Note liminaire : cette étude
se base principalement sur les textes publiés dans le volume
10 de la série History of Middle-earth, intitulé Morgoth's
Ring. La raison de ce choix est que ce volume contient
les versions les plus définitives des textes utilisés par
Ch. Tolkien pour composer Le Silmarillion. Il contient
de plus de nombreux textes inédits renfermant des renseignements
intéressants pour le sujet dont il est ici question.
Introduction
Dans le mythe de la création du monde imaginé
par Tolkien, les Elfes sont le premier peuple à être apparu
[1].
Ainsi portent-ils le nom de
Premiers-Nés, car ils précèdent
notamment la venue des Humains sur Terre. Cependant, si l'on
comprend aisément l'origine de ce titre de
Premiers-Nés,
« Le Silmarillion » mentionne que les Elfes sont
également connus sous un nom dont l'origine est beaucoup plus
difficile à élucider ; ceux-ci sont en effet désignées
comme étant les
Enfants de la Terre[2]. Pourquoi ?
La question prend toute son importance lorsque
on la met en parallèle avec l'immense importance que Tolkien
a toujours accordée aux noms dans son ouvre. La piste que
nous avons choisi de suivre pour répondre à cette interrogation
se trouve en germe dès le passage décrivant la venue au monde
du peuple des Elfes. Cette apparition prend la forme d'un
éveil sur les rives du lac Cuiviénen. Il est d'ores et déjà
intéressant de noter que cette venue au monde n'est pas plus
décrite que cela : « By the starlit mere of Cuiviénen,
Water of Awakening, they rose from the sleep of Ilúvatar [.]
»[3]. Cette description ne mentionne
rien quant à l'origine de leur corps, ce qui laisse supposer
qu'il était là dès l'origine, en tant que partie intégrante
de la Création. C'est un élément lié à la Terre, qui attend
le commandement divin pour venir à la vie.
L'épisode de la venue au monde du peuple
des Elfes présage donc l'un des traits majeurs de la nature
elfique : le lien à Arda[4].
Ce lien constitue en particulier le fondement expliquant l'aspect
particulier que revêt le Destin Final qui leur est réservé,
et leur rapport à la Mort ne peut être bien compris qu'en
s'appuyant sur cette notion. Le lien est illustré par de nombreux
exemples disséminés dans l'ouvre de Tolkien. Nous avons choisi
d'en traiter ici les deux aspects les plus flagrants, ceux
ayant trait à la mort et au mariage, de sorte qu'à la fin
de cette article nous soyons en mesure de comprendre pourquoi
les Elfes sont effectivement les Enfants d'Arda.[5]
Immortalité et Réincarnation
La façon la plus courante d'expliquer les
rapports qu'entretiennent les Elfes face à la mort est de
dire qu'ils sont immortels. Le sens qui est en général donné
à ce terme est que le sujet, une fois né, ne vieillit pas
et vit éternellement si aucune violence ne vient écourter
cette vie. Mais cette définition est beaucoup trop simple
pour être appliquée aux Elfes.
Pour comprendre véritablement ce que signifie
l'immortalité pour les Elfes, il est nécessaire de s'appuyer
sur la notion précédemment évoquée du lien à Arda.
Ce lien s'exprime tout d'abord dans le corps ;
Tolkien souligne que celui-ci provient de la Terre :
« Yet their bodies were of the stuff of earth [.] »[6], «[.] a hröa (or bodily form) [.] is made of the flesh
or substance of Arda itself [...] »[7], .
«[.] the body is of Arda and by Arda was nourished [.] »[8].
Il est de plus très intéressant de remarquer à ce sujet que
dans la langue des Elfes, le même mot est employé pour désigner
le corps des Elfes et la Terre : « [.] the very
hroon of Arda [.] »[9]
et pour les Elfes : «[.] a hröa (or bodily
form) [.] ». Le hröa des Elfes est donc par
nature indissociablement lié à Arda, dont il est issu comme
le laissait suggérer la remarque faite en introduction.
Mais ce lien possède une portée encore plus
étendue. Car c'est en réalité non seulement le corps mais
le destin tout entier des Elfes qui est lié à Arda. Dans un
très beau texte intitulé Athrabeth Finrod Ah Andreth[10],
où l'Elfe Finrod et l'Humaine Andreth débattent de leurs
destins respectifs, Finrod exprime cette réalité ainsi :
« You see us, the Quendi, still in the first ages
of our being, and the end is far off. As maybe among
you death may seem to a young man in his strength ; save
that we have long years of life and thought already behind
us. But the end will come. That we all know. And then we must
die ; we must perish utterly, it seems, for we belong to Arda
(in hröa and fëa). And beyond that what ? "The
going out to no return," as you say ; "the uttermost end,
the irremediable loss" ? »[11]. Il faut donc comprendre que si les Elfes sont immortels, cela
ne signifie pas pour autant qu'ils sont éternels. Il y a une
limite à leur vie, et cette limite est celle imposée par le
monde duquel ils tirent leur substance. En d'autre termes,
les Elfes perdureront tant que le monde perdurera. Ils sont
immortels dans Arda uniquement, comme le mentionne
Tolkien lui-même dans ses écrits[12]
et sa correspondance : « The Elves are immortal,
at least as far as this world goes [.] »[13]
ou encore « [.] elvish immortality (wich is not eternal,
but measured by the duration in time of Earth) »[14].
