbres d'Ungoliant, il n'hésita pas à se ranger au coté de Fëanor. Car même s'il concevait confusément dans son cœur que la rébellion contre les Valar n'était pas la voie à suivre, son amour pour son maître fut le plus fort.

A Alqualondë il suivit Fëanor comme son ombre et lui sauva plusieurs fois la vie, sans même que celui-ci s'en aperçut. En effet entièrement tendu vers son but Fëanor s'avançait avec une telle ardeur qu'il ne prêtait même pas un regard pour tous ceux, amis ou ennemis, qui l'entouraient. De même qu'une flèche dans sa course rapide vers sa cible ne dévierait pas d'une ligne en traversant un essaim de guêpes, ainsi allait Fëanor. Aussi, dans la presse d'Alqualondë le bouclier de Pécossor dévia plus d'une pointe destinée à la poitrine de son ami. Mais si dans l'ardeur de la mêlée il dut parfois, pour se dégager, rendre des coups, il ne frappa que du plat de son épée et quitta donc Valinor sans avoir versé le sang de ses frères Téléris.

Lors de la prophétie du Nord une ombre tomba sur son cœur, mais une fois encore sa fidélité fut la plus forte. C'est uniquement lorsque Fëanor incendia ses vaisseaux à Losgar qu'il se mit à douter de la sagesse de son chef et, désormais, il prit ses distances avec lui. C'est pourquoi lors de la Bataille Sous les Etoiles, il n'était plus au coté de Fëanor et, si nombreux furent les orcs qui tombèrent sous sa lame, dès que la victoire fut certaine sa mansuétude le porta vers les blessés et non vers la poursuite des ennemis. Il ne vit donc pas que Fëanor, porté par l'ardeur de sa colère et par le poison que son funeste serment avait mis dans son âme, était partit quasi-seul à l'assaut d'Angband.

Malgré tout, un reste de fidélité fit que Pécossor se joignit au détachement qui se porta au secours du roi des Noldors. Son ardeur et sa vigueur étaient telle qu'il fut le premier à arriver à Dor Daedeloth où il rencontra pour la première fois les terribles Balrogs. Malgré tout sans hésitation Pécossor s'interposa entre eux et leur victime, trop tard hélas car Fëanor était déjà condamné. Longtemps l'image si terrifiante des démons de feu hanta les rêves de Pécossor et chaque fois qu'il repensait à cette scène une ombre pesait sur son esprit.

Juste avant que son âme ne parte chez Mandos Fëanor recommanda son fils aîné à la garde de Pécossor et celui-ci jura de toujours le servir et de le protéger. C'est ainsi qu'il s'attacha à Maedhros. Comme le caractère de celui-ci était plus posé que celui de son père, Pécossor se prit à aimer son nouveau maître. En particulier il choisit de lui accorder sa foi lorsque Maedhros reconnaissant les fautes de son père renonça à la royauté et offrit celle-ci à Fingolfin.

Pécossor se prit rapidement à aimer Himring, son nouveau pays. Il en arpenta longtemps les bois et les vallées et il en vint à les connaître dans les moindres détails. Sa science, acquise à Valinor des plantes et des animaux, lui permit de devenir un remarquable chasseur et un formidable pisteur. Rare étaient ceux qui en Terre du Milieu pouvaient se comparer à lui dans cet art où seul, peut-être, Beleg de Doriath l'égalait.

Après Dagor Aglareb, lorsque les créatures et les espions de Morgoth réapparurent à la surface de la terre, Pécossor consacra le plus clair de son temps à les traquer. Sa vigilance et sa vaillance étaient telles que rapidement les orcs évitèrent les collines d'Himring. Le nom et la renommée de Pecossor arrivèrent aux oreilles de Morgoth lui-même et celui-ci se mit à le haïr tout particulièrement. Mais Pecossor ignorait qu'il faisait l'objet d'une telle attention et l'eut-il su qu'il aurait même redoublé d'ardeur dans sa lutte car son cœur était sans compromission avec le mal.