Cette affirmation peut paraître être une évidence. Cependant
nous verrons plus loin, lorsque nous nous intéresserons au
destin des Hommes, qu'il n'en est rien. Les conséquences de
cette forme si particulière d'immortalité sont en particulier
qu'il n'y a a priori pas d'avenir pour les Elfes au-delà
d'Arda, au-delà de la fin du monde. Les Elfes forment donc
un peuple au destin éminemment tragique, ce qui explique l'amertume
des paroles de Finrod et le sentiment de mélancolie qui les
atteint si souvent.
Nous avons déjà mentionné comment la conception
communément admise de la notion d'immortalité était modifiée
en ce qui concerne les Elfes. Ainsi ne sont-ils pas simplement
éternels. Mais la force du lien avec Arda fait que la notion
de vulnérabilité aux agressions physiques est également remise
en question. Il faut en effet comprendre que la vie fait si
intimement partie de la nature des Elfes, que la mort leur
est si fondamentalement étrangère en Arda, que même la possibilité
d'une mort violente ne doit pas, ne peut pas constituer un
obstacle. La mort est ici quelque chose de contraire à l'ordonnancement
du monde : « And death is for the Eldar
an evil, that is a thing unnatural in Arda Unmarred, wich
must proceed therefore from the marring. »[15]. Nous observons donc clairement que la mort
n'a pas sa place dans Arda 'Unmarred', c'est à dire le monde
tel qu'il devrait être s'il n'était pas corrompu par le Mal.
Face à l'éventualité de la mort violente,
Tolkien se voit donc contraint d'inventer une parade. C'est
pourquoi il en vient à imaginer la théorie selon laquelle
un Elfe qui meurt peut se réincarner. Ainsi par ce retour
la continuité de la vie de l'Elfe, son lien avec Arda, sera-t-elle
assurée : les Elfes doivent vivre tant que dure
Arda. Ceci soulève bien évidemment la question du suicide :
l'acte suicidaire devient de facto un péché. Nous reviendrons
sur ce point très intéressant plus en détail dans la quatrième
partie.
Le hröa, le corps, devient donc par
le fait une simple enveloppe provisoire. C'est l'habit dans
lequel l'esprit, l'âme, le fëa, vient habiter[16]. Un être est alors l'union d'un hröa,
enveloppe provisoire rattachée à la Terre, et un fëa
qui est le véritable réceptacle de la personnalité et de l'individualité[17], procédant d'une nature double à la fois chtonienne et divine[18].
C'est donc par le fëa que l'Elfe va dépasser les limites
mortelles de la chair et atteindre l'immortalité que le hröa
seul ne peut lui assurer, étant issu de la Terre et donc corrompu
par le Mal.
Excepté en de rares occasions[19],
la réincarnation se fait par le biais d'un nouveau corps et
d'une nouvelle naissance. Comme nous allons le voir, cette
renaissance s'apparente par bien des aspects à une recréation
du lien.
Mariage et Enfantement
Il est étonnant de constater à quel point
la question des rites et cérémonies ayant trait au mariage
est peu abordée par Tolkien dans ses romans
[20]. Ainsi un passage aussi important
que le mariage d'Aragorn avec Arwen n'est-il décrit dans le
Seigneur des Anneaux qu'en une seule ligne
[21] !
Pour trouver des informations plus substantielles,
il est nécessaire de se tourner vers d'autres sources, et
en particulier vers le texte intitulé Laws ans Customs
among the Eldar[22], publié dans le volume Morgoth's
Ring. Nous y apprenons en premier lieu que le mariage
est pour les Elfes quelque chose de naturel, c'est-à-dire
non pas une coutume mais lié à leur nature même : « Marriage,
save for rare ill chances or strange fate, was the natural
course of life for all the Eldar. »[23]
et aussi « Permanent marriage was in accordance with
elvish nature, and they never had need of any law to teach
this or to enforce it. »[24] A ce sujet, Tolkien évoque dans
le Silmarillon l'idée que les rites nuptiaux des Hommes
sont inspirés des Elfes[25].
Ainsi l'acte de mariage n'est-il pas anodin.
Etant lié à la nature elfique, il faut s'attendre à y retrouver
les références au lien à Arda discutées auparavant. Ce lien
apparaît tout d'abord dans l'insistance avec laquelle Tolkien
indique que le choix des partenaires se produit très tôt dans
la vie d'un Elfe : « The eldar wedded for
the most part in their youth and soon after their fiftieth
year. »[26] ou encore « Those who would afterwards
become wedded might choose one another early in youth, even
as children [.] »[27]. Ensuite, tout concourre à penser que maris
et femmes sont attirés l'un vers l'autre par un mystérieux
tropisme prenant la forme d'une certaine forme de prédestination,
de lien implicite. Il y a d'abord cette reconnaissance
durant l'enfance ; mais intervient aussi l'unicité du
partenaire : « The Eldar wedded once only
in life [.] »[28]. Notons enfin que toutes les
cérémonies sont en réalité facultatives : « But
these ceremonies were not rites necessary to marriage ;
[.] »[29].
Tout se passe donc comme si les mariés étaient liés du simple
fait de leurs existences respectives par un motif supérieur,
et indépendamment du reste de la société.
Examinons maintenant les modalités de ce
mariage. Le texte nous apprend que les fiançailles sont marquées
par l'échange d'anneaux d'argent : « [.]
the betrothed gave silver rings one to another. »[30] La nature chthonienne de ces anneaux apparaît
dans le rite qui consiste à fondre et ne plus réutiliser ces
anneaux en cas de rupture de fiançailles[31] :
la fusion évoque le retour à Arda, l'élément primordial, et
la nécessité de rattraper l'union manquée des ex-fiancés par
l'union des anneaux représentant Arda. Lors de la cérémonie
de mariage, ce sont des anneaux d'or qui sont échangés. Ceci
peut se prêter à une interprétation intéressante quoique audacieuse.
L'or est en effet le métal symboliquement associé au Soleil
et au divin. Le mariage elfique est donc par le jeu des anneaux
placé sous le double auspice d'Arda et d'Eru, évoquant ainsi
à nouveau la dualité de la nature elfique que nous évoquions
plus haut. Cependant cette interprétation est sujette à caution
car dans la mythologie tolkienienne classique le Soleil n'est
pas directement lié à Eru[32], le principe divin, mais plutôt à une certaine
forme dégradée de Lumière[33].
La cérémonie du mariage implique également la jonction des
mains des deux fiancés[34],
jonction qui nous remet donc en mémoire l'aspect corporel
et le lien à Arda.
Car c'est bien cet aspect qui reste au centre
de l'idée du mariage. Les cérémonies précédemment décrites
ont pour but la création (ou plutôt l'officialisation) d'un
lien particulier entre les amants, mais ce lien n'est en pratique
achevé que par l'union des corps et donc l'union à Arda. Le
mariage concerne avant tout le corps, et nous avons vu que
le corps est lié à Arda : « Marriage is chiefly
of the body, for it is achieved by bodlily union [.] »[35].
Cependant le mariage concerne aussi, mais dans une moindre
mesure, le fëa, l'âme, l'esprit. Et il apparaît que
c'est cet aspect qui éclaire le mystérieux tropisme que nous
évoquions plus haut : « But fëa perceiveth
fëa and knoweth the disposition of the other, in marriage
especially, in ways we can not fully understand. »[36]. D'une manière assez curieuse,
c'est également le fëa et non le hröa, le corps,
qui explique les principes féminins et masculins[37].Cette
idée est à rapprocher du Silmarillion, dans lequel
il est dit que les Ainur[38]
prennent l'apparence physique qu'ils désirent, et agissent
en matière de sexe conformément à leur inclination propre[39]. L'Atrabeth Finrod Ah Andreth
précise en effet que les fëar des Enfants d'Eru (les Elfes
et les Hommes) ne diffèrent pas fondamentalement de ceux des
Ainur : « But their fëar were not
spirits of a wholly different kind to the Ainur »[40].
In fine, le mariage apparaît comme la cérémonie de
l'union et de la création du lien entre les différents aspects
de la nature elfique, et ce par le moyen de la réaffirmation
volontaire de l'union à Arda : « It is therefore
true to say that, though achieved by and in the body, marriage
proceeds from the fëa and resides ultimately in its will. »[41]
Si les causes du mariage sont désormais éclaircies,
nous pouvons également nous intéresser à son but. Et encore
une fois, ce but semble être relié au façonnage d'un lien
à Arda. Le texte indique que celui-ci est principalement la
naissance des enfants : « [.] its first
operation is the begetting of the bodies of children, [.] »[42].
Ainsi est-ce à la création du corps que participent les parents,
et non à celle de l'esprit de l'enfant. L'enfant nouveau-né
reçoit de ses parents un corps fait de la substance d'Arda
et d'Eru un fëa unique : « [.] to
each elf-child a new fëa is given, not akin to the
fëar of the parents, [.] »[43]. Le rôle des parents sur l'esprit de leur enfant reste donc
(du moins d'un point de vue spirituel) très limité. La mission
des parents est avant tout de créer le corps et le lien à
Arda : « For it is plain that the provision of
a bodily house for a fëa, and the union of fëa
with hrondo, was commited by Eru to the Children, to
be achieved in the act of begetting. »[44]
Ceci est encore plus flagrant dans le cas du processus de
réincarnation, car alors l'influence des parents sur l'enfant
est quasiment nulle, celui-ci se remémorant petit à petit
sa vie précédente jusqu'à en acquérir un souvenir complet : « [.]
it recalled all its former life, and then the old life, and
the 'waiting', and the new life became one ordererd history
and identity. »[45]
Nous avons dans toute cette partie tenté
de mettre en évidence le statut particulier du destin des
Elfes dans la manière à laquelle il est lié à celui d'Arda.
Ceci va nous permettre d'aborder dans la partie suivante la
question du destin des Hommes avec des idées claires. De plus,
beaucoup d'éléments sont maintenant en place pour permettre
l'étude de la notion d'espoir et de salut.
Espoir et estel : la faute de Míriel
La dimension tragique du destin final des
Elfes a été évoquée plus haut. A la différence des Hommes,
qui ne sont que des passagers sur Terre et sont promis à un
autre monde, les Elfes sont irrémédiablement liés à Arda et
ignorent si quelque chose leur a été réservé au delà du monde.
Cette ignorance du destin est une donnée absolument fondamentale
dans l'ouvre de Tolkien. Les Valar eux-même ignorent ce qui
leur est réservé dans le dessein d'Eru : «
[.]