Un jour lors d'une de ses expéditions lointaines, il surprit une bande d'orcs qui ramenaient des captifs pour servir d'esclaves dans les sombres mines d'Angband. Les orcs étaient nombreux et Pecossor était seul, mais il était rompu à ce genre d'embuscade et il engagea le combat. A le voir virevolter avec ce pas si léger des elfes, qui leur permet de marcher dans la neige poudreuse sans s'y enfoncer, on aurait cru qu'il dansait. Mais chaque pas de ce ballet était porteur de mort pour un au moins de ses opposants. Les orcs comprirent alors à qui ils avaient à faire et la terreur que leur infligeait le seul nom de Pecossor acheva de les disperser en désordre.

Renonçant à les poursuivre Pecossor se tourna vers les captifs pour leur apporter secours et réconfort. Plusieurs d'entre eux en avaient grand besoin et particulièrement une jeune elfe sindar dont il prit un soin particulier. Elle lui apprit qu'elle avait nom Beniriel et qu'elle était orpheline, ses parents ayant été tués par les orcs dans l'assaut de leur maison. Emu par son dénuement Pecossor lui proposa de la ramener en Himring où, disait-il, Maedhros prendrait soin d'elle. Désemparée et ne sachant où aller elle accepta son offre et partit avec lui.


Jusqu'alors Pecossor n'avait pas envisagé l'amour et le mariage, probablement car depuis la prophétie de Mandos, il pressentait confusément le funeste destin qui pesait sur les Fëanoriens. Mais là en ramenant Beniriel dans la forteresse de Maedhros pour l'y faire soigner, il crut sentir son cœur se réchauffer comme un cours d'eau qui se met à couler après un long hiver, ou un bouton de fleur qui brusquement s'épanouit aux premiers rayons de soleil du printemps. Il pensa que la vaillance des Noldors maintenait la paix depuis plus de 400 ans maintenant, que jamais leurs épées n'avaient été vaincues au cours des trois grandes batailles qui les avaient opposées aux forces de Morgoth. Le dragon Glaurung lui même avait été repoussé lors de sa sortie et n'avait jamais été revu depuis. On pouvait croire qu'il se terrait désormais, effrayé par l'habileté des archers elfes. En bref, il se mit à envisager l'avenir avec plus d'optimisme.

Malgré tout, il resta dans un premier temps sur la réserve car il ne voulait pas brusquer la jeune fille dans son deuil et ne se sentait pas encore certain lui même de sa décision. Cependant au fur et à mesure que le souvenir des mauvais traitements infligés par les orcs s'éloignaient la beauté de Béniriel s'affirmait. Elle avait un teint de lait, une chevelure noire comme les plumes des corbeaux de Manwë et les lèvres couleur de coquelicot. Ses dents auraient pu rivaliser avec les perles de la mer et l'éclat de ses yeux avec les gemmes des profondeurs de la terre. Lorsqu'une année entière se fut écoulée depuis la libération de la jeune elfe, un matin de printemps, Pécossor osa parler à Béniriel et celle-ci ne le repoussa pas.

Maedhros lui même présida la cérémonie de leur union et en cadeau de mariage leur fit présent d'un manoir dans les collines à l'Est de sa forteresse. Les jeunes époux y vécurent heureux et leur science et leur goût commun pour les arbres et les plantes eurent tôt fait de transformer leur terre en un merveilleux jardin où il faisait bon vivre, chanter et s'aimer. Quelques années plus tard Beniriel conçut et enfanta un fils qu'elle nomma Aerandir. Désormais les expéditions de Pecossor sur les frontières se firent plus courtes et moins fréquentes. Pour autant il ne relâcha pas sa vigilance et ses lieutenants montaient une garde assidue et lui adressaient de fréquents rapports sur les mouvements des espions de Melkor.