Ilúvatar n'a pas dévoilé le sort qu'il réservait aux Elfes
après la fin du monde, [.] »
[46]. Face à une telle inconnue,
l'expression
Don d'Ilúvatar[47] utilisée pour désigner la mort pour les Hommes mais interdite
aux Elfes reprend une partie de son sens, et l'on comprend
même pourquoi «
[.] les Puissants leur envieront
à mesure que le temps s'approche de sa fin. »
[48]
Il semble cependant que parmi les Elfes au
moins une personne a envié ce don de la mort bien avant la
fin des temps. C'est le cas de l'elfe Míriel, dont Tolkien
parle en ces termes dans une de ses lettres : « In
the Elvish legends there is record of a strange case of an
Elf (Míriel mother of Fëanor) that tried to die, which
had disastrous results, leading to the 'Fall' of the High-elves. »[49].
L'esprit de cette déclaration est clair et porteur de nombreuses
implications. La mort est étrangère aux Elfes, ils n'ont pas
le droit de la rechercher. Ainsi que nous le mentionnions
dans la première partie, le suicide constitue pour les Elfes
une faute terrible. Mais pourquoi ? La notion particulière
de l'espoir va nous permettre d'expliquer plus clairement
les motifs de cette interdiction, qui puise ses racines dans
le destin final des Elfes au delà d'Arda.
Il est pour cela nécessaire d'acquérir une
meilleure connaissance de l'histoire de Míriel. Le texte de
l'Atrabeth Finrod Ah Andreth ainsi que celui intitulé
Of Finwë and Míriel[50]
sont ceux qui apportent le plus de renseignements sur le sujet.
L'histoire se présente ainsi : Finwë, roi des Noldor[51], avait pour épouse Míriel. Tous
deux s'aimaient tendrement : « The love of Finwë
and Míriel was great and full of joy, for it began in the
Blessed Realm and in days of mirth. »[52].
Mais à la naissance de leur fils Fëanor, Míriel se sentit
envahie d'une lassitude telle qu'elle déclara ne plus jamais
pouvoir porter d'enfant : « Never again shall
I bear a child, for strength that would have nourished the
life of many has gone forth into Fëanor. »[53] Elle se rendit alors en la forêt
de Lórien[54]
et s'étendit sous un arbre d'argent . Mais alors qu'elle semblait
dormir, son esprit se rendit en fait au royaume de Mandos[55] ; le hröa avait quitté son fëa.
Finwë en conçut une grande peine et se rendit chaque jour
auprès du corps de Míriel afin d'attendre son retour. Mais
au bout d'un temps il ne vint plus car cela ne faisait qu'accroître
sa peine. Cependant il était seul parmi les Elfes à ne pas
avoir d'épouse et s'en plaint auprès de Manwë, le plus grand
des Valar, en ces mots : « 'My Lord', he said,
'behold ! I am bereaved. Alone among the Eldar
I have no wife, and must hope for no sons save one, and for
no daughter. [.] Must I remain ever so ? For my heart
warns me that Míriel will not return again ever from the house
of Vairë.' »[56]. Pris de pitié Manwë convoqua les autres Valar
et ensemble ils eurent un long débat connu sous le nom de
Namna Finwë Míriello, la Loi de Finwë et Míriel[57].
Cette loi s'énonce ainsi : « When the spirit
of a spouse, husband or wife, shall for any cause pass to
the keeping of Mandos, then the living may be permitted lawfully
to take another spouse, if the former union be dissolved for
ever. »[58].
Et il s'ensuivit que Finwë pris une nouvelle épouse, Indis,
après que Míriel eut déclaré en réponse à la Loi qu'elle ne
désirait pas jamais revenir.
A la lumière de ce que nous avons vu dans
les parties précédentes, ce jugement est clairement en contradiction
avec le mode de vie des Elfes et leur nature profonde. Normalement,
le mariage est chez les Elfes absolument permanent et ils
ne peuvent avoir qu'un seul partenaire au cours de leur vie.
D'ailleurs lorsqu'il énonce cette loi, Mandos le rappelle
encore : « [.] they shall take each one spouse
only and have no other in their life, while Arda endureth. »[59].
Et c'est ainsi que de cette loi contre nature survient
le plus grand mal. Fëanor, le premier fils de Finwë, ne s'entend
pas bien avec la nouvelle épouse de son père
et ses demi-frères, et certains prétendent que de là viennent
tous les malheurs des Elfes : « In those
unhappy things wich afterward came to pass and in wich Feanaaro[60] was a leader, many saw the
effect of this breach in the house of Finwë, judging that
if Finwë had endured his loss and been content with his mighty
son, the courses of Feanaaro would have been otherwise, and
much sorrow and evil would never have been. »[61]
Quelle est la cause profonde de ce désastre ?
Il est bien sûr normal d'invoquer en premier lieu la corruption
d'Arda, la souillure, le marring. Tous les problèmes
viennent de ce que depuis son origine Morgoth a travesti la
pureté originelle de la Terre et modifié toutes les lois naturelles.
Ainsi la mort vient-elle aux Elfes. Cette référence est justifiée,
et elle est d'ailleurs employée par Mandos pour expliquer
la Loi : « It is the way of Life that Ilúvatar
hath ordained for you, his children, as ye know well, that
the life of the Quendi shall not end until the end of Arda
; [.] But herein no account is taken of Death, which cometh
from the marring of Arda. »[62]. Mais cette référence, si elle
explique bien le pourquoi de problème, n'explique pas le comment
ni l'interdit du suicide. Ce qui est caché derrière tout ceci
est en réalité la faillite en la notion fondamentale d'estel.
Cette notion recouvre l'idée que les Elfes, n'ayant aucune
connaissance quant à leur futur, doivent se remettre entièrement
entre les mains d'Eru via un espoir et une confiance
absolue, aveugle et pour ainsi dire sans rien pour l'étayer.
Dans son dialogue avec Andreth, Finrod expose cette idée par
les termes : « 'That is one thing that Men
call 'hope'', said Finrod. 'Amdir we call it,
« looking up ». But there is another which is founded
deeper. Estel we call it, that is « trust ».
It is not defeated by the ways of the world, for it does not
comes from experience, but from our nature and first being.
If we are indeed the Eruhin, the Children of the One, then
He will not suffer Himself to be deprived of His own, not
by any Enemy, not even by ourselves. This is the last foundation
of estel, which we keep even when we contemplate the
End : of all His designs the issue must be for His Children's
joyce. »[63].
Plus loin, cette idée est précisée : « Therefore
in the last resort the Elves were obliged to rest on 'naked
estel' (as they said) : the trust un Eru, that
whatever He designed beyond the End would be recognized by
each fëa as wholly satisfaying (at the least). »[64].
Il est donc désormais possible de comprendre
l'interdit du suicide et la faute de Míriel : il s'agit
en fait d'une faillite en l'estel, la foi sacrée. Míriel
a refusé d'assumer le destin des Elfes et trahi la confiance
en Eru. Míriel est l'incarnation de la peur métaphysique qui
accompagne les Elfes en permanence, cette ombre qui les attend
par devant et que les Hommes sont incapables de comprendre : « They
said therefore that Men had a shadow behind them, but Elves
had a shadow before them. »[65]. Tolkien résume l'angoisse des Elfes par les
mots : « Their dilemma was this : the
thought of existence as fëar only was revolting to
them, and they found it hard to believe that it was natural
or designed for them, since the were essentially 'dwellers
in Arda', and by nature wholly in love with Arda. The alternative :
that their fëar will also cease to exist at 'the End',
seemed even more intolerable. Both absolute annihilation,
and cessation of conscious identity, were wholly repugnant
to thought and desire. »[66].
Devant tant d'inconnu Míriel a perdu espoir et confiance,
et ainsi contribuée à l'ouvre du Mal. Mais peut-on la blâmer ?
Quel jugement adopter ? Il s'agit là d'une question extrêmement
difficile et dont la réponse est loin d'être simple. Il semble
qu'au final la position que Tolkien décide d'adopter est celle
d'une responsabilité partagée. Certes, Míriel a commis une
faute. Mais elle n'est pas coupable. Le véritable responsable
du malheur reste Morgoth, qui a corrompu Arda : « Not
guilt, yet a failing from the higest which is the Hope [.] »[67],
explique le Vala Ulmo. « It was a failure in
hope by the fëa, [.] »[68]. De plus Míriel n'est pas la seule à porter
la reponsabilité. Finwë a lui aussi failli, car il n'a pas
conservé l'espoir de revoir un jour Míriel et s'est laissé
submergé par l'impatience : « But when he called
her and she did not return, in only a few years he fell into
despair. Herein lay his fault, and failing in Hope. »[69].
Nous comprenons donc maintenant en quoi réside
le Salut des Elfes : il passe par l'acceptation résolue
de leur destin et l'espoir, la confiance, l'estel en
Eru. Le manquement en cet estel et le refus du destin
est une faute qui conduit au malheur : l'histoire de
Finwë et Míriel en est une illustration, mais elle n'est pas
la seule. Il est en effet possible de considérer l'histoire
des Silmarils et de Fëanor sous cet angle ; il apparaît
alors que Fëanor est l'incarnation du Refus du Destin, et
donc celui qui apporte le malheur. Dans la même optique, le
Seigneur des Anneaux propose au contraire la vision
des Elfes réconciliés, qui assument enfin leur destin. Ceci
est particulièrement patent en la personne de l'Elfe Galadriel,
dont on pourrait montrer qu'elle représente dans le Seigneur
des Anneaux un portrait en négatif de Fëanor et de ses
actes[70].
Concluons cette étude par une remarque sur
les Trois Anneaux des Elfes, ceux dont il est fait mention
dans Le Seigneur des Anneaux. Chacun des ces anneaux
est associé à l'un des quatre éléments : Narya
est l'Anneau du Feu, Nenya est l'Anneau de l'Eau et Vilya
celui de l'Air. Il est alors difficile de ne pas se demander
pourquoi il n'existe pas d'Anneau de la Terre. La référence
au lien à Arda permet d'apporter une explication élégante
à cela. Les trois Anneaux symbolisent l'union des Elfes avec
les éléments et représentent en quelque sorte l'alliance d'un
véritable mariage alchimique. Mais la nature des Elfes, le
lien avec Arda, indique que cette union est déjà réalisée
avec l'élément Terre. Un hypothétique Anneau de la Terre est
donc inutile de ce point de vue. L'anneau d'argent des fiançailles
serait celui qui s'en rapproche le plus. Il est également
frappant de constater que, toujours dans la même optique,
l'Anneau Unique de Sauron est au contraire celui qui est associé
à la destruction et la section du lien : il sépare le
fëa et le hröa en rendant invisible, l'épée
d'Isildur est brisée, Sauron a le doigt coupé.. Il est donc
très exactement l'anti-anneau de Terre, l'Ennemi.