Lorsque survint Dagor Bragollach le royaume de Himring ne fut donc point prit au dépourvu. Alors que les flammes jaillies d'Angband dévoraient tous les postes avancés préparés par les seigneurs elfes et que les légions d'orcs accompagnés de balrogs et renforcés par Glaurung, désormais au sommet de sa force, faisaient tomber les uns après les autres les royaumes des elfes du nord, l'armée de Himring tint bon. Maedhros qui se souvenait des tourments qu'il avait subit lors de sa captivité au sein du Tangorodrim était animé d'une rage ardente telle que nul ne pouvait tenir face à son épée qu'il maniait de la main gauche. Comme il avait perdu l'avant bras droit lors de son évasion il ne pouvait plus porter d'écu pour se protéger le flanc. Alors durant les six jours que dura la bataille Pecossor fut son bouclier. Toujours au coté de son suzerain, même dans les moments les plus périlleux, il partagea sa gloire et ses exploits.

Mais lorsqu'il rentra victorieux pensant retrouver la paix de son foyer, il rencontra le désastre et le malheur. Car Morgoth qui le haïssait tout particulièrement avait dépêché un détachement d'orcs avec pour mission expresse de s'infiltrer derrière les lignes elfes et de détruire tout ce qui était cher à Pécossor . Celui-ci trouva donc son manoir incendié ses animaux égorgés et, comble de son angoisse, sans aucune trace de Béniriel et d'Aerandir.

Dans sa détresse Pécossor vint trouver son maître et, au nom de ses récents exploits, il réclama son aide. " Hélas ", lui répondit Maedhros, "en temps ordinaire, je mettrais à ta disposition une légion entière de ma garde personnelle pour t'aider à retrouver ta femme et ton fils. Mais en ces temps de malheur pour les elfes je ne crois pas que ce soit d'une quelconque utilité. Et je ne puis dégarnir ainsi mes forces et mettre en péril la sûreté de tout le royaume. Mais te concernant, je te délie du serment fait à mon père et je te rends ta liberté. Tu feras comme te le dictera ton cœur. Soit tu pourras rester auprès de moi et chercher dans mon armée à te venger de ton ennemi. Soit tu pourras partir pour tenter de retrouver les tiens, même si cette quête semble sans espoir. Mais je te donnerai encore un avis, cherche le conseil de Varda. En effet elle est la personne en Arda que Melkor craint le plus et sa pensée avisée fouille en permanence les sombres desseins du seigneur des ténèbres tandis que la porte de son esprit à elle est fermée à celui-ci. "

Pécossor écouta les conseils de son suzerain et alla dormir seul sur une haute colline dénudée d'où il pouvait contempler les étoiles d'Elbereth et être irradié par elles. Malgré sa lassitude et son tourment, il dormit d'un sommeil paisible. Varda lui montra en songe sa femme et son fils vivant dans les caveaux d'Angband et lui indiqua le chemin pour parvenir jusqu'à eux sans pour autant rien dissimuler des périls et des nombreux pièges qu'il aurait à affronter. A son réveil, Pécossor, s'il n'avait rien perdu de son souci pour les siens, était du moins serein car il avait arrêté sa décision. Il partirait pour délivrer Béniriel et Aerandir ou il trouverait la mort.

Maedhros approuva ce choix et l'encouragea une dernière fois. " Je n'en attendais pas moins de ta part, cœur fidèle. Si je ne peux faire plus pour t'aider dans ta périlleuse quête, je te donnerais toutefois ces deux présents. Voici une épée et une cotte de maille forgées en leur temps par mon père lui même qui fut le plus habile de tous les forgerons. Plus jamais il n'en sera fait de tels avant la fin d'Arda. Puissent ces cadeaux t'aider à mener à bien la tâche que tu t'es fixée ".

Pécossor remercia chaleureusement son suzerain puis ils s'étreignirent longuement sans mot dire et, enfin, il partit sans se retourner vers son destin. Comment réussit-il à s'introduire dans les donjons d'Angband à y tuer les gardes qui surveillaient les siens ? Nul ne le sait car les oiseaux de Manwë qui surveillent en permanence la forteresse noire ne peuvent voir à l'intérieur des souterrains, mais ce fut là, à n'en pas douter, un des plus grands exploits jamais réalisés en Arda.