BIBLIOGRAPHIE
Liste des livres utilisés pour cet article
uvres de J. R. R. Tolkien
The Letters of J. R. R. Tolkien, éd. de H. Carpenter,
Londres, HarperCollins, 1999, [première ed ; :G.
Allen & Unwin, 1981], 512 p.
The Lord of The Rings (2nd ed., 1966),
Londres, Allen & Unwin, 1983, 1193 p. ; éd. française :
Le Seigneur des Anneaux, Paris, Christian Bourgois,
1990 (1995 ; éd. originale : 1972, v., repris
chez Pocket), 1v., 1278p.
The Silmarillion, éd. de Ch. Tolkien, Londres, Allen
& Unwin, 1977, 365 p. ; éd. française : Paris,
Pocket (première éd. : Christian Bourgois, 1978), 1984,
366 p.
« The History of Middle-earth », édition de textes
manuscrits de Tolkien par Ch. Tolkien (12 v.) :
- Vol. 5 : The Lost
Road and Other Writings : Language and Legends Before
The Lord of The Rings, éd. de Ch. Tolkien, Londres, Unwin
Paperbacks, 1989 (Hyman, 1987), 464 p.
- Vol. 10 : Morgoth's
Ring : The Later Silmarillion, part I ; The Legends
of Aman, éd. de Ch. Tolkien, Londres, HarperCollins,
1993, x, 471 p.
- Vol 11 : The War
of The Jewels, éd. de Ch. Tolkien, Londres, HarperCollins,
1994, x, 470 p.
Ouvrages consacrés à Tolkien
FLIEGER, V., Splintered Lights : Logos and language
in Tolkien's World, Grand Rapids, Eerdmans, 198, xx,
167 p.
Emeric Sarron
(alias Elenillor),
Août 2001.
[1] Silm. 56 : «
[.] the Firstborn of Ilúvatar. » ;
« les Premiers-Nés d'Ilúvatar ».
[2] Silmarillion, p. 56 : «
[.] Children
of the Earth [.]» ; version française p. 58.
Cette expression semble être apparue pour la première fois
dans l'un des textes sources majeurs au Silmarillion,
The
Later Quenta Silmarillion, publié dans
Morgoth's Ring
(p. 160).
[3] Silmarillion, p. 58 : « Ils s'éveillèrent
du sommeil d'Ilúvatar sur les rives du Lac de Cuivnen (
sic !),
l'Eau de l'Eveil ». Notons que l'édition française
orthographie mal le nom du Lac.
[4] C'est-à-dire : la Terre. Voir aussi la définition
donnée dans l'index du Silmarillon : «
Arda :
'The Realm', name of the Earth [.] », Silm. p.
381
[5] «
[.] children of Arda ; »,
Morgoth's Ring p. 319
[6] The Lost Road and other writings, p. 246 : « Cependant
leur corps étaient de l'étoffe de la terre »
[7] Morgoth's Ring, p. 218 : « Un hröa (ou forme
corporelle) est fait de la chair ou substance d'Arda elle-même »
[8] Morgoth's Ring, p. 241 : « le corps est d'Arda
et par Arda fut nourrit »
[9] Morgoth's Ring, p. 241
: « le hroon même
d'Arda ».
Hroon est en fait une forme antérieur
du mot
hröa abandonnée par la suite ; Tolkien
modifiait en effet souvent ses langues imaginaires.
[10] Litt. « Le débat de Finrod et Andreth »
en langue sindarin (une langue elfique).
[11] Atrabeth Finrod Ah Andreth,
in Morgoth's
Ring, p. 312 : « Tu nous vois, les Quendi, encore
dans les premiers âges de notre existence, et la fin est
loin ; sauf que nous avons déjà de longues années de
vie et réflexion derrière nous. Mais la fin viendra. Cela
nous le savons tous. Et alors nous devrons mourir ;
il semble que nous devions périr complètement, car nous
appartenons à Arda (en hröa et fëa). Et au delà de cela ?
'le départ sans retour' ainsi que tu le dit ;
'la fin absolue, la perte irrémédiable' ? ».
[12] La formule précédente constitue en fait une traduction
quasi-littérale des mots de Tolkien : «
Now
the Eldar are immortal within Arda according to their right
nature. », Morgoth's Ring p. 218
[13] Letters, lettre n°130, p. 146 : « Les
Elfes sont immortels, du moins tant que ce monde perdure »
[14] Letters, lettre n°156, p. 204 : « immortalité
elfique (qui n'est pas éternelle, mais mesurée par la durée
dans le temps de la Terre). »
[15] Morgoth's Ring, p. 240 : « Et la mort est un mal
pour les Eldar, c'est-à-dire une chose non naturelle dans
Arda Préservée, qui doit par conséquence provenir de la
souillure »
[16] Le terme 'habiter' n'est pas choisi au hasard.
Tolkien l'utilise en effet à de nombreuses occasions dans
ses écrits. Pour n'en citer qu'une : Morgoth's Ring,
p. 218 : «
[.] a fëa
(or spirit) indwells
and coheres with a hrondo [>hröa] » ; « un fëa (ou
esprit) demeure et est cohérent avec un hröa ». On
trouve également les termes 'housing', 'houseless', etc.