Lorsque Béniriel, Aerandir et Pécossor se retrouvèrent libre à la lumière du soleil levant, leur joie fut merveilleuse et ce moment compta certainement parmi les minutes heureuses de la Terre du Milieu. Un joyau écrit pour l'éternité et que tous les maléfices de Morgoth ne pourront jamais ternir. Mais Pécossor savait que leur répit n'aurait qu'une courte durée car bientôt leur fuite serait découverte et la traque commencerait. En temps ordinaire ce grand chasseur n'aurait eu aucune difficulté à distancer les orcs les plus rapides lancés à sa poursuite. Mais il était fatigué par des jours et des jours de combats et par les terribles duels qu'il avait du mener dans les caveaux d'Angband. Surtout il était retardé dans sa fuite par Béniriel et le petit Aerandir encore tout affaiblis par les privations et les mauvais traitements subits en captivité.

Heureusement Pécossor, en pisteur avisé, avait prévu cette éventualité et préparé un plan pour sauver ceux qui lui étaient chers. Il les mena rapidement vers une rivière où il avait habilement dissimulé une barque elfique sous un saule pleureur et leur dit. " Montez dans cette barque et laissez vous conduire sans fatigue par le courrant de cette rivière. Le pouvoir d'Ulmo s'y fait encore sentir et les êtres malfaisants de Morgoth n'oseront pas s'y aventurer. Quant à moi, je mènerais les orcs sur une fausse piste avant de vous rejoindre plus tard ". Et si leur retrouvaille avait été un moment de bonheur, leur séparation fut un instant bien cruel car, en dépit des paroles rassurantes de Pécossor, chacun sentait bien en son cœur qu'ils ne devaient plus se revoir avant d'être passés par les cavernes de Mandos.

Là encore l'habile chasseur qu'était Pécossor eu put perdre les limiers lancés à sa poursuite mais loin de chercher à les égarer il s'attachait au contraire à laisser une piste facile à suivre. Pour mieux tromper ses poursuivants, dans sa prévoyance, il avait pensé à se munir d'une chaussure de femme et d'un soulier d'enfant et par moment il laissait à dessein des traces. Ainsi il donna longtemps le change à ses poursuivants mais se privait de toutes chances de leur échapper. Lorsqu'il fut certain que Beniriel et Aerandir étaient hors de danger et sentant que la traque se faisait plus pressante, Pecossor résolut de choisir l'endroit de son dernier combat. Eludant encore quelques instants les orcs il trouva une clairière bordée par une petite falaise. Il s'accota alors à la roche et attendit ses poursuivants.

Lorsque ceux-ci le trouvèrent ils comprirent qu'ils avaient été joués et poussèrent des cris hideux puis se ruèrent sur lui. Mais Pécossor eut tôt fait d'étendre un monceau de cadavres à ses pieds et nul n'osait plus l'attaquer. Les orcs changeant de tactique tentèrent de le percer de leurs flèches mais la cotte de mailles de Fëanor était à l'épreuve de leurs traits. Ainsi les orcs irrésolus restaient-ils à bonne distance de lui sans lâcher leur proie mais sans savoir que faire.

Lorsque Morgoth appris que Pécossor avait réussi à pénétrer jusqu'au cœur d'Angband et à y faire évader ses proches sa haine et sa colère s'enflèrent démesurément et dans sa hâte de voir son ennemi abattu, il dépêcha un Balrog pour le faire prisonnier. Il escomptait par de lentes tortures se venger de cet affront et de tout le mal que Pécossor avait fait par le passé à ses serviteurs.

Aiguillonné par la colère de Melkor le Balrog arriva sur les lieux du combat comme un vent d'orage environné de flammes et de fumées. Pécossor fut ainsi confronté à nouveau à la terreur qui avait hanté ses cauchemars quatre siècles auparavant. Mais la certitude d'avoir sauvé ses bien-aimés et le renoncement déjà accepté de sa vie l'avait placé au-delà de toute peur. Il railla donc son adversaire demandant si Morgoth n'avait pas d'autres créatures plus effrayantes à lui opposer car il ne saurait avoir peur d'un simple épouvantail. Déconcerté le Balrog hésita quelques instants. S'il avait été plus avisé il aurait attendu que Pecossor s'affaiblisse privé d'eau et de nourriture. Mais si grande était la colère de son Maître qu'il ne put différer plus longtemps et il se jeta sur le Noldor.