[17] Morgoth's Ring, p. 227 : «
Also the identity
of a person resides wholly in the fëa
[...] »
; « De plus l'identité d'une personne réside entièrement
dans le fëa »
[18] Nature chtonienne : Morgoth's Ring, p. 218 :
«
The fëar
of the Elves were destined to
dwell in Arda for all the life of Arda [...] » ;
« Les fëar des Elfes étaient destinés à demeurer en Arda
pour toute la vie d'Arda » ; On retrouve ainsi le lien
à Arda. Mais le fëa est aussi de nature divine : Morgoth's
Ring, p. 220 : «
The new fëa
[...] they
believed to come directly from Eru and from beyond Arda
» ; « Ils pensaient que le nouveau fëa venait directement
d'Eru et d'au delà d'Arda »
[19] Notamment le cas de Miriel, qui fut réincarnée
dans son propre corps. Son cas sera étudié plus en détail
dans la troisième partie.
[20] C'est à dire
Le Seigneur de Anneaux,
Bilbo
et le
Silmarillion .
[21] Le Seigneur des Anneaux, p. 1037 : «
Aragorn,
Roi Elessar, épousa Arwen Undoomiel dans la cité des Rois
le jour du Solstice d'été, et l'histoire de leurs longues
peines se trouva achevée. »
[22] Lois et Coutumes parmi les Eldar
[23] Morgoth's Ring, p. 210 : « Le mariage,
excepté lors de rares mauvaises fortunes ou destin étrange,
était le cours naturel de la vie pour tous les Eldar. »
[24] Morgoth's Ring, p. 225 : « Le mariage
permanent était en accord avec la nature elfique, et ils
n'eurent jamais le besoin d'aucune loi pour enseigner ceci
ou pour l'appliquer. »
[25] référence manquante
[26] Morgoth's Ring, p. 210 : « Les Eldar
se mariaient pour la plupart dans leur jeunesse et peu après
leur quinzième année. »
[27] Morgoth's Ring, p. 210 : « Ceux qui
ultérieurement deviendraient mariés pouvaient se choisir
tôt dans leur jeunesse, même enfant »
[28] Morgoth's Ring, p. 210 : « Les Eldar
se mariaient une seule fois dans leur vie »
[29] Morgoth's Ring, p. 211 : « Mais ces
cérémonies n'étaient pas des rites nécessaires au mariage »
[30] Morgoth's Ring, p. 210-211 : « les fiancés
échangeaient des anneaux d'argent »
[31] Morgoth's Ring, p. 211 : «
[.] the
rings then being molten and not being used again for a betrothal. » ;
« les anneaux étant ensuite fondus et jamais réutilisés
pour des fiançailles. »
[32] Pour plus de précisions, nous renvoyons au chapitre
11 du
Silmarillon.
[33] A ce sujet, voir V. FLIEGER :
The Splintered
Light
[34] Morgoth's Ring, p. 211 : « At the end
of the feast, the betrothed stood forth, and the mother
of the bride and the father of the bridegroom joined the
hands of the pair and blessed them. » ; « A
la fin du banquet, les fiancés se tenaient face à face,
et la mère de la fiancée et le père du fiancé joignaient
les mains du couple et les bénissaient. »
[35] Morgoth's Ring, p. 226 : « Le mariage
concerne principalement le corps, car il est accompli par
l'union physique »
[36] Morgoth's Ring, p. 244 : « Mais le fëa
perçoit le fëa et connaît la disposition de l'autre, particulièrement
pour le mariage, de manières que nous ne pouvons pas comprendre
complètement. »
[37] Morgoth's Ring, p. 227 : «
For the
fëar
of the Elves are of their nature male and female,
and not their hrondo
r only. » ; « Car
les fëar des elfes sont par leur nature masculins et féminins,
et pas seulement leur hrondor. »
[38] Ainur : litt. Les Bénis, c'est à dire les
êtres de nature divine. Cf. l'index du Silmarillon p. 411.
[39] Silmarillon, p. 22 : « [.] les Valar
prennent qui une forme mâle, qui une forme femelle, car
les différences de tempérament qu'ils avaient depuis toujours
[.] s'incarnaient dans ce choix [.] »
[40] Morgoth's Ring, p. 337 : « Mais leur
fëar n'étaient pas des esprits d'une nature totalement différente
de celle des Ainur »
[41] Morgoth's Ring, p. 227 : « Il est donc
vrai de dire que, bien qu'accompli par et dans le corps,
le mariage provient du fëa et réside au final dans sa volonté. »
[42] Morgoth's Ring, p. 226 : « son premier
but est d'engendrer les corps des enfants »
[43] Morgoth's Ring, p. 220 : « à chaque
enfant elfe est donné un nouveau fëa, non apparenté aux
fëar de ses parents
[44] Morgoth's Ring, p. 221 : « Car il est
clair que l'acte de fournir une demeure corporelle pour
le fëa, et l'union du fëa et du hrondo, a été octroyé par
Eru aux Enfants, pour être accompli en donnant naissance. »
[45] Morgoth's Ring, p. 221 : « [jusqu'à
ce qu'] il se souvienne de toute sa vie passée, et ensuite
de son ancienne vie, et l'attente, et sa nouvelle vie devienne
une histoire et identité ordonnée. »
[46] Silmarillion, p. 50
[47] Don d'Ilúvatar : Silmarillion p. 49.
Notons au passage que l'édition française comporte une coquille
puisque elle mentionne le
dont (sic !) d'Ilúvatar.
L'édition anglaise utilise bien l'expression
gift of
Ilúvatar (p. 48).