Leur duel dura la journée entière. L'épée de Fëanor ne pesait pas plus lourd qu'une plume dans la main de Pécossor et semblait dotée d'une vie propre. Malgré les langues de feu qui parfois l'entouraient et le venin délétère que le démon lui soufflait à la figure, l'Eldar rendait coup pour coup. Au fur et à mesure que le temps s'écoulait le Balrog se prenait à douter, ses flammes se faisaient moins mordantes, et l'impensable finit par se produire. A l'instant précis où la première étoile s'allumait au firmament, Pécossor plongea son épée dans la poitrine de son adversaire. Si violent fut le soubresaut du monstre lorsqu'il se sentit touché à mort que la lame se brisa et cette merveille fut perdue. Pourtant si dans sa sombre caverne chez Mandos Fëanor apprit jamais le sort de cette épée qu'il avait lui même forgée, il dut se réjouir de savoir que l'œuvre de ses mains avait permi un tel exploit. Pécossor posa son pied sur le cou de son ennemi vaincu, il regarda l'étoile qui brillait aux cieux et, dans un dernier défi il cria vers les orcs qui contemplaient la scène pétrifiés et incrédules "Dans cette étoile d'Elbereth réside une beauté que ni vous ni votre Maître le Bauglir ne pourront jamais ternir". Réalisant enfin ce qui s'était passé, les orcs s'enfuirent terrifiés. Alors, lorsque la place fut enfin débarrassée de toute créature mauvaise, Pécossor; tout doucement, comme s'il se couchait pour un doux sommeil, s'étendit sur le sol et son esprit partit comparaître devant Mandos.

La terreur qu'inspira aux orcs et à toutes les créatures de Morgoth cette première chute d'un Balrog fut telle que jamais aucun d'entre eux n'osa désormais s'approcher de cette clairière. De sorte, que durant cet age du monde, tout esclave en fuite ou tout éclaireur en mission périlleuse en territoire ennemi fut certain de trouver là un refuge sur où se reposer et reprendre des forces. Ainsi même après sa mort Pécossor contribua-t-il à sauver bien des vies et à contrecarrer les agissements du Roi Noir.

Béniriel et Aerandir, quant à eux, grâce à la protection d'Ulmo échappèrent effectivement à la poursuite des créatures malfaisantes lancées à leur poursuite. Béniriel fut avertie par un aigle de Manwë du sort de son bien aimé. Elle ne voulut pas retourner en Himring car elle y avait trop de chers souvenirs et se laissa porter avec son fils au fil de l'eau. Elle arriva ainsi à l'embouchure du Sirion où, enfin, elle se fixa. Longtemps après, Aerandir et elle qui avaient déjà connu le deuil et l'exil furent parmi ceux qui accueillirent avec le plus de compassion les rescapés de Gondolin. Et Aerandir se souvenant de son passé se trouva particulièrement ému par le sort du jeune Eärendil. C'est ainsi que malgré leur différence d'âge une grande amitié naquit entre eux. Aussi lorsque, bien des années plus tard, Eärendil chercha des compagnons d'une fidélité à toute épreuve pour l'accompagner dans son voyage apparemment sans espoir, il n'en trouva que trois et Aerandir en faisait partie.

Lorsque, contre toute espérance, Vingilot, leur navire, atteignit Valinor, Aerandir reçut donc lui aussi la bénédiction des Valars. Il repartit alors poussé par un vent favorable vers la Terre du Milieu où, avec la permission d'Ulmo, il accosta sans encombres. La nouvelle du pardon des Valars et du salut à venir arriva donc portée par le fils de Pécossor l'impavide.