[48] Silmarillion, p. 49
[49] Letters, lettre n°212, p. 286 ; « Dans
les légendes elfiques est mentionné le cas étrange d'un
Elfe (Miriel, mère de Fëanor) qui tenta de mourir, ce qui
eu des conséquences désastreuses, menants à la 'Chute' des
Hauts-elfes
[50] in Morgoth's Ring, p. 233-272
[51] Noldor : « les Sages » (index du
Silmarillion, p. 449). L'une des grandes tribus des
Elfes.
[52] Morgoth's Ring, p. 257 : « L'amour de
Finwë et Miriel était grand et plein de joie, car il avait
commencé au Royaume Béni et en des jours de gaieté.»
[53] Morgoth's Ring, p. 257 : « Plus jamais
je ne porterai un enfant, car une force qui en aurait nourrit
plusieurs est passée dans Fëanor ».
[54] Cette forêt se situe en Aman et n'est pas la Lorien
dont il est question dans
Le Seigneur des Anneaux.
[55] C'est à dire le lieu où les esprits des Elfes
décédés se rendent en attendant leur retour.
[56] Morgoth's Ring, p. 258 : « 'Seigneur',
dit-il 'Voici ! Je suis endeuillé. Seul parmi les Eldar
je n'ai pas de femme, et ne doit espérer aucun fils excepté
un, et aucune fille. Dois-je rester ainsi pour toujours ?
Car mon cour m'avertit que jamais Miriel ne reviendra de
la maison de Vairë. »
[57] The Statute of Finwë and Miriel.
Morgoth's
Ring, p. 258
[58] Morgoth's Ring, p. 259 : « Quand l'esprit
d'un époux, mari ou femme, passera pour une raison quelconque
sous la garde de Mandos, alors l'autre aura la permission
de prendre un autre compagnon, si l'union précédente est
dissolue à jamais. »
[59] Morgoth's Ring, p. 259 : « ils doivent
chacun choisir un compagnon uniquement et ne pas en avoir
d'autre dans leur vie, tant qu'Arda perdure. »
[60] Feanaaro est une autre forme pour
Fëanor.
[61] Morgoth's Ring, p. 239 : « Et dans ces
tristes choses qui advinrent plus tard et dans lesquelles
Feanaaro fut un dirigeant, beaucoup virent les effets de
cette cassure dans la maison de Finwë, jugeant que si Finwë
avait supporté sa perte et s'était contenté de la paternité
de son puissant fils, Feanaaro aurait évolué différemment,
and beaucoup de peines et de maux n'auraient jamais été. »
[62] Morgoth's Ring, p. 259 : « C'est le
cours de la Vie qu'Ilúvatar a ordonné pour vous, ses Enfants,
comme vous le savez bien, que la vie des Quendi ne doit
pas se terminer avant la fin d'Arda. Mais dna s ceci il
n'est tenu nul compte de la Mort, qui provient de la souillure
d'Arda. »
[63] Morgoth's Ring, p. 320 : « C'est une
chose que les Hommes appellent « espoir ». Nous
l'appelons Amdir, « regarder vers le ciel ». Mais
il y en a un autre dont les racines sont plus profondes.
Nous l'appelons Estel, c'est-à-dire « confiance ».
Il n'est pas défait par le cours du monde, car il ne vient
pas de l'expérience, mais de notre nature et de notre être.
Si effectivement nous sommes les Eruhin, les Enfants de
l'Unique, alors Il ne permettra pas d'être privé de ce qui
est Sien, ni par aucun Ennemi, ni par nous même. Ceci est
le dernier fondement de l'estel, que nous garderons même
quand nous contemplerons la Fin : de tout Ses dessins
le résultat doit être pour la joie de ses Enfants. »
[64] Morgoth's Ring, p. 332 : « Ainsi les
Elfes étaient-ils obligés de se reposer sur 'l'espoir nu'
(comme ils disaient) : la confiance en Eru, que quoiqu'Il
ait prévu au delà de la Fin serait reconnu par chaque fëa
comme pleinement satisfaisant (au moins). »
[65] Morgoth's Ring, p. 331 : « Ils disaient
donc que les Hommes avaient une ombre derrière eux, mais
les Elfes avaient une ombre devant eux . ». L'ombre
des Hommes fait référence aux légendes sur leur origine
et son mystère.
[66] Morgoth's Ring, p. 332 : « Leur dilemme
était ceci :la pensée d'une existence en tant que fëar
uniquement leur était révoltante, et ils estimaient difficile
de croire que cela était naturel ou prévu pour eux, puisqu'ils
étaient par essence des 'habitants d'Arda'. L'alternative :
que leurs fëar cesseraient également d'exister à la 'Fin',
semblaient encore plus intolérable. A la fois l'annihilation
absolue, et la cessation d'une identité consciente, étaient
totalement répugnante à la pensée et au désir. »
[67] Morgoth's Ring, p. 242 : « Pas de culpabilité,
mais cependant une lacune d'Espoir chez les plus grand »
[68] Morgoth's Ring, p. 242 : « Ce fut un
échec du fëa an l'espoir »
[69] Morgoth's Ring, p. 243 : « Mais quand
il l'appela et qu'elle ne revint pas, en quelques années
seulement il succomba au désespoir. Là réside sa faute,
et son manquement en l'Espoir. »
[70] Pour plus de précision, nous renvoyons à la deuxième
partie de cette étude qui sera publiée prochainement.